<!doctype tei2 public "-//Library of Congress - Historical Collections (American Memory)//DTD ammem.dtd//EN" [<!entity % images system "0089.ent"> %images;]>
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<teiheader type="text" creator="National Digital Library Program, Library of Congress" status="new" date.created="2007/07/05">
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<titlestmt><amid type="aggitemid">gcfr-0089</amid>
<title>Les Antilles fran&amp;ccedil;aises, particuli&amp;egrave;rement la Guadelopue, depuis leur d&amp;eacute;couverte jusqu&apos;au 1er janvier 1823.: a machine-readable transcription.</title>
<amcol><amcolname></amcolname><amcolid type="aggid">gcfr</amcolid></amcol>
<respstmt><resp>Selected and converted.</resp><name>American Memory, Library of Congress.</name>
</respstmt></titlestmt><publicationstmt>
<p>Washington, DC, 2007.</p>
<p>Preceding element provides place and date of transcription only.</p>
<p>For more information about this text and this American Memory collection, refer to accompanying matter.</p>
</publicationstmt><sourcedesc><lccn>   02013766 </lccn>
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<copyright>Copyright status not determined; refer to accompanying matter.</copyright>
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<p>The National Digital Library Program at the Library of Congress makes digitized historical materials available for education and scholarship.</p>
</projectdesc><editorialdecl>
<p>This transcription captured with optical character recognition technology is not intended to reproduce the appearance of the original work. The accompanying images provide a facsimile of this work and represent the appearance of the original.</p></editorialdecl>
<encodingdate>2007/07/05</encodingdate><revdate></revdate></encodingdesc>
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<text type="publication">
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<head>Title Section.</head>
<pageinfo>
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1
</controlpgno>
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</printpgno>
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<p>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0002">
2
</controlpgno>
<printpgno>

</printpgno>
</pageinfo>
<p>
Atftik  <lb>
20661  <lb>
iî&apos;Wti*-&quot;<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0003">
3
</controlpgno>
<printpgno>

</printpgno>
</pageinfo>
<p>
\            ^  <lb>
\-A ;*. \  <lb>
\  <lb>
LES  <lb>
ANTILLES   FRANÇAISES,  <lb>
PARTICULIÈREMENT  <lb>
LA GUADELOUPE,  <lb>
DEPUIS LEUR DÉCOUVERTE JUSQU&apos;AU   i&quot; JANVIER   1823..<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0004">
4
</controlpgno>
<printpgno>

</printpgno>
</pageinfo>
<p>

</p>
<p>
<lb>
/&gt;*&apos;  <lb>
m /no*  <lb>
)0«  <lb>
&apos;/- /eyrc/**  <lb>
IMPRIMERIE DE  CONSTANT-CHANTPIE,  <lb>
Rue Sainte-Anne, n&quot; 20.  <lb>
&apos;f 2 0.^*3  <lb>
%r\  <lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0005">
5
</controlpgno>
<printpgno>

</printpgno>
</pageinfo>
<p>
LES  <lb>
ANTILLES   FRANÇAISES,  <lb>
PARTICULIEREMESl  <lb>
LA GUADELOUPE,  <lb>
DEPUIS LEUR DÉCOUVERTE JUSQU&apos;AU  I&quot;  JANVIER 1823;  <lb>
PAR  <lb>
Le colone-c BOYER-PEYRELEAU (Eugène-Edouard).  <lb>
&apos;A. /RAGE    ORNÉ*    D&apos;UNE    CARTE    NOUVELLE   DE    LA   GUADELOUPE   ET   DE  <lb>
QUATORZE   TABLEAUX    STATISTIQUES.  <lb>
Nos colonies des îles Antilles sont admirables:  <lb>
elles ont des objets de commerce que nous n&apos;a- v  <lb>
vons ni ne pouvons avoit ; elles manquent de ce  <lb>
qui fait l&apos;objet du nôtre.  <lb>
Esprit det Lois, *«-. ai, chap. ar.  <lb>
TOME PREMIER.  <lb>
PARIS,  <lb>
A LA LIBRAIRIE DE BRISSOT-THIVARS,  <lb>
Rue Richelieu, n&quot; 72.  <lb>
i8a3.           (^  <lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0006">
6
</controlpgno>
<printpgno>

</printpgno>
</pageinfo>
<p>
</p>
</div>
<div id="a0007">
<head>Avant-Propos.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0007">
7
</controlpgno>
<printpgno>
i
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
¦WW\rV WV V\f\VW%WW\/w\!\r\lW&gt;)WVVW\rV)l VVVV-&apos;-&apos;VVl&apos;VVVVX&apos;VV WW wwi \VVVVV Wb*t\\VVVVV\VVVVVVVVV  <lb>
AVANT-PROPOS.  <lb>
Il n&apos;existe aucune histoire moderne de la  <lb>
Guadeloupe. Considérée comme étant d&apos;une  <lb>
importance secondaire, et trop long-temps  <lb>
soumise à la Martinique, quoique plus con-  <lb>
sidérable qu&apos;elle, cette île n&apos;est encore que  <lb>
très-imparfaitement connue.  <lb>
Le plus ancien historien des Antilles, Du-  <lb>
tertre, ne parle des premiers établissemens  <lb>
de la Guadeloupe que jusqu&apos;en x665.  <lb>
Labat, venu après lui, mais sujet à de fré-  <lb>
quens anacronismes, doit être consulté avec  <lb>
circonspection. La première édition de son  <lb>
ouvrage est la moins inexacte ; il le publia en  <lb>
1724, â La Haye, en 2 vol. in-40 j mais les fa-  <lb>
milles intéressées à ses récits l&apos;ont fait presque  <lb>
entièrement disparaître. Celle de Paris, en<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0008">
8
</controlpgno>
<printpgno>
ii
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
II  <lb>
8 vol. in-12, est la seule que l&apos;on trouve à la  <lb>
Bibliothèque royale; elle parut en 1742.  <lb>
Beaucoup de faits y sont dénaturés et présen-  <lb>
tés sous un faux jour.  <lb>
L&apos;histoire philosophique et politique, de  <lb>
Raynal, ne va pas au-delà de l&apos;année 1780 ,  <lb>
et ne renferme que peu de détails sur la Gua-  <lb>
deloupe*  <lb>
Cependant, l&apos;importance de cette colonie,  <lb>
les événemens dont elle a été le théâtre, de-  <lb>
puis quarante ans ; les avantages &apos;qu&apos;on en  <lb>
peut retirer; les ressources qu&apos;elle offre à la  <lb>
navigation et au commerce, méritent de fixer  <lb>
les regards de la France et l&apos;attention du gou-  <lb>
vernement.  <lb>
Après Saint-Domingue, la Guadeloupe est  <lb>
de toutes les Antilles celle qui a le plus souf-  <lb>
fert de la tourmente révolutionnaire. Dans  <lb>
l&apos;une et l&apos;autre île, les malheurs de cette pé-  <lb>
riode convulsive furent provoqués par ceux-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0009">
9
</controlpgno>
<printpgno>
iii
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
Ill  <lb>
là même qui auraient dû les en garantir, et  <lb>
si, comme la reine de l&apos;archipel américain ,  <lb>
la Guadeloupe n&apos;est pas perdue pour nous,  <lb>
c&apos;est que son attachement immuable à la  <lb>
France, son aversion pour les Anglais, n&apos;ont  <lb>
jamais permis à un Toussaint Louverture, à  <lb>
un Christophe de l&apos;asservir.  <lb>
Les colonies françaises des Antilles ont une  <lb>
origine commune. Le climat de ces îles, leurs  <lb>
produits, leur population, leurs lois sont les  <lb>
mêmes. Les progrès de leurs cultures , leurs  <lb>
richesses, leur prospérité, leurs revers ont  <lb>
presque toujours dépendu de l&apos;influence et  <lb>
des exemples qu&apos;elles ont reçus les unes des  <lb>
autres.  <lb>
Il est difficile, en écrivant l&apos;histoire de ces  <lb>
îles, d&apos;isoler la Guadeloupe et de ne pas la con-  <lb>
sidérer comme faisant partie d&apos;une association  <lb>
régie par le même système.  <lb>
L&apos;auteur de Y Histoire des Antilles Fran-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0010">
10
</controlpgno>
<printpgno>
iv
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
IV  <lb>
çaises a fait trois fois le trajet de France ou  <lb>
d&apos;Angleterre aux îles du vent ; il a été em-  <lb>
ployé, de 1802 à 1809, à la Martinique, en  <lb>
qualité d&apos;aide-de-camp, chef d&apos;état-major, d&apos;un  <lb>
des plus respectables gouverneurs qu&apos;ait eus  <lb>
cette colonie, l&apos;amiral Villaret de Joyeuse.  <lb>
Les diverses missions qui lui ont été con-  <lb>
fiées , pendant cet espace de temps, lui ont  <lb>
permis d&apos;explorer la côte ferme, depuis les  <lb>
bouches de l&apos;Orénoque jusqu&apos;à Carthagène;  <lb>
de visiter les Açores , plusieurs colonies an-  <lb>
glaises , hollandaises, portugaises et espagnoles.  <lb>
Il fut chargé, en 1^14, de faire, comme com-  <lb>
missaire du Roi et gouverneur, par interim,  <lb>
la reprise de possession de la Guadeloupe,  <lb>
dont il avait été nommé commandant en se-  <lb>
cond.  <lb>
Dans le cours de ses voyages, et durant un  <lb>
séjour de huit années, il a recueilli un grand  <lb>
nombre de notes, de renseignemens et d&apos;ob-  <lb>
r<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0011">
11
</controlpgno>
<printpgno>
v
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
V  <lb>
servations sur les Antilles ; et depuis son re-  <lb>
tour en France il s&apos;est procuré tous les ouvra-  <lb>
ges qui ont paru sur les colonies. .Des manus-  <lb>
crits précieux lui ont été confiés. Il a fouillé  <lb>
dans les archives, dans les dépôts, et s&apos;est as-  <lb>
suré, en consultant les documens les plus au-  <lb>
thentiques, de la justesse de ses observations  <lb>
et de l&apos;exactitude des résultats qu&apos;elles présen-  <lb>
tent.  <lb>
Sans prétendre satisfaire complètement la  <lb>
curiosité publique, ni le désir des hommes  <lb>
d&apos;état, qui cherchent dans les ouvrages de ce  <lb>
genre les notions nécessaires pour apprécier, à  <lb>
leur juste valeur, l&apos;importance de nos colonies  <lb>
d&apos;Amérique et les- rapports qui existent ou  <lb>
doivent exister entre elles et la métropole,  <lb>
on peut affirmer que l&apos;histoire qu&apos;il publie  <lb>
est celle qui renferme le plus de détails  <lb>
exacts, de faits certains et d&apos;observations in-  <lb>
téressantes sur le système colonial.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0012">
12
</controlpgno>
<printpgno>
vi
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
VI  <lb>
Élevé dans les camps, l&apos;auteur n&apos;a aucune  <lb>
prétention aux palmes littéraires. L&apos;élégance  <lb>
du style et la magie des couleurs, l&apos;emploi des  <lb>
métaphores et des images lui sont étrangers.  <lb>
On ne trouvera dans son livre aucune de ces  <lb>
peintures touchantes qui émeuvent la sensi-  <lb>
bilité ou frappent les imaginations vives. Il  <lb>
n&apos;a voulu offrir à ses lecteurs que des vérités  <lb>
et des faits utiles, observés sur les lieux, au  <lb>
foyer même des événemens, et exposés avec  <lb>
toute la franchise d&apos;un soldat, dont aucune  <lb>
considération ne peut voiler la pensée. Ses  <lb>
malheurs l&apos;ont mis au-dessus de toutes les ti-  <lb>
mides condescendances, ils seront ses meil-  <lb>
leurs titres à l&apos;indulgenée de ses compatriotes  <lb>
et de ses anciens frères d&apos;armes*  <lb>
Le premier volume est composé d&apos;une in-  <lb>
troduction renfermant le tableau physique et  <lb>
moral des Antilles, l&apos;histoire de la traite des  <lb>
noirs, l&apos;aperçu des établissemens des Anglais<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0013">
13
</controlpgno>
<printpgno>
vii
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
VII  <lb>
en Afrique , et de leur politique , l&apos;état pré-  <lb>
sent des colonies françaises, et les améliora-  <lb>
tions dont elles sont encore susceptibles 5  <lb>
De la statistique de la Guadeloupe et des  <lb>
îles qui en dépendent ;  <lb>
De deux chapitres sur le gouvernement co-  <lb>
lonial, sur la justice, la police, les tribunaux,  <lb>
les dettes des colonies, et de la carie delà  <lb>
Guadeloupe , dressée, en 1822, sur les docu-  <lb>
mens topographiques les plus exacts.  <lb>
Le second volume comprendra : neuf cha-  <lb>
pitres sur la religion et le clergé, la popula-  <lb>
tion , la culture , le commerce , les finances,  <lb>
les monnaies , l&apos;état militaire, les milices, les  <lb>
gardes nationales et le système de défense ;  <lb>
le tableau politique des premiers établisse-  <lb>
mens formés aux Antilles, et l&apos;histoire des  <lb>
îles françaises, particulièrement de la Guade-  <lb>
loupe , jusqu&apos;en 1794? avec une notice statis-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0014">
14
</controlpgno>
<printpgno>
viii
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
vin  <lb>
tique sur chacune des îles étrangères dont il  <lb>
est. fait mention dans le récit.  <lb>
Le troisième volume contiendra la suite de  <lb>
l&apos;histoire politique de la Guadeloupe jusqu&apos;en  <lb>
janvier 1823.  <lb>
L&apos;auteur, sans négliger aucun détail curieux  <lb>
ou important, a eu l&apos;attention scrupuleuse de  <lb>
ne hasarder aucun fait ; les hommes et les  <lb>
choses y sont traités sans passion r, tout ce qui  <lb>
les touche est appuyé sur des pièces authen-  <lb>
tiques.  <lb>
FIN DE LAVANT-PROPOS.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0015">
<head>Introduction.&amp;mdash;Etat physique et moral des Antilles.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0015">
15
</controlpgno>
<printpgno>
0001
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
*V*iAJ&apos;V\VV\\V\%VVV«VVVVVVV&gt;W VVV V*t^*«Arv                                                                                               VVVVW&apos;VVM^&apos;VM&apos;VVV  <lb>
INTRODUCTION.  <lb>
Etat physique et moral des Antilles.  <lb>
SOMMAIRE.  <lb>
Des colonies.   Archipel des Antilles.   Leur climat.   Fièvre  <lb>
jaune.   Tableau de la Flore, de la zoologie et des divers  <lb>
habitans que ces îles ont eus jusqu&apos;ici.   Constitution coloniale  <lb>
de la France et de l&apos;Angleterre.   Histoire de la traite des  <lb>
noirs.   Tentatives de l&apos;Angleterre sur l&apos;Afrique ; sa politique.  <lb>
   État actuel de la Guadeloupe et de la Martinique j amélio-  <lb>
ration dont elles sont encore susceptibles.  <lb>
Depuis la fin du quinzième siècle, le commerce  <lb>
 de l&apos;Europe et une grande partie de son système  <lb>
d&apos;économie politique ont été tellement liés à l&apos;exis-  <lb>
tence des colonies, que l&apos;histoire de ces dernières  <lb>
devient une partie inséparable de celle de l&apos;Europe  <lb>
moderne. L&apos;ouvrage que Raynal nous a laissé,  <lb>
quoique renfermant des erreurs et beaucoup de dé-  <lb>
I.                                                 i<lb>
</p>
</div>
<div id="a0016">
<head>Des Colonies en g&amp;eacute;n&amp;eacute;ral.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0016">
16
</controlpgno>
<printpgno>
0002
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
O)  <lb>
clamations, est encore le pkts^ complet et le plus  <lb>
important que nous ayons sur cet objet. Mais que  <lb>
d&apos;événemens se sont succédés aux colonies depuis  <lb>
l&apos;époque où il cessa d&apos;écrire (1780), et combien la  <lb>
route qu&apos;il a tracée est devenue difficile après lui !  <lb>
En attendant qu&apos;on veuille le suivre dans la car-  <lb>
rière immense qu&apos;il a parcourue, nous allons es-  <lb>
sayer de recueillir quelques matériaux qui pourront  <lb>
servir plus tard à l&apos;histoire générale des colonies,  <lb>
et que nous ferons précéder d&apos;un aperçu rapide des  <lb>
Antilles.  <lb>
COLONIES  EN   GÉNÉRAL.  <lb>
Les Européens ont donné le nom de colonies aux  <lb>
établissemens de toute espèce qu&apos;ils ont fondés  <lb>
dans les autres parties du monde. La différence  <lb>
de leur objet et de leur nature les fit distinguer en  <lb>
colonies agricoles , celles qui ont pour but de met-  <lb>
tre les terres en valeur ; en colonies de planta-  <lb>
tions , celles destinées à des produits pour l&apos;Europé-  <lb>
en colonies d&apos;exploitation de mines, celles pour  <lb>
l&apos;extraction des métaux * et en colonies de commerce,  <lb>
celles où l&apos;on ne s&apos;adonne qu&apos;au trafic des produits  <lb>
du sol ou de l&apos;industrie.  <lb>
Les Antilles , qu&apos;on occupa d&apos;abord au hasard,  <lb>
et où l&apos;on s&apos;établit ensuite, sans apprécier leur uti-  <lb>
lité , ne tardèrent pas à devenir des colonies de la  <lb>
plus haute importance. Comme elles n&apos;ont aujour-  <lb>
d&apos;hui qu&apos;un même but, elles sont toutes compri-<lb>
</p>
</div>
<div id="a0017">
<head>De l&amp;apos;archipel des Antilles.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0017">
17
</controlpgno>
<printpgno>
0003
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3)  <lb>
ses dans une seule classe , celle des planteurs, dont  <lb>
les propriétés ne sont consacrées qu&apos;à des produits,  <lb>
autrefois de luxe, et que l&apos;usage a rendus nécessai-  <lb>
res à l&apos;Europe. Leur exploitation est basée sur le  <lb>
travail des esclaves, et la valeur de leurs produc-  <lb>
tions est proportionnée aux besoins des consomma-  <lb>
teurs et aux facilités que le commerce procure à  <lb>
leur écoulement. Ces établissemens ne sont, à l&apos;é-  <lb>
gard de leur métropole, que des espèces de fabri-  <lb>
ques dont les produits l&apos;enrichissent, accroissent  <lb>
sa puissance et la vivifient, tandis qu&apos;en échange  <lb>
elles reçoivent et consomment les produits de ses  <lb>
manufactures et les fruits de sa propre culture.  <lb>
Cette réciprocité de communications et de besoins,  <lb>
a porté le commerce national au-delà de ses bornes  <lb>
premières, et lui conserve un principe d&apos;action  <lb>
qui ne dépend ni de la concurrence des étrangers ,  <lb>
ni des prohibitions. Ainsi, assurer à ces établis-  <lb>
semens un ordre favorable à leur exploitation ,  <lb>
les pourvoir de tout ce qu&apos;ils ont besoin de tirer du  <lb>
dehors, régler la marche des échanges et les pro-  <lb>
téger contre tout ennemi extérieur et intérieur, tel  <lb>
est l&apos;objet des gouvernemens à l&apos;égard de leurs co-  <lb>
lonies.  <lb>
L&apos;archipel des Antilles, le plus nombreux et le  <lb>
plus riche que renferme l&apos;océan occidental, est  <lb>
situé entre les deux continens de l&apos;Amérique , de-  <lb>
puis le 10e jusqu&apos;au 25e degré de latitude nord, et  <lb>
entre le 62e ct le 85e   degré de longitude ouest,  <lb>
1<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0018">
18
</controlpgno>
<printpgno>
0004
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(4)  <lb>
méridien de Paris. Les 5Go îles ou îlots qui le com-  <lb>
posent, paraissent être des débris de ces continens,  <lb>
morcelés par les irruptions de la mer qui les travaille  <lb>
au dehors, et par l&apos;action du feu qui les mine au-  <lb>
dedans. lis forment une chaîne semi-circulaire qui  <lb>
part du rivage de la Floride, dans l&apos;Amérique sep-  <lb>
tentrionale, et va se terminer au golfe de Mara-  <lb>
caybo, dans l&apos;Amérique méridionale.  <lb>
On leur donna le nom à&apos;Ant-Iles, ante insul ,  <lb>
qu&apos;on écrit maintenant Antilles, pour désigner leur  <lb>
posilion en avant du Nouveau-Monde (i). Les An-  <lb>
glais les appellent Indes-Occidentales, West-In-  <lb>
dies , pour les distinguer des Indes-ôrientaies.  <lb>
Les Espagnols les divisèrent en îles du vent et  <lb>
sous le vent, bar lo vento et soto vento. Les Fran-  <lb>
çais ont adopté cette division , et les quatre plus  <lb>
considérables de ces îles , Cuba, la Jamaïque,  <lb>
Saint-Domingue, et Porto-Rico, situées dans le  <lb>
nord-ouest, ont toujours élé connues sous le nom  <lb>
tïfles sous le vent, ou Grandes Antilles* on dé-  <lb>
signe par celui d&apos;îles du pent, ou Petites Antilles ,  <lb>
les îles Caraïbes qui sont plus à l&apos;est, parce que les  <lb>
vents d&apos;est ou alises (2) qui ne discontinuent pas de  <lb>
(1)  Dutertre dit que ce nom a pu leur venir de l&apos;île An-  <lb>
lillia qu&apos;on suppose avoir existé dans la mer Atlantique; mais  <lb>
c&apos;est sans fondement.  <lb>
(2)  De l&apos;ancien mot francai-- atis, qui signifiait uni, ôgal,  <lb>
en effet, ce vent est le plus égal que Ton connaisse.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0019">
<head>Bapt&amp;euml;me de Tropique.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0019">
19
</controlpgno>
<printpgno>
0005
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(5)  <lb>
 souffler dans ces parages, sont les seuls par lesquels  <lb>
on y arrive.  <lb>
Les Anglais font terminer les îles du vent à la  <lb>
Martinique, et appellent îles sous le vent, toutes  <lb>
celles qui s&apos;étendent de la Martinique à Porto-  <lb>
Rico.  <lb>
Cet archipel, placé dans la zone immense d&apos;en-  <lb>
viron 70 degrés que l&apos;équateur partage par le mi-  <lb>
lieu, occupe la partie de cette zone qui est entre  <lb>
le tropique dtt cancer et la ligne équinoxialc. Les  <lb>
rayons du soleil y tombent perpendiculairement*,  <lb>
il ne s&apos;en éloigne au plus que de 3o° 5o&apos;, ce qui,  <lb>
rend le climat brûlant, à quelques différences près ,  <lb>
produites par des causes accidentelles.  <lb>
BAPTÊME  DU  TROPIQUE.  <lb>
On crut long-temps que cette zone était inhabita-  <lb>
ble; aussi les premiers navigateurs qui hasardèrent  <lb>
d&apos;y pénétrer, célébrèrent-ils cette entrée comme  <lb>
une régénération à une existence nouvelle, par al-  <lb>
lusion au baptême des chrétiens. C&apos;est ainsi que fut  <lb>
établi le baptême du tropique, que les marins ont  <lb>
grand soin de perpétuer, aimant à faire rendre cet  <lb>
hommage au trident rie Neptune, comme au scep-  <lb>
tre, du monde (1).  <lb>
(1) Tout Européen qui pa--.se pour la première fois le  tro-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0020">
20
</controlpgno>
<printpgno>
0006
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(6)  <lb>
&apos;DE LA TEMPÉRATURE.  <lb>
La température n&apos;est cependant pas aussi ardente  <lb>
qu&apos;on pourrait se l&apos;imaginer, et d&apos;après la situation  <lb>
de ces îles, le point du jour est, dans tous les  <lb>
temps , le moment où la chaleur est la moins forte.  <lb>
Le thermomètre de Réaumur, placé à l&apos;ombre et en  <lb>
pique du cancer, est obligé de se soumettre au baptême  <lb>
du bonhome tropique, cérémonie aussi plaisante que bizarre,  <lb>
dont le privilège appartient aux matelots seuls, à cause du  <lb>
profit de bien venue qu&apos;il leur rapporte. Le jour du passage,  <lb>
c&apos;est-à-dire le jour où l&apos;on franchit le a3&quot; degré, 28 minutes  <lb>
de latitude septentrionale, des matelots, grotesquement dé-  <lb>
guisés et barbouillés, représentant Neptune, sa cour et tous  <lb>
ses attributs, hèlent le navire du haut de la hune, s&apos;informent  <lb>
s&apos;il a déjà passé le tropique, et si parmi l&apos;équipage ou les pas-  <lb>
sagers , il se trouve des personnes qui ne l&apos;ont pas encore pas-  <lb>
sé. Sur la réponse de l&apos;officier de quart, ils descendent sur  <lb>
le pont où tout est préparé pour le baptême. Le capitaine leur fait  <lb>
une offrande pécuniaire pour son bâtiment, car les navires  <lb>
sont baptisés une fois comme les hommes, et chaque néo-  <lb>
phyte reçoit une légère aspersion d&apos;eau de mer, s&apos;il s&apos;exécute  <lb>
de bonne grâce pour cette offrande. Les moins généreux sont  <lb>
plongés dans une cuve pleine d&apos;eau et aspergés à pleins sceaux.  <lb>
La cérémonie finit toujours par des jeux qui font une agréable  <lb>
diversion à la monotonie de la navigation.  <lb>
Le baptême du tropique n&apos;exempte pas de celui de la ligne  <lb>
équinoxiale qu&apos;il faut également subir une fois. (Extrai-t du  <lb>
père Dutertre. )<lb>
</p>
</div>
<div id="a0021">
<head>Temp&amp;eacute;rature, vents, saisons, hivernage, pluies.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0021">
21
</controlpgno>
<printpgno>
0007
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(7 )  <lb>
plein air, est alors , suivant la saison, entre le i8*  <lb>
et le 22e degré; on l&apos;a même vu descendre jusqu&apos;au  <lb>
16% et dans ce cas, le froid est sensible pour les  <lb>
créoles.  <lb>
A mesure que le soleil monte sur l&apos;horizon et  <lb>
s&apos;avance vers le méridien, la chaleur augmente , le  <lb>
thermomètre monte aussi jusqu&apos;à une et deux heures  <lb>
après midi, où elle parvient à son plus haut pé-  <lb>
riode ; elle diminue peu à peu et suit le déclin du  <lb>
jour.  <lb>
Lorsque la chaleur est de 25 à 24 degrés, terme  <lb>
moyen, elle est douce et supportable; au 25e et  <lb>
au 26e degrés, elle est vive, commence à devenir  <lb>
importune, et lorsqu&apos;elle est plus forte, elle déve-  <lb>
loppe les symptômes de la fièvre jaune. Dans l&apos;hi-  <lb>
vernage, quand elle atteint le 27e et le 28&apos; degrés ,  <lb>
elle est étouffante , et produit un malaise général;  <lb>
on l&apos;a cependant vue aller jusqu&apos;à 29 degrés (1).  <lb>
VENTS.  <lb>
La chaleur est toujours tempérée par les vents  <lb>
(1) Des observations faites à la Basse-Terre (Guadeloupe), en  <lb>
1814, chaque jour à midi, avec des instrumens placés à l&apos;om-  <lb>
bre, et dans un courant d&apos;air, depuis le 15 octobre jusqu&apos;au  <lb>
3o novembre, ont donné les résultats suivan9 :  <lb>
Hauteur du thermomètre de Re&apos;aumur.                     Du baromètre.  <lb>
Minimum .  . .  .  210 5o..........28 1/2  <lb>
Moyen......23. »......., . . 29 ».  <lb>
Maximum .... 24.  5o..........29 02.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0022">
22
</controlpgno>
<printpgno>
0008
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(8)  <lb>
d&apos;est ou alises, qui , après avoir traversé les sables  <lb>
brûlans de l&apos;Afrique, se rafraîchissent en rasant la  <lb>
surface de la mer, et viennent faire éprouver aux  <lb>
Antilles leur douce influence. Ces vents, qu&apos;on ap-  <lb>
pelle brise de mer, soufflent chaque matin, s&apos;ac-  <lb>
croissent à mesure que le soleil monte sur l&apos;hori-  <lb>
zon, et tombent tout-à-fait vers le soir; ensorte  <lb>
que plus le soleil est élevé, plus le vent a de fraî-  <lb>
cheur. L&apos;air qui reflue le soir et pendant la nuit de  <lb>
l&apos;ouest vers l&apos;est, appelé brise de terre, et la rosée  <lb>
abondante que cette brise fait tomber, procurent  <lb>
la fraîcheur des soirées et des nuits.  <lb>
On avait cru que ce vent d&apos;est étaitl&apos;effet de la rota-  <lb>
tion de la terre, nécessairement plus rapide à son  <lb>
centre que vers ses pôles, et de la chaleur du soleil  <lb>
qui raréfie l&apos;air, et le porte à l&apos;ouest à mesure que  <lb>
la terre avance vers l&apos;est. Mais les nombreuses irré-  <lb>
gularités des vents alises, démontrent qu&apos;il n&apos;est  <lb>
pas produit par le mouvement toujours uniforme  <lb>
de la terre : la cause de ce phénomène est encore  <lb>
inconnue.  <lb>
Les vents d&apos;est qui se rapprochent plus ou moins  <lb>
du nord, depuis la fin d&apos;octobre jusqu&apos;à la fin de  <lb>
février, entretiennent la salubrité de l&apos;air pendant  <lb>
l«ur règne , et ce règne n&apos;est interrompu que dans  <lb>
les trois mois de l&apos;hivernage , par les vents passa-  <lb>
gers du sud et de l&apos;ouest. Ce dernier, quoique le  <lb>
plus rare, fait respirer un air tiède, comme le vent  <lb>
brûlant et orageux du sud, et son effet est aussi ac-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0023">
23
</controlpgno>
<printpgno>
0009
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(9)  <lb>
câblant que celui du siroco à Venise. Toutefois&apos;,  <lb>
les moyens de s&apos;en préserver sont faciles et doux,  <lb>
tandis que ceux qu&apos;on emploie ailleurs contre la ri-  <lb>
gueur du froid sont pénibles et impuissans.  <lb>
SAISONS.  <lb>
On ne connaît aux Antilles que deux saisons bien  <lb>
marquées : la saison sèche qui commence à la fin  <lb>
d&apos;octobre et dure jusqu&apos;en avril, et la saison des  <lb>
pluies ; ces pluies, légères et fécondes en avril et  <lb>
mai, sont diluviennes en août et jusqu&apos;en octobre.  <lb>
Lorsque les terres sont brûlées et crevassées par la  <lb>
sécheresse, les bénignes ondées , qui varient de la  <lb>
fin de mars au mois de mai, tombant par grains (i)  <lb>
vers le milieu du jour, ont bientôt ravivé ce sol aride  <lb>
par une végétation rapide et abondante. Le thermo-  <lb>
mètre est alors du 19e au 20*; quand ces ondées ont  <lb>
cessé, la chaleur devient excessive, et de 20 degrés  <lb>
où elle était le matin, elle monte à 270 à midi, et an-  <lb>
nonce le temps orageux et redouté de Y hivernage,  <lb>
qui commence à la mi-juillet ct finit à la mi-octobre.  <lb>
L&apos;hiver, qui en Europe est la saison des glaces et  <lb>
des frimats, l&apos;est, dans cette région tropicale, des  <lb>
(1) On nomme grain de pluie dans les Antilles, une pluie  <lb>
d&apos;orage qui dure une demi-heure, ou une heure au plus, et  <lb>
qui tombe presque tous les jours vers midi, en avril ou en  <lb>
mai, c&apos;est ce qu&apos;on appelle le* pluies du printemps.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0024">
24
</controlpgno>
<printpgno>
0010
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( &quot;&gt;)  <lb>
pluies et des chaleurs étouffantes. Aussi a-t-il pres-  <lb>
que toujours pour cortège des maladies meurtrières  <lb>
pour les hommes , les bestiaux et les plantes , et le  <lb>
désordre des élémens qu&apos;il bouleverse d&apos;une ma-  <lb>
nière effrayante. C&apos;est alors que le tonnerre gronde  <lb>
d&apos;un bout à l&apos;autre de l&apos;horizon, et que les tremble-  <lb>
mens de terre, les raz de marée et les ouragans vien-  <lb>
nent effrayer les hommes et ravager le sol. Le ther-  <lb>
momètre atteint, pendant l&apos;hivernage, le maximum  <lb>
de sa hauteur, 280 et 2g0. Les vents soufflent de l&apos;hé-  <lb>
misphère austral, et chassent devant eux des essaims  <lb>
d&apos;oiseaux et des nuages condensés sur les bords va-  <lb>
seux de l&apos;Amazone et de l&apos;Orenoque. Ces nuages,  <lb>
arrêtés par les montagnes et les bois des Antilles ,  <lb>
les inondent, pendant ces trois mois, de torrens  <lb>
de pluies.  <lb>
PLUIES.  <lb>
On estime que l&apos;eau qui tombe à Paris, s&apos;élève,  <lb>
année commune, à 18 pouces; dans les colonies, il  <lb>
en tombe i5o et jusqu&apos;à 35o pouces sur les mon-  <lb>
tagnes , tandis que la plupart des plaines n&apos;en re-  <lb>
çoivent guère que 5o pouces ; souvent même le  <lb>
quart de cette quantité tombe en un seul jour et  <lb>
par un seul orage (1). Aussi rien n&apos;approche des  <lb>
ravages et des dégradations qu&apos;elles occasionent,  <lb>
(1) Barré de Saint-Venant, page 174*<lb>
</p>
</div>
<div id="a0025">
<head>Raz-de-mar&amp;eacute;e, tremblemens de terre, ouragans.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0025">
25
</controlpgno>
<printpgno>
0011
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( » )  <lb>
surtout dans les terres situées sur le penchant des  <lb>
mornes. Mais si les torrens soudains détruisent, ils  <lb>
créent souvent ; c&apos;est à eux que sont dues les plaines  <lb>
d&apos;alluvion qui offrent les plus riches cultures.  <lb>
RAZ  DE  MARÉE.  <lb>
Dans les raz de marée, la mer, violemment agi-  <lb>
tée dans son intérieur, s&apos;élève à une hauteur con-  <lb>
sidérable, vient se briser avec force sur les côtes  <lb>
qu&apos;elle submerge et y exerce des ravages qui for-  <lb>
ment un contraste frappant avec la tranquillité ap-  <lb>
parente de l&apos;atmosphère. Ce phénomène n&apos;a lieu  <lb>
que lorsque les vents de l&apos;ouest ou du sud régnent;  <lb>
mais ce n&apos;est pas seulement quand ils soufflent  <lb>
avec violence ni lorsque les flots sont soulevés par  <lb>
la tempête. Les navires qui se trouvent alors près  <lb>
des côtes ou dans les rades foraines, chassent sur  <lb>
leurs ancres, sont entraînés, malgré la bonté des  <lb>
mouillages, et viennent se perdre sur les rochers  <lb>
du rivage, s&apos;ils n&apos;ont pu prévenir le danger en ga-  <lb>
gnant le large dès les premiers instans de l&apos;agitation  <lb>
des flots. Les raz de marée sont fréquens, princi-  <lb>
palement pendant l&apos;hivernage. On a voulu les attri-  <lb>
buer à l&apos;action de la lune, mais cette hypothèse  <lb>
n&apos;est fondée sur aucun calcul certain, et leur cause  <lb>
n&apos;est pas mieux connue que celle du flux et du re-  <lb>
flux, qui est presque insensible aux Antilles , tan-  <lb>
dis que sous les mêmes parallèles, à la côte de Gui-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0026">
26
</controlpgno>
<printpgno>
0012
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 13)  <lb>
née, et sur celles de la mer rouge, il es\ très-  <lb>
remarquable.  <lb>
TREMBLEMENS  DE  TERRE.  <lb>
Les Antilles sont sujettes à de fréquens tremble-  <lb>
mens de terre. Il n&apos;y a pas d&apos;île qui ne conserve le  <lb>
souvenir de quelques époques où elle en a éprouvé  <lb>
de désastreux. On parle plus particulièrement de  <lb>
celui de la Martinique, qui commença le 7 novem-  <lb>
bre 1727, don? les secousses durèrent trois jours,  <lb>
par intervalles, ébranlèrent ou renversèrent les pju$  <lb>
solides bàtimens,-et firent périr tous les cacaotiers  <lb>
de l&apos;île. Le ier npvernbre 1755, jour du fameux  <lb>
tremblement de terre de Lisbcmne, qui fut ressenti  <lb>
à la même heure en Afrique, et le long des côtes  <lb>
de l&apos;Océan, depuis Gibraltar jusqu&apos;en Danemarck,  <lb>
on qbserva aux Antilles qu&apos;au même instant, pen-  <lb>
dant le temps le plus calme, et à quatre minutes  <lb>
d&apos;intervalle de l&apos;ébranlement de Lisbonne, la mer  <lb>
monta considérablement, inonda toutes les côtes  <lb>
situées au vent, et plusieurs îles éprouvèrent des  <lb>
oscillations violentes , ce qui indiquerait un foyej;  <lb>
coromun sous la mer. Aujourd&apos;hui les fremblemens  <lb>
de terre se réduisent, à la Martinique et à la Gua-  <lb>
deloupe , à une ou deux secousses, dont on s&apos;aper-  <lb>
çoit à peine ; mais ils sont beaucoup plus forts à la  <lb>
Terre-Ferme. Eu 1797, la ville de Cumana, qui  <lb>
renferme quatorze mille habitans , fut aux trois<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0027">
27
</controlpgno>
<printpgno>
0013
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i3)  <lb>
quarts détruite par les secousses d&apos;un tremblement  <lb>
de terre. On connaît l&apos;effroyable catastrophe de  <lb>
celui qui, le 26 mars 1812, détruisit plus de la  <lb>
moitié delà florissante ville de Caracas, peuplée de  <lb>
quarante-cinq mille âmes. C&apos;était un Jeudi Saint,  <lb>
pendant qu&apos;on était aux offices ; six mille individus  <lb>
furent ensevelis sous les ruines des églises ou des  <lb>
casernes ; le gouvernement de Fenezuela fut privé  <lb>
delà plus grande partie du matériel de son armée,  <lb>
et ses meilleurs soldats furent presque tous en-  <lb>
gloutis. Un mois après, le 5o avril, le volcan de  <lb>
l&apos;île Saint-Vincent, à G lieues de Sainte-Lucie, fit  <lb>
une éruption dont les cendres obscurcirent l&apos;air à  <lb>
vingt lieues de distance, et dont la détonnation  <lb>
s&apos;entendit, au même instant, avec la même force  <lb>
et la même continuité, à plus de cent lieues dans  <lb>
les Antilles.  <lb>
OURAGANS.  <lb>
Quoique les raz de marée et les tremblemcns de  <lb>
terre surviennent isolément, ils escortent ordinai-  <lb>
rement ces coups de vent terribles qu&apos;on nomme ou-  <lb>
ragans. Ils n&apos;ont lieu que de la mi-juillet à la mi-  <lb>
octobre , temps ordinaire de l&apos;hivernage, et on les  <lb>
redoute comme les calamités les plus affreuses des  <lb>
Antilles. Le soleil qui, dans cette saison, passe  <lb>
perpendiculairement sur les îles, arrête le cours  <lb>
ordinaire des vents d&apos;est, tient en stagnation les  <lb>
nuages et produit cette explosion soudaine de vents<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0028">
28
</controlpgno>
<printpgno>
0014
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -4 )  <lb>
furieux, de torrcns de pluie, de tonnerre et d&apos;é-  <lb>
clairs , accompagnée d&apos;un gonflement épouvanta-  <lb>
ble des flots et d&apos;oscillations du sol. Rien ne ré-  <lb>
siste à l&apos;impétuosité des vents, et tous les lieux  <lb>
qu&apos;ils parcourent ne présentent que l&apos;image de la  <lb>
destruction. Ce qui ajoute à l&apos;horreur de ce boule-  <lb>
versement de la nature, est l&apos;immense quantité de  <lb>
pluie qui se précipite par nappes, comme si les ca-  <lb>
taractes du ciel étaient ouvertes. Tous les élémens  <lb>
paraissent vouloir se confondre pour replonger  <lb>
l&apos;univers dans le cahos. L&apos;ouragan est annoncé par  <lb>
les signes les plus effrayans : une obscurité pro-  <lb>
fonde enveloppe l&apos;horizon ; les nuages rassemblés,  <lb>
condensés , immobiles, semblent peser sur la terre;  <lb>
l&apos;atmosphère est accablant ; l&apos;air retentit du cri si-  <lb>
nistre des quadrupèdes ; le vol des oiseaux est rare  <lb>
et près de terre, ils semblent fuir le danger qui les  <lb>
menace; tout est morne, la nature entière paraît  <lb>
souffrir. Raynal a dit que les ouragans qui ont  <lb>
successivement bouleversé ces îles, venant tou-  <lb>
jours de la direction du continent espagnol, étaient  <lb>
produits par les vents engouffrés dans les gorges  <lb>
des Andes, qui aboutissent à Sainte-Marthe , mais  <lb>
les observations récentes et le tour du compas que  <lb>
les vents parcourent dans ces momens, tendent à  <lb>
démontrer que c&apos;est plutôt par une destruction su-  <lb>
bite et locale de l&apos;équilibre entre les divers élé-  <lb>
mens de l&apos;air atmosphérique. Si les ouragans traî-  <lb>
nent après eux la désolation et la famine, ils ont du<lb>
</p>
</div>
<div id="a0029">
<head>Ciel des Antilles, lever et coucher de soleil, humidit&amp;eacute;.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0029">
29
</controlpgno>
<printpgno>
0015
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(i5)  <lb>
moins la propriété d&apos;assainir l&apos;atmosphère, et d&apos;é-  <lb>
loigner , pour un temps , les miasmes morbifiques  <lb>
et contagieux.  <lb>
L&apos;époque de l&apos;hivernage passé, les vents d&apos;est  <lb>
reprennent leur cours; on respire un air pur et  <lb>
sain , la température n&apos;est plus si ardente, l&apos;atmos-  <lb>
phère est moins humide, le tonnerre ne gronde que  <lb>
rarement, et on n&apos;a plus à redouter les convulsions  <lb>
de la nature. Décembre , janvier , février et mars  <lb>
sont les mois les moins chauds de l&apos;année ; pendant  <lb>
ces quatre mois , le thermomètre ne varie que du  <lb>
18e au 20° degré dans sa moindre hauteur, et du  <lb>
22e au 24&apos; dans sa plus grande élévation. Cette  <lb>
saison, la plus éloignée des fortes chaleurs, est  <lb>
aussi la plus favorable pour aborder dans ces con-  <lb>
trées ; et l&apos;Européen doit avoir l&apos;attention de fixer  <lb>
son départ de préférence au mois de novembre, afin  <lb>
de pouvoir s&apos;acclimater avant les grandes chaleurs  <lb>
de l&apos;hivernage.  <lb>
Le ciel des Antilles est le plus radieux de la na-  <lb>
ture; celui d&apos;Italie,dans les beaux jours d&apos;été, peut  <lb>
seul en donner une idée.Durant la saison sèche, cette  <lb>
sérénité est continuelle , les nuages , peu fréquens,  <lb>
ne sont que passagers; constamment isolés, ils  <lb>
n&apos;occupent qu&apos;un point dans l&apos;espace du côté  <lb>
de l&apos;est, et sont toujours plus bas et plus denses  <lb>
qu&apos;en Europe. Le ciel n&apos;est voilé que momentané-  <lb>
ment , même pendant l&apos;hivernage, et ce n&apos;est ja-  <lb>
mais que durant très-peu d&apos;heures du jour ou de la<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0030">
30
</controlpgno>
<printpgno>
0016
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i6)  <lb>
nuit qu&apos;on y est privé de la vue du soleil ou des  <lb>
astres.  <lb>
LEVER ET COUCHER DU SOLEIL.  <lb>
Les jours sont à peu près égaux aux nuits toute  <lb>
l&apos;année (i). La différence de méridien entre ces  <lb>
îles et l&apos;Europe, en produit une de temps, qui est  <lb>
de 4 heures i5 minutes entre Paris et la Guade-  <lb>
loupe ; ensorteque quand il est midi à Paris, il n&apos;est  <lb>
encore que 7 heures 53 minutes à la Basse-Terre.  <lb>
HUMIDITÉ  DU  CLIMAT.  <lb>
Une plus grande dis parité existe entre leur climat.  <lb>
Celui d&apos;Europe est généralement sec, froid et sain;  <lb>
(1) A la Guadeloupe, on a vérifié, parles sinus sur le pôle  <lb>
de 16 degrés20 minutes de latitude, que le soleil se lève du  <lb>
1&quot; janvier au 20 mars, depuis 6 heures 28 minutes 4 se-  <lb>
condes, jusqu&apos;à 6 heures précises , et qu&apos;il se couche depuis 5  <lb>
heures 3i minutes 20 secondes, jusqu&apos;à 6 heures. Du 25 mars  <lb>
au 20 septembre, il se lève depuis 5 heures 5g minutes 4°&quot;  <lb>
secondes, jusqu&apos;à 5 heures 3o minutes 44 secondes&apos;, il se cou-  <lb>
che depuis 6 heures 12 secondes, jusqu&apos;à 6 heures 28 minutes  <lb>
44 secondes, et redescend jusqu&apos;à 6 heures. Du 25 septem-  <lb>
bre au 3i décembre, il se lève depuis 6 heures 1 minute iG  <lb>
secondes, jusqu&apos;à 6 heures 29 minutes 8 secondes, et se  <lb>
couche depuis 5 heures 58 minutes 44 secondes jusqu&apos;à 5  <lb>
heures 3o minutes 52 secondes.  <lb>
Il cn^jst de même à-peu-prês pour toutes les Antilles.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0031">
<head>Fi&amp;egrave;vre jaune.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0031">
31
</controlpgno>
<printpgno>
0017
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -7 )  <lb>
la combinaison de la chaleur et de l&apos;humidité de ce-  <lb>
lui des Antilles constitue leur insalubrité. Il se fait  <lb>
une immense evaporation dans les mers au milieu  <lb>
desquelles ces îles sont situées, et des vapeurs con-  <lb>
tinuelles y sont apportées par les vents d&apos;est, qui  <lb>
rasent la surface de la mer : ces vapeurs sont fa-  <lb>
cilement arrêtées par les montagnes élevées et boi-  <lb>
sées des îles ; en s&apos;y condensant, elles contribuent à  <lb>
faire de ces régions un pays pernicieux et redou-  <lb>
table, surtout aux Européens dont Je sang n&apos;a pas  <lb>
eu le temps de s&apos;appauvrir par uue longue transpi-  <lb>
ration.  <lb>
FIÈVRE  JAUNE.  <lb>
L&apos;influence de l&apos;humidité, réunie à l&apos;action cons-  <lb>
tante des feux du soleil , fait fermenter leur sang  <lb>
trop riche, gonfle et engorge leurs vaisseaux, et  <lb>
les rend victimes de la maladie la plus funeste des  <lb>
Antilles, le mal de Siam, ou fièvre jaune (i). Cette  <lb>
(i) On l&apos;appela, dans le principe, mal de Siam, parce que  <lb>
les premiers qui en furent atteints étaient de» marins venant de  <lb>
Siam: la jaunisse, qui provient d&apos;un épanchement de la bile  <lb>
dans le sang qu&apos;elle dissout, et qui couvre tout le corps de  <lb>
ceux qu&apos;elle attaque, lui a fuit donner le nom de fièvre jaune.  <lb>
D&apos;habiles médecins ont trop savamment décrit tous ses ef-  <lb>
fets, pour que nous nous permettions d&apos;en parler. Nous nous  <lb>
contenterons de dire , qu&apos;une expérience de huit années nous  <lb>
a bien fait reconnaître, dans cette maladie, une  influence  <lb>
I.                                                            2<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0032">
32
</controlpgno>
<printpgno>
0018
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(-8 )  <lb>
humidité est surtout pernicieuse la nuit, et nul ne  <lb>
s&apos;expose impunément à coucher au serein, ou à  <lb>
se mettre au travail un peu trop avant le lever, ou  <lb>
après le coucher du soleil. L&apos;effet de son union  <lb>
avec la chaleur est d&apos;amollir, relâcher et altérer les  <lb>
fibres, tant chez les hommes que chez les animaux,  <lb>
de les rendre paresseux, inertes, phlegmatiques, et  <lb>
de les réduire promptement à un état complet d&apos;a-  <lb>
tonie. En peu de temps, tout tombe dans le relâ-  <lb>
chement, au moral comme au physique. Non-seu-  <lb>
lement -l&apos;humidité décompose, corrompt tous les  <lb>
mets et toutes les viandes avec une étonnante ra-  <lb>
pidité , mais encore elle fait éclore des myriades  <lb>
d&apos;insectes de toutes les espèces qui deviennent un  <lb>
nouveau fléau pour les Européens. Son action est  <lb>
tellement corrosive, qu&apos;en très-peu de temps elle  <lb>
ronge par la rouille tous les métaux susceptibles  <lb>
de s&apos;oxider. Le bois d&apos;Europe le plus dur, le chêne,,  <lb>
ne lui oppose qu&apos;une résistance bien faible; tous les  <lb>
affûts de ce bois, envoyés de France à la Martini-  <lb>
épidémique sur les Européens, mais jamais un caractère con-  <lb>
tagieux, caria contagion n&apos;épargne personne, et non seule-  <lb>
ment beaucoup d&apos;Européens peuvent s&apos;y soustraire par une  <lb>
conduite sagement réglée, mais il n&apos;y a pas d&apos;exemple qu&apos;un  <lb>
créole, qui n&apos;est pas sorti des Antilles, en ait jamais été at-  <lb>
teint; il vit sain et sauf au milieu des victimes qu&apos;elle mois-  <lb>
sonne, et peut toucher et soigner impunément tous les ma-  <lb>
lades.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0033">
<head>&amp;Eacute;tablissement d&amp;apos;un d&amp;eacute;p&amp;ocirc;t des archives &amp;agrave; Versailles.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0033">
33
</controlpgno>
<printpgno>
0019
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( &apos;9)  <lb>
que et à la Guadeloupe , neufs , bien ferrés et bien  <lb>
conditionnés, tombaient en poussière, après avoir  <lb>
resté deux ans au plus en plein air aux batteries.  <lb>
Mais la nature qui répare toujours ses propres des-  <lb>
tructions , produit en abondance, dans les Antilles,  <lb>
une variété considérable de bois infiniment plus  <lb>
durs, plus forts , plus serrés que ceux d&apos;Europe , et  <lb>
propres à résister long-temps à l&apos;action désorgani-  <lb>
satrice de l&apos;humidité combinée avec la chaleur (i).  <lb>
(l)   ÉTABLISSEMENT DU DÉPÔT DES ARCHIVES, A VEBSAILLES  <lb>
Le gouvernement français, instruit par une longue expé-  <lb>
rience, que les actes et papiers publics des colonies, étaient ex-  <lb>
posés, par l&apos;effet du climat, à des causes de destruction telles  <lb>
que les archives d&apos;une génération se conservaient à peine pour  <lb>
la génération suivante, sans être altérées , ordonna, par un  <lb>
édit du mois de juin 1776, (Voirie code de la Martinique,  <lb>
vol. 3., pag. 260) d&apos;établir à Versailles un dépôt des Chartres  <lb>
des colonies, dépendant du ministère de la marine, pour la  <lb>
sûreté des papiers publics de toutes les colonies françaises  <lb>
d&apos;Amérique, d&apos;Afrique et d&apos;Asie. On envoya dans ce dépôt des  <lb>
expéditions légales et authentiques des registres de baptême,  <lb>
mariages et sépultures, des actes judiciaires et extra-judi-  <lb>
ciaires, concernant les personnes et les propriétés, le rele-  <lb>
vé des enregistremens des lois et ordonnances, des expédi-  <lb>
tions des j-èglemens des gouverneurs, intendans et conseils  <lb>
supérieurs, pour tout le temps passé, et pour l&apos;avenir. De-  <lb>
puis l&apos;enregistrement de cet édit, on continue d&apos;envoyer ré-  <lb>
gulièrement, à Versailles, des duplicata de tous ces actes. Le  <lb>
ministère y a déposé les registres de sa correspondance avec  <lb>
2<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0034">
34
</controlpgno>
<printpgno>
0020
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ao )  <lb>
Dans presque toutes les îles, il y a une grande  <lb>
quantité de roches et de rochers d&apos;une pierre bise  <lb>
gypsée, qui se taille aisément. U n&apos;y a point de car-  <lb>
rière de pierres de taille , très-dures, comme en  <lb>
Europe ; les maisons y sont construites en bois ou  <lb>
en moellons ; les jambages des ouvertures, leur  <lb>
couronnement, les pilastres et les entablemens  <lb>
sont faits, le plus ordinairement, en briques,  <lb>
toutes les maisons sont couvertes en essentes (î).  <lb>
On y fait de la chaux de ces mêmes moellons ,  <lb>
ou d&apos;une pierre marine blanche, qui est une es-  <lb>
pèce de corail très-abondant le long des côtes, que  <lb>
toutes les colonies ainsi que les anciens papiers qui y sont  <lb>
relatifs, afin que lespersonnes intéressées puissent y avoir re-  <lb>
cours au besoin, en s&apos;adressant au directeur du dépôt.  <lb>
Ce monument conservateur du repos des familles, d&apos;une par-  <lb>
tie de la gloire nationale, et de celle des citoyens, a été pré-  <lb>
servé intact jusqu&apos;à ce jour, mais il croupit dans la poussière,  <lb>
et semble être devenu commele trésor de l&apos;avare, dontle gar-  <lb>
dien a seul le droit de jouir. En y envoyant avec exactitude  <lb>
ainsi que le prescrit l&apos;ordonnance de 1776, tout ce qui a trait  <lb>
aux colonies, en classant à part les papiers dont le gouver-  <lb>
nement se réserve la connaissance , on pourrait, avec les pré-  <lb>
cautions d&apos;usage, permettre aux personnes intéressées de con-  <lb>
sulter ces archives, où les historiens puiseraient ,des docu-  <lb>
ment précieux.  <lb>
(1) Le fort Bourbon, à la Martinique, avait été construit  <lb>
en pierres de taille, envoyées de France, en guise de lest, et  <lb>
avait coftté des sommes énormes.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0035">
<head>V&amp;eacute;g&amp;eacute;tation des Antilles.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0035">
35
</controlpgno>
<printpgno>
0021
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(21    )  <lb>
l&apos;on pêche régulièrement pour les chaufours, ct  <lb>
qui ne le cède en rien à la nôtre.  <lb>
On trouve dans toutes les îles une terre propre  <lb>
à faire des briques, des tuiles et la poterie néces-  <lb>
saire aux sucreries.  <lb>
Cuba et Saint-Domingue paraissent être les  <lb>
seules îles qui possèdent des mines d&apos;or; on trouve  <lb>
aussi à Saint-Domingue des mines d&apos;argent, de  <lb>
fer, de talc , de souffre et de charbon , et des car-  <lb>
rières précieuses de marbres et de pierres (i).  <lb>
DE  LA  VÉGÉTATION  DES  ANTILLES.  <lb>
La nature est toujours en action sous le climat  <lb>
humide et brûlant des Antilles; la végétation ne s&apos;y  <lb>
arrête jamais; et des feuilles nouvelles remplacent  <lb>
successivement celles qui les précèdent ; le sol y est  <lb>
dix-huit fois plus productif que celui d&apos;Europe (2) ,  <lb>
et cette végétation est encore plus extraordinaire à  <lb>
la Côte-Ferme (3). Mais leclimatdes Antilles sem-  <lb>
(1)  Gastine, dan9 sa république d&apos;Haïti, pag.  18.  <lb>
(2)  Barré de Saint-Venant, sur les colonies modernes, dit,  <lb>
page i5, qu&apos;il faut, en France, à peu près six arpens par indi-  <lb>
vidu , et que, dans nos colonies d&apos;Amérique, le tiers d&apos;un ar-  <lb>
pent suffît à tous les besoins d&apos;un homme.  <lb>
(3) J&apos;ai vu chez le gouverneur de Cumana, dans deux voya-  <lb>
ges faits en i8o3, une vigne superbe, taillée en berceau,  <lb>
qui rappqrtait des fruits sept fois en deux ans. Elle était cou»-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0036">
36
</controlpgno>
<printpgno>
0022
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   22   )  <lb>
Lie repousser toutes les plantes qu&apos;elle reçoit d&apos;Eu-  <lb>
rope ; celles qu&apos;on parvient à y faire croître, à force  <lb>
de soins, y dégénèrent de même que les animaux  <lb>
de nos pays, tandis que tout ce qu&apos;on lui envoie  <lb>
d&apos;Afrique ou de l&apos;Inde, y acquiert le développe-  <lb>
ment le plus heureux. Les productions étrangères  <lb>
les plus riches lui viennent toutes de ces deux con-  <lb>
trées (i); très-peu de soins suffisent pour les faire  <lb>
prospérer ; le choix des terrains, les engrais, les ar-  <lb>
rosemens, la taille et la greffe sont à peu près in-  <lb>
connus dans cette température ; la nature et le cli-  <lb>
mat sont seuls chargés des frais de la végétation.  <lb>
Sa précoce activité ferait peut-être croire que les  <lb>
végétaux ne sont pas suffisamment digérés par la  <lb>
nature, comme l&apos;a dit Reynal. Qu&apos;on se détrompe,  <lb>
cette prévoyante mère ne laisse jamais rien à dé-  <lb>
sirer; elle a même pourvu d&apos;une constitution et  <lb>
d&apos;une écorce plus robustes, les plantes et les fruits  <lb>
placés entre les tropiques , pour les garantir contre  <lb>
tamment chargée de raisins murs, de raisins verts, et de  <lb>
fleurs.  <lb>
Aux Antilles, la vigne porte deux fois par an, etquelquefois  <lb>
trois en quatorze mois.  <lb>
(i) Ce ne peut pas être par analogie de climat, puisque celui  <lb>
de l&apos;Inde accueille mal toutes les plantes des Antilles. Celles  <lb>
qu&apos;on a essayé d&apos;y transplanter, éprouvent une lenteur et des  <lb>
difficultés singulières dans leur naturalisation, et y dégénèrent,  <lb>
tandis que toutes celles introduites de l&apos;Inde aux Antilles, y  <lb>
croissent et y prospèrent avec une étonnante rapidité.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0037">
<head>Canne &amp;agrave; sucre; histoire, description, culture et manipulation.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0037">
37
</controlpgno>
<printpgno>
0023
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(23   )  <lb>
l&apos;influence destructive du climat. Nous allons parler  <lb>
de ceux; qui font particulièrement la richesse et  <lb>
l&apos;ornement de l&apos;archipel américain, en suivant à  <lb>
peu près leur rang d&apos;utilité.  <lb>
LA CANNE A sucre (Saccharum officinale, Arundo-  <lb>
hinn i. )  <lb>
Lucain nous dit que le sucre était connu des an-  <lb>
ciens , et qu&apos;il leur était probablement venu de  <lb>
l&apos;Orient, Strabon, Marc-Varon, Sénèque, Dios-  <lb>
coride, Gallien et Pline ont aussi parlé du sucre ;  <lb>
mais on croit qu&apos;ils ont désigné une espèce de miel  <lb>
ou de sucre cristallisé , que l&apos;on trouve sur les vieux  <lb>
bambous, plutôt que le sucre de canne (i). Sau-  <lb>
maise prétend que les Arabes savaient l&apos;art de faire  <lb>
du sucre , il y a plus de huit cents ans. Les cannes  <lb>
étaient connues en Judée 3 et les croisés trouvè-  <lb>
rent , en Syrie et à Tripoli, des roseaux doux comme  <lb>
le miel, que l&apos;on appelait zucra, que l&apos;on cultivait  <lb>
avec soin, et qu&apos;on manipulait pour en faire du sucre*  <lb>
Albertus-Agnesis rapporte que ces croisés prirent  <lb>
onze chameaux chargés de sucre. Beaucoup d&apos;autres  <lb>
auteurs en ont parlé, et il est constant que la canne  <lb>
à sucre croissait naturellement auxlndes Orientales,*&apos;  <lb>
en Morée , en Sicile , en diverses îles de l&apos;archipel,  <lb>
(i) Flore des Antilles, par le chevalier de Toussac. Paris,  <lb>
1808 et 1818.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0038">
38
</controlpgno>
<printpgno>
0024
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( H)  <lb>
en Afrique et dans d&apos;autres pays. Les Maures la cul-  <lb>
tivèrent avec succès en Espagne , d&apos;où on la trans-  <lb>
planta aux Açorcs , à Madère, aux Canaries et aux  <lb>
îles du cap Verd. Divers auteurs prétendent que  <lb>
c&apos;est de là qu&apos;elle a été introduite en Amérique et  <lb>
aux Antilles; elle devait cependant y être indigène;  <lb>
puisque Gage nous apprend, qu&apos;en se rendant au  <lb>
Mexique, en l&apos;année 1625 , les Caraïbes de la Gua-  <lb>
deloupe , où sa flotte s&apos;arrêta le 20 août, pour faire  <lb>
de l&apos;eau , lui présentèrent des cannes d sucre et  <lb>
divers fruits (i). François Ximenès, Jean de Larry,  <lb>
le père Hennepan, et d&apos;autres voyageurs disent que  <lb>
la canne croissait sans culture et d&apos;une grandeur ex-  <lb>
traordinaire sur les rives de la Plata , de Janeiro  <lb>
et du Mississipi; et Jean de Lact soutient qu&apos;elle  <lb>
était indigène à Saint-Vincent.  <lb>
C&apos;est aux Portugais et aux Espagnols que nous  <lb>
devons le secret d&apos;en extraire le sucre (2); eux-  <lb>
mêmes l&apos;avaient appris dans les Indes Orientales,  <lb>
et avaient déjà fait leurs premiers établissemens  <lb>
sucriers  au Brésil et à la Nouvelle-Espagne, en  <lb>
(1)   Voyage de Thomas Gages, édition de iC-)rj. r vol.  <lb>
page 32.  <lb>
(2)   Si nous leur devons le secret de faire du sucre, nous  <lb>
leur avons appris en échange celui de le rafinçr, et des Fran-  <lb>
çais , fixés de nos jours à \elès-Malaga, y ont établi des mou-  <lb>
lins pour le perfectionner. (Audouia, page n5 du 2* vol. da  <lb>
Commerce maritime. )<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0039">
39
</controlpgno>
<printpgno>
0025
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
05)  <lb>
i58o. Bryan Edwards prétend que, dès i535, les  <lb>
Espagnols avaient établi trente moulins à sucre  <lb>
dans leurs possessions d&apos;Amérique. Les Français  <lb>
commencèrent à faire du sucre à la Guadeloupe  <lb>
en 1644 j eux et les Anglais en fabriquaient à Saint-  <lb>
Christophe depuis un an ou deux. La Martinique  <lb>
n&apos;en fit qu&apos;un peu plus tard, et dut au juif Benjamin  <lb>
Dacosta , l&apos;introduction de la culture des cannes.  <lb>
La canne créole est moins haute, moins grosse  <lb>
et moins juteuse que celle de Batavia, qui lui fut  <lb>
bien vite préférée. Elle avait été importée de l&apos;Inde,  <lb>
en 1787, avec quelques autres arbustes précieux,  <lb>
par Guyot Duclos, sur la demande du président  <lb>
Foulquier, alors intendant de la Martinique. L&apos;une  <lb>
et l&apos;autre le cédèrent, à leur tour, à la canne de  <lb>
Taïti ou d&apos;Otaïti, qui était déjà connue à l&apos;Ile de  <lb>
France, à Cayenne, et que l&apos;intendant Foullon  <lb>
d&apos;Ecotier fil venir à ses frais, de l&apos;Inde à la Marti-  <lb>
nique, en I789. Celle-ci l&apos;emportabientôt sur toutes  <lb>
les autres par sa hauteur, sa grosseur et sa qualité ;  <lb>
les colonies se rappelleront toujours avec recon-  <lb>
naissance le bienfait de M. de Foullon (1).  <lb>
Cette graminée intéressante ne pousse que de  <lb>
(1) C&apos;est le même qui fut intendant â la Guadeloupe-, en  <lb>
1786 et en 1816. Avec la canne d&apos;Otaïti, il fit venir plusieurs  <lb>
arbustes précieux, entre autres le mangoustan dont le fruit  <lb>
est réputé un des meilleurs que l&apos;on connaisse ; mais ces plants<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0040">
40
</controlpgno>
<printpgno>
0026
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(26)  <lb>
boutures tirées du haut des cannes qu&apos;on vient de  <lb>
couper , et veut être plantée de préférence , entre  <lb>
les mois d&apos;août et de novembre, afin de profiter des  <lb>
pluies. Elle a des racines géniculées et &apos;fibreuses,  <lb>
qui ne pénètrent guère qu&apos;à la profondeur de sept  <lb>
à huit pouces, et qui forment une touffe épaisse de  <lb>
laquelle s&apos;élèvent plusieurs tiges simples , cylin-  <lb>
driques et divisées par des noeuds plus ou moins  <lb>
distans , selon les espèces de cannes et la variété du  <lb>
sol. Elles diffèrent dans leurs dimensions depuis  <lb>
huit pieds de hauteur et un pouce à un pouce et  <lb>
demi de diamètre, jusqu&apos;à dix et douze pieds de  <lb>
hauteur et deux à deux pouces et demi de diamè-  <lb>
tre. Les feuilles qui les garnissent sont alternes ,  <lb>
distiques, engainantes, plus ou moins velues , ont  <lb>
de quatre à cinq pieds de long , sont planes et di-  <lb>
visées dans leur milieu par une côte blanchâtre. A  <lb>
mesure que les tiges s&apos;élèvent, les feuilles les plus  <lb>
près de terre tombent et laissent à nu la partie  <lb>
d&apos;en bas , qui, se trouvant en contact immédiat  <lb>
avec l&apos;air et la lumière du soleil, acquiert le degré  <lb>
d&apos;élaboration qui forme le sucre.  <lb>
Huit à dix mois après que les cannes ont été plan-  <lb>
tées , il s&apos;élève, de leur sommet, une tige sans n uds  <lb>
et sans feuilles, appelée flèche , de quatre à cinq  <lb>
arrivèrent la plupart déjà morts, et ce ne fut qu&apos;avec beau-  <lb>
coup de peine qu&apos;il sauva le plant de canne qu&apos;on lui remit  <lb>
en très-mauvais état.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0041">
41
</controlpgno>
<printpgno>
0027
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( *7 )  <lb>
pieds de long, qui porte à son sommet une ample  <lb>
panicule pyramidale, formée de petits épillets sur  <lb>
lesquels les fleurs, toutes hermaphrodites , sont  <lb>
disposées deux à deux. La graine est très-petite,  <lb>
ovale, pointue aux deux extrémités et enveloppée  <lb>
par la corolle persistante ; elle ne lève point quand  <lb>
elle est mise en terre.  <lb>
La tige saccharifère ne comprend pas toute la  <lb>
longueur de la canne ; le sommet, toujours garni  <lb>
de feuilles, n&apos;a pu acquérir le degré de maturité  <lb>
nécessaire, et on la débarrasse de cette partie pour  <lb>
la passer au moulin.  <lb>
La canne créole exige quatorze ou quinze mois  <lb>
pour parvenir à sa maturité ; celle de Taïti peut  <lb>
être manufacturée au bout de onze à douze mois  <lb>
suivant le sol. Son sucre, beaucoup plus abon-  <lb>
dant, pèse moins que celui de la canne créole. Le  <lb>
plant a besoin d&apos;être renouvelé plus souvent; il dure  <lb>
ordinairement de six à sept ans ; mais les rejetons  <lb>
ne fournissent jamais autant que les premières  <lb>
cannes.  <lb>
On nomme bagasse, la tige de canne après qu&apos;elle  <lb>
a passé au moulin ; elle sert à chauffer le fourneau  <lb>
pour réduire en sucre son jus, appelé vesou (i).  <lb>
Outre le sucre, la canne par ses vidanges , ses  <lb>
écumes et ses plants gâtés , qu&apos;on met à profit, pro-  <lb>
(i) Flore des Antilles. D&apos;Aubcrteuil, a&quot; vol. pagei72et 173.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0042">
<head>Cafier; histoire, description, culture, manipulation.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0042">
42
</controlpgno>
<printpgno>
0028
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(28)  <lb>
duil les mêlasses et les gros sirops , que l&apos;on fait  <lb>
aigrir et fermenter en y mêlant de l&apos;eau, ce qui  <lb>
s&apos;appelle faire des rapes. On distille les rapes dans  <lb>
les guildiveries ou rhumeries, pour en extraire le  <lb>
tafia et le rum. Cette liqueur précieuse est la plus  <lb>
légère de toutes; une goutte d&apos;huile qu&apos;on y jette,  <lb>
ne surnage pas, mais se précipite au fond du verre  <lb>
quand le rhum est de bonne qualité. Sa fabrication  <lb>
et l&apos;introduction en France des mêlasses et sirops,  <lb>
furent long-temps prohibées pour ne pas porter at-  <lb>
teinte, disait-on, aux eaux-de-vie de vin ; il était  <lb>
même défendu de les vendre aux étrangers, et ces  <lb>
matières étaient perdues. La France ouvrit enfin  <lb>
les yeux et désigna des lieux d&apos;entrepôt de ces mar-  <lb>
chandises , pour en faire avec les étrangers un com-  <lb>
merce d&apos;échange. Elle encouragea même l&apos;établisse-  <lb>
ment des guildiveries, et celles qui se sont établies  <lb>
pendant la révolution, sont parvenues à égaler au-  <lb>
jourd&apos;hui celle des Anglais, dans cette utile fabri-  <lb>
cation.  <lb>
le CAFIER d&apos;arable: ( Coffea Arabica, Linn i. )  <lb>
Le cafier est un arbrisseau originaire de l&apos;Arabie  <lb>
Heureuse, où on prétend qu&apos;un pâtre en découvrit  <lb>
la propriété, en remarquant que ses chèvres bon-  <lb>
dissaient plus que de coutume, toutes les fois qu&apos;il  <lb>
les menait paître dans un quartier où il y avait  <lb>
beaucoup de ces arbustes dont elles broutaient le<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0043">
43
</controlpgno>
<printpgno>
0029
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
i 29 )  <lb>
fruit avec avidité. La substance qu&apos;on parvint h  <lb>
en extraire par infusion, fut connue en France,  <lb>
en 1669. Les journaux dirent qu&apos;un ministre de  <lb>
Louis XIV, Hugues de Lionne, recevant un am-  <lb>
bassadeur turc à Surène, prit une boisson appelée  <lb>
Cave. On l&apos;a depuis désignée par le nom de café.  <lb>
De Moka, le cafier fut transporté à Batavia et delà  <lb>
à Surinam et à Cayenne, où les Français le culti-  <lb>
vèrent dès 1722.  <lb>
En 1714- le bourguemestre d&apos;Amsterdam, qui  <lb>
en avait fait venir plusieurs pieds, en envoya un  <lb>
à Louis XIV; cet arbuste soigné au Jardin des  <lb>
Plantes donna des fruits et de nouveaux plants. Le  <lb>
capitaine Declieux fut chargé, en 1723, d&apos;en por-  <lb>
ter à la Martinique deux rejetons. U prévit l&apos;impor-  <lb>
tance de son dépôt, partagea avec l&apos;arbuste sa pe-  <lb>
tite ration d&apos;eau, à laquelle une longue traversée ré-  <lb>
duisit l&apos;équipage, et, par ce généreux sacrifice, sauva  <lb>
les deux plants qu&apos;il multiplia avec un succès ex-  <lb>
traordinaire. (1).  <lb>
-                                                                                                                                                     11      1                                                                                                                        ¦   ¦      ¦ &apos;        ¦  <lb>
(i)ToUs les écrivains se sont trompés sur l&apos;époque à la-  <lb>
quelle Declieux porta ces pieds de café à la Martique. On trouve,  <lb>
aux Archives de la Marine, volume n&quot; 5o, année 1724 ^le  <lb>
volume n&quot; 48, de l&apos;année 1725 pour la Martinique, man-  <lb>
que), à la page 6g5, une lettre écrite par le ministre, le 25  <lb>
avril, à MM. de feuquières et Blondel, gouverneur et inten-  <lb>
dant de la Martinique, où il leur dit qu&apos;il voit avec plaisir par*  <lb>
leurs dépêches du 29 décembre 172J, 4 et 5 janvier 1724* les  <lb>
soins que le sieur Declieux, capitaine, s&apos;est donné pour la cul-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0044">
44
</controlpgno>
<printpgno>
0030
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( So)  <lb>
Le cafier se propagea dans les autres îles jusqu&apos;à  <lb>
Saint-Domingue. On dit cependant, qu&apos;il avait été  <lb>
porté dès 1715 dans cette dernière île. On le trou-  <lb>
va à l&apos;île Bourbon, où il croissait naturellement;  <lb>
mais on ne connut le prix de ce trésor que vers 1715,  <lb>
par des voyageurs revenant d&apos;Arabie ( 1 ).  <lb>
La semence du cafier ne lève point, si elle n&apos;est  <lb>
mise en terre toute fraîche avec sa cerise, dans un  <lb>
sol humide, gras, profond et sous un climat sans  <lb>
hiver. Il se plaît plus particulièrement dans les  <lb>
lieux élevés, frais, sujets aux pluies, et s&apos;élèverait  <lb>
de douze à quinze pieds , si on n&apos;avait soin de tron-  <lb>
quer la tige pour faire pousser plus de rameaux  <lb>
et de fruits. 11 lui faut trois ans avant d&apos;être en rap-  <lb>
port , et ce rapport n&apos;est complet que de quatre à  <lb>
six ans. Chaque pied donne, aux lies de vent, de-  <lb>
ture du café et pour sa distribution dans la colonie. Ce fut donc  <lb>
en 1723 qu&apos;il s&apos;acquitta de cette mission. Ce vertueux citoyen  <lb>
jouit longtemps de la satisfaction d&apos;avoir enrichi les colonies  <lb>
de cette branche inapréciable de culture et de commerce;  <lb>
mais ce fut là sa seule récompense. Il mourut pauvre et igno-  <lb>
ré à la Martinique, à l&apos;âge de 97 ans, en 1775. En 1804,011  <lb>
projetta de lui élever un monument, ce projet n&apos;eut point  <lb>
d&apos;exécution. Esmenard, dans son &apos;Poème de la Navigation, a  <lb>
peint en beaux vers l&apos;admirable dévouement de Declieux.  <lb>
(1) Billiard, Voyage aux Colonies orientales, page, 101. On  <lb>
y introduisit aussi le cafier de Moka en 1717, et cène fut  <lb>
qu&apos;en 1726 que Bourbon commença à livrer du café au com-  <lb>
merce.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0045">
45
</controlpgno>
<printpgno>
0031
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(5i )  <lb>
puis une demie jusqu&apos;à deux et trois livres, suivant le  <lb>
sol et l&apos;exposition. C&apos;est peut-être le seul des végé-  <lb>
taux des Antilles dont la racine pénètre à plusieurs  <lb>
pieds de profondeur dans la terre. Les arbres les  <lb>
plus forts et les plus élevés, étendent leurs racines  <lb>
sur un large diamètre qui leur sert comme de pié-  <lb>
destal; mais le cafier enfonce les siennes pour absor-  <lb>
ber tous les sucs nourriciers ; elles se glissent dans  <lb>
les fentes_&apos;des rochers , et dès qu&apos;elles trouvent une  <lb>
résistance qui ne leur permet plus de s&apos;étendre,  <lb>
l&apos;arbre meurt. S&apos;il ne rencontre point d&apos;obstacle,  <lb>
son existence est de quinze à vingt années; il se  <lb>
ranime lorsqu&apos;on coupe la plante au raz du sol: sa  <lb>
nouvelle tige dure-&quot;encore plusieurs années; mais  <lb>
en mourant, elle laisse une terre stérile qui ne peut  <lb>
plus convenir qu&apos;à la culture du coton.  <lb>
Les rameaux du cafier sontnoueux, flexibles, gar-  <lb>
nis de feuilles ovales , oblongues, pointues, ondu-  <lb>
lées , d&apos;un vert foncé et luisant. Ses fleurs, d&apos;une  <lb>
blancheur éclatante, sont disposées par petits pa-  <lb>
quets entre les aisselles des feuilles. Le calice qui  <lb>
se trouve au-dessus du germe, est très-petit, il a  <lb>
cinq denticules. Le fruit qui succède aux fleurs,  <lb>
est une baie rouge, ovale, oblongue, de la gros-i  <lb>
seur et de la couleur d&apos;une petite cerise. Cette baie  <lb>
biloculaire, contient, dans chaque loge, une graine  <lb>
applatie du côté intérieur et convexe vers l&apos;exté-  <lb>
rieur; le côté applati est divisé par une fente longi-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0046">
46
</controlpgno>
<printpgno>
0032
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(32)  <lb>
tudinale ; quand les deux graines sont parvenues à  <lb>
leur maturité, elles adhèrent si fortement ensemble  <lb>
par leur côté plane, qu&apos;elles semblent n&apos;en former  <lb>
qu&apos;une seule à deux lobes.  <lb>
La floraison des cafiers est un spectacle enchan-  <lb>
teur qui ne dure que quelques jours, mais qui se re-  <lb>
nouvelle ordinairement trois fois, à vingt ou trente  <lb>
jours de distance l&apos;une de l&apos;autre. L&apos;époque de la  <lb>
première floraison est subordonnée à celle des pre-  <lb>
mières pluies, qui varient depuis le commence-  <lb>
ment de mars jusqu&apos;à la mi-avril. Quand la cerise,  <lb>
de rouge qu&apos;elle était, devient brune, il est temps  <lb>
de la cueillir. Toutes les baies ne mûrissent pas à la  <lb>
fois; un nègre peut en ramasser dans un jour 160  <lb>
à 180 livres ; on les fait sécher sur des plates formes,  <lb>
ou glacis enduits de ciment ou carrelés, pour accé-  <lb>
lérerla dessicalion de ces graines. On fait grager les  <lb>
cerises dans un moulin composé de deux cylindres  <lb>
en bois qui tournent en sens contraire et sont cou-  <lb>
verts d&apos;une p&apos;anche de cuivre disposée en forme  <lb>
de rape, de manière qu&apos;il n&apos;y a que la pulpe des  <lb>
cerises d&apos;enlevée, les graines restent entières en  <lb>
deçà des cylindres, les pellicules passent entr&apos;eux  <lb>
et sont rejettées de l&apos;autre côté.  <lb>
X)n verse les graines dans des bassins pleins d&apos;eau  <lb>
pourles débarrasser de la matière mucilagineuse  <lb>
dont elles sont enduites, et on les porte ensuite sur  <lb>
les glacis où elles sèchent en peu de jours, tandis<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0047">
47
</controlpgno>
<printpgno>
0033
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(33)  <lb>
qu&apos;il faut un mois et plus pour sécher les cerises  <lb>
quand elles sont entières. Lorsque le café est sec,  <lb>
on peut le garder en magasin, autant qu&apos;on veut,  <lb>
dans sa coque appelée parchemin; c&apos;est même le  <lb>
meilleur moyen de lui conserver son arôme.  <lb>
Il est à remarquer que jamais les souris n&apos;y tou-  <lb>
chent. On profite du temps des pluies pour le dé-  <lb>
pouiller de sa coque, ou le piler dans une auge de  <lb>
bois circulaire, avec une meule de bois dur, mise  <lb>
en mouvement par deux mulets ou par l&apos;eau; la  <lb>
rotation brise les coques ; les graines restent à nud ;  <lb>
on les vanne ; et le café peut alors être livré au com-  <lb>
merce. On préfère le café dont le grain est petit,  <lb>
à cause de sa ressemblance avec celui de Moka;  <lb>
mais l&apos;expérience prouve que le café le plus gros,  <lb>
et le plus sec, qui s&apos;est dégagé en séchant et en  <lb>
vieillissant d&apos;une partie des acides âpres et désa-  <lb>
gréables , est le plus flatteur au goût, le plus fort,  <lb>
et le plus clair après l&apos;infusion.  <lb>
Le café est tonique, un peu astringent et fébri-  <lb>
fuge , mais il ne convient pas à tous les tempéramens ;  <lb>
souvent il prive du sommeil, en portant trop d&apos;a-  <lb>
gitation dans le sang. Pour en adopter ou en re-  <lb>
jeter l&apos;usage, la nature est le meilleur médecin  <lb>
qu&apos;on puisse consulter. L&apos;abus qu&apos;on en fait est  <lb>
souvent dangereux, il maigrit et dispose à la para-  <lb>
lysie; s&apos;il convient aux tempéramens froids et su-  <lb>
jets aux catharres, il est pernicieux aux bilieux, et  <lb>
aux mélancoliques, c&apos;est un puissant remède, con-  <lb>
I.                                                    5<lb>
</p>
</div>
<div id="a0048">
<head>Cotonnier; sa description et sa culture.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0048">
48
</controlpgno>
<printpgno>
0034
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(34)  <lb>
tre les migraines qui proviennent de faiblesse d&apos;es-  <lb>
tomac et contre plusieurs espèces de coliques (i).  <lb>
Delille a peint en quatre beaux vers l&apos;effet que pro-  <lb>
duit le café :  <lb>
Mon idée était triste, aride, dépouillée,  <lb>
Elle rit, elle sort richement habillée ;  <lb>
Et je crois, du génie éprouvant le réveil,  <lb>
Boire dans chaque goutte un rayon du soleil.  <lb>
LE COTONNIER (Gossypium.)  <lb>
L&apos;arbuste qui produit le coton (Xilinum velxy-  <lb>
lon), est indigène de toutes les régions situées  <lb>
sous le tropique, où on le trouva cultivé par les  <lb>
naturels de ces régions. U y en a de cinq espèces :  <lb>
le coton commun ou grossier, qui est le plus fort ;  <lb>
le coton à barbes brunes, plus difficile à éplucher,  <lb>
mais d&apos;une qualité bien supérieure ; le coton nan-  <lb>
kin , qui est le plus rare, il ne diffère du précédent  <lb>
que par sa couleur, et donne son nom à la toile,  <lb>
dont il est la substance ; le coton à petites semences,  <lb>
que l&apos;on cultive communément, c&apos;est le plus fin et  <lb>
le plus productif, mais il est moins fort que celui  <lb>
à barbes brunes ; et le coton, dit du Brésil, le meil-  <lb>
leur , le phis productif de tous , et celui qui se net-  <lb>
toie le mieux. Ces cinq espèces ont, ou des graines  <lb>
(i) Flore des Antilles.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0049">
49
</controlpgno>
<printpgno>
0035
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 35 )  <lb>
noires, ce sont les plus petites, ou des graines  <lb>
vertes qui sont plus grosses. Le coton à graines  <lb>
vertes, quoiqu&apos;inférieur à celui du Brésil, est fin,  <lb>
long, il se file aisément, mais c&apos;est le plus difficile  <lb>
de tous à éplucher.  <lb>
Le coton ne vient que de graine. La saison la plus  <lb>
favorable pour le semer , est depuis mai jusqu&apos;à la  <lb>
fin de septembre. On jette dans des trous, éloignés  <lb>
de sept à huit pieds les uns des autres, sept ou  <lb>
huit graines, pour faire la part des vers, et parce  <lb>
qu&apos;il y en a toujours quelques-unes qui pourissent,  <lb>
ou ne germent pas. Quinze jours après cette opéra-  <lb>
tion , il sort, de chaque trou, un bouquet de jets,  <lb>
dont on ne laisse croître que les deux ou trois plus  <lb>
forts; on arrache les autres. Au bout de trois mois,  <lb>
on coupe le haut de chaque tige, pour la faire  <lb>
pousser latéralement; on la coupe encore un mois  <lb>
après, et on l&apos;arrête ainsi, à la hauteur de quatre  <lb>
pieds ; sans cette précaution , chaque pied devien-  <lb>
drait un gros arbre; on a même soin de le cou-  <lb>
per au raz de terre, tous les deux ou trois ans,  <lb>
pour le renouveler. Le bois du cotonnier est creux et  <lb>
fragile, il ressemble à celui du groseiller d&apos;Europe;  <lb>
sa feuille est grande et découpée; il fleurit au bout  <lb>
de cinq mois, et deux mois après, le fruit paraît.  <lb>
Sa fleur, composée de cinq pétales jaunes , ayant  <lb>
chacune une tache rouge au bas , est inodore , de  <lb>
la forme d&apos;une tulipe avortée , et a des étamines et  <lb>
un pistil qui se change en une bogue un peu moins  <lb>
3<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0050">
50
</controlpgno>
<printpgno>
0036
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(36)  <lb>
grosse qu&apos;un  uf de pigeon et plus pointue. Le  <lb>
coton se forme et s&apos;enfle dans la bogue qu&apos;il fait  <lb>
crever et ouvrir en trois ou quatre houpes, aussi-  <lb>
tôt qu&apos;il est mûr, ce qui a lieu dix mois après la  <lb>
plantation , et quelquefois plutôt, suivant la bonté  <lb>
du terrain. Chaque bogue contient de cinq à sept  <lb>
graines noires ou vertes, selon l&apos;espèce ; ces graines  <lb>
sont grosses comme un petit pois, mais plattes Gt  <lb>
couvertes d&apos;aspérités, auxquelles le coton est adhé-  <lb>
rent. Quand les bogues sont bien ouvertes, ce qui  <lb>
arrive le plus ordinairement en mars et avril, on  <lb>
commence la récolte, afin d&apos;éviter la pluie qui tache  <lb>
et rougit le coton, et le vent qui le disperse.  <lb>
Cet arbuste demande un sol sec, pierreux , ex-  <lb>
posé au levant, et déjà épuisé par une culture anté-  <lb>
rieure ; dans un terrain gras et vierge, il pousserait  <lb>
trop de bois et pas assez de fruits, La sécheresse ne  <lb>
lui fait aucun tort, la pluie ne l&apos;empêche pas de  <lb>
mûrir, mais elle le gâte quand il est ouvert.  <lb>
La récolte faite, on sépare le duvet de la se-  <lb>
mence , par le moyen d&apos;un instrument composé  <lb>
de deux rouleaux en bois parallèles et tournant en  <lb>
sens opposé. On y fait passer le coton, et comme  <lb>
l&apos;espace entre les deux rouleaux n&apos;est pas suffisant  <lb>
pour admettre la semence, elle se sépare et tombe.  <lb>
On charpisse ensuite le duvet, pour le purger de  <lb>
toute substance étrangère , et on en fait des balles  <lb>
d&apos;environ ioo kilogrammes pesant, qu&apos;on livre au  <lb>
commerce.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0051">
<head>Cacaoyer; histoire, description, culture, manipulation.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0051">
51
</controlpgno>
<printpgno>
0037
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(57)  <lb>
- &apos; Le colon des Antilles surpasse de beaucoup celui  <lb>
du levant en blancheur, en finesse  et en lon-  <lb>
gueur (i).  <lb>
LE   CACAOYER.  <lb>
Le cacaoyer (Cacao theobroma Linn i) est un  <lb>
arbre de moyenne grandeur, indigène des Antil-  <lb>
les et de l&apos;Amérique. Les Aborigènes de ces con-  <lb>
trées faisaient un grand usage du chocolat ; leurs  <lb>
vainqueurs adoptèrent cet aliment qu&apos;ils perfec-  <lb>
tionnèrent en y ajoutant une légère quantité de  <lb>
Vanille, pour en faciliter la digestion (2).  <lb>
Linné a regardé le chocolat comme un mets cli-  <lb>
gne des dieux, en le qualifiant du nom pompeux de  <lb>
theobroma.  <lb>
Les Français ne commencèrent à s&apos;occuper de  <lb>
la culture du cacaoyer, qu&apos;en 1664; ce fut le juif  <lb>
Benjamin Dacosta qui l&apos;introduisit aux Antilles.  <lb>
Cette culture n&apos;y prit de l&apos;accroissement que vers  <lb>
1684, parce que, jusqu&apos;alors, le chocolat n&apos;avait  <lb>
pas été d&apos;un grand usage en France.  <lb>
(1)  D&apos;Auberteuil, 1&quot; vol. page 176. Abrégé de Bryan Ed-  <lb>
wards , page 316.  <lb>
(2)  La vanille (vanilla) est une plante sarmenteuse, grim-  <lb>
pante, à fleurs, de la classe des orchides, dont le fruit est une  <lb>
gousse remplie de graines, ou espèce d&apos;amandes aromatiques,  <lb>
digestives et stomachiques. Elle croît dans les forêts d&apos;Amérique  <lb>
et, comme le lierre, s&apos;accroche aux arbres qu&apos;elle rencontre»<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0052">
52
</controlpgno>
<printpgno>
0038
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(38)  <lb>
Cet arbre exige un sol uni, abrité, où il y ait  <lb>
une couche de terre grasse, d&apos;au moins quatre pieds,  <lb>
parce que sa racine pivote ; une grande sécheresse,  <lb>
ou une humidité trop forte, lui sont également con-  <lb>
traires ; il craint le vent, surtout celui du nord, et  <lb>
se plaît plus particulièrement dans les vallées. Il ne  <lb>
vient que par graines; on les jette au nombre de  <lb>
trois bien mûres, et en sortant de la capsule, dans  <lb>
des trous d&apos;un pied carré, profonds de six à huit  <lb>
pouces, et éloignés d&apos;environ 4 mètres ou deux  <lb>
toises, les uns des autres. Ces graines germent  <lb>
promptement. L&apos;arbre ne fleurit qu&apos;à l&apos;ombre et  <lb>
au bout de trois ans, pendant lesquels il exige les  <lb>
plus grands soins ; le cacaoyer deviendrait très-  <lb>
grand , gros et touffu, si on ne l&apos;arrêtait à la hau-  <lb>
teur de dix à douze pieds ; il ne donne de récolte  <lb>
importante qu&apos;à l&apos;âge de cinq ans, n&apos;est en pleine  <lb>
vigueur qu&apos;à huit; il rapporte souvent pendant  <lb>
vingt ans, mais il est très-délicat, et des plantations  <lb>
entières périssent sans cause visible. Sa tige est  <lb>
droite , d&apos;un bois poreux et fort léger, couronnée  <lb>
de rameaux droits enveloppés d&apos;une écorce fauve  <lb>
et garnie de grandes feuilles de huit à neuf pouces  <lb>
de long , alternes, oblongues, lancéolées et entiè-  <lb>
res. Les feuilles naissantes sont d&apos;une couleur de  <lb>
rose tendre   qui contraste agréablement avec le  <lb>
vert foncé des anciennes.   Les fleurs sont très-  <lb>
petites , les pédoncules qui les portent, sont dis-  <lb>
posés par petits paquets, sur les plus grosses bran*<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0053">
53
</controlpgno>
<printpgno>
0039
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(59)  <lb>
dies,&apos; et le plus souvent, sur le tronc qui, quel-  <lb>
quefois , en est garni jusqu&apos;à terre. Elles sont d&apos;un  <lb>
rose tendre, couleur de chair , ainsi que le calice  <lb>
qui esta cinq divisions, persistantes seulement pen-  <lb>
dant que le fruit est encore jeune et vert. On s&apos;é-  <lb>
tonne qu&apos;une aussi petite fleur puisse produire un  <lb>
fruit ou capsule jaunâtre, de la forme el aussi gros  <lb>
qu&apos;un concombre, mais un peu moins long. Cette  <lb>
capsule est divisée intérieurement par cinq cloisons  <lb>
membraneuses ; les a5 ou 3o graines qu&apos;elle con-  <lb>
tient , sont superposées les unes sur les autres dans  <lb>
chaque loge, un peu plus grosses que les amandes  <lb>
d&apos;Europe, un peu applaties et souvent anguleuses,  <lb>
par la pression qu&apos;elles opèrent les unes sur les au-  <lb>
tres. Chaque graine est enveloppée d&apos;une pulpe  <lb>
blanche mucilagineuse, sucrée, et, en outre, d&apos;une  <lb>
pellicule particulière assez épaisse. La récolte s&apos;en  <lb>
fait au mois de juin, mais la plus abondante est  <lb>
au mois de décembre, et chaque arbre peut don-  <lb>
ner deux à trois livres d&apos;amandes sèches.  <lb>
Pour cueillir les amandes, on coupe le pédon-  <lb>
cule avec une serpette; on ouvre les capsules , et  <lb>
on en retire les graines, que l&apos;on entasse dans de  <lb>
gros canots de bois, où on les couvre de feuilles  <lb>
debananniers. On met, pardessus, des planches  <lb>
chargées de pierres, pour les faire ressuer ou fer-  <lb>
menter pendant quatre à cinq jours, en ayant soin  <lb>
de les remuer soir et matin. Elles perdent, par celte<lb>
</p>
</div>
<div id="a0054">
<head>Indigofe&amp;egrave;re; description, etc.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0054">
54
</controlpgno>
<printpgno>
0040
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 4o )  <lb>
opération,de leur pesanteur et de leur amertume,  <lb>
et acquièrent une couleur rougeâtre, mais elles sen-  <lb>
tiraient le vert, germeraient même, si elles ne res-  <lb>
suaient pas assez. On les expose ensuite au soleil,  <lb>
sur des glacis, où elles sont remuées deux fois par  <lb>
jour, pour faciliter leur dessication. On les met  <lb>
ensuite en magasin, pour les livrer au commerce.  <lb>
L&apos;amande de cacao a l&apos;avantage de ne pas se ran-  <lb>
cir; elle est, dans sa maturité, le fruit le plus oléa-  <lb>
gineux que la nature produise. Lorsqu&apos;on la fait  <lb>
bouillir dans l&apos;eau, on en tire du beurre que l&apos;on  <lb>
emploie avec succès à la cuisine. Ce beurre est  <lb>
aussi un cosmétique excellent, et un très-bon spé-  <lb>
cifique pour le flux hémorroïdal (i).  <lb>
l&apos;indigofere (Indigofera, Linn i.)  <lb>
Parmi les nombreuses espèces dont se compose la  <lb>
plante indigofère, improprement appelée indigotier,  <lb>
trois seulement sont cultivées dans les Antilles.  <lb>
i° L&apos;indigofere anil ou indigofère franc ; il a  <lb>
été apporté des Indes Orientales, c&apos;est celui auquel  <lb>
on donne la préférence*  <lb>
3° L&apos;indigofere maron ou bâtard (indigofera tinc-  <lb>
toria), il lève plus facilement, sa teinture est infé-  <lb>
(1) Extrait de la Flore des Antilles: Bryan Edwards; et mé-  <lb>
moires particuliers.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0055">
55
</controlpgno>
<printpgno>
0041
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(4- )  <lb>
rieure, mais pèse plus que celle de l&apos;indigofere  <lb>
franc ;  <lb>
3&lt;&gt; L&apos;indigofere argenté, dit guatimal (indigo-  <lb>
fera argentea).  <lb>
La préférence que l&apos;on donne à chacune de ces  <lb>
espèces , est déterminée par la qualité du sol, la  <lb>
température et la fréquence ou la rareté des pluies.  <lb>
Il n&apos;est pas de plante aux Antilles, dont la culture  <lb>
exige une préparation plus soignée de la terre qu&apos;on  <lb>
lui destine; il la lui faut légère et broyée. On la  <lb>
sème aussitôt après que les premières pluies se sont  <lb>
déclarées, et il n&apos;y aurait pas de produit plus ri-  <lb>
che , si on était préservé de tous les fléaux qui le  <lb>
menacent. Tantôt, c&apos;est le soleil, que cette plante  <lb>
aime beaucoup, puisqu&apos;elle ne prospère que dans  <lb>
les régions tropicales, mais dont la trop grande  <lb>
chaleur la dessèche ; tantôt c&apos;est la pluie qui la fait  <lb>
périr; le plus *©uvent, des espèces de chenilles,  <lb>
un vers brûlant appelé la teigne, ou des diablo-  <lb>
tins (curculio brivitatus), ou d&apos;autres vers la dé-  <lb>
truisent et dévorent une récolte entière en 24 heu-  <lb>
res (1). On plante quelquefois toute l&apos;année, sans  <lb>
faire une seule coupe ; si elle réussit, on s&apos;occupe à  <lb>
la sarcler sans cesse ; la moindre herbe l&apos;empêche  <lb>
de croître. Est-elle préservée  de tous ces acci-  <lb>
(1) C&apos;est ce qui a donné lieu au proverbe : que les faiseurs  <lb>
d&apos;indigo se couchaient quelquefois riches et se levaient  <lb>
pauvres.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0056">
56
</controlpgno>
<printpgno>
0042
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
U-O  <lb>
dens, il faut épier le moment de sa maturité, car  <lb>
si on la laisse passer de six jours seulement, la ré-  <lb>
colte est infructueuse.  <lb>
Deux mois et demi après qu&apos;il est semé, l&apos;indigo  <lb>
fère a fait toute sa crue ; il a atteint de deux pieds  <lb>
à deux pieds et demi de haut. Sa tige est faible,  <lb>
droite et sans moelle; son écorce, grise près de la  <lb>
racine,est verte au milieu, et rouge dans le haut;il  <lb>
se forme, au bout de la tige, des épis chargés dé  <lb>
petites fleurs, dont le pistil se change en des cosses  <lb>
qui renferment chacune huit ou dix graines très-  <lb>
petites et semblables aux graines de navet. Les lieux  <lb>
où on le cultive, ressemblent beaucoup à de vastes  <lb>
prairies artificielles de luzerne. La.première coupe  <lb>
est la plus belle ; on en fait jusqu&apos;à quatre et même  <lb>
cinq, à six semaines de distance, l&apos;une de l&apos;autre,  <lb>
dans les terres excellentes ; mais le plus ordinaire-  <lb>
ment , on ne fait que trois coupes^dans le courant  <lb>
de l&apos;année; La plante dure deux ans, au bout  <lb>
de ce temps , elle dégénère, il faut la renouveller,  <lb>
et le sol qui la produit, s&apos;épuise en 7 ou 8 ans.  <lb>
Après que les plantes ont été coupées , on les sub-  <lb>
merge dans une première cuve où l&apos;eau commence  <lb>
aies faire fermenter au bout de 7 à 8 heures, et ac-  <lb>
quiert une teinte verte. On la sonde à chaque ins-  <lb>
tant en tirant, par le robinet, un peu d&apos;eau, dont  <lb>
on examine la couleur et l&apos;odeur. Quand la fécule  <lb>
ou teinture bleue est détachée, que le grain se pré-  <lb>
cipite au fond 7 et que la fermentation gazeuse est<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0057">
57
</controlpgno>
<printpgno>
0043
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(45)  <lb>
finie, ce qui a lieu au bout de 20 ou de 24 heures,  <lb>
l&apos;odeur de l&apos;eau change, et sa couleur devient celle  <lb>
du vin de Madère ; la fermentation putride com-  <lb>
mence ; si on la laissait durer un quart d&apos;heure, la  <lb>
qualité de l&apos;indigo serait altérée. Au moment précis  <lb>
de putréfaction ou de saturation de la fécule colo-  <lb>
rante, l&apos;eau étant claire, jaune et non bleue comme  <lb>
on l&apos;a écrit, on ouvre le robinet pour la faire écou-  <lb>
ler dans une cuve-batterie qui est au-dessous. Alors  <lb>
commence le battage, par le moyen d&apos;un moulin ou  <lb>
mécanique qui agite fortement l&apos;eau et occasionne  <lb>
par l&apos;oxigénation la coloration en bleu. La durée  <lb>
du battage est de 2 heures ou 2 heures {, lorsque  <lb>
la qualité de l&apos;indigo est bonne, autrement, il faut  <lb>
souvent 4 heures ; il est très-important de bien Sai-  <lb>
sir l&apos;instant où l&apos;on doit cesser de battre. La précipi-  <lb>
tation plus ou moins forte du grain, sa forme et la  <lb>
couleur de l&apos;eau indiquent ce moment en son-  <lb>
dant souvent. Dans la première demi-heure du bat-  <lb>
tage, l&apos;eau qui était d&apos;un jaune roux, devient verte;  <lb>
trois quarts d&apos;heure après, elle devient bleue. Lors-.  <lb>
qu&apos;elle s&apos;éclaircit par la précipitation de l&apos;indigo ,  <lb>
que le grain est rond et bien nourri, on cesse de  <lb>
battre et on abandonne la cuve à elle-même, pen-  <lb>
dant trois ou quatre heures qui suffisent pour que  <lb>
la fécule bleue se soit précipitée au fond. Alors,  <lb>
on vide l&apos;eau claire par un robinet supérieur. La  <lb>
fécule bleue délayée dans une quantité d&apos;eau , sort  <lb>
par un robinet inférieur, et tombe dans une troi-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0058">
58
</controlpgno>
<printpgno>
0044
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(44)  <lb>
sième cuve plus petite, appelée diablotin, où après  <lb>
quelque temps, elle laisse surnager beaucoup d&apos;eau  <lb>
qu&apos;on a soin de faire écouler. Ensuite cette pâte est  <lb>
mise dans des sacs à coulisse, de 18 pouces de long,  <lb>
sur 6 de large , où elle s&apos;égoute entièrement.  <lb>
Lorsqu&apos;elle a acquis plus de consistance, on l&apos;étend  <lb>
dans des caisses de bois d&apos;acajou, où on la nivelle  <lb>
avec des truelles de cuivre, pour la faire sécher au  <lb>
soleil, elle est enfin divisée par petits carreaux cu-  <lb>
bes , dont on achève la dessication à l&apos;ombre.  <lb>
Quand l&apos;indigo paraît, être suffisamment sec, on le  <lb>
fait ressuer, pour lui donner sa robe, en le mettant  <lb>
dans une barrique, sur laquelle on applique des  <lb>
couvertures ; il s&apos;établit une sorte de fermentation,  <lb>
qui fait évaporer de l&apos;indigo, le peu d&apos;eau qu&apos;il au-  <lb>
rait pu conserver. Il sort de là couvert d&apos;une espèce  <lb>
de moisissure qui n&apos;est que superficielle. Ces prépa-  <lb>
rations durent trois mois, et l&apos;indigo ne peut être  <lb>
livré au commerce avant ce temps (t).  <lb>
L&apos;indigofere de la même coupe produit des indi-  <lb>
gos bleu, violet, cuivré, bleu flottant, qui ne dif-  <lb>
férent entre eux que par le poids , sans qu&apos;on  <lb>
sache à qu&apos;elle cause attribuer ces différentes teintes  <lb>
qu&apos;on ne peut pas produire à volonté. Le manipu-  <lb>
lateur le plus expérimenté manque souvent cin-  <lb>
(i) Flore des Antilles, D&apos;auberteuil.  -&quot;vol., pages i83,  <lb>
224 et suivantes.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0059">
<head>Gingembre; description, culture,</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0059">
59
</controlpgno>
<printpgno>
0045
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(45)  <lb>
quante cuves de suite, ce qui est ruineux pour le  <lb>
propriétaire, et ce qui fait conclure que cet art est  <lb>
encore dans l&apos;enfance.  <lb>
La culture trop difficultueuse de l&apos;indigofere, les  <lb>
nombreux dangers qui le menacent, les incerti-  <lb>
tudes sur le succès de ses diverses préparations, et  <lb>
les taxes énormes auxquelles on le soumit d&apos;abord,  <lb>
en firent abandonner entièrement la culture dans  <lb>
les établissemens français où l&apos;on ne s&apos;en occupe  <lb>
plus.  <lb>
LE gingembre {Cardamome. )  <lb>
Le gingembre, cardamome ( zigibber, amo-  <lb>
mum ) fut porté des Indes aux Antilles , par Fran-  <lb>
çois Mendoze , Espagnol, vers l&apos;an i547* *-*a cu*-~  <lb>
ture est facile et sans frais ; un homme seul peut  <lb>
l&apos;entreprendre ; elle ne demande pas d&apos;autres soins  <lb>
que celle de la pomme de terre en France. A la fin  <lb>
des pluies, on planteles rejetons à un pouce et demi  <lb>
de profondeur ; ils poussent et produisent, au bout  <lb>
de quelques jours, une plante qui ne s&apos;élève jamais à  <lb>
plus de deux pieds. Quand les feuilles jaunissent, le  <lb>
gingembre est mûr ; on l&apos;arrache , et l&apos;air le dessè-  <lb>
che. C&apos;est une racine plate, large, compacte , qui  <lb>
prend toutes sortes de configurations, et peut se con-  <lb>
server pendant plusieurs années dans la terre, sans  <lb>
pourrir ; mais elle use le sol à un tel point, qu&apos;il  <lb>
ne produit plus après la quatrième récolte. H y a  <lb>
du gingembre de deux espèces ; le blanc, qu&apos;on se<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0060">
60
</controlpgno>
<printpgno>
0046
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(46)  <lb>
procure par 1 insolation : c&apos;est le plus estimé ; et le  <lb>
noir, qu&apos;on obtient par infusion dans l&apos;eau bouil-  <lb>
lante. L&apos;Europe rejeta cette épicerie, lorsque le  <lb>
poivre devint commun, et les Français n&apos;en culti-  <lb>
vent plus que pour l&apos;usage de la médecine ou pour  <lb>
mettre en confitures sèches ; dans ce dernier cas,  <lb>
il faut l&apos;arracher de terre quand les fibres sont en-  <lb>
core tendres et pleines de suc.  <lb>
En 1801, les Anglais en tiraient deleurs îles dix  <lb>
mille sacs de cent livres chacun, qui se vendaient, à  <lb>
Londres, 4° francs le sac.  <lb>
Cette racine aromatique, est carminative , diges-  <lb>
tive , stomachique, et fortifie la mémoire et le cer-  <lb>
veau, mais elle esttrès-échauffante. On peut en faire  <lb>
une boisson salutaire et alexipharmaque , mais un  <lb>
long usage nuirait à la santé (i).  <lb>
LE TABAC.  <lb>
Le tabac ( Tabacum ) est originaire de l&apos;Améri-  <lb>
que. Ce fut vers l&apos;an iÔ20 que les Espagnols en  <lb>
firent la première découverte, et commencèrent à  <lb>
s&apos;en servir à Tabaco , dans le Jucatan, à l&apos;exem-  <lb>
ple des indigènes qui l&apos;y cultivaient en quantité;  <lb>
il tira son nom (2) du pays où il fut découvert.  <lb>
(1)  Bryan Edwards, abrégé, page 342. D&apos;Auberteuil, 1&quot;  <lb>
vol. page 249.  <lb>
(2)  Ce n&apos;est donc pas  de l&apos;île de Tabaco ou Tabago que<lb>
</p>
</div>
<div id="a0061">
<head>Tabac; histoire, description, culture, etc.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0061">
61
</controlpgno>
<printpgno>
0047
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(47)  <lb>
Jean Nicot, ambassadeur de François II, en Por-  <lb>
tugal, l&apos;apporta en France, en i56o, et en fit hom-  <lb>
mage à la reine Catherine de Médicis et au grand-  <lb>
prieur ; de la lui vint le nom de Nicotiane,  <lb>
d&apos;herbe à la reine, d&apos;herbe au grand-prieur , qu&apos;on  <lb>
lui donna alors.  <lb>
Son usage eut beaucoup d&apos;opposans, et cette  <lb>
plante fut comme un brandon de discorde qui allu-  <lb>
ma une guerre très-vive entre les savans de l&apos;Eu-  <lb>
rope , et dans laquelle les prêtres, les femmes,  <lb>
les médecins, les chimistes prirent parti, suivant  <lb>
les vertus ou les vices que les préjugés de chacun  <lb>
voulut lui attribuer. Le grand duc de Moscovie Mi-  <lb>
chel Fodorowich, le sultan turc Amurath IV et  <lb>
l&apos;empereur de Perse, le proscrivirent dans leurs  <lb>
états. Le pape Urbain VIII publia une bulle qui  <lb>
excommuniait tous ceux qui s&apos;aviseraient d&apos;en  <lb>
prendre à l&apos;église.  <lb>
L&apos;établissement des Français et des Anglais , vaux  <lb>
îles du vent, en 1625, lui donna beaucoup de vo-  <lb>
gue. Les Caraïbes Y appelaient petun. Lorsque Pierre-  <lb>
le-Grand fit son voyage en Angleterre, en 1698, des  <lb>
négocians anglais, à la tête desquels était l&apos;amiral  <lb>
marquis de Carmarten , lui firent accepter quinze  <lb>
cette plante tire»son nom, comme divers auteurs l&apos;ont écrit,  <lb>
car cette île ne fut occupée, pour la première fois, que près  <lb>
d&apos;un siècle plus tard, en i632, par les Hollandais.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0062">
62
</controlpgno>
<printpgno>
0048
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(48)  <lb>
mille livres sterlings (36o,ooo fr. ), pour obtenir la  <lb>
permission de débiter du tabac en Russie.  <lb>
Clément XI, ne voulant pas révoquer la bulle  <lb>
d&apos;UrbainVIII, se contenta d&apos;excommunier, en 1700,  <lb>
ceux qui prendraient du tabac dans l&apos;église de  <lb>
Saint-Pierre de Rome seulement. Alors l&apos;usage en  <lb>
fut poussé partout jusqu&apos;à la fureur.  <lb>
On le cultiva avec de grands progrès dans toutes  <lb>
nos colonies, où il fut d&apos;abord la branche princi-  <lb>
pale du commerce. Il avait cela d&apos;avantageux qu&apos;un  <lb>
seul homme pouvait en cultiver assez pour se pro-  <lb>
curer , du produit de sa récolte, une nourriture  <lb>
abondante et les moyens d&apos;augmenter sa plantation.  <lb>
Mais il plut à la métropole de le mettre à ferme,  <lb>
et d&apos;en proscrire la culture ; alors nos îles d&apos;Amé-  <lb>
rique furent contraintes à n&apos;en cultiver que pour  <lb>
leur consommation intérieure.  <lb>
Il y a quatre espèces de tabac, le verd, le tabac  <lb>
à langue , le tabac d&apos;amazone, et celui de Vérines.  <lb>
Le tabac verd, que, dans les Antilles, on nommait  <lb>
le grandpetun, est le plus beau; ses feuilles ont  <lb>
deux pieds de long sur douze à quinze pouces de  <lb>
large, mais il est d&apos;un rapport moindre que les  <lb>
autres. Le tabac à langue, ainsi appelé, parce que  <lb>
ses feuilles, aussi longues que celles du précédent,  <lb>
n&apos;ont que six pouces de large, et ressemblent à  <lb>
une langue de b uf, est d&apos;un produit plus consi-  <lb>
dérable. Ces deux espèces sont du débit le plus fa-  <lb>
cile. Le tabac d&apos;amazone, ainsi nommé, parce que<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0063">
63
</controlpgno>
<printpgno>
0049
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(49)  <lb>
la graine en a été apportée des bords de cette ri-  <lb>
vière , a les feuilles plus larges que les autres et ar-  <lb>
rondies par le bout : il produit beaucoup, mais il  <lb>
est fade et malfaisant quand, il est nouveau, et il lui  <lb>
faut au moins deux ans pour être d&apos;un usage agréa-  <lb>
ble. Celui de Vérines , nom d&apos;un bourg de la côte  <lb>
ferme, près Cumana , d&apos;où on l&apos;a tiré , est le plus  <lb>
petit ; ses feuilles sont plus rudes, plus ridées et  <lb>
plus pointues, il rapporte moins que les autres,  <lb>
mais il est le plus estimé , le plus cher; il sent le  <lb>
musc et la fumée en est très-agréable.  <lb>
Les fleurs de ces quatre sortes de tabac ne dif-  <lb>
fèrent que par leur grandeur, ainsi que les feuilles  <lb>
de la tige, les graines en sont noires et semblables  <lb>
à peu près à celles du pavot. Il se sème tous les  <lb>
ans , et un mois avant la fin des pluies, dans des  <lb>
terres neuves, grasses, à l&apos;abri du vent et du grand  <lb>
soleil. Il lève dans quatre à cinq jours, et alors sur-  <lb>
tout il faut le garantir des rayons du soleil en le  <lb>
couvrant avec des branches. Quand la plante a  <lb>
au moins six feuilles, il faut la transporter dans  <lb>
une autre terre bien préparée, et la planter en quin-  <lb>
conce à trois pieds de distance, ct par un temps  <lb>
pluvieux. Lorsque le temps de la floraison appro-  <lb>
che, et que la plante a de deux pieds à deux pieds et  <lb>
demi de haut, on arrête sa crue en la coupant, et  <lb>
on émonde les feuilles qui traînent à terre, pour  <lb>
que les dix à douze feuilles qu&apos;on lui laisse, se nour-  <lb>
I.                                             4<lb>
</p>
</div>
<div id="a0064">
<head>Manioc; histoire, etc.  Propri&amp;eacute;t&amp;eacute; singul&amp;egrave;re.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0064">
64
</controlpgno>
<printpgno>
0050
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(5o)  <lb>
rissent mieux. On ne laisse monter que les plantes  <lb>
dont la graine est destinée à l&apos;ensemencement.  <lb>
Environ quatre mois après que le tabac est en  <lb>
terre, lorsque la feuille que l&apos;on ploie se casse par-  <lb>
faitement , on le coupe, on le fait ressuer et sécher  <lb>
pendant quinze à vingt jours , ensuite on ôte la  <lb>
côte du milieu de la feuille , ce qui s&apos;appelle éjam-  <lb>
ber, on la tord en forme de corde, ce qui se nomme  <lb>
torquer, en ayant soin de l&apos;arroser avec un peu  <lb>
d&apos;eau de mer ou de sirop composé, pour la rendre  <lb>
plus maniable et empêcher qu&apos;il ne se corrompe.  <lb>
On en fait des rôles ou rouleaux que l&apos;on livre au  <lb>
commerce (i).  <lb>
Telles sont les sept espèces de végétaux dont les  <lb>
produits , versés dans le commerce , ont seuls fait  <lb>
l&apos;opulence des Antilles. Nous allons jeter un coup  <lb>
d&apos; il sur ceux dont les racines ou les fruits servent  <lb>
à alimenter les habitans, ou fournissent des bois  <lb>
propres aux constructions.  <lb>
LE  MANIOC OU MANIHOT.  <lb>
Le Manioc ou Manihot ( Jatropha)est une plante  <lb>
qui tient lieu de pain aux quatre cinquièmes de la  <lb>
(i) Dutertre, vol. 2&apos;; article tabac.  Labat, Vol. 2e; édi-  <lb>
tion de 1724* pag. -59 et suivantes. Voltaire, Dictionnaire  <lb>
philosophique.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0065">
65
</controlpgno>
<printpgno>
0051
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(5i )  <lb>
population des Antilles,et qui est très-curieuse par  <lb>
ses propriétés. Elle est campaniforme , et il y en  <lb>
a de plusieurs espèces, violettes , grises, blanches y  <lb>
vertes; sa tige garnie de bourgeons très-rappro-  <lb>
chés, s&apos;élève à la hauteur de cinq à six pieds ;  <lb>
on peut en faire des plantations en toute saison.  <lb>
On prend sur la tige de petites billes de trois ou  <lb>
quatre n uds que l&apos;on couche par couple dans des  <lb>
fosses d&apos;un pied carré sur six pouces de profon-  <lb>
deur , et que l&apos;on recouvre d&apos;une légère couche de  <lb>
terre. Ces billes poussent des touffes de nouvelles  <lb>
tiges, et forment des groupes de racines plus ou  <lb>
moins grosses, que l&apos;on extirpe au bout de 8 à 12  <lb>
mois. Ces racines ratissées de manière qu&apos;il ne  <lb>
leur reste plus de peau, gragées ou râpées sur  <lb>
des râpes à gros grains, et bien pressées daus des  <lb>
sacs de grosse toile, rendent un suc tellement  <lb>
froid , qu&apos;il empoisonne subitement. On a soin de  <lb>
faire cette pression, qui dure 24 heures, dans des en-  <lb>
droits bien clos , car l&apos;expérienèe a prouvé que les  <lb>
animaux domestiques, très-avides de cette liqueur,  <lb>
périssent aussitôt après en avoir bu. Purgée de  <lb>
sa liqueur mortelle, la racine, réduite en grosse  <lb>
farine , est séchée sur une platine de fer, chauffée  <lb>
par dessous, et devient la nourriture habituelle du  <lb>
nègre et de beaucoup de créoles, qui la préfèrent  <lb>
au pain. Elle porte le nom de cassave, et dans  <lb>
beaucoup d&apos;établissemens , surtout chez les Espa-  <lb>
gnols, au lieu de la manger en farine, on en fait des  <lb>
4<lb>
</p>
</div>
<div id="a0066">
<head>Patates, ignames, bl&amp;eacute; de Turquie.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0066">
66
</controlpgno>
<printpgno>
0052
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(5a )  <lb>
galettes très-minces et très-desséchées qui rempla-  <lb>
cent le pain. Son usage tempère l&apos;ardeur du sang  <lb>
qu&apos;allume celui de la morue et des viandes salées.  <lb>
La plante-elle même est sans vertu, et cette ra-  <lb>
cine, souvent déterrée et mangée par les bestiaux,  <lb>
ne leur fait aucun mal ; son écorce semble leur servir  <lb>
de contre-poison.  <lb>
LA  PATATE.  <lb>
La patate {Convolvulus batatas&apos;) est une espèce  <lb>
de pomme de terre très-savoureuse, dont on fait  <lb>
des plantations dans les terres usées, pour les  <lb>
laisser reposer et reprendre des sels. Il y en a de  <lb>
huit ou dix sortes, différentes en goût, en couleur,  <lb>
et en feuillage : toutes poussent des lianes char-  <lb>
gées de feuilles rondes, larges et épaisses, qui  <lb>
forment tapis, entretiennent la fraîcheur de la  <lb>
terre, brûlée parle soleil, et qui, pourries par l&apos;hu-  <lb>
midité , servent d&apos;engrais, et mettent la terre en état  <lb>
de donner de nouvelles récoltes. La patate est d&apos;une  <lb>
aussi grande ressource aux Antilles que la pomme  <lb>
de terre en Europe ; il y en a de jaunes, de rouges  <lb>
et de blanches, qui toutes sont excellentes ; sa cul-  <lb>
ture, par boutures , est plus économique et produit  <lb>
davantage que par la mise en terre des tubercules.  <lb>
l&apos;igname.  <lb>
L&apos;Igname (Discorea sativaet alata,Linn ï), est  <lb>
une plante que les nègres ont importée d&apos;Afrique;<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0067">
67
</controlpgno>
<printpgno>
0053
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(53)  <lb>
rempante comme la patate, elle pousse des racines  <lb>
souvent plus grosses que la jambe, et de 18 pouees  <lb>
de long ; on la renouvelle en coupant la racine par  <lb>
morceaux, et huit mois de végétation la conduisent  <lb>
à sa maturité. Cette racine est farineuse et très-  <lb>
saine ; cuite avec des viandes salées, elle est agréable  <lb>
au goût, et tous les estomacs s&apos;en accommodent ai-  <lb>
sément; bouillie avec du sel, elle sert, avec le ma-  <lb>
nioc et la patate, d&apos;aliment aux nègres, toute l&apos;an-  <lb>
née. La racine de couz-couz (holcus spicatus),  <lb>
et l&apos;arbrisseau à pois d&apos;angole ( cytisus cajan ),  <lb>
servent à varier leurs mets.  <lb>
blé DE TURQUIE (panicum milium. )  <lb>
Le blé d&apos;Inde, ou de Turquie, a été apporté des  <lb>
Iudes en Turquie, et delà il a été répandu en Eu-  <lb>
rope, en Afrique, et en Amérique, où il est géné-  <lb>
ralement connu sous le nom de Maïs. Sa végétation,  <lb>
est très-forte, ct très-abondante aux Antilles ; mais  <lb>
le pain lourd et massif qu&apos;il produit, ne convient  <lb>
point aux nègres. Dans les îles françaises, on ne  <lb>
s&apos;en sert que pour les bestiaux et la volaille, les  <lb>
nègres en font souvent griller les grains, qu&apos;ils man-  <lb>
gent parfois verts comme les petits pois ; lorsque les  <lb>
jeunes épis n&apos;ont que la grosseur du doigt, ils-  <lb>
sont très-bons, fendus en deux, et frits avec de la  <lb>
pâte, à la manière des artichauts, ou bien, comme les-  <lb>
cornichons» lorsqu&apos;ils sont confits dans le vinaigre.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0068">
<head>Bananier du paradis, arbre &amp;agrave; pain, sapotiller.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0068">
68
</controlpgno>
<printpgno>
0054
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(54)  <lb>
Les Anglais seuls en distribuent à leurs ateliers.  <lb>
L&apos;abondance et la facilité avec lesquelles le Mais  <lb>
croît, le rendrait d&apos;une ressource bien précieuse  <lb>
pour l&apos;humanité, si on pouvait trouver le moyen  <lb>
d&apos;en faire du bon pain. Semé au moment des pre-  <lb>
mières pluies, il fournit en peu de mois un fourrage  <lb>
qui est d&apos;une grande utilité, pour tous les bestiaux,  <lb>
surtout pour les b ufs; cette plante résiste avec  <lb>
plus de force que toute autre à la sécheresse.  <lb>
LE  BANANIER  DU  PARADIS.  <lb>
Le BANANIER du paradis (Musaparasidica. L. )  <lb>
se nomme figuier d&apos;Adam, parce qu&apos;il était, dit-on,  <lb>
dans le paradis terrestre, et que ce fut avec ses  <lb>
grandes feuilles qu&apos;Eve se fit un vêtement. Crois-  <lb>
sant naturellement partout il domine, par sa taille  <lb>
gigantesque sur tous les végétaux herbacés, et  <lb>
mérite la prééminence par l&apos;abondance et la qualité  <lb>
de ses fruits.  <lb>
Sa racine est une espèce de grosse bulbe oblongue,  <lb>
garnie à sa base de parties fibreuses blanches, et  <lb>
en forme de petites cordes. Du centre s&apos;élève une  <lb>
tige herbacée, simple, ronde, droite, formée par  <lb>
les gaines des pétioles recouverts les uns par les  <lb>
autres. Cette tige, d&apos;un vert jaunâtre, s&apos;élève de  <lb>
ï2 à i5 pieds et même plus. Son diamètre est de  <lb>
6 à 8 pouces; elle est terminée par un faisceau de  <lb>
grandes feuilles ovales, obtuses, de6 à 8 pieds de<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0069">
69
</controlpgno>
<printpgno>
0055
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 55 ï  <lb>
long, sur i8 à-20 pouces de large; leur surface,  <lb>
très-mince et très-lisse, est agréablement rayée de  <lb>
nervures transversales qui les font rassembler à des  <lb>
banderoles enrubanées, agitées par le vent. Au bout  <lb>
de 8 à g mois, il sort de son centre une hampe ter-  <lb>
minée par un spadice garni de fleurs sessiles de  <lb>
deux sortes, d&apos;hermaphrodites stériles au sommet,  <lb>
et d&apos;hermaphrodites fertiles vers sa base. Aux fleurs  <lb>
fécondes succèdent des baies oblongues, polygones  <lb>
et plus souvent trigones, ces baies sont recou-  <lb>
vertes par une peau épaisse d&apos;une ligne, verte avant  <lb>
la maturité du fruit, et d&apos;un beau jaune quand il  <lb>
est mûr ; le spadice chargé de fruits s&apos;appelle ré-  <lb>
gime , c&apos;est une énorme grappe, qui pèse de dix à  <lb>
trente livres, et dont le poids va même jusqu&apos;à 6o  <lb>
livres. Ces fruits délicieux qui présentent une nour-  <lb>
riture saine et très-agréable, se mangent, ou crus, ou  <lb>
cuits, et apprêtés de beaucoup de manières (i). Il y  <lb>
en a de trois espèces : la banane proprement dite, ou  <lb>
baie , longue d&apos;environ huit pouces et d&apos;un pouce  <lb>
et plus de diamètre ; la banane musquée, un peu  <lb>
moins grosse mais plus délicate que la précédente ;  <lb>
et la figue banane, moins longue, aussi grosse, d&apos;un  <lb>
goût exquis et très-nourrissante. On abat l&apos;arbre  <lb>
pour en cueillir le régime, mais les rejets qui pous-  <lb>
(i) Extrait de la Flore des Antilles, par le  chevalier de  <lb>
Toussac.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0070">
70
</controlpgno>
<printpgno>
0056
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(56)  <lb>
sent au pied, croissent rapidement et donnent du  <lb>
fruit six mois après.  <lb>
ARBRE   A PAIN  OU  JAQUÏER.  <lb>
Le jaquier à feuilles entières (artocarpus inte-  <lb>
grifolia) s&apos;élève de 40 à 5o pieds, son fruit est le  <lb>
plus gros que l&apos;on connaisse, il pèse de 5o à 80  <lb>
livres. Il fut transporté des Indes à la Jamaïque,  <lb>
delà à Saint-Domingue, et n&apos;est guère connu dans  <lb>
les autres Antilles , à cause de son inutilité.  <lb>
l&apos;arbre a pain d&apos;otaïti.  <lb>
L&apos;arbre à pain d&apos;Otaïti, ou le Rima, ouïe Jaquier  <lb>
découpé (artocarpus incisa), diffère de celui -ci  <lb>
par sa stature, la forme de ses feuilles, et la gros-  <lb>
seur de son fruit. Il a été importé dans toutes les  <lb>
Antilles, après avoir coûté des arméniens dis-  <lb>
pendieux pour aller le chercher â Taïti. Mais,  <lb>
apprécié à sa juste valeur, il est bien au-dessous  <lb>
de la réputation qu&apos;il avait acquise, avant qu&apos;on  <lb>
l&apos;eût observé de plus près, et son fruit, dont la gros-  <lb>
seur ordinaire est celle de la tête d&apos;un enfant; d&apos;a-  <lb>
près tous les essais qu&apos;on en a faits, ne servira ja-  <lb>
mais à la nourriture des hommes.  <lb>
LE   SAPOTILLIER.  <lb>
Le sxvotilliek(A/iras sapola,Linn.) est un des<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0071">
71
</controlpgno>
<printpgno>
0057
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(57 )  <lb>
arbres les plus intéressans des Antilles; il parvient à  <lb>
une hauteur et à une grosseur considérables, et prend  <lb>
le plus souvent la forme pyramidale. Ses rameaux  <lb>
sont recouverts d&apos;une écorce fauve, et garnis, vers  <lb>
leur sommet, de feuilles éparses, pétiolées, ovales,  <lb>
lancéolées, un peu épaisses, glabres, d&apos;un vert foncé  <lb>
et luisant.  <lb>
Ses fleurs, peu apparentes, sont composées d&apos;un  <lb>
calice à six divisions, trois extérieures plus courtes,  <lb>
couvertes d&apos;une poussière ferrugineuse, et trois inté-  <lb>
rieures plus longues, d&apos;un blanc verdâtre ; elles  <lb>
commencent à paraître en mai, et se succèdent  <lb>
pendant 3 à 4 mois.  <lb>
Le fruit varie en forme et en grosseur; selon les  <lb>
espèces, il est rond, ovale, ou ovoïde, et ordinai-  <lb>
rement de la grosseur d&apos;une belle poire; la peau en  <lb>
est rude, et recouverte d&apos;une poussière ferrugineuse.  <lb>
On trouve , dans l&apos;intérieur , une pulpe, succu-  <lb>
lente , divisée entre plusieurs loges, qui contien-  <lb>
nent chacune une graine oblongue, noire, luisante,  <lb>
applatie , ayant un hile blanc sur presque tout un  <lb>
côté; les premiers fruits mûrissent en septembre et,  <lb>
successivement, il en mûrit jusqu&apos;en janvier. La sa-  <lb>
potille tient le premier rang sur les tables, et se  <lb>
vend plus cher qu&apos;aucun autre fruit, à cause de sa ra-  <lb>
reté, parce qu&apos;il faut io à 12 ans avant que l&apos;arbre  <lb>
soit en plein rapport; sa culture est difficile, et exige  <lb>
de grands soins. Dans l&apos;île de Curaçao, on voit de<lb>
</p>
</div>
<div id="a0072">
<head>Cocotier; palmiste.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0072">
72
</controlpgno>
<printpgno>
0058
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 58 )  <lb>
très-beaux sapotilliers, qui sont d&apos;un rapport de n  <lb>
à j,5oo francs chacun par année.  <lb>
LE   COCOTIER.  <lb>
Le cocotier (palma cocos nucifera) est une  <lb>
espèce de palmier dont la tige s&apos;élève jusqu&apos;à 60  <lb>
pieds de hauteur; il est indigène de toutes les ré-  <lb>
gions du tropique. Les naturels des Antilles l&apos;appel-  <lb>
aient l&apos;arbre de Dieu. Sa tige est surmontée d&apos;une  <lb>
couronne de feuilles ailées, longues de 10 à 15 pieds,  <lb>
larges de 3, qui servent de couvertures ou de nattes.  <lb>
Ses fruits, appelés noix de coco, qu&apos;il ne porte qu&apos;à  <lb>
sa cîme, devaient être, suivant quelques auteurs, la  <lb>
manne des Israélites dans le désert. Gros comme un  <lb>
melon, ils sont enveloppés d&apos;une substance épaisse  <lb>
et ligneuse, dont les filamens peuvent servir à faire  <lb>
des cordes et des filets d&apos;un long usage. Le fruit,  <lb>
dépouillé, est une coque d&apos;un bois et d&apos;une contex-  <lb>
ture très-durs, déforme ovoïde; on ne peut le percer  <lb>
que du côté où il s&apos;attachait à l&apos;arbre. L&apos;intérieur est  <lb>
une pulpe compacte très -blanche, de 5 à 6 lignes  <lb>
d&apos;épaisseur, adhérente à la coque, dont le goût offre  <lb>
celui de la noisette ; elle renferme à peu près un verre  <lb>
d&apos;une liqueur limpide, très agréable, mais froide,  <lb>
qui passe pour un puissant anti-scorbutique. Lors-  <lb>
que ce fruit est gardé pendant un certain temps,  <lb>
l&apos;eau se dissipe et fait place à une amande qui remplit  <lb>
toute la cavité, et devient propre à la germination.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0073">
<head>Manguier, pommier-canelle, acajou-pomme.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0073">
73
</controlpgno>
<printpgno>
0059
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(59)  <lb>
On fait avec les noix de coco, des tasses, des  <lb>
vases, et de jolis ouvrages gravés, nuancés de di-  <lb>
verses couleurs et d&apos;un poli très-luisant.  <lb>
LE PALMISTE FRANC.  <lb>
Le PALMISTE FRANC (sylvestris palma altissima  <lb>
non spinosa ) est le palmier des Antilles ; il croît  <lb>
dans les forêts, et s&apos;élève jusqu&apos;à 100 pieds de hau-  <lb>
teur; la tige de cet arbre magnifique est herbacée  <lb>
verte, et n&apos;acquiert une consistance ligneuse et une  <lb>
couleur grise, qu&apos;en vieillissant; mais elle est tou-  <lb>
jours lisse. La cime du palmiste est couronnée par  <lb>
un faisceau de feuilles, longues de 7 à 8 pieds, larges  <lb>
de 2, du milieu desquelles s&apos;élève un bourgeon prin-  <lb>
cipal que l&apos;on appelle chou, et qui n&apos;est formé qu&apos;au  <lb>
bout de 8 à 10 ans, lorsque l&apos;arbre n&apos;a encore que  <lb>
12 a 15 pieds. Apprêté de diverses manières, ce chou  <lb>
est unmets délicat, mais il faut sacrifier l&apos;arbre pour  <lb>
le couper; et cet arbre, quand on le cultive, forme des  <lb>
allées de toute beauté. Il produit une espèce de ver  <lb>
gros et long à peu près comme le pouce, appelé ver  <lb>
palmiste ; quelques gourmands le mangent avec  <lb>
délices, préparé à la brochette.  <lb>
Le manguier, mangue ou mangao (mangifera.)  <lb>
Est un bel arbre importé de l&apos;Inde, qui croît  <lb>
extrêmement vite jusqu&apos;à la hauteur de 3o pieds,<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0074">
74
</controlpgno>
<printpgno>
0060
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(6o&gt;  <lb>
et dont la tête a quelquefois autant de diamètre;  <lb>
son fruit est très-bienfaisant, et purifie la masse  <lb>
du sang; il en donne abondamment, et ce fruit est  <lb>
d&apos;autant meilleur que le Jioyau est plus petit. Il y  <lb>
en a une grande variété d&apos;espèces, qui diffèrent, par  <lb>
les couleurs, depuis le brun jusqu&apos;au plus beau  <lb>
rouge; par les formes, qui sont souvent très-bizar-  <lb>
res ; par la grosseur et la pesanteur ; on trouve des  <lb>
mangues , qui ont la grosseur et la figure d&apos;un  uf,  <lb>
et d&apos;autres qui pèsent de 20 à 25 onces.  <lb>
LE  POMMIER-CANELLE, OU L&apos;ATTIER DE L&apos;INDE.  <lb>
D&apos;où il a été importé aux Antilles, est un arbre  <lb>
de moyenne grosseur, qui s&apos;élève à la hauteur de  <lb>
13 à i5 pieds, et qui ne résiste pas à un grand  <lb>
vent, il croît vite, et porte, avant la seconde an-  <lb>
née , des fruits qui ont 4 à 5 pouces de diamètre et  <lb>
sont excellens. On l&apos;appelle Pommier - Canelle,  <lb>
parce que son fruit paraît assaisonné de sucre et de  <lb>
canelle; il en donne beaucoup, mais seulement une  <lb>
fois par année.  <lb>
l&apos;acajou fruitier ou à pommes (Cassuvium  <lb>
anacardium. )  <lb>
Est un arbre tout tor tu qui croît partout et sans  <lb>
soin,etdont le bois n&apos;est bon qu&apos;à brûler. Sonfruit,  <lb>
remarquable par sa singularité, est une pomme<lb>
</p>
</div>
<div id="a0075">
<head>Tamarinier, calebassier, cassier.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0075">
75
</controlpgno>
<printpgno>
0061
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(6i )  <lb>
 oblongue, rouge quand elle est bienmûre,ou jaune,  <lb>
juteuse, et d&apos;un goût acidulé; la plus grosse partie  <lb>
tient à la queue; il paraît à l&apos;extrémité opposée une  <lb>
espèce de noix, délicate quand elle est mangée en  <lb>
cerneau ou grillée; mais il faut l&apos;extraire avec  <lb>
précaution pour éviter qu&apos;elle ne soit imprégnée  <lb>
du suc très-corrosif de la coque qui l&apos;enveloppe ;  <lb>
cette coque est grise, épaisse, et ligneuse; de ses  <lb>
pores il sort une espèce d&apos;huile très-caustique avec  <lb>
laquelle on détruit les cors des pieds.  <lb>
On assure que dans l&apos;Inde on emploie, avec le  <lb>
plus grand succès, dans les maladies syphilitiques,  <lb>
le jus de la pomme d&apos;acajou pris, le matin à jeun,  <lb>
à la dose d&apos;un gobelet, pendant 3o à 4o jours.  <lb>
LE  TAMARINIER.  <lb>
Le Tamarin ou Tamarinier ( Tamarindus), im-  <lb>
porté d&apos;Afrique aux Antilles, aime la grande chaleur  <lb>
et les endroits pluvieux : quand le terrein lui est  <lb>
favorable, il rapporte à trois ans et devient un arbre  <lb>
de haute-fulaye. Son fruit est une gousse longue  <lb>
de 7 à 8 pouces, très-rafraîchissant, dont on fait  <lb>
d&apos;excellentes confitures. Il est d&apos;un grand usage  <lb>
dans la médecine du pays ; les boissons au tamarin  <lb>
et au limon tiennent presque lieu, dans ces climats  <lb>
dangereux, de panacée universelle. Les feuilles de  <lb>
cet arbre, si ami de l&apos;homme, infusées dans l&apos;eau  <lb>
fraîche, ou bouillies, guérissent les maux d&apos;yeux.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0076">
76
</controlpgno>
<printpgno>
0062
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(62)  <lb>
LE  CALEBASSIER.  <lb>
Le Calebassier ( Cressentia ) est un arbre de la  <lb>
taille et de la forme des pommiers de France, mais  <lb>
beaucoup plus touffu , et très-commun dans les  <lb>
îles. U rapporte un fruit ou espèce de courge, ap-  <lb>
pelé calebasse ( cucurbita ) , qui a la forme d&apos;un  <lb>
petit melon alongé; les médecins en font un grand  <lb>
usage dans les maladies de poitrine. On le fait  <lb>
griller au feu jusqu&apos;à ce que sa partie acqueuse  <lb>
soit en ébulition ; on le coupe alors en deux parties  <lb>
pour extraire cette liqueur, qui est un sirop pec-  <lb>
toral très-adoucissant et d&apos;un bon goût. La coque  <lb>
de ce fruit sert à faire un grand nombre d&apos;usten-  <lb>
siles de ménage, que l&apos;on appelle calebasses ou  <lb>
couïs.  <lb>
LE   CASSIER.  <lb>
Le Canneficier ou cassier, qui produit&quot; la casse  <lb>
( Cassiafistula aut nigra), est un arbre très-commun  <lb>
qui ressemble au noyer. Son fruit est une gousse  <lb>
verte, noire quand elle est mûre, dont la forme,  <lb>
la grosseur et la longueur sont celles d&apos;une chan-  <lb>
delle. Elle renferme une moelle ou substance noire  <lb>
avec des péricarpes et des grains, d&apos;un usage très-  <lb>
commun en médecine pour les purgations.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0077">
<head>Copahu, alo&amp;euml;s, monbaio.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0077">
77
</controlpgno>
<printpgno>
0063
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(63)  <lb>
COPAHU.  <lb>
Le Copaïer (copaïfera) est l&apos;arbre qui produit le  <lb>
baume de copahu. On le trouva en grande abon-  <lb>
dance dans les Antilles, mais il a beaucoup dimi-  <lb>
nué. Il s&apos;élève droit, devient très - gros, et son  <lb>
bois, d&apos;un rouge foncé , parsemé de petites taches  <lb>
u&apos;un rouge plus vif, est très-recherché des ébé-  <lb>
nistes. 11 porte des fleurs auxquelles succèdent des  <lb>
gousses arondies , qui contiennent une amande de  <lb>
la grosseur d&apos;une petite noisette. Dans les mois de  <lb>
mars, d&apos;avril ou d&apos;août, on fait une incision au  <lb>
tronc de l&apos;arbre, d&apos;où il découle une huile balsa-  <lb>
mique que l&apos;on reçoit dans une calebasse (i); elle  <lb>
a la propriété d&apos;arrêter les cours de ventre, la dys-  <lb>
senterie, les pertes rouges et blanches des femmes,  <lb>
et de purger doucement par les selles et par les  <lb>
urines.  <lb>
L ALOES.  <lb>
L&apos;Aloës (Aloe) est un arbre dont on trouve beau-  <lb>
coup d&apos;espèces dans l&apos;Inde; la plus recherchée est  <lb>
celle dite sucotrine; la seule connue aux Antilles  <lb>
(i) On nomme calebasse ou couï un vase ou tasse faits avec  <lb>
la coque du fruit du calebassier.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0078">
78
</controlpgno>
<printpgno>
0064
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(64)  <lb>
est l&apos;hépathique; celle-ci se perpétue par rejetons,  <lb>
et fleurit dans des sols secs et arides, où des végé-  <lb>
taux moins vivaces ne tarderaient pas à périr. On  <lb>
en trouve partout dans les bois et dans les sava-  <lb>
nes; sa feuille, coupée en petits morceaux et infusée  <lb>
dans de l&apos;eau-de-vie ou du vin blanc, exposés au  <lb>
soleil pendant quelques jours, guérit des indiges-  <lb>
tions; une cuillerée prise ainsi matin et soir, ré-  <lb>
tablit en quinze jours l&apos;estomac le plus délabré.  <lb>
Cette feuille, pilée avec celle du tabac, forme un  <lb>
onguent délicieux pour déterger les plaies des  <lb>
animaux et offre un grand secours à la médecine  <lb>
vétérinaire. On fait bouillir la racine bien nétoyée  <lb>
dans de grandes chaudières, et renfermée dans  <lb>
des paniers jusqu&apos;à ce que la liqueur devienne  <lb>
noire. On la fait bouillir de nouveau jusqu&apos;à con-  <lb>
sistance de miel, et on la verse dans des calebasses  <lb>
où elle sèche pour être livrée au commerce. Elle  <lb>
est vermifuge, purgative et vulnéraire.  <lb>
LE    MONBIN.  <lb>
Le Monbin (Spondias) ou grand prunier à baies  <lb>
ovoïdes, jaunes et aromatiques, ressemble beau-  <lb>
coup à l&apos;acajou. Cet arbre très-touffu, se plante  <lb>
dans les savanes pour donner de l&apos;ombrage aux  <lb>
bestiaux. Son bois n&apos;est propre à rien; son fruit  <lb>
sert à engraisser les cochons.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0079">
<head>Oranger, abricotier, goyavier, papayer, etc.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0079">
79
</controlpgno>
<printpgno>
0065
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(65)  <lb>
La classe des orangers ( aurantium ), se compose  <lb>
de vingt espèces connues qui ne diffèrent en rien  <lb>
pour le port, les feuilles et les fleurs de l&apos;arbre ; les  <lb>
fruits seuls ont entre eux des différences sensibles.  <lb>
L&apos;oranger est originaire de la Chine, d&apos;où les Por-  <lb>
tugais ont apporté les premières graines ; il croît  <lb>
naturellement aux Antillles et embaume l&apos;air par  <lb>
l&apos;odeur suave de ses fleurs et de ses fruits. L&apos;oran-  <lb>
ger doux est préférable, tant pour la beauté de ses  <lb>
feuilles que pour la bonté de son fruit. Cet arbre  <lb>
est sujet à être dévoré par un petit insecte appelé  <lb>
puceron qui se multiplie en telle quantité que sou-  <lb>
vent l&apos;oranger meurt, quelque soin qu&apos;on lui donne.  <lb>
L&apos;Abricotier des Antilles porte ce nom parce que  <lb>
la chair de son fruit ressemble à celle de nos abri-  <lb>
cots, mais la figure, la grosseur, le goût et les  <lb>
noyaux sont bien différens : il est ovale , gros  <lb>
comme un petit melon , enveloppé d&apos;une peau  <lb>
grise qui couvre une chair jaune , dans laquelle  <lb>
est un noyau adhérent dont la grosseur varie depuis  <lb>
celle de l&apos; uf de poule jusqu&apos;à celle de l&apos; uf de dinde.  <lb>
Ce fruit a un parfum exquis, est sain et très-nou-  <lb>
rissant, mais un peu dur. On le mange de préfé-  <lb>
rence coupé par tranches dans du vin et du sucre.  <lb>
L&apos;arbre est de la grandeur de nos noyers ordi-  <lb>
naires ; il suffit, pour le reproduire, de jeter le  <lb>
noyau en terre.  <lb>
Le Goyavier ( Psidium guaiva) ;  <lb>
Le Papayer ( Papaya carcia ) ;  <lb>
I.                                                 5<lb>
</p>
</div>
<div id="a0080">
<head>Ananas, giroflier, canellier, poivrier.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0080">
80
</controlpgno>
<printpgno>
0066
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(66)  <lb>
L&apos;Avocuyer (Agnacat, palsifera) ;  <lb>
LeCorossolier, l&apos;Anone ou Cachiinent (Anona  <lb>
Guanabanus ) dont le fruit est appelé Corosol ou  <lb>
c ur de b uf, parce qu&apos;il en a la figure;  <lb>
La Pomme de liane, dont la plante sert à couvrir  <lb>
des tonnelles et produit d&apos;excellens fruits ;  <lb>
Le Grenadier (Maluspunica), et tant d&apos;autres  <lb>
arbres fruitiers , se multiplient extrêmement aux  <lb>
Antilles avec peu de soin et de culture.  <lb>
L&apos;Ananas épineux, vulgairement l&apos;Ananas blanc  <lb>
ou à couronne (Bromelia ananas, TJnn. ) qu&apos;on  <lb>
cultive eu Europe dans des serres chaudes, croît  <lb>
aux Antilles avec ou sans culture. Sa racine, qui  <lb>
est fibreuse , pousse plusieurs feuilles disposées en  <lb>
rond, fermes, rabattues en dehors, larges de deux  <lb>
à trois pouces, longues de deux à trois pieds, den-  <lb>
telées ou hérissées sur les bords de petites pointes  <lb>
plus ou moins piquantes. Du centre des feuilles  <lb>
s&apos;élève une hampe ou tige ronde, haute de deux  <lb>
pieds , de la grosseur du pouce ; elle soutient à son  <lb>
sommet une rose formée de feuilles très-courtes,  <lb>
très-aiguës, qu&apos;on appelle la couronne et qui cou-  <lb>
vre le fruit. Ce fruit prend la forme d&apos;une pomme  <lb>
de pin et grossit beaucoup plus qu&apos;en Europe. On  <lb>
dit que le jus d&apos;Ananas à demi-mûr est un bon spé-  <lb>
cifique contre la gravelle.  <lb>
Le Giroflier des Moluques ( Caryophillus-  <lb>
aromaticus , Lànn. ) , y croît à la hauteur du ceri-  <lb>
sier ordinaire. Ce sont les embryons de ses fleurs<lb>
</p>
</div>
<div id="a0081">
<head>Motifs pour lesquels on n&amp;apos;y cultive ni bl&amp;eacute; ni vigne.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0081">
81
</controlpgno>
<printpgno>
0067
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(G?)  <lb>
desséchées avec le calice et le germe qui forment le  <lb>
clou de girofle.  <lb>
Le Cannelier des Indes ( Cinnamomum ), y a  <lb>
fait beaucoup de progrès depuis quelques années.  <lb>
Le. Pqivrier ( Piper saururus ) ; le Muscadier  <lb>
( Myristica ) commencent à s&apos;y naturaliser.  <lb>
Dq tous les fruits d&apos;Europe, les raisins ct les  <lb>
figues sont ceux qui réussissent le mieux ; ils y  <lb>
sont délicieux. }1 n&apos;y a cependant ni vignobles,  <lb>
ni champs de blé, quoiqu&apos;on soit fondé à croire  <lb>
qu&apos;on y cultiverait la vigne avec d&apos;autant plus de  <lb>
succès que les grappes de raisins de treille y sont  <lb>
étonnantes par leur volume et la douceur de leurs  <lb>
fruits 5 mais l&apos;intérêt du commerce a donné , dans  <lb>
c&amp;s contrées, une direction différente à la culture.  <lb>
J^a farine y est apportée des métropoles, ou des  <lb>
Etats-Unis d&apos;Amérique, en temps de disette; et les  <lb>
vin§ de, Bordeaux y sont consommés de préférence  <lb>
à tous les autres; car les vins légers, tels que ceux  <lb>
de Bourgogne, n&apos;ont pas assez de consistance pour  <lb>
.résister à l&apos;effet de la mer, tandis que ceux de Bor-  <lb>
deaux s&apos;améliorent par la navigation.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0082">
<head>Plantes potag&amp;egrave;res.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0082">
82
</controlpgno>
<printpgno>
0068
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(68)  <lb>
PLANTES POTAGÈRES.  <lb>
Les plantes potagères, telles que les choux d&apos;Eu-  <lb>
rope , les choux caraïbes de deux espèces (arum  <lb>
esculenlum. Linn.), les laitues, les chicorées, les  <lb>
pois, les haricots, les courges, les melons, les con-  <lb>
combres, y viennent en grande abondance. Le me-  <lb>
lon (melo), dont la culture exige à Paris tant de pei-  <lb>
nes et tant de soins, pour ne donner très-souvent  <lb>
que de mauvais fruits, n&apos;a besoin, aux Antilles,  <lb>
que d&apos;être semé à une légère profondeur, sans  <lb>
autre attention que celle du sarclage, pour pro-  <lb>
duire des melons très-gros et d&apos;un goût exquis.  <lb>
Un plantd&apos;Asperges (Asparagi ), quand il est pré-  <lb>
paré , ne demande que d&apos;être gratté la veille, pour  <lb>
donner le lendemain des tiges de sept à huit pouces.  <lb>
Le piment, poivre d&apos;Inde ou du Brésil (capsicum),  <lb>
si nécessaire dans ces climats pour donner du ton  <lb>
à l&apos;estomac, est très-abondant ; on en compte deux  <lb>
espèces : autant il contribue à la santé, par un usage  <lb>
modéré, autant il devient dangereux quand on porte  <lb>
cet usage à l&apos;excès.  <lb>
L&apos;Artichaut ( Cinara hortensis) réussit dans les  <lb>
mornes (î), à l&apos;abri de la grande  chaleur, et on  <lb>
(i) Morne, terme créole qui désigne une montagne de  <lb>
moyenne hauteur.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0083">
<head>Plantes m&amp;eacute;dicinales.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0083">
83
</controlpgno>
<printpgno>
0069
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(69)  <lb>
trouve aussi, dans quelques îles, la Fraise (Fraga),  <lb>
qu&apos;on ne cultive pas dans les jardins.  <lb>
L&apos;herbe dite de Guinée, parce que les premières  <lb>
semences sont venues de cette contrée, est cultivée  <lb>
pour les chevaux, qu&apos;on nourrit au vert toute l&apos;an-  <lb>
née. On la perpétue par graines ou par les rejetons  <lb>
des racines ; on la sarcle et on la soigne avec la houe,  <lb>
comme la canne ; elle pousse très-vite et à mesure  <lb>
qu&apos;on la coupe. Les amateurs de chevaux joignent  <lb>
à cette nourriture, de l&apos;avoine, qu&apos;on importe des  <lb>
Etats-Unis.  <lb>
PLANTES MÉDICINALES.  <lb>
Parmi les plantes médicinales que les Antilles pro-  <lb>
duisent en grande quantité, on distingue :  <lb>
Le Ricin oukarapat (Ricinus, aut palma christï)y  <lb>
qui est une plante venant par grandes touffes à  <lb>
larges feuilles de la forme de celles des platanes,  <lb>
dont les graines varient en grosseur suivant les es-  <lb>
pèces de plants. Ces graines donnent une huile pur-  <lb>
gative précieuse pour guérir les enfans des vers, les  <lb>
préserver du tétanos, et purger, à tout âge, sans  <lb>
aucun danger. Sa racine brûlée sent le musc.  <lb>
La plante spigele ou Brinvilier (spigelia antkel-  <lb>
*7im),qui est de la famille des gentianes,et croît dans  <lb>
les savannes, est aussi anthelmentique ou propre  <lb>
à tuer les vers; mais l&apos;usage en est dangereux.  <lb>
On trouve encore dans les savannes, l&apos;ipécacuanha<lb>
</p>
</div>
<div id="a0084">
<head>Fleurs.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0084">
84
</controlpgno>
<printpgno>
0070
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 7o )  <lb>
blanc et gris ; mais le noir, qu&apos;on dit être le rneiU  <lb>
leur, manque aux Antilles j c&apos;est la racine de cette  <lb>
plante qui remplace l&apos;émétique dans la médecine ;  <lb>
elle fait vomir, et purge plus doucement.  <lb>
FLEURS.  <lb>
Les fleurs sont mdins communes aux Antilles  <lb>
qu&apos;en Europe ; mais elles y végéteraient avec un  <lb>
grand succès, si on voulait prendre la peine de les  <lb>
cultiver ; car on y voit venir sans soins des roses  <lb>
(ros ), des jasmins de toute espèce (jasminii), des  <lb>
giroflées ou violiers, et des tubéreuses doubles (po-  <lb>
lianthes, hyacinthy), etc. Les rosiers apportés d&apos;Eu-  <lb>
rope donnent des fleurs toute l&apos;année, pourvu qu&apos;on  <lb>
ait soin de les fouetter avec uttB gaule , «quatre oii  <lb>
cinq fois par an.  <lb>
Les côtes -des îles * plus particulièrement celles  <lb>
sous le vent, et tous les endroits marécageux, sont  <lb>
presque partout couverts de mangliers ou de pa-*  <lb>
létuviers (conocarpi, rhizophoroè* aviceni -hi&apos;-  <lb>
tid ), dont les espèces sont ordinairement Variées.  <lb>
Ces arbres, de la famille des chalefs (el agnï), traî-  <lb>
nent à terre leurs branches qui y prennent racine,  <lb>
poussent de nouveaux jets, et forment en peu de  <lb>
temps une forêt impénétrable. L&apos;Olivier sauvage  <lb>
(bontiadaphnoïdes), lecorrosol des marais (anno-<lb>
</p>
</div>
<div id="a0085">
<head>Arbres des For&amp;ecirc;ts.  Mancenillier, gayac, sandal, camp&amp;ecirc;che, acajour, acacia, raquette, bois de fer, courbarit, ablisier, acoma, balatas, gri-gri, cataipa, gommier, rocou, bambou, sensitive, etc., etc.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0085">
85
</controlpgno>
<printpgno>
0071
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(7&apos; )  <lb>
na palustris), et une foule d&apos;autres végétaux vien-  <lb>
nent y réunir leurs tiges et leurs lianes sarmen-  <lb>
teuses, et augmenter le méphytisme de ces terrains  <lb>
inondés, en y interceptant l&apos;air nécessaire à la vie  <lb>
des animaux.  <lb>
De tous les tithymales, le plus dangereux est le  <lb>
mancenillier (mançanilla hippomane), qui se plaît  <lb>
sur les bords de la mer. Cet arbre, aussi beau qu&apos;il  <lb>
est à redouter, produit des feuilles, des fleurs et  <lb>
des fruits, dont la substance laiteuse est un poison  <lb>
tellement actif, qu&apos;une flèche trempée dans ce suc,  <lb>
quoique séchée depuis long-temps, empoisonne tout  <lb>
être qui en est atteint (i). Son ombre est corrosive,  <lb>
fait enfler le corps, et la pluie qui tombe de ses  <lb>
feuilles produit l&apos;effet d&apos;un vésicatoire. Son fruit  <lb>
s&apos;annonce sous les apparences les plus trompeuses ;  <lb>
il ressemble à la pomme d&apos;api -. son odeur agréable  <lb>
elsa beauté invitent à le manger; mais la moindre  <lb>
quantité porterait un feu terrible dans les entrailles,  <lb>
qu&apos;un grand verre d&apos;eau de mer pourrait seul étein-  <lb>
dre; c&apos;estle contre-poison le plus puissant qu&apos;on lui  <lb>
connaisse. Le mancenillier ne cesse d&apos;être dange-  <lb>
reux que quand il est bien sec ; il devient alors sus-  <lb>
ceptible de recevoir un beau poli, et est très-recher-  <lb>
(i) Les sauvages s&apos;en servaient autrefois aux Antilles,  <lb>
comme le font encore ceux du continent américain. La bles-  <lb>
sure de ces flèches est incurable.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0086">
86
</controlpgno>
<printpgno>
0072
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(70  <lb>
ché par les ébénistes. Pour l&apos;abattre, on allume  <lb>
un grand feu tout autour, afin de bien faire éva-  <lb>
porer l&apos;humidité , et en ayant soin d&apos;éviter la  <lb>
fumée; après cette précaution, on y met la hache  <lb>
avec moins de danger (i).  <lb>
Le Gayac ou bois saint ( Guaïacum , Juss. ) est  <lb>
un arbre qu&apos;on a trouvé en grande quantité dans  <lb>
les forêts des Antilles, où il devient rare aujour-  <lb>
/ d&apos;hui. L&apos;infusion de son bois est très-active et  <lb>
sudorifique ; on l&apos;emploie avec beaucoup de succès  <lb>
dans les maladies de la syphilis , les rhumatismes,  <lb>
les ulcères invétérés, etc. Son bois, qui est très-dur,  <lb>
sert dans les constructions navales, particulièrement  <lb>
pour les poulies.  <lb>
Il y a deux espèces de gayac, l&apos;une à fleurs  <lb>
bleues, c&apos;est la plus haute, et l&apos;autre à fleurs  <lb>
blanches dentelées, qui est la plus petite. Cet ar-  <lb>
bre ne croît qu&apos;avec une extrême lenteur.  <lb>
Le bois de sandal citrin (santalum), arbre qui  <lb>
vient de la grosseur de la jambe, brûle comme des  <lb>
allumettes et exhale une odeur très-suave.  <lb>
Le bois de chandelle, haut comme un coignas-  <lb>
sier, fleurit et graine à la manière du bois de san-  <lb>
dal; il est rempli d&apos;une gomme ou résine grasse,  <lb>
qui le fait brûler comme une chandelle ; en brûlant  <lb>
il répand une très-bonne odeur.  <lb>
(i) Géographie de Munier, a&quot; vol., pag. 4/6, 477*<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0087">
87
</controlpgno>
<printpgno>
0073
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 7*5)  <lb>
LeCampêche (H matoxylon,Juss.) est un arbre  <lb>
épineux, à fleurs jaunes, légumineuses, qui vien-  <lb>
nent en grappe. Il pousse avec facilité et en buisson;  <lb>
son bois, très-dur, sert à la teinture noire et violette,  <lb>
ainsi qu&apos;à la menuiserie. Il a toujours été d&apos;un grand  <lb>
commerce dans les Antilles, et plus encore sur le  <lb>
continent américain.  <lb>
L&apos;acajou meuble ( Swictenia, Juss. ) l&apos;acajou à  <lb>
planches (cedrela, Juss.), que les Espagnols appel-  <lb>
lent cèdres, sont des arbres d&apos;un bois très-dur et le  <lb>
plus estimé en Europe, pour les beaux meubles.  <lb>
L&apos;acajou vient haut et gros comme nos chênes ;  <lb>
le bois en est roussâtre , odorant et sans aubier ;  <lb>
il y en a de marbré , de noir, de jaune et de blanc-  <lb>
clair , qu&apos;on appelle acajou moucheté ; il s&apos;élève  <lb>
moins que le précédent, ses feuilles sont plus pe-  <lb>
tites et ses fruits moins gros.  <lb>
Le père Labat assure avoir fréquemment éprouvé  <lb>
que le bois d&apos;acajou et celui dusimarouba (quassia)  <lb>
ou bois amer (quassia simarouba) ont la singulière  <lb>
propriété de communiquer leur amertume à tout  <lb>
ce qu&apos;on fait cuire à leur feu, soit bouilli, soit rôti.  <lb>
La décoction de l&apos;écorce du simarouba est très-  <lb>
salutaire pour les flux dyssenteriques.  <lb>
L&apos;acacia à bois dur, ou tendre à caillou ( acacia  <lb>
skleroxyla), est de diverses espèces; le bois en est  <lb>
extrêmement dur, d&apos;un brun tirant sur le rouge ,  <lb>
on l&apos;emploie à une infinité d&apos;usages, mais plus par-  <lb>
ticulièrement pour les cylindres des moulins à sucre.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0088">
88
</controlpgno>
<printpgno>
0074
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(7*)  <lb>
Cet arbre, dants une terre qui lui convient, ar-  <lb>
rive à une hauteur et à une grosseur Considérables ;  <lb>
ses rameaux, diversement disposés , sont ornés de  <lb>
feuilles deux fois ailées. Ses fleurs blanchâtres sont  <lb>
sur de longs épis filiformes placés sur des tiges ; le  <lb>
fruit est un légume lancéolé, plat, coriace, bivalve;  <lb>
les graines sont ovales, aplaties et jaunâtres.  <lb>
L&apos;Acacia du diable ( acacia farnesiana ) est her-  <lb>
maphrodite et de quelque usage en médecine; la  <lb>
piqûre de ses épines, qui est fort douloureuse,  <lb>
le rend très-propre à la fortification ; ses racines  <lb>
s&apos;étendent à cent pieds et forment de nouveaux  <lb>
plants de cinq en cinq pieds , qui rendraient un  <lb>
glacis impénétrable à des bataillons. Sa fleur est  <lb>
jaune et répand une très-agréable odeur, mais il  <lb>
faut «e garder de toucher à son fruit. Les hayes de  <lb>
l&apos;acacia sont encore plus impénétrables que celles de  <lb>
la raquette ou figuier d&apos;Inde (oprentia) que la  <lb>
nature produit à profusion dans toutes les An-  <lb>
tilles ; il naît des rameaux de ses propres rameaux,  <lb>
des feuilles de ses propres feuilles et des fleurs et  <lb>
des fruits de ces mêmes feuilles.  <lb>
Le Cierge épineux, espèce de raquette  Cactus),  <lb>
au lieu de ramper comme la raquette, croît tout  <lb>
droit à cinq ou six pieds de hauteur. Le fruit de la  <lb>
raquette s&apos;appelle pomme de raquette, quoiqu&apos;il  <lb>
ait plutôt la forme d&apos;une figue d&apos;Europe; il est  <lb>
d&apos;une couleur de feu très-vive, «t produit ( on  <lb>
du moins c&apos;est sur le fruit qu&apos;on le trouve) cet in-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0089">
89
</controlpgno>
<printpgno>
0075
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(75)  <lb>
secte précieux pour les teintures écartâtes appelé  <lb>
cochenille (coccinella), mais qu&apos;on ne ramasse pas  <lb>
aux Antilles et qui j est sans utilité.  <lb>
Le bois de fer est Un grand arbre , ainsi appe-  <lb>
lé à cause de la dureté de son bois; il aime les  <lb>
lieux les plus chauds, mais couverts, et produit un  <lb>
fruit jaune bon à manger crû. Ses racines déten-  <lb>
dent .sur un vaste diamètre sans s&apos;enfoncer pro-  <lb>
fondément, il est très-propre aux grandes cons-  <lb>
truction*.  <lb>
Le courbaril ( hymen a ) est un arbre légumi-  <lb>
neux des plus hauts et des plus beaux, à bois massif  <lb>
rouge, très-dur et très-utile pour les cylindres à  <lb>
moulins, mais il â besoin d&apos;un grandnombre d&apos;an-  <lb>
nées pour arriver à sa perfection.  <lb>
Le grand balissier des bois {canna ou cannaco-  <lb>
rus, heliconia J)ihai) orne toutes les forêts.  <lb>
L&apos;acoma (homalium, tacoubea) est un des plus  <lb>
gros et des plus hauts arbres des Antilles, t&apos;est le  <lb>
meilleur de tous pour la construction des bàti-  <lb>
mens; il étend ses racines au loin et se pétrifie  <lb>
dans la terre. Il y en a trois espèces.  <lb>
Le balatas est Un gros arbre des quatre espèces  <lb>
de bois rouge des Antilles : il vient fort droit, et  <lb>
ne se fourche guère qu&apos;à la hauteur de 4o pieds et  <lb>
même plus; il sert à toutes les constructions.  <lb>
Le Gri-gri (Elàïs affiniis) est une espèce de pal-  <lb>
mier des îles du vent. On trouve à Cuba, à Saint-  <lb>
Domingue , à la Jamaïque, et dans quelques-unes<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0090">
90
</controlpgno>
<printpgno>
0076
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(76)  <lb>
des îles du vent, des cèdres, des pins, et des sa-  <lb>
bliniers superbes, propres à la construction de flot-  <lb>
tes entières. On y trouve aussi:  <lb>
Le Catalpa ( Catalpa, bignonia), grand arbre à  <lb>
fleurs en grappes et à longues gousses ;  <lb>
Le Bois trompette (Cecropia ficus ) ;  <lb>
Et le Cotonier mapou, ou fromager.  <lb>
Le Latanier, ou hache, est une espèce de palmier  <lb>
droit comme une flèche, dont les feuilles sont plis-  <lb>
sées en forme d&apos;éventail ; il sert à bâtir les cases  <lb>
ou à faire des conduits pour les eaux des fontaines.  <lb>
Le Gommier (Gummis) est un des plus grands  <lb>
arbres, à bois blanc, veiné de gris , et jetant une  <lb>
gomme blanche comme la neige, que l&apos;on peut  <lb>
brûler. Le gommier sert surtout à faire des canots  <lb>
d&apos;une seule pièce; et on en a vu qui avaient 45 pieds  <lb>
de long et 7 pieds de large.  <lb>
Le Rocou, arbrisseau portant des fleurs et des  <lb>
fruits dont les pépins environnés d&apos;un certain ver-  <lb>
millon , et dissous dans l&apos;huile d&apos;autres graines, ser-  <lb>
vaient aux sauvages à se peindre le corps. On les  <lb>
emploie aujourd&apos;hui en Europe pour donner de la  <lb>
couleur à la cire jaune, etc. Le roucou est t arbor  <lb>
finium regundorum de Scaliger.  <lb>
Le savonnier (saponaria), ou arbre à savonnettes,  <lb>
est un des arbres les plus gros , les plus grands et  <lb>
les plus durs des Antilles. A cause de cette dureté,  <lb>
on ne l&apos;emploie qu&apos;à faire des rouleaux de moulin,  <lb>
ou des moyeux de roues. Son fruit, gros comme<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0091">
91
</controlpgno>
<printpgno>
0077
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(77)  <lb>
une noix verte, étant écrasé, produit une mousse  <lb>
blanche et épaisse qui fait le même effet que le  <lb>
savon.  <lb>
Le caratas , qu&apos;on dit être une espèce d&apos;aloës ,  <lb>
blanchit encore mieux que la savonnette, et autant  <lb>
que le meilleur savon, en frottant le linge avec sa  <lb>
feuille, après l&apos;avoir écrasée. C&apos;est une plante qui  <lb>
pousse un jet de t5 à 20 pieds de haut et de 4 à 5  <lb>
pouces de diamètre. La matière de ce jet est de  <lb>
même nature que celle des feuilles. C&apos;est le bois le  <lb>
plus léger que l&apos;on connaisse ; il prend feu comme  <lb>
une mèche.  <lb>
Le bois de roses, le même que celui de Rhodes  <lb>
ou de Chypre, est un arbre qui vient de la grosseur  <lb>
et de la grandeur de nos noyers. Son bois, qui est  <lb>
très-compact, peut recevoir un beau poli ; il sent  <lb>
constamment la rose , et sert à faire des meubles ,  <lb>
et des armoires précieux.  <lb>
Le bambou, qui est le plus grand de tous les  <lb>
roseaux, croît avec tant de facilité aux Antilles ,  <lb>
qu&apos;il serait difficile de l&apos;y détruire , et le moindre  <lb>
rejet peut s&apos;élever dans le cours d&apos;une année, à la  <lb>
hauteur de 20 à 3o pieds, et devenir gros comme la  <lb>
jambe. Le bambou est d&apos;une utilité particulière,  <lb>
surtout pour la construction des cases à nègres.  <lb>
Cette plante graminée renferme une moelle et un  <lb>
suc qui donnent une espèce de sucre.  <lb>
M. Mahé de Labourdonnaye , gouverneur des  <lb>
Iles de France et de Bourbon, revenant en France<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0092">
92
</controlpgno>
<printpgno>
0078
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(78)  <lb>
en 1747 &gt; s&apos;arrêta, à la Martinique, et fit don à la  <lb>
colonie du bambou de l&apos;Inde dont le feuillage est  <lb>
d&apos;un verd plus agréable , et dont le bois est plus  <lb>
lourd et résiste mieux, à l&apos;action des vers et des oura-  <lb>
gans que celui des Antilles ; il s&apos;y est singulière-  <lb>
ment propagé (i),  <lb>
Outre les fougères d&apos;Europe (filix) qu&apos;on trouve  <lb>
sur les montagnes, il y en a une autre espèce dom  <lb>
la tige, grosse commue la jambe, s&apos;élève à plus  <lb>
de quinze pieds de haut, est toute couverte d&apos;épines  <lb>
et se forme de diverses écorces les unes sur les autres,  <lb>
toutes noires et très-dures. On s&apos;en sert pour les  <lb>
palissades de jardins.  <lb>
Parmi les plantes des forêts, on admire surtout  <lb>
la sensitive; ( mimosa ) qui pousse plusieurs tiges  <lb>
hautes d&apos;un pied et demi, la plupart rampantes et  <lb>
inclinées vers la terre, chargées de feuilles lisses,  <lb>
étroites et rangées de côté et d&apos;autre asse&amp; symétri-  <lb>
quement. Cette plante niimeuse, est plus sujette  <lb>
que toutes les autres à la nutation, qu direction du  <lb>
côté du soleil; ses feuilles s&apos;épanouissent à ses pre-  <lb>
miers rayons, elle les replie lorsqu&apos;on la touche,  <lb>
ou aussitôt que cet astre disparaît, Elle est de dem  <lb>
espèces, l&apos;épineuse et la commune qui croissent  <lb>
toutes les deux en arbrisseau.  <lb>
(1) L* eélibre Labouïdonnaye menait alon triomphant  <lb>
dç Madras, et   allait trouver à Paris, pour pri*c de ses «J*<lb>
</p>
</div>
<div id="a0093">
<head>Plantes marines.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0093">
93
</controlpgno>
<printpgno>
0079
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 79)  <lb>
PLAINTES MARINES.  <lb>
Les panaches de mer ou zoophiles marins, res-  <lb>
semblent à une grande feuille toute percée à jour  <lb>
par une infinité de petits trous , si délicatement  <lb>
faits , et d&apos;un si beau coloris , qu&apos;on les prendrait  <lb>
pour des ouvrages de filigrane ; ils n&apos;ont d&apos;autre  <lb>
utilité que de servir d&apos;ornement dans les cabinets  <lb>
d&apos;histoire naturelle.  <lb>
Les branches de corail noir, et surtout celles  <lb>
du corail blanc (coralia&quot;), se trouvent aussi en  <lb>
abondance aux Antilles. On pêche, pour en faire  <lb>
de la chaux, une espèce de corail blanc, que l&apos;on  <lb>
appelle de la roche à chaux, et qui se trouve près  <lb>
des côtes.  <lb>
ploits, les herreurs d&apos;un odieux procès, et de trois anpées de  <lb>
prison, que lui valut un ennemi jaloux, mais qui sut au moins  <lb>
se faire pardonner, à force de succès, cette grande injustice.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0094">
<head>Poissons.&amp;mdash; Baleine, souffleur, marsouin, lamentin, requin, b&amp;eacute;cune, tazart, poisson-volant, dorade, bonite, baie, balaou, tortues, etc.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0094">
94
</controlpgno>
<printpgno>
0080
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( So)  <lb>
DES POISSONS.  <lb>
L&apos;archipel des Antilles est extrêmement poisson-  <lb>
neux. On y trouve à peu près les différentes espèces  <lb>
de poissons d&apos;Europe, et beaucoup d&apos;autres par-  <lb>
ticuliers à ces parages.  <lb>
Le plus grand des cétacées, la baleine (bal na)  <lb>
fréquente les côtes de ces îles , plus ordinairement  <lb>
depuis mars , jusqu&apos;à la fin de mai, temps où elle  <lb>
s&apos;accouple. Cette baleine est plus petite que celle  <lb>
des mers du Nord, mais elle paraît toujours comme  <lb>
la souveraine des mers. Sa taille est celle de l&apos;élé-  <lb>
phant, son agilité et sa force correspondent à sa  <lb>
grandeur; son souffle élève en l&apos;air deux colonnes  <lb>
d&apos;eau qui retombent en brouillard. Elle a la bouche  <lb>
à l&apos;extrémité antérieure du museau. Au lieu de  <lb>
dents , les baleines et les souffleurs ont des fanons,  <lb>
ou lames de corne terminées par de longues soies  <lb>
qui pendent autour des mâchoires.  <lb>
Le souffleur, qu&apos;on croit être le dauphin de la  <lb>
Méditerranée, est très-gros, très-gras, et rempli  <lb>
d&apos;huile, comme une petite baleine : on le rencontre  <lb>
par bandes.  <lb>
Le marsouin ( tursio ), ou cochon de mer , se  <lb>
plaît à suivre les bàtimens ; sa chair n&apos;est bonne  <lb>
qu&apos;à faire de l&apos;huile, mais on ne s&apos;applique point  <lb>
à faire des pêches réglées du marsouin, non plus  <lb>
que de la baleine.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0095">
95
</controlpgno>
<printpgno>
0081
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 8- )  <lb>
Le lamentin (manati) à été confondu avec l&apos;hip-  <lb>
popotame , le phocas ou veau de mer, et l&apos;ours mar  <lb>
rin. Ce poisson était commun, aux Antilles, du  <lb>
temps de Dutertre et de Labat; on ne le voit aujour-  <lb>
d&apos;hui que sur les côtes de la Guyane et dans le  <lb>
fleuve des Amazones. Il y en a qui ont plus de 29  <lb>
pieds de long sur 6 à 7 de grosseur ; la tête est hi-  <lb>
deuse et petite en comparaison da corps. Le la-  <lb>
mentin a deux mamelles placées sur la poitrine, et  <lb>
deux espèces de bras palmés qui ont la figure de  <lb>
vraies nageoires. Il est amphibie, vivipare, et s&apos;ac-  <lb>
couple, dans l&apos;eau, à la manière de l&apos;homme. Cet  <lb>
animal a le sang chaud, et n&apos;est point dangereux ,  <lb>
il est même fort doux. Il se nourrit d&apos;herbes et de  <lb>
feuilles de palétuviers qu&apos;il prend sur le rivage. Sa  <lb>
chair a du rapport avec celle du veau ; on l&apos;ap-  <lb>
pelle poisson-b uf.  <lb>
Le requin, ou chien de mer (squalus), le plus  <lb>
vorace et le plus dangereux de tous les poissons,  <lb>
est très-commun aux Antilles, mais sa chair n&apos;est  <lb>
bonne à rien.  <lb>
La bécune , entièrement semblable aux brochets  <lb>
d&apos;Europe, mais beaucoup plus grande , puisqu&apos;il  <lb>
y en a de huit pieds , est «n poisson carnacier,  <lb>
hardi comme le requin, et d&apos;autant plus dangereux,  <lb>
qu&apos;il peut mordre avec plus de facilité. Sa chair  <lb>
est comme celle du brochet, mais elle devient un  <lb>
poison, lorsqu&apos;il a mangé des pommes de mance--  <lb>
nillier.  <lb>
I.                                                     6<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0096">
96
</controlpgno>
<printpgno>
0082
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(8a)  <lb>
On trouve en quantité, dans les mers des An tilles,  <lb>
le poisson scie, ou espadon, qui combat la baleine;  <lb>
L&apos;avide tazart, dont la chair est blanche, ferme,  <lb>
«t sèche , mais très-saine (i) ;  <lb>
Le poisson volant ( exocatus ) , qui se sert de  <lb>
ses longues nageoires, pour se soutenir dans l&apos;air,  <lb>
comme de deux ailes, tant qu&apos;elles sont imprégnées  <lb>
du fluide aqueux;  <lb>
La dorade (aurata), qui est l&apos;ennemie implacable  <lb>
du poisson volant.  <lb>
La bonite , dont la chair ressemble à celle du  <lb>
maquereau , et qui se nourrit aussi de poissons  <lb>
volans;  <lb>
La carangue, à chair blanche et du meilleur goût;  <lb>
elle a jusqu&apos;à deux pieds de long ;  <lb>
La lune ou mole, qui tire son nom de sa roton-  <lb>
dité;  <lb>
Le capitaine , ainsi nommé, à cause des divers  <lb>
rangs d&apos;écaillés dorées, qui forment à son cou une  <lb>
espèce de hausse-col. Ce poisson ressemble assez à  <lb>
la carpe;  <lb>
(i) La chair de ces poissons est souvent empoisonnée quand  <lb>
ils ont mangé des pommes de mancenillier, des poissons ga-  <lb>
lères ou des herbes venimeuses, et non point quand ils vivent  <lb>
sur des fonds cuivrés, comme beaucoup de gens lecroyent;il  <lb>
est facile de s&apos;en assurer quand ils ont les dents noires, ou  <lb>
le foie amer, ou qu&apos;une cuillère d&apos;argent devient noire en la  <lb>
laissant tremper dans le vase ou elle cuit.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0097">
97
</controlpgno>
<printpgno>
0083
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(83 )  <lb>
Lepoisson rouge, de la couleur et du goût délicat  <lb>
du rouget de la Méditerranée, mais pesant depuis-  <lb>
4 jusqu&apos;à 7 et 8 livres ;  <lb>
La vieille ( vetula ) semblable à la morue pour  <lb>
la forme, la peau, la chair, et son avidité à mordre  <lb>
à l&apos;ameçon ; mais qui devient beaucoup plus grosse,  <lb>
car on en pêche qui pèsent ioo livres et plus ;  <lb>
La raie; on en a vu qui avaient jusqu&apos;à g pieds  <lb>
delong et de 5 à 6 de large ; elle n&apos;est plus bonne à  <lb>
manger quand elle approche de ces dimensions;  <lb>
L&apos;aiguille de mer, ou l&apos;orphi, qui est armée d&apos;une  <lb>
mâchoire longue d&apos;un cinquième de son corps.  <lb>
Le petit balaou , espèce de sardine excellente,  <lb>
de 7 à 8 pouces de long, et à tête d&apos;orphi, qui  <lb>
multiplie infiniment, et que l&apos;on pêche en grande  <lb>
quantité à la senne, ou au flambeau avec un filet  <lb>
à manches. Deux autres espèces de poissons , du  <lb>
même genre, qu&apos;on appelle des cayeux el des couli-  <lb>
roux, se pèchent en abondance, aux Antilles, et  <lb>
se mangent comme les sardines fraîches ; ainsi que :  <lb>
La murène (murena) ou l&apos;anguille de mer;  <lb>
Le congre (conger), espèce d&apos;anguille;  <lb>
Et trois espèces de tortues :  <lb>
La tortue franche ( testudo ), qui pèse jusqu &apos;à  <lb>
3 et 400 livres ;  <lb>
La tortue kahouanne, la plus grosse de toutes ,  <lb>
mais dont la chair est noire et de mauvais goût;  <lb>
Et le caret (caretta), la plus petite des trois espè-  <lb>
ces. Sa chair n&apos;est pas si bonne que celle de la tortue  <lb>
6*<lb>
</p>
</div>
<div id="a0098">
<head>Crustac&amp;eacute;es de mer; Univalves.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0098">
98
</controlpgno>
<printpgno>
0084
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(84)  <lb>
franche, mais c&apos;est la seule dont l&apos;écaillé du dos  <lb>
soit précieuse.  <lb>
Depuis la fin d&apos;avril jusqu&apos;à la fin d&apos;août, ces  <lb>
tortues vont toutes pondre leurs  ufs hors de la  <lb>
mer, dans le sable ou elles les enterrent, au nom-  <lb>
bre de a ou 3oo, et quelquefois de mille, gros  <lb>
comme des billes de billard. Le soleil les couve ; ils  <lb>
éclosent au bout de 40 jours, et les petites tortues  <lb>
sortent et fuient droit à la mer.  <lb>
LES CRUSTACÉES DE MER.  <lb>
Parmi les poissons à écailles des Antilles , bons à  <lb>
manger , on remarque :  <lb>
Le cancre ou écrevisse de mer ( cancer ) ;  <lb>
Le homard ( astacus ) ; des espèces très-variées  <lb>
de mollusques acéphales ;  <lb>
Les bivalves ou moules (mutilî), et différentes  <lb>
espèces de burgaus, ou coquillages de nacre ;  <lb>
Les huîtres ( ostrex ), beaucoup plus petites que  <lb>
celles d&apos;Europe , mais plus délicates , et que l&apos;on  <lb>
arrache des palétuviers où elles s&apos;attachent.  <lb>
LES UNIVALVES.  <lb>
Le lambis, sorte de limaçon de mer, dont la  <lb>
coquille pèse quelquefois jusqu&apos;à 6 livres, et peut  <lb>
servir à faire la meilleure chaux, est un poisson dur  <lb>
et peu délicat.  <lb>
Le casque , autre sorte de limaçon de mer plus  <lb>
petit que le lambis ;  son coquillage est embelli<lb>
</p>
</div>
<div id="a0099">
<head>Ca&amp;iuml;mans.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0099">
99
</controlpgno>
<printpgno>
0085
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(85)  <lb>
d&apos;un riche coloris et des desseins les plus variés.  <lb>
Le trompette de mer , ou buccin ; sa coquille a  <lb>
jusqu&apos;à i5 pouces de long; on la perce par le pe-  <lb>
tit bout et l&apos;on s&apos;en sert sur les habitations,  <lb>
comme d&apos;un cor bruyant pour appeler les nègres.  <lb>
CAÏMANS.  <lb>
Les rivières sont peuplées à peu près des mêmes  <lb>
poissons que les n-ôtres. Ce n&apos;est que dans celles dp  <lb>
Saint-Domingue, et principalement dans la rivière  <lb>
du Massacre, qu&apos;on voit des crocodiles, appelés en  <lb>
Amérique caimans; ils sont moins dangereux et  <lb>
moins gros que ceux du Nil et de l&apos;Asie, quoiqu&apos;on  <lb>
en ait trouvé d&apos;environ 18 pieds de long. C&apos;estle plus  <lb>
grand des animaux qui sortent d&apos;un  uf. Il est  <lb>
amphibie et redoutable aux hommes comme aux  <lb>
animaux ; il court vite en droite ligne, mais ne peut  <lb>
se tourner avec agilité. Il est trèsrcommun dans les  <lb>
rivières du continent de l&apos;Amérique.  <lb>
OISEAUX DOMESTIQUES.  <lb>
La volaille est généralement meilleure aux An-  <lb>
tilles, que celle de nos basses-cours.  <lb>
Les palmipèdes d&apos;Europe n&apos;y ont pas aussi bien  <lb>
réussi que ceux de l&apos;Inde, l&apos;oie ( anser ), s&apos;y est  <lb>
beaucoup mieux conservée que le canard ( anas ),  <lb>
Ce dernier -est grêle ; -mais cerrti cfu&apos;on y a importé  <lb>
de l&apos;Inde est très-gros et très-nombreux.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0100">
<head>Oiseaux. &amp;mdash; domestiques.  Oiseaux des champs, et oiseau diable.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0100">
100
</controlpgno>
<printpgno>
0086
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(86)  <lb>
La poule (gallina) et le coq (gallus)j sont, en  <lb>
grande partie, sans croupion : on attribue cette  <lb>
dégradation au climat.  <lb>
Le hocco ( crax ) , bel alectide indigène de-  <lb>
vient plus rare chaque jour, mais la poule d&apos;Inde  <lb>
(mèléagris) , se multiplie considérablement. Celle  <lb>
d&apos;Afrique, ou poule de Pharaon, la pintade (numida  <lb>
mèléagris), se reproduit en abondance, et le jeune  <lb>
pintadon équivaut à notre faisan.  <lb>
Le pigeon ( colomba ) , est plus gros et plus  <lb>
gras aux Antilles qu&apos;en Europe.  <lb>
OISEAUX DES CHAMPS.  <lb>
On dit qu&apos;il y a trois sortes de perdrix aux Antilles :  <lb>
des rousses, des noires et des grises ; mais à leur  <lb>
bec droit, à leur manière de se percher, et de nicher  <lb>
sur les arbres, et à leur chair longue, il est facile  <lb>
de reconnaître des tourterelles ( turtures ), dont les  <lb>
espèces sont très-variées. H y a aussi beaucoup  <lb>
d&apos;ortolans ( cenchrami ) , qui visitent les îles dans  <lb>
le mois d&apos;octobre, et qu&apos;on suppose venir de la  <lb>
Caroline, quand le riz est dur (î).  <lb>
Dans la saison des pluies, on y trouve grand  <lb>
nombre de ramiers (palumbi) qui sont un peu  <lb>
plus gros que nos bizets, et des pluviers (pluviali)  <lb>
de toutes les espèces.  <lb>
(i) Bryan Edwards, traduction abrégée, page47-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0101">
101
</controlpgno>
<printpgno>
0087
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(»7)  <lb>
&apos;&apos; On y remarque plusieurs sortes de grives (turdi)  <lb>
et une quantité considérable de merles (merul ).  <lb>
L&apos;oiseau diable. Sur les montagnes de la Gua-  <lb>
deloupe et de la Dominique seulement, on trouve,  <lb>
dans les crevasses des rochers presque inaccessibles,  <lb>
une sorte d&apos;oiseau nocturne noir et blanc, ce qui  <lb>
lui a fait donner le nom de diable; il est gros comme  <lb>
une poule, et ne se nourrit que de poissons qu&apos;il va  <lb>
pêcher la nuit, car il n&apos;y voit pas le jour. Cet oiseau  <lb>
disparaît depuis la fin de mai, sans qu&apos;on sachece qu&apos;il  <lb>
devient, jusqu&apos;à la fin de septembre qu&apos;il paraît de  <lb>
nouveau ; aussi on lui fait la chasse à deux époques  <lb>
différentes , à la fin de mai, lorsque ses petits, que  <lb>
les nègres appellent des petits cotons, en raison du  <lb>
duvet qui les couvre, sont prêts à s&apos;envoler, et à la  <lb>
fin de novembre. Les nègres vont les prendre dans  <lb>
les trous de rochers, où cet oiseau se repaire comme  <lb>
un lapin, et l&apos;on en fait d&apos;excellens repas.  <lb>
Les aras , les perroquets ( psitaci ) et les perru-  <lb>
ches ou perriches , ont disparu des Antilles à force  <lb>
d&apos;y avoir été chassés. On en voit encore quelques-  <lb>
uns dans l&apos;île de la Trinité, mais on les trouve en  <lb>
grand nombre à la Côte-Ferme.  <lb>
Une espèce de pie à bec et à jambes rouges, à  <lb>
croupion jaune, et toute rayée de bleu et de blanc,  <lb>
se voit le long des rivières, surtout à la Guade-  <lb>
loupe j mais elle est encore plus défiante que celle  <lb>
d&apos;Europe.  <lb>
On y aperçoit quelques hirondelles aux mêmes<lb>
</p>
</div>
<div id="a0102">
<head>Description du colibri et de son nid.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0102">
102
</controlpgno>
<printpgno>
0088
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(88)  <lb>
époques qu&apos;en France, mais elles sont rares, et on  <lb>
présume qu&apos;elles passent sur le continent le reste  <lb>
de l&apos;année.  <lb>
Dans la foule des petits oiseaux particuliers à ces  <lb>
climats, on ne saurait trop admirer le colibri, nom  <lb>
que les Caraïbes lui ont donné ( polithmus ). On  <lb>
ne peut mieux le comparer qu&apos;à une pierrerie vi-  <lb>
vante , voltigeant de fleur en fleur, sans jamais s&apos;ar-  <lb>
rêter. Il y en a de deux espèces, l&apos;oiseau mouche,  <lb>
ou escarboucle, à cause de son coloris , n&apos;est pas  <lb>
plus gros que le petit bout du doigt; l&apos;autre est de  <lb>
moitié moins gros que nos roitelets. Rien de plus  <lb>
gentil ni de plus artistement travaillé, dit Duter-  <lb>
tre (t), que leur petit nid fait d&apos;ordinaire sur un  <lb>
petit bout de branche d&apos;oranger, de citronnier,  <lb>
ou de grenadier, ou sur le moindre fêta replié qui  <lb>
pend à la couverture d&apos;une case. La femelle bâtit  <lb>
pendant que le mâle lui apporte les matériaux , du  <lb>
coton vierge, de la plus fine mousse, et de petites  <lb>
écorses de gommier. Cette petite ménagère, qu&apos;ily  <lb>
a du plaisir à voir en besogne, revêt premièrement  <lb>
de coton, la branche ou le fétu à la largeur d&apos;un  <lb>
pouce, et d&apos;unemanière si serrée que le petit édifice  <lb>
ne peut être ébranlé, puis elle élève là-dessus, pour  <lb>
fondement, un petit rond de coton de la hauteur  <lb>
d&apos;un doigt, ensuite elle carde et remue le coton  <lb>
(i) Vol. a, page 264.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0103">
<head>Oiseaux de nuit.  Oiseaux aquatiques.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0103">
103
</controlpgno>
<printpgno>
0089
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(89)  <lb>
que le mâle lui porte , quasi poil, à poil avec son  <lb>
bec et ses petits pieds , et forme son nid grand  <lb>
comme la moitié d&apos;un  uf de pigeon. A mesure  <lb>
qu&apos;elle l&apos;élève, elle fait mille petits tours pour polir  <lb>
la bordure avec sa gorge , et le dedans avec sa  <lb>
queue. Après cela elle revêt tout le dehors du frêle  <lb>
édifice de mousse et de petites écorces qu&apos;elle cole  <lb>
à l&apos;entour du nid.  <lb>
Quand tout est fini, elle y pond deux  ufs gros  <lb>
comme des petits pois, et blancs comme la neige.  <lb>
Le mâle et la femelle couvent alternativement pen-  <lb>
dant dix à douze jours, au bout desquels les deux  <lb>
petits éclosent gros comme des moucherons. Pour  <lb>
becquée, la mère leur donne à sucer sa langue  <lb>
tout emmiellée du suc qu&apos;elle vient de tirer des  <lb>
fleurs.  <lb>
OISEAUX DE  NUIT.  <lb>
Le chat-huant (stricc stridula) est nombreux aux  <lb>
Antilles ; on y trouve partout et en grande quan-  <lb>
tité , une espèce de chauve-souris (vespertilio) plus  <lb>
grosse que celle de France.  <lb>
OISEAUX  AQUATIQUES.  <lb>
Le flamant ou bècharu, h plumage d&apos;un rouge  <lb>
vif, palmipède, armé de griffes, gros comme une  <lb>
cigogne, est au moins aussi haut monté. Il fait son  <lb>
nid dans des marécages, et vit toujours dans l&apos;eau :<lb>
</p>
</div>
<div id="a0104">
<head>Reptiles &amp;mdash; Couleuvres, serpens.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0104">
104
</controlpgno>
<printpgno>
0090
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(90)  <lb>
autrefois, très-commun aux Antilles, le flamant y  <lb>
est fort rare aujourd&apos;hui.  <lb>
La Frégate, ainsi nommée à cause de la  <lb>
vitesse de son vol, est un oiseau, d&apos;un gris noir,  <lb>
pas plus gros qu&apos;une poule; mais il a la poitrine ex-  <lb>
trêmement charnue, et l&apos;envergure de ses ailes est  <lb>
de 7 à 8pieds. Il s&apos;écarte souvent à plus de 3oo lieues  <lb>
de terre, sans se reposer sur la mer, comme les  <lb>
autres oiseaux, parce qu&apos;il n&apos;est pas palmipède ; il  <lb>
pêche à la volée, et principalement des poissons-  <lb>
volans. La frégate s&apos;élève dans l&apos;air à une hauteur  <lb>
si extraordinaire, que quelquefois on la perd de  <lb>
vue.  <lb>
Le grand Gosier ou le Pélican des Antilles, est  <lb>
gros comme une oie, d&apos;un gris cendré, muni d&apos;un  <lb>
bec de 2a 3 pouces de large, et d&apos;un sac ou membrane  <lb>
charnue, grasse et souple, qui s&apos;étend, comme un  <lb>
cuir, le long de son col; cette poche, qu&apos;on reconnaît  <lb>
être d&apos;une capacité considérable, quand elle est rem-  <lb>
plie de poissons, paraît peu, lorsqu&apos;elle est vide;  <lb>
dans le pays on l&apos;appelle blague.  <lb>
Outre les Hérons d&apos;Europe, assez communs aux  <lb>
Antilles, on y trouve en abondance, le crabier  <lb>
(carcinophaga) ou petit héron qui se nourrit de  <lb>
crabes,  <lb>
La mauve ou mouette (gavia) commune dans  <lb>
les mers d&apos;Europe.  <lb>
Le Fol ou fou, ainsi nommé parce qu&apos;il se laisse  <lb>
prendre à la main, sur les vergues des bàtimens,<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0105">
105
</controlpgno>
<printpgno>
0091
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(9&apos;.)  <lb>
où il vase reposer, et le Fétu où paille-en-cu ; tous  <lb>
ces oiseaux du tropique, qui s&apos;éloignent des ter-  <lb>
res autant que les frégates, sont palmipèdes, et  <lb>
se reposent sur l&apos;eau, comme les canards ; ils vi-  <lb>
vent de poissons, pondent, couvent, élèvent leurs  <lb>
petits dans des îlots déserts, et dorment sur l&apos;eau,  <lb>
selon toute apparence.  <lb>
On voitaussi, dans tous les endroits marécageux,  <lb>
différentes espèces de canards, de cercelles ( quer-r  <lb>
quedulce), de foulques, ou poules d&apos;eau (fulic ),  <lb>
de bécassines (gallinag ), d&apos;alouettes de mer, et  <lb>
une foule d&apos;autres oiseaux de marais.  <lb>
DES REPTILES.  <lb>
La couleuvre (coluber) est de trois espèces plus  <lb>
ou moins communes dans les Antilles. L&apos;espèce grise  <lb>
est la plus petite et la plus générale ; elle n&apos;a guère  <lb>
que 2 pieds de long et i pouce de grosseur. La se-  <lb>
conde espèce est toute tachetée de noir et de jaune y  <lb>
et est plus grande que la première. Les couleuvres  <lb>
de la troisième espèce sont toutes noires, et ont jus-  <lb>
qu&apos;à 5 et 6 pieds de long. Aucune de ces espèces  <lb>
n&apos;est venimeuse; elles se nourrissent de lézards,  <lb>
d&apos;oiseaux , de ravets ou de grenouilles.  <lb>
LE   SERPENT.  <lb>
La Martinique et Sainte-Lucie, situées au centre<lb>
</p>
</div>
<div id="a0106">
<head>Reptiles &amp;mdash; Iguana.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0106">
106
</controlpgno>
<printpgno>
0092
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(9-** )  <lb>
des Antilles, sont les deux seules îles où se trouvent  <lb>
des serpens dont la morsure soit mortelle. Les es-  <lb>
pèces en sont bizarrement variées , et toutes veni-  <lb>
meuses. Il yen a qui ont jusqu&apos;à lopiedsde longueur.  <lb>
Les serpens se multiplient d&apos;une manière effrayante,  <lb>
dans ces deux Iles, quelque soin que l&apos;on apporte ii  <lb>
leur destruction, tandis qu&apos;ils paraissent *ne pas  <lb>
pouvoir exister dans les îles voisines : on assure  <lb>
même qu&apos;on a fait l&apos;essai cruel et insensé d&apos;en  <lb>
transporter à la Guadeloupe, et qu&apos;ils n&apos;ont pas pu  <lb>
y vivre. Cette propriété singulière mérite d&apos;occuper  <lb>
les naturalistes. Dulertre d-écrit (i) une espèce de  <lb>
liane, appelée bois de couleuvre, qui s&apos;attache aux  <lb>
arbres, comme le lierre, et qu&apos;il prétend être un  <lb>
remède infaillible contre la morsure de ces serpens.  <lb>
Ils meurent, dit-il, aussitôt qu&apos;on les touche avec cette  <lb>
liane ; elle n&apos;est connue à la Martinique que par  <lb>
«n très-petit nombre de nègres, qui pansent et  <lb>
guérissent la morsure des serpens, et ont à c ur  <lb>
de se faire passer pour sorciers. Nos médecins n&apos;em-  <lb>
ploient dans ces accidens journaliers , et ordinaire-  <lb>
ment funestes, que l&apos;alcali et les excoriations.  <lb>
Le serpent est Fennemi naturel du rat, du pilori,  <lb>
et de tous les petits quadrupèdes dont il se nourrit.  <lb>
l&apos;iguana.  <lb>
L&apos;Iguana, qu&apos;on ne  sait trop s&apos;il faut classer  <lb>
(i) a&quot; vol. page i6a.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0107">
<head>Mouches.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0107">
107
</controlpgno>
<printpgno>
0093
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(9*)  <lb>
dans les quadrupèdes ou les reptiles, est une espèce  <lb>
de lézard inoffensif, à crête et à goitre, qui se trouve  <lb>
sur les arbres fruitiers ; il peut rester long-temps  <lb>
dans l&apos;eau, sans être suffoqué. Sa longueur est de  <lb>
5 pieds, de la tête à la queue ; son aspect est ef-  <lb>
frayant -, mais il est très-doux, n&apos;attaque jamais, et  <lb>
se laisse prendre sur les branches d&apos;arbre, quoique  <lb>
très-rapide à la course. Sa chair a le goût de celle du  <lb>
poulet; les  ufs de la femelle sont aussi très-bon»  <lb>
il manger.  <lb>
On trouve aux An tilles, cinq autres espèces de lé-,  <lb>
zards beaucoup plus petits : Yanolis, le gobe&quot;  <lb>
mouche, le roquet, le mabouya et le scinque (sein&quot;  <lb>
eus), qui n&apos;ont pas plus de 7 à 8 pouces de  <lb>
long, y compris la queue, beaucoup plus étendue  <lb>
que le corps ; ils ne font aucun mal, et ne sont  <lb>
d&apos;aucune utilité.  <lb>
DES MOUCHES (Muscce)*  <lb>
L&apos;abeille (apis) est moitié plus petite aux An-  <lb>
tilles que celle de France, et n&apos;a pas d&apos;aiguil-  <lb>
lon. Elles se réunissent dans des arbres creux,  <lb>
où elles vivent en société, et produisent un miel aro »¦  <lb>
matique, meilleur que le nôtre.  <lb>
Les guêpes (vespoe) y sont deux fois plus longues  <lb>
que lesabeilles, et armées d&apos;un dangereux aiguillon;  <lb>
kurs ruches sont très-nombreuses, et on ne saurait  <lb>
les éviter avec trop de soin, car elles sont comme<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0108">
108
</controlpgno>
<printpgno>
0094
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(94)  <lb>
des petites furies, quand on en touche quelqu&apos;une  <lb>
par mégarde.  <lb>
Les différentes espèces de mouches et de mou-  <lb>
cherons, y sont d&apos;autant plus tourmentantes, qu&apos;elles  <lb>
y sont extrêmement communes.  <lb>
On aperçoit la nuit une grande quantité de mou-  <lb>
ches luisantes (musc  lucid ) que, dans l&apos;obscu-  <lb>
rité, on voit par intervalles, briller d&apos;un éclat éblouis-  <lb>
sant.  <lb>
Au milieu des myriades de diptères qui naissent  <lb>
chaque jour, deux espèces d&apos;insectes selerostomes;  <lb>
les maringoins qui sont les plus gros, et les mous-  <lb>
tiques extrêmement petits, y sont très-multipliées,  <lb>
et fatiguent comme les cousins ( culex ) d&apos;Eu-  <lb>
rope. Leur quantité , le bruissement de leurs ailes,  <lb>
et leurs piqûres très-incommodes, impatientent sin  <lb>
gulièrement. Ces petits tyrans sont surtout avides  <lb>
du sang des Européens, parce qu&apos;il est plus riche.  <lb>
On ne peut s&apos;en garantir, la nuit, qu&apos;en garnissant  <lb>
les lits de moustiquaires, faites d&apos;une gaze assez  <lb>
serrée pour les arrêter et assez claire pour donner  <lb>
passage à l&apos;air dont on a si grand besoin.  <lb>
Un scarabée, ou insecte coleoptère, appelé ravet  <lb>
Ou kakerlaque (cacrela) connu dans le midi de k  <lb>
France sous le nom de blatte (blata) , puant comme  <lb>
la punaise, large de près d&apos;un pouce, et long d&apos;un  <lb>
pouce et demi, vole partout, s&apos;introduit dans tous  <lb>
les coffres et les armoires, où il se multiplie, ronge  <lb>
les papiers, les livres, les tableaux, les hardes,et<lb>
</p>
</div>
<div id="a0109">
<head>Insectes.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0109">
109
</controlpgno>
<printpgno>
0095
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(95)  <lb>
infecte, par ses ordures et par sa puanteur, tous les  <lb>
endroits où il pénètre.  <lb>
DES  INSECTES.  <lb>
Les fourmis (formic ) sont de quatre ou cinq  <lb>
sortes, tellement multipliées qu&apos;elles s&apos;introduisent  <lb>
dans tous les appartemens et dans les lieux les mieux  <lb>
fermés ; ce n&apos;est qu&apos;à force de soins, et par une pro-  <lb>
preté extrême, qu&apos;on parvient à s&apos;en garantir; elles  <lb>
causent beaucoup de dommages aux récoltes, tra-  <lb>
versent les rivières à force de s&apos;entasser les unes  <lb>
sur les autres, et attaquent jusqu&apos;au serpent, qui  <lb>
n&apos;ayant pas de défense contre un si petit adversaire,  <lb>
finit par succomber sous le nombre. Les enfans au  <lb>
berceau courent risque d&apos;être dévorés par elles, si  <lb>
les négresses les abandonnent trop long-temps dans  <lb>
leurs cases ; elles se reproduisent si étonnament,  <lb>
qu&apos;on n&apos;a pas encore pu trouver le moyen de les  <lb>
détruire.  <lb>
La fourmi noire est la plus multipliée ; elle dif-  <lb>
fère peu de celle d&apos;Europe. Les fourmis rouges sont  <lb>
de deux espèces, l&apos;une ne mord point, la morsure  <lb>
de l&apos;autre est très-cuisante.  <lb>
D&apos;autres espèces de fourmis vivent dans les bois .*  <lb>
celles-ci causent de grands ravages dans les plan-  <lb>
tations.  <lb>
Il y en a une autre espèce&quot; dont les morsures<lb>
</p>
</div>
<div id="a0110">
<head>Poux de bols, sauterelles, chenilles, b&amp;ecirc;tes &amp;agrave; mille pieds, scorpions, araign&amp;eacute;es, b&amp;ecirc;tes rouges, chiques, etc.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0110">
110
</controlpgno>
<printpgno>
0096
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(96)  <lb>
causent des doulcnrs qui durent pendant près d&apos;ane  <lb>
heure.  <lb>
POUX DE BOIS,  <lb>
Enfin, on trouve aux Antilles une espèce de fourmi  <lb>
blanche, appelée poux de bois\ insecte aptère très-  <lb>
commun dans l&apos;archipel. Ces poux destructeurs  <lb>
dévorent les charpentes, les réduisent en poudre, et  <lb>
font en peu de temps tomber un bâtiment en ruines;  <lb>
ils pénètrent, dans tous les lieux, par des gale-  <lb>
ries ou chemins couverts, ayant la largeur des  <lb>
tuyaux de grosses plumes ; ils cimentent ces gale-  <lb>
ries avec une liqueur qui leur est propre, et enva-  <lb>
hissent ainsi tous les édifices pour en détruire les  <lb>
boiseries. La plus petite quantité d&apos;arsenic en pou-  <lb>
dre, mêlée avec quelques poux de bois qu&apos;on écrase,  <lb>
et déposée dans les énormes ruches où ils vivent  <lb>
en république, ou à quelques-unes de ses issues,  <lb>
suffit pour faire périr toute la bande qui est in-  <lb>
nombrable. La volaille est très-friande de cet in-  <lb>
secte.  <lb>
SAUTERELLES.  <lb>
On trouve aux Antilles, comme en Europe, plu-  <lb>
sieurs espèces de sauterelles (locust ) qui, quoique  <lb>
multipliées, ne le sont ordinairement pas assez  <lb>
pour occasionner de grands dommages.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0111">
111
</controlpgno>
<printpgno>
0097
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(97)  <lb>
CHENILLES.  <lb>
Il n&apos;eU est pas de même des chenilles (éruà ), dont  <lb>
les espèces sont plus nombreuses et plus grosses  <lb>
qu&apos;en Europe ; elles font des ravages considérables  <lb>
tous les ans dans les végétaux, que par fois elles  <lb>
dévorent entièrement. On ne confiait aucun remède  <lb>
à ce fléau qui s&apos;en va, comme il est venu, sans qu&apos;on  <lb>
en connaisse la cause.  <lb>
BÊTE A MILLE PIEDS.  <lb>
La scolopendre, ou bête à mille pieds, myriapède  <lb>
(mille-pedes, myriopos), est très-commune aux An-  <lb>
tilles, où on ne la rencontre que dans les cases, dans  <lb>
le bois pourri, et dans les endroits les moins fré-  <lb>
quentés des maisons. Les scolopendres ont depuis  <lb>
la longueur d&apos;un doigt jusqu&apos;à celle d&apos;un pied, sont  <lb>
plates, de coulettrde fer rouillé; leur morsure, quoi-  <lb>
qu&apos;un peu douloureuse, n&apos;est pas dangereuse.  <lb>
SCOÊPION.  <lb>
Il en est ainsi de celle du scorpion, qu&apos;on rencon-  <lb>
tre assez fréquemment aux Antilles ; il est gris à la  <lb>
Guadeloupe , et sa piqûre fait enfler la partie bles-  <lb>
sée , mais sans danger. On appréhende davantage  <lb>
l&apos;espèce qui se trouve à Sainte-Lucie ; le scorpion  <lb>
change de peau comme le serpent.  <lb>
I.                                                 ?<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0112">
112
</controlpgno>
<printpgno>
0098
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(98)  <lb>
ARAIGNÉE.  <lb>
11 y a dans les araignées (arane ) une grande va-  <lb>
riété d&apos;espèces ; on en trouve de très-grosses , mais  <lb>
aucune n&apos;est venimeuse; et loin d&apos;être nuisibles  <lb>
sur les habitations, elles les débarrassent au con-  <lb>
traire du malfaisant ravet, dont elles sont très-  <lb>
friandes.  <lb>
LES BÊTES ROUGES.  <lb>
On ne peut se promener dans les savannes sans  <lb>
se couvrir les jambes d&apos;un petit insecte microsco-  <lb>
pique , que sa couleur a fait appeler aux Antilles  <lb>
bête rouge (acaruspurpureus) , et pou d&apos;agouti à  <lb>
Cayenne. 11 cause de vives démangeaisons, mais il  <lb>
suffit, pour s&apos;en délivrer, de se frotter avec un  <lb>
citron.  <lb>
POUS , PUCES, PUNAISES.  <lb>
Il est très-rare de rencontrer aux Antilles les sales  <lb>
vermines dont les contrées méridionales de l&apos;Eu-  <lb>
rope sont plus particulièrement affligées. L&apos;extrême  <lb>
propreté qui règne dans toutes les classes, une trans-  <lb>
piration abondante et continuelle en arrêtent les  <lb>
progrès.  <lb>
CHIQUES.  <lb>
Mais ce climat produit en abondance la chique<lb>
</p>
</div>
<div id="a0113">
<head>Quadrup&amp;egrave;des des Antilles &amp;mdash; B&amp;oelig;ufs, mulets, checaux, ch&amp;egrave;vres, moutons, porcs, chiens.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0113">
113
</controlpgno>
<printpgno>
0099
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(99)  <lb>
ou pou de Pharaon (pulex penetrans, TAnn,), in-  <lb>
secte fâcheux, qui ressemble à une très-petite puce.  <lb>
U ne s&apos;attache qu&apos;aux pieds,pénètre sous la plante,  <lb>
s&apos;y enfonce, y dépose ses  ufs, ou lentes, et y  <lb>
élève sa famille, qui pullule étonnamment. Une cer-  <lb>
taine démangeaison et une petite enflure noire ré-  <lb>
vèlent l&apos;existence de cet insecte, dont on se débar-  <lb>
rasse en retirant avec, une épingle, la pochette qui  <lb>
contient le dépôt. Un peu de tabac et surtout de  <lb>
roucou, qui est la mort aux chiques, introduit dans  <lb>
le trou qu&apos;elle a fait, suffit pour tuer tout ce qui  <lb>
pourrait en rester. La propreté et les soins suffisent  <lb>
pour s&apos;en garantir; mais on voit des nègres pares-  <lb>
seux, insoucians et malpropres les laisser s&apos;amasser  <lb>
par centaines, et finir par en être estropiés.  <lb>
QUADRUPÈDES DES ANTILLES.  <lb>
Si le climat des Antilles semble repousser tous  <lb>
les végétaux d&apos;Europe, il n&apos;est pas plus favorable  <lb>
aux animaux qui viennent de cette partie du monde.  <lb>
Les quadrupèdes que le besoin oblige d&apos;y naturaliser,  <lb>
éprouvent en particulier des altérations extraordi-.  <lb>
naires, et perdent en peu de temps leur taille, leur  <lb>
vigueur et leur beauté.  <lb>
BOEUFS ,   MULETS.  <lb>
La race des b ufs ne tarde pas à s&apos;y affaiblir et à<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0114">
114
</controlpgno>
<printpgno>
0100
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   IOO   )  <lb>
s&apos;abâtardir à tel point, qu&apos;on est obligé d&apos;en atteler  <lb>
quatre et même six, pour traîner des fardeaux  <lb>
auxquels deux b ufs d&apos;Europe suffiraient : mais  <lb>
aussi l&apos;on n&apos;est pas prodigue de soins pour con-  <lb>
server leurs qualités primitives. Ceux qui arrivent  <lb>
des Etats-Unis ou des colonies espagnoles, les seuls  <lb>
pays qui fournissent aux Antilles tous les bestiaux  <lb>
dont elles ont besoin, sont déjà dégénérés.  <lb>
Il en est de même du mulet; ce n&apos;est plus cet ani-  <lb>
mal fier et ordinairement fougueux de nos contrées;  <lb>
il est vrai que les soins qu&apos;on donne à tous ces ani-  <lb>
maux se réduisent aies parquer, sans abri, dans des  <lb>
endroits fangeux, et à leur faire brouter l&apos;herbe des  <lb>
halliers et des savannes (i).  <lb>
CHEVAUX.  <lb>
Le cheval est bientôtprivé, aux Antilles, de ses  <lb>
grâces et de sa force musculaire ; ceux qu&apos;on y  <lb>
élève, de même que les b ufs, sont loin de suffire  <lb>
aux besoins des colons; cependant, quoique plus  <lb>
petits, ils sont très-recherchés, parce qu&apos;ils sontd&apos;tm  <lb>
plus facile entretien, et qu&apos;ils résistent mieux au  <lb>
climat et à la fatigue que les chevaux venant du  <lb>
dehors.  <lb>
(i) Le haliier (dumetum) est le fourré des buissons ou il**  <lb>
haies.  <lb>
Les savannes sont des pâturages naturels.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0115">
<head>Gros gibier, agoutis, manitous, tatous, rats.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0115">
115
</controlpgno>
<printpgno>
0101
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(IOI   )  <lb>
CHÈVRES.  <lb>
La chèvre s&apos;y multiplie avec facilité, mais elle y  <lb>
est plus petite et sans pétulance.  <lb>
MOUTONS, PORCS.  <lb>
Le mouton finit par y perdre jusqu&apos;à sa toison,  <lb>
et le porc son ampleur et sa graisse ; mais la chair de  <lb>
ce dernier est meilleure qu&apos;en Europe.  <lb>
CHIENS.  <lb>
Aucun de ces animaux n&apos;existait dans l&apos;archi-  <lb>
pel lors de sa découverte; on n&apos;y trouva d&apos;ani-  <lb>
mal domestique, que trois espèces de chiens, qui y  <lb>
étaient connus sous le nom générique d&apos;alco, et  <lb>
dont Buffon donne la description : la première était  <lb>
nue et sans poil, et ce savant naturaliste présume  <lb>
qu*elle y avait été transportée avant les deux autres  <lb>
espèces; elle ressemble à celle de nos petits chiens,  <lb>
mais elle est laide et rabougrie.Ceux d&apos;Europe qu&apos;on  <lb>
y transporte , résistent plus qu&apos;aucun autre animal  <lb>
aux dégradations que fait éprouver le climat.  <lb>
GROS GIBIER.  <lb>
On n&apos;y trouve ni cerf, ni chevreuil, ni lièvre, ni<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0116">
116
</controlpgno>
<printpgno>
0102
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -o-2 )  <lb>
loup, ni renard, ni aucun de nos quadrupèdes sau-  <lb>
vages; les cochons-marrons (î), que les Espagnols y  <lb>
avaient transportés dans les premiers temps , et qui  <lb>
s&apos;étaient considérablement multipliés, ont tous été  <lb>
détruits depuis. Le lapin, importé d&apos;Europe, y est  <lb>
partout domestique, et s&apos;y reproduit comme dans  <lb>
nos climats.  <lb>
AGOUTIS.  <lb>
L&apos;agouti est un animal longuement décrit par  <lb>
Buffon, de la grosseur d&apos;un lapin, grognant comme  <lb>
le cochon, dont la chair se mange, et conserve  <lb>
toujours un goût sauvage. L&apos;agouti semble tenir le  <lb>
milieu entre le rat et le lapin ; il est rare aux îles du  <lb>
vent, mais il est commun dans les quatre grandes  <lb>
Antilles ; il ne se trouve pas en Europe.  <lb>
MANITOUS.  <lb>
Le manitou, qui est le sarigue de Buffon, ou  <lb>
Y opossum de Linnée, est gros à peu près comme  <lb>
l&apos;agouti, mais il a une longue queue. Cet animal  <lb>
est remarquable par l&apos;ample poche ou cavité que la  <lb>
femelle a sous le ventre, et dans laquelle elle reçoit  <lb>
et allaite ses petits. Le manitou est très-puant, mais  <lb>
(i) Marron, terme créole qui signifie errant. Ainsi un nègre  <lb>
marron est un nègre fugitif, et un cochon-marron est un co-  <lb>
chon sauvage.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0117">
117
</controlpgno>
<printpgno>
0103
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( io3)  <lb>
celte mauvaise odeur ne réside que dans sa peau.  <lb>
car sa chair est bonne à manger.  <lb>
TATOUS.  <lb>
Le tatou ou armadille (dasypus), que d Acosta,  <lb>
Buffon et tous les anciens auteurs, font originaire  <lb>
d&apos;Amérique, appartient aux climats chauds du nou-  <lb>
veau monde ; mais ce quadrupède crustacée est de  <lb>
venu fort rare aux Antilles françaises.  <lb>
RATS.  <lb>
Le pilori ou rat musqué, de même forme que  <lb>
les rats d&apos;Europe, mais beaucoup plus gros, est  <lb>
indigène de la Martinique et de plusieurs autres îles.  <lb>
Les rats communs et les souris ont été importés aux  <lb>
Antilles, par communication avec les bàtimens qui y  <lb>
arrivent, et s&apos;y sont tellement multipliés, que mal-  <lb>
gré la quantité de chats qu&apos;on y élève, ils y sont  <lb>
comme une peste. Ils gâtent tous les fruits, et ra-  <lb>
vagent des champs entiers de cannes, dont ils ron-  <lb>
gent la racine, et qu&apos;ils font périr avant leur matu-  <lb>
rité. Sur chaque habitation, un ou plusieurs nègres  <lb>
ont pour mission spéciale de faire la chasse aux rats  <lb>
avec des petits chiens qu&apos;ils dressent à ce manège ;  <lb>
leur tâche est d&apos;apporter tous les soirs une certaine  <lb>
quantité de têtes de rats , et on leur paie un noir,  <lb>
ou un sol et demi, pour chacune de celles qu&apos;ils dé-  <lb>
posent aux pieds de leur maître.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0118">
<head>Crustac&amp;eacute;es de Terre.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0118">
118
</controlpgno>
<printpgno>
0104
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ip4 )  <lb>
crustacées i1e terre.  <lb>
Il y a aux Antilles plusieurs espèces de crustacées  <lb>
de terre ou amphibies, armées de pinces, et qui  <lb>
tiennent du cancre , tels sont : le crabe violet ; le  <lb>
blanc ; celui bigarré de bleu, de violet et de blanc  <lb>
(cancerruricola, Linn.);\e tourlourou^ plus petit  <lb>
que le crabe, et couleur de feu, ayant une tache  <lb>
noire sur le dos ; le soldat ou cancelle, espèce de  <lb>
petit cancre roux.  <lb>
Le crabe des montagnes, devenu rare aujourd&apos;hui,  <lb>
est le plus surprenant de tous ces animaux (î). Il  <lb>
vit en société, et se retire dans les montagnes, où  <lb>
il se tapit, dans le creux des arbres et des rochers,  <lb>
ou dans les trous qu&apos;il fait en terre pour chercher  <lb>
l&apos;humidité. Au mois d&apos;avril ou de mai, quand les  <lb>
pluies commencent à tomber, ces crabes quittent  <lb>
leurs asiles , et se mettent à couvert dans les Houx  <lb>
les plus frais. Quand le temps pluvieux est bien  <lb>
déterminé, ils se réunissent la nuit pour descendre,  <lb>
en bandes, vers la mer. Si la pluie vient à cesser,  <lb>
les crabes font halte, et se logent où ils peuvent  <lb>
jusqu&apos;à ce qu&apos;elle recommence. Parvenus à la mer,  <lb>
ils se baignent tous une première fois, reprennent  <lb>
quelques jours après un autre bain, dans lequel les  <lb>
(i) Bryan Edwards, traduction abrégée en i vol. pag. 40&quot;&apos;<lb>
</p>
</div>
<div id="a0119">
<head>Population des Antilles.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0119">
119
</controlpgno>
<printpgno>
0105
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(io5)  <lb>
femelles secouent leurs  ufs sur Je sable et les li-  <lb>
vrent à la lame; ces  ufs éclosent dans l&apos;eau, et  <lb>
l&apos;on voit sortir les petits par milliers, pour remon-  <lb>
ter avec les autres vers les mornes. Ces crabes s&apos;ac-  <lb>
couplent aussitôt après», et s&apos;enferment dans la terre  <lb>
pour se dépouiller de leurs anciennes écailles. La  <lb>
peau dont ils sont revêtus durcit à la longue, et  <lb>
forme une nouvelle écaille. Tous les ans ils recom-  <lb>
mencent les mêmes opérations.  <lb>
Les crabes sont bons à manger; on profite de  <lb>
leurs voyages et de leurs stations pour en faire des  <lb>
chasses considérables. Mais il faut avoir soin de les  <lb>
faire jeûner, pour éviter de s&apos;empoisonner avec la  <lb>
pomme de mancenillier, dont ils se nourrissent  <lb>
souvent, car ils ne vivent que de fruits, d&apos;herbes et  <lb>
de bois pourri (i).  <lb>
VVVW&apos;-jVVW&apos;VVVVVVVVW^  <lb>
POPULATION DES ANTILLES.  <lb>
Les habitans que les Espagnols trouvèrent â  <lb>
Saint-Domingue et aux autres îles sous le vent,  <lb>
étaient d&apos;un caractère doux, faible, timide ; ils ne  <lb>
témoignèrent aucune volonté de défendre leur ter-.  <lb>
0) Bitfertre, topi. %, p-tg. 339 et suiv.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0120">
<head>Cara&amp;iuml;bes.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0120">
120
</controlpgno>
<printpgno>
0106
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( io6)  <lb>
ritoire. Les vexations des vainqueurs purent seules  <lb>
porter ces insulaires à des actes de désespoir, pen-  <lb>
dant la première absence de Colomb.  <lb>
DES  CARAÏBES.  <lb>
11 en fut autrement aux îles du vent, dont les na-  <lb>
turels , appelés Caraïbes, étaient des sauvages cou-  <lb>
rageux, forts, guerriers et antropophages , qui fai-  <lb>
saient de fréquentes incursions chez leurs pacifiques  <lb>
voisins, ct portaient partout la terreur et la dévas-  <lb>
tation.  <lb>
On a fait des recherches vaines pour découvrir  <lb>
la cause du voisinage de ces deux peuples, auxquels  <lb>
un caractère opposé et une différence totale dans le  <lb>
langage et dans les traits, ne permettent pas de  <lb>
supposer une même origine.  <lb>
Des écrivains ont cru qu&apos;il exista jadis une com-  <lb>
munication entre les deux continens de l&apos;Asie et de  <lb>
l&apos;Amérique; un de ces auteurs , le père Laborde,  <lb>
fait descendre les Caraïbes des Juifs (i).  <lb>
(i) Les Caraïbes, assez voraces d&apos;ailleurs, ne mangeaient  <lb>
jamais de pécary, ou cochon d&apos;Amérique (Sus tajacu. Linn.),  <lb>
et c&apos;est sans doute la seule analogie qu&apos;il y ait eu entre eux et  <lb>
les Juifs.  <lb>
, Au surplus, le fait raconté par Colomb lui-même, qu&apos;il  <lb>
trouva la poupe d&apos;un vaisseau sur la côte de la Guadeloupe,  <lb>
peut donner quelque crédit à l&apos;opinion de ceux qui prétendent<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0121">
121
</controlpgno>
<printpgno>
0107
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( io7 )  <lb>
Le père Lafiteau prétend que les Caraïbes et les  <lb>
Cariens ont une origine commune. Le père Du-  <lb>
tertre leur donne, avec le père Raymond et d&apos;autres  <lb>
écrivains , la Guyanne pour berceau, parce qu&apos;il  <lb>
leur a toujours entendu dire, qu&apos;ils descendaient  <lb>
des Galibis, peuple de la terre-ferme, leurs plus  <lb>
proches voisins ; que leur vrai nom était Callinago ;  <lb>
et que les Européens leur avaient donné la dénomi-  <lb>
nation de Galibi et de Caraïbe ; qu&apos;ils avaient été  <lb>
conquis par les Galibis, habitans de la terre-ferme ;  <lb>
que ces derniers avaient détruit tous les naturels,  <lb>
à la réserve des femmes ; que ces femmes avaient  <lb>
toujours conservé quelque chose de leur langue,  <lb>
et de la mémoire de cette conquête, après laquelle  <lb>
les vainqueurs et les vaincus furent confondus sous  <lb>
le même nom de Caraïbes, qui voulait dire forts  <lb>
et vaillans. Rochefort, antagoniste de Dutertre ,  <lb>
le père Labat et Bristol font venir les Caraïbes du  <lb>
pays des Apalachites, situé dans les terres avan-  <lb>
cées au nord de la Floride (i). Martyr combat  <lb>
puissamment cette conjecture, cependant on con-  <lb>
vient généralement que les Caraïbes sont venus du  <lb>
continent américain, et c&apos;est là vraisemblablement  <lb>
que l&apos;Amérique avait été visitée par d&apos;autres nations avant  <lb>
Colomb; à moins que cette poupe n&apos;y ait été portée par les  <lb>
courans, à la suite de quelque naufrage.  <lb>
(i) Mélanges de Leclerc de l&apos;institut (Moniteur du i&quot; ger-  <lb>
minal an 10, 22 mars 1802. )<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0122">
122
</controlpgno>
<printpgno>
0108
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( &quot;S)  <lb>
tout ce qu&apos;on connaîtra jamais de certain sur l&apos;ori-  <lb>
gine de cette nation anéantie.  <lb>
Les Caraïbes avaient la peau d&apos;un jaune-clair  <lb>
tirant sur le bistre, les yeux noirs et petits, les  <lb>
dents blanches et bien rangées, les cheveux noirs,  <lb>
plats etluisans; ils n&apos;avaient ni barbe, ni poils sur  <lb>
le reste du corps , et leur physionomie était triste  <lb>
comme celle de tous les peuples du tropique.  <lb>
Quoique de taille moyenne , ils étaient forts et vi-  <lb>
goureux. Pour se garantir des insectes, ils s&apos;endui-  <lb>
saient de roucou. Les Caraïbes exigeaient la sou-  <lb>
mission la plus absolue de leurs femmes ; elles  <lb>
étaient chargées de tous les travaux du ménage et  <lb>
ne pouvaient pas se permettre de manger en pré-  <lb>
sence de leurs maris.  <lb>
Ces peuples n&apos;étaient soumis à aucune autorité,  <lb>
n&apos;avaient aucune forme de gouvernement, et vi-  <lb>
vaient égaux entr&apos;eux, ne connaissant pas d&apos;état  <lb>
plus heureux. Chaque famille formait un hameau  <lb>
appelé karbet où le plus ancien commandait. Leur  <lb>
courage était féroce et vindicatif; ne s&apos;oceupant  <lb>
que de chasse et de pêche, accoutumés dès l&apos;en-  <lb>
fance au métier des armes, la guerre était le prin-  <lb>
cipal objet de leur existence, la paix n&apos;était qu&apos;une  <lb>
trêve pour se préparer à de nouvelles cruautés. Ils  <lb>
élisaient, pour la guerre, un grand capitaine, qui  <lb>
conservait ce titre toute sa vie. Leur ardeur dans  <lb>
le combat se changeait en fureur sanguinaire ; Us  <lb>
dévoraient le corps de leurs ennemis tués ou faits<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0123">
123
</controlpgno>
<printpgno>
0109
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -00 )  <lb>
prisonniers* et Colomb, débarqué à la Guadeloupe,  <lb>
trouva dans plusieurs de leur6 cases des têtes et ded  <lb>
membres de corps humain , récemment coupés  <lb>
pour leur repas, et d&apos;autres qui en étaient lés  <lb>
restes.  <lb>
U remarqua, dans toutes les îles qu&apos;il visita,  <lb>
diverses sortes d&apos;excellent coton, qu&apos;ils avaient  <lb>
l&apos;art de teindre de plusieurs couleurs , mais de pré-  <lb>
férence en rouge. De cette toile ils faisaient des ha-  <lb>
macs que les Européens prirent pour modèles, et  <lb>
dont ils ont conservé le nom. Us savaient aussi fa-  <lb>
çonner des vases , pour les usages domestiques ,  <lb>
ils les faisaient cuire au four comme nos potiers (i).  <lb>
Sans avoir ni temples , ni cérémonies, ils recon-  <lb>
naissaient deux principes, celui du bien, et celui  <lb>
du mal; leurs boy es ou magiciens évoquaient les  <lb>
bons esprits (car chacun avait le sien), pour chasser  <lb>
l&apos;esprit malin ou mabouya. Ils usaient de la po-  <lb>
lygamie ; en cas d&apos;infidélité le mari tuait sa femme ;  <lb>
du reste ils honoraient la vieillesse.  <lb>
Leur humeur belliqueuse fut souvent fatale aux  <lb>
Espagnols, qui, malgré l&apos;avantage de leurs armes,  <lb>
ne leur firent pas toujours la guerre avec succès.  <lb>
Comme ces conquérans avides ne cherchaient que  <lb>
de l&apos;or, qu&apos;ils n&apos;en trouvaient point aux îles du  <lb>
(i) Bryan Edwards, traduction abrégée de 1801,  pag.  <lb>
il ig.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0124">
<head>Arouagues de la Terre-Ferme; Sauvages br&amp;eacute;siliens.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0124">
124
</controlpgno>
<printpgno>
0110
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( --&lt;-)  <lb>
vent, et que les Caraïbes, trop fiers, trop mélan-  <lb>
coliques , trop indépendans pour se soumettre  <lb>
à l&apos;esclavage se laissaient mourir dès qu&apos;ils s&apos;y  <lb>
voyaient réduits ; les Espagnols ne tardèrent point  <lb>
à renoncer à des conquêtes qui ne leur fournis-  <lb>
saient qu&apos;un peu de tabac et de coton , pour se re-  <lb>
tirer sur le continent.  <lb>
AROUAGUES, SAUVAGES VENUS DE LA TERRE-  <lb>
FERME.  <lb>
Après eux , les Français, les Anglais et les Hol-  <lb>
landais qui vinrent former des établissemens aux  <lb>
îles du vent, ne trouvèrent pas les naturels plus  <lb>
traitables. Ils essayèrent d&apos;acheter, pour leurs cul-  <lb>
tures , les prisonniers que les Caraïbes faisaient à  <lb>
leurs ennemis mortels, les Arouagues de la terre-  <lb>
ferme , qu&apos;ils égorgeaient dans toutes les expédi-  <lb>
tions et mangeaient très-souvent.  <lb>
Mais les Arouagues n&apos;étaient propres qu&apos;à la  <lb>
chasse ou à la pêche, et se laissaient aussi mourir  <lb>
de mélancolie quand on les soumettait à d&apos;autres  <lb>
travaux.  <lb>
SAUVAGES BRÉSILIENS.  <lb>
On ne fut guère plus heureux avec les sauvages  <lb>
brésiliens , que les aventuriers hollandais allaient  <lb>
enlever , pendant la première guerre que la Hol-  <lb>
lande fit aux Portugais du Brésil, et qu&apos;ils venaient<lb>
</p>
</div>
<div id="a0125">
<head>Engag&amp;eacute;s; premi&amp;egrave;res concessions faites aux Antilles.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0125">
125
</controlpgno>
<printpgno>
0111
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
. ( m )  <lb>
vendre aux Antilles comme esclaves , quoique ces  <lb>
peuples fussent libres. Ces Brésiliens n&apos;avaient de  <lb>
sauvage que le nom et l&apos;extérieur ; naturellement  <lb>
gais, leur grande communication avec les Portu-  <lb>
gais et la vivacité de leur esprit, les avaient rendus  <lb>
plus policés que tous les autres. Pourvu qu&apos;on les  <lb>
traitât avec douceur, sans jamais leur parler de leur  <lb>
esclavage, ils en supportaient la condition avec  <lb>
assez de patience, prêts à tout faire, excepté d tra-  <lb>
vailler à la terre.  <lb>
On les achetait, de préférence, pour les occuper  <lb>
à la pêche, à la chasse et à tous les ouvrages d&apos;a-  <lb>
dresse. Leurs femmes étaient des trésors pour les  <lb>
ménages des colons; mais les Brésiliens en étaient  <lb>
si jaloux, qu&apos;ils auraient tué, sans balancer, tout  <lb>
blanc qui aurait tenté leur fidélité (i).  <lb>
DES  ENGAGÉS.  <lb>
Pour se procurer les bras nécessaires à l&apos;exploi-  <lb>
tation des terres , on fut donc obligé de continuer  <lb>
l&apos;usage qui s&apos;était établi dès le principe, d&apos;avoir des  <lb>
serviteurs Européens qui, sous le nom d&apos;engagés,  <lb>
étaient employés aux cultures. Cette coutume, qui  <lb>
eut force de loi, voulait que tout individu d&apos;Eu-  <lb>
rope, attiré aux îles par l&apos;appât de la fortune, et qui  <lb>
(i) Dutertre, tome 2% pages 484 et suivantes.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0126">
126
</controlpgno>
<printpgno>
0112
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
n&apos;avait pas de quoi satisfaire aux dépenses du  <lb>
voyage , fût obligé de servir pendant trois ans, à  <lb>
compter du jour de son débarquement , la per-  <lb>
sonne qui en faisait les frais. Ces engagemens les  <lb>
mettaient à peu près dans la cJassô des esclaves;  <lb>
car celui qui en passait un autre avait le droit,  <lb>
hon-seulement de s&apos;en servir pendant trois ans,  <lb>
mais de le Vendre à qui bon lui semblait ; de sorte  <lb>
que beaucoup de gens de meilleures familles que  <lb>
ceux qu&apos;ils servaient, pouvaient changer sept ou  <lb>
huit fois de maîtres, pendant la durée de leur ser-  <lb>
vice. Dans cet intervalle il ne leur était pas permis  <lb>
de travailler pour leur compte ; ils étaient traités  <lb>
comme des serviteurs-esclaves, dont la servitude  <lb>
n&apos;était limitée que quant à la durée, mais que l&apos;on  <lb>
forçait au travail, souvent à coups de bâton, et  <lb>
selon le caprice du maître.  <lb>
Les femmes étaient sujettes à la même loi, mais  <lb>
étant fort rares et très-recherchées, elles étaient  <lb>
toujours sûres d&apos;être rachetées et de trouver de  <lb>
bons partis^ quelles que fussent leur origine ct leur  <lb>
condition.  <lb>
PREMIÈRES   CONCESSIONS.  <lb>
Les engagés qui sortaient de service, et qui n&apos;é-  <lb>
taient , pour l&apos;ordinaire , que des aventuriers sans  <lb>
ressource, se présentaient au gouverneur, et celui-  <lb>
ci leur accordait gratuitement une portion de ter-  <lb>
rain couvert de bois ^ pour le défricher, ainsi que<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0127">
127
</controlpgno>
<printpgno>
0113
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i»3)  <lb>
cela se pratiquait à l&apos;égard de toutes les personnes  <lb>
qui arrivaient aux colonies pour y faire des établis-  <lb>
semens. Ceux qu&apos;on gratifiait d&apos;un semblable ter-  <lb>
rain, le recevaient à titre de provision, jusqu&apos;à ce  <lb>
que le roi leur en eût accordé la propriété défini-  <lb>
tive. Ces concessions étaient, dans le principe, de  <lb>
200 pas de large, sur iooo de longueur; cette  <lb>
longueur fut plus tard réduite à*5oo pas (î).  <lb>
Un arrêt du conseil d&apos;état du 28 février 1670,  <lb>
fixa à dix - huit mois, au lieu de trois ans, le  <lb>
temps de service des engagés dans les îles fran-  <lb>
çaises. Mais un nouveau règlement du 16 novembre  <lb>
1716, remit les choses sur l&apos;ancien pied, et une dé-  <lb>
claration du roi du 12 mai 1719, ordonna que les  <lb>
vagabons et gens sans aveu seraient transportés aux  <lb>
colonies, pour y travailler comme engagés.  <lb>
On leur donnait à tous, pour nourriture, quatre  <lb>
pots de manioc et cinq livres de b uf salé par se-  <lb>
maine. Ils ne pouvaient quitter leurs maîtres qu&apos;à  <lb>
l&apos;expiration de leurs engagemens, et la peine in-  <lb>
fligée à celui qui les recelait, était la même que celle  <lb>
portée contre le receleur d&apos;un esclave.  <lb>
Le changement de climat, la nourriture , le tra-  <lb>
vail, durent en faire périr un grand nombre , et la  <lb>
situation des colons ne put qu&apos;être très-précaire,  <lb>
puisqu&apos;ils se trouvaient privés de bras, quand le  <lb>
(1) Dutertre, 2&apos; vol, pages 453 et suivantes.  <lb>
I.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0128">
128
</controlpgno>
<printpgno>
0114
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ii4)  <lb>
temps des engagés était fini, et qu&apos;ils craignaient  <lb>
une révolte  en leur refusant la liberté   au  jour  <lb>
prescrit.  <lb>
Ces motifs réunis les obligèrent à aller demander  <lb>
à l&apos;Afrique, qui a toujours eu la barbare coutume de  <lb>
vendre ses habitans, les cultivateurs qui, dans ce  <lb>
moment encore, exploitent les Antilles.  <lb>
Ces îles sont donc peuplées d&apos;Européens, de  <lb>
créoles, de gens de couleur libres ou affranchis, et  <lb>
de nègres esclaves. Avant d&apos;en esquisser le tableau,  <lb>
et d&apos;offrir l&apos;histoire de la traite des nègres, nous re-  <lb>
marquerons , avec Léonard (i), que c&apos;est surtout  <lb>
dans les colonies que l&apos;Européen éprouve le regret  <lb>
des beaux-arts, qu&apos;il a laissés dans sa patrie. Les  <lb>
talens y sont rares, et l&apos;homme de lettres, fût-il  <lb>
créole» y porte un air étranger. A l&apos;exception de  <lb>
quelques hommes instruits, dont le nombre est  <lb>
petit, et qui possèdent des livres, le reste vit  <lb>
dans l&apos;ignorance de tout ce qui ne tient pas au com-  <lb>
merce ou à l&apos;économie rurale, et, dans ces objets  <lb>
même, il ne suit qu&apos;une routine aveugle. U est vrai  <lb>
que l&apos;élan de l&apos;homme laborieux et intelligent y est  <lb>
incessamment arrêté par des institutions qui ne sont  <lb>
en harmonie ni avec les besoins ni avec les intérêts,  <lb>
(i) Le poète Léonard, créole de la Guadeloupe, porte un  <lb>
jugement sévère, sur les habitans des Antilles. Voir dans  <lb>
ses  uvres, sa lettre sur le voyage qu&apos;il fit aux îles en i**85.  <lb>
a* vol.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0129">
<head>Europ&amp;eacute;ens aux &amp;icirc;les.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0129">
129
</controlpgno>
<printpgno>
0115
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ,i5)  <lb>
par l&apos;arbitraire qui y tient lieu de justice, par la  <lb>
routine et les préjugés locaux, parles passions des  <lb>
chefs, souvent même par leur impéritie ou leur  <lb>
cupidité. Le climat et le sol énervent l&apos;homme,  <lb>
les institutions l&apos;y dégradent, et il est très-difficile,  <lb>
pour ne pas dire impossible, d&apos;y garantir les livres  <lb>
de l&apos;humidité, des vers et des insectes.  <lb>
DES  EUROPÉENS.  <lb>
Les Européens qui habitent les colonies diffèrent  <lb>
beaucoup de ceux qui restent en Europe. Entraînés  <lb>
parle goût des jouissances, qu&apos;ils trouvent singu-  <lb>
lièrement faciles, ou accablés par des embarras et des  <lb>
travaux que l&apos;appât du gain redouble chaque jour,  <lb>
leurs forces physiques ne peuvent résister long-  <lb>
temps aux feux d&apos;un climat brûlant, qui enflamme  <lb>
leur tempéramment, et abrège les jours de ceux qui  <lb>
n&apos;ont pas grand soin de réparer la perte des parties  <lb>
acqueuses, que la chaleur attire, et que dissipe une  <lb>
transpiration continuelle. Leur sang devient beau-  <lb>
coup trop épais, et contracte une qualité vicieuse ,  <lb>
qui peut à chaque instant mettre leur vie en péril.  <lb>
S&apos;ils ne succombent pas sous les coups de la fièvre  <lb>
jaune ; s&apos;ils échappent aux tristes effets du té-  <lb>
nesme, de l&apos;épuisement, des douleurs d&apos;estomac et  <lb>
des obstructions au foie, si communes aux Antilles;  <lb>
leurs dispositions naturelles   s&apos;exaltent   par  l&apos;in-  <lb>
8<lb>
</p>
</div>
<div id="a0130">
<head>Cr&amp;eacute;oles.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0130">
130
</controlpgno>
<printpgno>
0116
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(u6)  <lb>
fluence du climat. Le désir de quitter, le plutôt  <lb>
possible , une terre qu&apos;ils regardent, en général,  <lb>
comme un lieu d&apos;exil, et qui trompe souvent les  <lb>
calculs faits à l&apos;avance, les rend avides, remuans,  <lb>
intrigans, soucieux et souvent désireux de change-  <lb>
mens dans lesquels ils espèrent toujours trouver  <lb>
quelque moyen d&apos;accélérer leur fortune, et d&apos;aller  <lb>
jouir agréablement de la vie dans leur pays. Ces  <lb>
contrées, qui ne sont vraiment habitables pour  <lb>
l&apos;Européen que lorsqu&apos;il y vit dans l&apos;aisance, mais  <lb>
sans excès, ont cependant un certain charme se-  <lb>
cret, qui le retient presque toujours lorsqu&apos;il y est  <lb>
acclimaté.  <lb>
DES   CRÉOLES.  <lb>
Tout individu né dans les Antilles, de quelque  <lb>
couleur qu&apos;il soit, est appelé créole, et le blanc, de  <lb>
race pure, y obtient une suprématie que les lois, la  <lb>
morale et les préjugés ont toujours tendu à main-  <lb>
tenir. Sa couleur s&apos;y distingue comme une sorte de  <lb>
noblesse ; l&apos;Européen y conserve une prééminence  <lb>
marquée, et on le recherche particulièrement dans  <lb>
les alliances de famille.  <lb>
L&apos;air humide, salin, et le défaut habituel d&apos;élec-  <lb>
tricité , donnent aux créoles ce teint de convales-  <lb>
cence, encore un peu plus foncé que celui de nos  <lb>
peuples méridionaux. Du reste, ils sont souples,  <lb>
¦bien faits et sans difformité , parce qu&apos;étant élevés<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0131">
131
</controlpgno>
<printpgno>
0117
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( &quot;7)  <lb>
sans aucune entrave, dans une parfaite liberté de  <lb>
vétemens, toutes leurs facultés physiques se déve-  <lb>
loppent avec une entière facilité. Ils ont générale-  <lb>
ment de la pénétration, une imagination ardente,  <lb>
un esprit vif, délié, une conception rapide, impé-  <lb>
tueuse , et ils deviendraient, sans nul doute, des  <lb>
hommes d&apos;une haute capacité, si, dès leur enfance,  <lb>
on les soumettait à une éducation soignée et sévère.  <lb>
Mais environnés, dès le berceau, d&apos;esclaves destinés  <lb>
à deviner et à prévenir leurs volontés, et de parens  <lb>
qui carressent jusqu&apos;à leurs défauts, ils en tirent un  <lb>
caractère d&apos;indolence, de légèreté, d&apos;indépendance  <lb>
et de présomption qui les porte à se préférer à  <lb>
tout, à être généreux par ostentation, et à mépriser  <lb>
toutes les connaissances utiles. Leur éducation est  <lb>
sensée accomplie, quand on leur a fait ébaucher  <lb>
les sciences des pensionnats , et qu&apos;ils ont appris les  <lb>
exercices de la gymnastique. On les rappelle avec  <lb>
cette légère teinte de connaissances, pour leur faire  <lb>
recueillir une moisson decomplimens qui les rendent  <lb>
encore plus vains. Aussi, dans les colonies, on les  <lb>
voit parler et décider de tout avec un ton tranchant  <lb>
et une assurance qui imposent d&apos;abord, mais qui ne  <lb>
cachent pas long-temps le peu de fond sur lequel  <lb>
ces jugemens reposent. Une constitution sensible  <lb>
et ardente leur fait pousser à l&apos;excès toutes les pas-  <lb>
sions, les rend inconstans dans leurs goûts, les en-  <lb>
traîne au plaisir avec impétuosité, et souvent avec  <lb>
une dépravation extraordinaire. Combien n&apos;en a-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0132">
132
</controlpgno>
<printpgno>
0118
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(ii8)  <lb>
t-on pas vu négliger de tendres épouses, pour de viles  <lb>
concubines qu&apos;ils ne rougissent pas de leur associer!  <lb>
Le créole pousse le point d&apos;honneur à l&apos;excès, ne  <lb>
se dément jamais dans l&apos;exercice de l&apos;hospitalité ,  <lb>
et accueille les étrangers avec une grâce admirable.  <lb>
Il leur prodigue tout, et ses m urs, en ce point,  <lb>
comme en beaucoup d&apos;autres, ressemblent assez à  <lb>
celles du Caraïbe qui, après vous avoir fait parta-  <lb>
ger son repas, voulait encore vous en faire empor-  <lb>
ter les debris (i). Mais que d&apos;aventuriers ont sou-  <lb>
vent abusé de cette confiante bienveillance , et Ont  <lb>
appris qu&apos;il fallait apporter plus de précaution dans  <lb>
l&apos;accueil qu&apos;il convient de faire à de nouveaux venus ;  <lb>
il est vrai que les colonies ne reçoivent plus, comme  <lb>
autrefois, l&apos;écumedela nation. On y compte aujour-  <lb>
d&apos;hui un grand nombre de planteurs et de négo-  <lb>
ciais biens nés, anciens militaires, que la révolu-  <lb>
tion ou la guerre y ont déposés, ou d&apos;autres qui,  <lb>
ne voulant qu&apos;y passer, s&apos;y sont fixés par le charme  <lb>
attaclïé au séjour de ces îles.  <lb>
Le luxe n&apos;est général que chez les femmes, parmi  <lb>
lesquelles il serait difficile qu&apos;il fît plus de progrès.  <lb>
Le colon est très-simple dans son intérieur, car ses  <lb>
richesses ne sont que fictives, et il ne vit souvent  <lb>
(i) Cette coutume paraît s&apos;être conservée aux colonies, et il  <lb>
est assez d&apos;usage, dans les banquets, que les convives fassent  <lb>
disparaître les débris du dessert.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0133">
133
</controlpgno>
<printpgno>
0119
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(»9)  <lb>
que sur son crédit; éomment pourrait-il compter  <lb>
sur des récoltes, sur des établissemens et sur des es-  <lb>
claves , que chaque instant menace de lui enle-  <lb>
ver (i)? Malheureusement des voyages d&apos;ostenta-  <lb>
tion, des dépenses somptueuses, trompent souvent  <lb>
des calculs faits avec légèreté, et le forcent à rentrer  <lb>
sursesbiens, surchargé de dettes qu&apos;il espérait pou-  <lb>
voir liquider, mais que des pertes imprévues ne font  <lb>
qu&apos;accumuler. Aussi les voit-on presque tous ron-  <lb>
gés par le poison de l&apos;envie, tantôt ardens dans  <lb>
leurs espérances, tantôt accablés dans leurs revers,  <lb>
paraître plus empressés à jouir du malheur de leurs  <lb>
voisins qu&apos;à venir au secours les uns des autres, et  <lb>
à s&apos;entre aider dans leur détresse. Toujours préoccu-  <lb>
pés del&apos;idée de retourner en France, ils ne regardent  <lb>
leur maison que comme un lieu de passage qu&apos;ils  <lb>
n&apos;ornent, assez ordinairement, pour tons meubles,  <lb>
que de tables, de lits et de chaises très-simples ;  <lb>
d&apos;ailleurs comment préserver des meubles plus re-  <lb>
cherchés des inconvéniens du climat ?  <lb>
Les créoles sont généralement adonnés au jeu.  <lb>
C&apos;est la passion dominante aux colonies , où elle a  <lb>
toujours été poussée à l&apos;excès. La métropole s&apos;est  <lb>
souvent occupée de réprimer les jeux de hasard;  <lb>
(i) Plusieurs de ces principaux traits sont tirés de Léonard,  <lb>
qui les traçait en 1783, ils sont toujours d&apos;une vérité fnp*  <lb>
pante.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0134">
<head>Femmes Cr&amp;eacute;oles.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0134">
134
</controlpgno>
<printpgno>
0120
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( I2o )  <lb>
des ordonnances, à ce sujet, furent rendues dès le  <lb>
principe de ces établissemens et ont été renouvel-  <lb>
lées plus tard ; celle du i5 décembre 1722, pro-  <lb>
nonçait une amende de 5oo livres contre les joueurs.  <lb>
Des peines plus sévères furent infligées par les ordon-  <lb>
nances des 4 novembre 1744*27 février 1758, et5  <lb>
septembre 1781; mais, quelques soins qu&apos;on ait pris  <lb>
pour prévenir ce désordre, quelques défenses qu&apos;on  <lb>
ait pu faire, les jeux de hasard ont toujours élé très  <lb>
en vogue dans nos colonies, et on a fini par les au-  <lb>
toriser en les plaçant sous la surveillance de la po-  <lb>
lice, du moins à la Guadeloupe.  <lb>
DES FEMMES CRÉOLES.  <lb>
Les femmes créoles sont dédommagées du coloris  <lb>
brillant des Européennes, par une blancheur et une  <lb>
délicatesse de traits séduisantes, par une tournure  <lb>
et une taille qu&apos;on ne trouve nulle part aussi svel-  <lb>
tesni aussi déliées; par une certaine indolence et  <lb>
un laissez-aller ravissans. Sans être parfaitement  <lb>
belles , leur figure fine porte une expression de dou-  <lb>
ceur qui va droit à l&apos;âme, et leur accent, dénué d&apos;af-  <lb>
féterie, lorsqu&apos;il n&apos;est pas traînant, respire l&apos;inno-  <lb>
cence et la candeur. Leur abord timide, même froid,  <lb>
avec les étrangers, est fier avec leurs inférieurs, et  <lb>
très-familier avec leurs égaux ; elles sont douces et  <lb>
bonnes à l&apos;extrême, et savent répandre beaucoup d&apos;a-  <lb>
grémens dans la société intime.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0135">
135
</controlpgno>
<printpgno>
0121
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( »1 )  <lb>
L&apos;amour étincelle dans leurs yeux ; elles possè-  <lb>
dent au dernier degré le talent de rappeler le tribut  <lb>
que les hommes doivent à la beauté, et, quoique  <lb>
naturellement coquettes, elles s&apos;attachent vivement  <lb>
à celui qu&apos;elles ont choisi, en sont jalouses à l&apos;excès  <lb>
et lui sont rarement infidèles J mais dès qu&apos;elles en  <lb>
sont privées ou délaissées , elles reportent les mêmes  <lb>
sentimens vers un autre objet. Epouses tendres et  <lb>
fécondes, mères excellentes, elles sont toujours  <lb>
passionnées, et l&apos;instinct de la volupté les suit dans  <lb>
tousles âges. Aimables el sans artifices, onestétonné  <lb>
que la volonté la plus décidée puisse s&apos;allier à tant de  <lb>
mobilité d&apos;esprit. Douées d&apos;un caractère sensible et  <lb>
compatissant, elles sont exigeantes , même sévères  <lb>
pour leur service, et l&apos;on ne peut qu&apos;accuser le vice  <lb>
de leur éducation, lorsque ces êtres doux et. bons  <lb>
qui ne devraient s&apos;occuper qu&apos;à faire des heureux,  <lb>
s&apos;arment, contre leurs esclaves, d&apos;une rigueur par  <lb>
fois cruelle.  <lb>
Autour d&apos;elles, la décence est incessamment vio-  <lb>
lée par les usages et par la nudité des nègres ; l&apos;Eu-  <lb>
ropéen , que cette nudité révolte d&apos;abord, finit  <lb>
aussi par s&apos;y habituer. D&apos;une sobriété parfaite pour  <lb>
les mets recherchés, les vins et les liqueurs, elles  <lb>
cèdent tout le jour à des fantaisies bizarres, et se  <lb>
repaissent de fruits ou d&apos;autres alimens qui altèrent  <lb>
leur constitution. Nonchalamment couchées sur des  <lb>
lits de repos, entourées de servantes habiles à pré-  <lb>
venir leurs désirs , et mollement ensevelies dans le<lb>
</p>
</div>
<div id="a0136">
<head>Population de couleur, d&amp;eacute;gr&amp;eacute;s de la couleur.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0136">
136
</controlpgno>
<printpgno>
0122
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( l*-2 )  <lb>
dolcefar nienle des Italiennes, il ne s&apos;agit pas plu-  <lb>
tôt de danse, qu&apos;on est émerveillé de la légèreté de  <lb>
leurs pas, de la souplesse de leurs mouvemens, du  <lb>
feu, de la grâce et de la vivacité qu&apos;elles y mettent.  <lb>
Le climat exige impérieusement beaucoup de pro-  <lb>
preté ; il n&apos;y a pas de pays au monde où elle soit  <lb>
aussi scrupuleusement observée dans tous ses dé-  <lb>
tails; cette propreté est la même parmi toutes les  <lb>
classes d&apos;habitans des Antilles. On y consomme une  <lb>
immense quantité de linge qu&apos;on a toujours pu se  <lb>
procurer facilement et à bon prix, par le commerce  <lb>
interlope ; mais ces objets, demanufacture anglaise,  <lb>
sont de qualités bien inférieures à ceux qu&apos;on tire  <lb>
de France.  <lb>
POPULATION DE COULEUR.  <lb>
On donne le nom de gens de couleur ou de sangs-  <lb>
mêlés aux individus qui ne sont ni blancs ni noirs  <lb>
purs, mais qui sont le produit du mélange del&apos;ua  <lb>
et de l&apos;autre sang. Quelques fois on désigne par les  <lb>
mots : Population de couleur, la masse collective  <lb>
des noirs et des gens de couleur (i).  <lb>
(i) D&apos;après le système de Franklin, développé par Mo-  <lb>
reau de Saint-Méry, et rappelé en tête des mémoires sur Saint-  <lb>
Domingue, par le général Pamphile Lacroix, les gens de  <lb>
couleur sont supposés former un tout de 12S parties blanches  <lb>
et 128 noires.  <lb>
L&apos;individu qui n&apos;a pas huit parties de blanc, est réputé noir.  <lb>
On distingue neuf souches principales que nous nous con-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0137">
137
</controlpgno>
<printpgno>
0123
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( «3)  <lb>
La profonde infériorité où les gens de ooulcur  <lb>
ont toujours été tenus aux colonies, a produit des  <lb>
inégalités politiques plus considérables encore que  <lb>
les variétés physiques. Le nombre des indivi-  <lb>
dus de sang-mêlé s&apos;accroît tous les jours, et ces in-  <lb>
dividus participent à toutes les qualités des deux  <lb>
couleurs auxquelles ils doivent la naissance; so-  <lb>
bres , propres aux travaux et à la fatigue, ils n&apos;ont  <lb>
rieu à redouter de l&apos;influence du climat qui les a vus  <lb>
naître. L&apos;attachement qu&apos;ils montrent pour le sol  <lb>
natal ne peut qu&apos;être réel, qu&apos;auraient-ils à espérer  <lb>
ailleurs? amis des blancs autant par inclination que  <lb>
par amour-propre, ils leur servent de barrière  <lb>
contre les noirs dont ils sont les adversaires natu-  <lb>
tentons de désigner, quoiqu&apos;il existe entre elles bien d&apos;autres  <lb>
variétés d&apos;après le plus ou moins de parties qu&apos;elles retiennent  <lb>
de l&apos;une ou de l&apos;autre couleur :  <lb>
Le sacatra, le plus rapproché da nègre,  <lb>
est le résultat de 5 combinaisons, ct peut     Part, blanches.      Part, noires.  <lb>
avoir de......... .....       8 à    16 et de lia à 120  <lb>
Le griffe , résultat de 5 combinais., a de     24 à    32 et de   96 à io4  <lb>
Le cabre, ou marabou, résul. de 5 comb.    4° à    fô et de   80 à    88  <lb>
Le mulâtre, résultat de 12 combinaisons.     56 à    &quot;jo et de   58 à    **2  <lb>
Le quarteron, id. de   20 id......     71 à    g6 et de   52 à    5&quot;/  <lb>
Lemétif, id. de 6 id........   io4 à 112 et de   16 à    24  <lb>
Lemamelouc,  id.  de 5 id   .    ....   116 à 120 et de     8 à    12  <lb>
Le quarteronne, id. de 4 id......    122 à 124 et de     4 *      6  <lb>
Le sang-mêlé ,  le   plus   rapproché  du  <lb>
blanc, est le résultat de 4 comb, eta de   125 4 12** et de     i k      3  <lb>
he sang-mêlé, en continuant son union avec les blancs, se confond  <lb>
ayec cette couleur.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0138">
138
</controlpgno>
<printpgno>
0124
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   124  )-  <lb>
rels; pourquoi ne pas mettre à profittoutes ces dis-  <lb>
positions et se faire un mérite de devancer l&apos;avenir,  <lb>
en fixant leur sort par des lois sages et prévoyantes?  <lb>
Dans leprincipe, on ne reconnaissait d&apos;autre con-  <lb>
dition que celle de planteur et celle d&apos;esclave. Les  <lb>
premières manumissions n&apos;eurent lieu qu&apos;à titre de  <lb>
récompense, et ces actes de la reconnaissance et de  <lb>
la philantropie furent peu nombreux. Quand un  <lb>
blanc abusait d&apos;une négresse, le mulâtre, qui en était  <lb>
le produit, était déclaré libre; le père était obligé de  <lb>
le nourrir, de l&apos;entretenir jusqu&apos;à l&apos;âge de 12 ans, et  <lb>
payait, en outre, une amende proportionnée à ses  <lb>
facultés. Cette rigueur diminua les abus, àPépoque  <lb>
où les premiers planteurs étaient encore pauvres (1);  <lb>
mais la licence et l&apos;immoralité augmentant avec les  <lb>
richesses, le concubinage devint général, et le gou-  <lb>
vernement ne trouva moyen de remédier à l&apos;abus  <lb>
des affranchissemens qu&apos;en ne les autorisant que  <lb>
pour des services réels , et en établissant, par des  <lb>
lois maintenant encore en vigueur, que le sort de  <lb>
tous les enfans de couleur serait la conséquence de  <lb>
l&apos;état de la mère et non de celui du père (2). Mais  <lb>
l&apos;action des affranchissemens est d&apos;autant plus active  <lb>
(1)  Dutertre, 2* vol., pag. 460.  <lb>
(2)  Ordonnance du roi, du mois de mars i685. Code de la  <lb>
Martinique, 1&quot; vol., pag. /jo.  <lb>
Aussi voit-on des Colons servis par des esclaves qui sont  <lb>
leurs enfans, qu&apos;ils n&apos;ont pas honte de destiner à leurs plai-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0139">
139
</controlpgno>
<printpgno>
0125
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 125)  <lb>
qu&apos;elle porte particulièrement sur des femmes gros-  <lb>
ses, ou nubiles, et toujours très-fécondes, que la  <lb>
nature a spécialement douées de tous les privilèges  <lb>
qu&apos;elle a départis à leur sexe.  <lb>
Elles connaissent plus qu&apos;ailleurs le secret de  <lb>
captiver leurs orgueilleux tyrans; elles exercent,  <lb>
avec un entier abandon, tous les actes d&apos;humanité  <lb>
dont les femmes sont susceptibles ; elles prodiguent  <lb>
l&apos;accueil et les soins les plus empressés aux blancs  <lb>
qui souvent arrivent dans les colonies sans azile.  <lb>
De là naissent des liaisons honorables dès l&apos;origine,  <lb>
et qui s&apos;affermissent ensuite par les liens de la pa-  <lb>
ternité. Leurs enfans, élevés d&apos;abord dans des prin-  <lb>
cipes d&apos;égalité analogues à leur bas âge , ont de la  <lb>
peine à se plier plus tard à l&apos;infériorité de rang que  <lb>
la loi leur assigne en les privant des droits du ci-  <lb>
toyen. Tenant à la classe des blancs, qui les re-  <lb>
foule au - dessous d&apos;elle bien au - delà de ce que  <lb>
l&apos;imagination européenne peut concevoir, leur va-  <lb>
nité blessée, fermente, s&apos;aigrit, et les effets en se-  <lb>
raient pernicieux , toutes les fois que des agitateurs  <lb>
voudraient s&apos;adresser à eux, si une police active et  <lb>
sévère ne veillait, souvent avec abus, au maintien  <lb>
de l&apos;ordre.  <lb>
La classe des blancs tend incessamment à s&apos;aff ài-  <lb>
sirs, ou, qu&apos;au besoin, ils vendent avec la mère : ainsi, en vou-  <lb>
lant réprimer le vice, la loi a fait naître le crime.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0140">
140
</controlpgno>
<printpgno>
0126
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(126)  <lb>
blir, tandis que celle des affranchis, composée  <lb>
principalement des enfans naturels, nés d&apos;esclaves  <lb>
ou d&apos;autres affranchis, augmente visiblement sans  <lb>
qu&apos;il soit possible d&apos;y mettre obstacle. La majeure  <lb>
partie des pères sera toujours disposée à donner la  <lb>
liberté aux êtres auxquels ils n&apos;ont pas rougi de  <lb>
donner la vie; la compassion , les services ren-  <lb>
dus , et tant d&apos;autres motifs augmenteront de plus  <lb>
en plus le nombre des affranchissemens. On pourra  <lb>
les entraver par la lenteur et la multiplicité des  <lb>
formes , par le haut prix qu&apos;on y mettra ; mais on  <lb>
ne parviendra pas à les arrêter.  <lb>
Aucun service de la part de l&apos;homme de couleur,  <lb>
même quand il est riche, ne pouvant combler l&apos;in-  <lb>
tervalle immense , qui, dans nos colonies, le sé-  <lb>
pare du dernier des blancs, lorsqu&apos;à Saint-Do-  <lb>
mingue, au Mexique, et dans tout le voisinage des  <lb>
Antilles, des gens de couleur sont chefs d&apos;états, ou  <lb>
participent à tous les droits politiques , il est im-  <lb>
possible que cette différence, entre des hommes  <lb>
dont,sous tous les autres rapports, la position estla  <lb>
même, ne fasse pas naître en eux des dispositions  <lb>
dangereuses , et ne les porte pas, ou à se procurer,  <lb>
par des voies illégales, la reconnaissance des droits  <lb>
qu&apos;on leur dénie, ou à abandonner une terre sur la  <lb>
quelle ils n&apos;ont aucune considération à espérer  <lb>
Laborieux, susceptibles du plus grand amour-pro-  <lb>
pre et jaloux de leur condition, ils se placent tou  <lb>
jours d&apos;eux-mêmes au-dessus des noirs, et on pour<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0141">
141
</controlpgno>
<printpgno>
0127
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( I27 )  <lb>
rait facilement mettre à profit ces heureuses dispo-  <lb>
sitions, pour se les attacher sans réserve, et pour  <lb>
maintenir les deux castes , l&apos;une par l&apos;autre, au  <lb>
moyen de concessions faites à propos aux gens de  <lb>
couleur. Ils demandent avec instance la jouissance  <lb>
des droits politiques , mais peu d&apos;entre eux ont  <lb>
l&apos;idonéité des places ; on pourrait les employer uti-  <lb>
lement dans la foi ce armée où ils ont long-temps  <lb>
fait preuve de bravoure, de soumission et de fidé-  <lb>
lité ; dans la marine, qu&apos;ils aiment avec passion : ils  <lb>
excellent dans les ouvrages de la main; en les sti-  <lb>
mulant aux arts mécaniques, en favorisant leur  <lb>
goût pour le commerce, et pour l&apos;exploitation du  <lb>
sol auquel ils s&apos;attachent vivement quand ils peu-  <lb>
vent devenir propriétaires; surtout en leur accor-  <lb>
dant un certain ordre d&apos;emplois publics , on en  <lb>
ferait d&apos;utiles citoyens. Les mauvais procédés et la  <lb>
persécution, peuvent seuls les porter *à s&apos;unir aux  <lb>
nègres contre les blancs. Mais il faudrait aussi s&apos;oc-  <lb>
cuper des moyens de fixer les Européens aux colo-  <lb>
nies , surtout les ouvriers, en leur procurant des  <lb>
facilités pour le passage et pour leur établissement. Il  <lb>
importe particulièrement d&apos;empêcher que ceux qui  <lb>
arrivent, ne soient obligés de s&apos;en retourner, ou de  <lb>
devenir errans, faute d&apos;ouvrage ou d&apos;encourage-  <lb>
ment. L&apos;accroissement du nombre des affranchis  <lb>
doit faire prévoir qu&apos;ils deviendront un jour les  <lb>
maîtres. La loi s&apos;oppose, il est vrai, à ce qu&apos;ils ac-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0142">
142
</controlpgno>
<printpgno>
0128
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( &quot;8)  <lb>
quièrent la consistance que donnent les grandes  <lb>
fortunes , en s&apos;opposant aux dotations en leur fa-  <lb>
veur , et en les réduisant à des secours alimen-  <lb>
taires : mais outre que la loi peut toujours s&apos;élu-  <lb>
der , beaucoup d&apos;entr&apos;eux s&apos;enrichissent par leur  <lb>
propre industrie.  <lb>
Tous les gens de couleur, reconnus libres parle  <lb>
gouvernement, jouissent des droits de propriété et  <lb>
d&apos;égalité devant la justice : ils doivent être traités  <lb>
comme les autres habitans ; mais ils ne peuvent  <lb>
participer à aucun droit politique et sont exclus  <lb>
de tous les emplois. Cependant l&apos;article 5g de l&apos;or-  <lb>
donnance du Roi, du mois de mars i685 , qui  <lb>
est une des lois du Code noir, accorde aux affran-  <lb>
chis les mêmes droits , privilèges immunités, tant  <lb>
pour leurs personnes, que pour leurs biens , dont  <lb>
jouissent les autres sujets du roi (i); mais on a  <lb>
jugé à pro*pos de ne maintenir en vigueur, des dis-  <lb>
positions du code noir, que celles qui favorisent l&apos;a-  <lb>
mour-propre ou l&apos;intérêt des grands propriétaires.  <lb>
Pour calmer les inquiétudes que peut donner la  <lb>
classe des affranchis, peut-être suffirait-il d&apos;exiger  <lb>
la pleine et entière, exécution de l&apos;ordonnance de  <lb>
i685.  <lb>
Il y a un petit nombre de gens de couleur qui ont  <lb>
(i)  Code de la Martinique, vol. i, pag. 54, 55.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0143">
<head>Des n&amp;egrave;gres.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0143">
143
</controlpgno>
<printpgno>
0129
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 129 )  <lb>
été affranchis par leurs maîtres, mais que le gou-  <lb>
vernement n&apos;a pas reconnus comme tels : ceux-là  <lb>
jouissent de la simple liberté sous le patronage d&apos;un  <lb>
colon.  <lb>
DES NEGRES.  <lb>
L&apos;esprit le plus dégagé de préjugés et de préven-  <lb>
tions est forcé de reconnaître, que la race noire ,  <lb>
du moins celle qui est transportée dans nos colo-  <lb>
nies , ou qui y a reçu le jour, est très-inférieure à  <lb>
la race blanche, sous le rapport des facultés intel-  <lb>
lectuelles. Le nègre, toujours patient et craintif,  <lb>
par fois bon, docile et sobre, est naturellement  <lb>
grossier, paresseux, souvent opiniâtre et indisci-  <lb>
plinable. Mélancolique et dissimulé, l&apos;esclavage ac-  <lb>
croît sans doute en lui ces deux dispositions , mais  <lb>
il les a reçues de la nature. Cependant, comme elle  <lb>
ne l&apos;avait point formé pour la servitude, son sort  <lb>
ne peut qu&apos;exciter une vive pitié. Eh ! comment ne  <lb>
pas déplorer les misères effroyables attachées à la  <lb>
condition d&apos;esclave, dont il a de tout temps sup-  <lb>
porté les peines et les fatigues? On le pousse au  <lb>
travail avec la même brutalité que la bête de  <lb>
somme, et de gré ou de force, on en tire , jusqu&apos;à  <lb>
extinction , tout le service dont il est capable ,  <lb>
comme si la couleur de son épiderme était le carac-  <lb>
tère indélébile de la servitude. Aussi le nègre qui a  <lb>
I-                                                 9<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0144">
144
</controlpgno>
<printpgno>
0130
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ifc&gt;)  <lb>
toujours soupiré après l&apos;oisiveté, quand il était  <lb>
esclave, s&apos;y livré Sans retenue dès qu&apos;il est affranchi,  <lb>
parce qu&apos;il ne Voit dans le travail qu&apos;un ennemi de  <lb>
sa liberté.  <lb>
On s&apos;étonne que les négresses, habituées au climat  <lb>
humide et brûlant de l&apos;Afrique, ne soient plus aussi  <lb>
fécondes sous le climat non moins humide, mais  <lb>
plus tempéré des Antilles, et qu&apos;on soit obligé d&apos;a-  <lb>
voir recours à la traite, pour entretenir la popula-  <lb>
tion noire de ces îles, qui décroît chaque année.  <lb>
Mais il existe parmi les nègres des causes de dépo-  <lb>
pulation étrangères aux effets de la transplantion.  <lb>
Les empoisônncmens fréquens qu&apos;ils pratiquent  <lb>
entr&apos;eux , dans l&apos;intention de priver leurs maîtres  <lb>
du principal objet de ses richesses, en diminuent le  <lb>
nombre (i) ; l&apos;excès du travail, les souffrances, le  <lb>
(i) Bryan Edwafds est entré dans de grands détails sUr  <lb>
l&apos;usage du poison, très-fréquent parmi les nègres d&apos;Afrique.  <lb>
Ils l&apos;ont introduit dans* les Antilles où ils ont aussi apporté tou-  <lb>
tes leurs pratiques superstitieuses. Ils s&apos;y livrent avec fureur  <lb>
â la Jamaïque, et dans les autres îles anglaises. La Martinique  <lb>
*a de tout temps été affectée de ce fléau désastreux. Au moisdfe  <lb>
février 1724, une ordonnance du roi traita fort au long des  <lb>
nfiesures à prendre pour arrêter le cours des empoisonnemens  <lb>
parmi les nègres. Le conseil supérieur fut encore obligé de  <lb>
s&apos;en occuper en 1749 et en 1757. Le 8 mai 1782, on établit  <lb>
une chambre ardente pour juger ces espèces de délits. Le 4  <lb>
juillet 1799, un règlement du conseil établit un mode de pro-  <lb>
cédures contre les empoisonnemens, et ïe 17 octobre i8o5,<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0145">
145
</controlpgno>
<printpgno>
0131
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -3i )  <lb>
chagrin de l&apos;esclavage chez les uns, un libertinage  <lb>
effréné chez le plus grand nombre, leur c-tent ou la  <lb>
volonté ou la faculté de se reproduire. L&apos;abus qu&apos;ils,  <lb>
font généralement de leur santé , la négligence avec  <lb>
laquelle ils se traitent dans toutes leurs maladies,  <lb>
même en dépit des attentions de leurs maîtres ; le  <lb>
peu de soin que les femmes grosses prennent d&apos;elles,  <lb>
exténuées qu&apos;elles sont souvent par la fatigue et les  <lb>
privations ; leur insouciance pour leurs enfans, que  <lb>
beaucoup laissent mourir, sont autant de causes  <lb>
qui concourent à diminuer la population noire.  <lb>
Les sentimens de la nature peuvent bien s&apos;éteindre  <lb>
chez l&apos;esclave, quand ceux de l&apos;humanité sont sou-  <lb>
vent étouffés chez le maître. La négligence avec  <lb>
laquelle on pourvoit à leur entretien, est aussi une  <lb>
des causes de leur dépopulation. Le code noir, tou-  <lb>
jours en vigueur, accorde bien à chaque nègre trois  <lb>
livres de morue , trois pots de farine de manioc  <lb>
par semaine, et deux rechanges par an; mais cette  <lb>
partie du code est-elle fidèlement exécutée? Les  <lb>
circonstances ont sans doute souvent obligé le pro-  <lb>
on fut obligé de créer un tribunal spécial ambulant, révoca-  <lb>
ble un an après la paix, pour juger, sans appel, les empoison-  <lb>
neurs, el les punir de la peine du bûcher. Ces crimes sont  <lb>
moins fréquens parmi les nègres de la Guadeloupe. On voit  <lb>
cependant que, par arrêt du conseil supérieur, du ji mai  <lb>
 7^7- plusieurs empoisonneurs furent condamnés à divers  <lb>
supplices.  <lb>
9<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0146">
146
</controlpgno>
<printpgno>
0132
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -3-* )  <lb>
prié taire de suppléer à ces conditions, en accordant  <lb>
à leurs nègres la journée du samedi pour travailler  <lb>
à leur compte; d&apos;autres leur accordaient jusqu&apos;à deux  <lb>
j&lt;jurs par semaine, pour se dispenser tout-à-fait de  <lb>
les nourrir; et l&apos;on voyait ces malheureux, errant  <lb>
pour se procurer des aljuiens, devenir voleurs ou  <lb>
vagabonds. Un Européen ne peut pas se faire à  <lb>
l&apos;idée que de pauvres serviteurs, qui ont consacré  <lb>
cinq ou six jours de la semaine au service de leurs  <lb>
maîtres, soient congédiés le sixième ou le septième  <lb>
sans paie et sans nourriture, pour aller chercher à  <lb>
manger. Quelques colons , guidés par une aveugle  <lb>
avarice, achètent pour leurs ateliers de la morue ou  <lb>
d&apos;autres alimens gâtés qu&apos;ils ont à bon compte, sans  <lb>
calculer le mal que leur fait cette nourriture insa-  <lb>
lubre. Si l&apos;on joint à ces causes, l&apos;influence du climat  <lb>
quij hâtant le développement des germes, et rendant  <lb>
leur croissance prématurée, en accélère la destruc-  <lb>
tion; le mal de mâchoire et le tétanos, que produit  <lb>
chez les enfans la fumée et l&apos;air frais du matin ;  <lb>
l&apos;humidité des chétives cases à nègres, qui rarement  <lb>
sont pavées ouplancheyées, et toujours mal jointes,  <lb>
mal fermées ; l&apos;on ne sera plus surpris de ce que  <lb>
l&apos;équilibre entre la destruction et la reproduction  <lb>
soit sans cesse rompu.           &apos;  <lb>
On a calculé que la vielaborieuse des nègres n&apos;était  <lb>
que de quinze ans, et que leur population diminuait,  <lb>
tous les ans, en temps ordinaire, du quinzième.  <lb>
Cependant l&apos;homme, quelque soit sa couleur, est<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0147">
147
</controlpgno>
<printpgno>
0133
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i33)  <lb>
de tous les êtres animés, le plus susceptible de s&apos;accli-  <lb>
mater sous toutes les zones, lorsqu&apos;il est sobre, et  <lb>
qu&apos;on pourvoit à ses besoins. Mais la nonchalance  <lb>
des colons ne leur permet point de se livrer à ces  <lb>
soins prévoyans ; ils se contentent de se plaindre de  <lb>
leur condition, sans se donner beaucoup de peine  <lb>
pour l&apos;améliorer, et ne s&apos;occupent guère de leurs  <lb>
esclaves que pour calculer ce qu&apos;ils leur vaudront  <lb>
chaque année. Ne pourraient-ils pas chercher jus-  <lb>
ques dans les passions de cet esclave, les moyens  <lb>
de rendre sa condition meilleure, et essayer, par  <lb>
exemple, de faire servir à cette fin la danse et la  <lb>
musique, qui sont ses affections dominantes? Le  <lb>
nègre les porte à un degré dont on ne peut pas se  <lb>
faire d&apos;idée en Europe. Comme tous les sauvages,  <lb>
son chant est triste et lent ; mais sa danse célère,  <lb>
fougueuse et développée par mille attitudes lubri-  <lb>
ques, annonce l&apos;ardeur de ses désirs. Semblable au  <lb>
Caraïbe, qui dansait en pleurant sur la tombe de son  <lb>
père, avec le chant et la danse, le nègre supporte  <lb>
tout et se console de tout. Il chante au milieu des  <lb>
travaux les plus pénibles ; tous ses mouvemens se  <lb>
font en mesure et en cadence ; la mélancolie de sa  <lb>
musique a quelque chose d&apos;attendrissant. Cepen-  <lb>
dant tout a un aspect riant autour de lui, surtout  <lb>
sur les habitations dont les maîtres sont humains,  <lb>
tandis que le travail morne et silencieux des paysans  <lb>
d&apos;Europe donne une idée pins triste de leurs fati-  <lb>
gues et de leur misère.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0148">
<head>Constitution coloniale des Anglais.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0148">
148
</controlpgno>
<printpgno>
0134
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ,34 )  <lb>
Quoique superstitieux et fanatique à l&apos;excès, la  <lb>
religion n&apos;est pas assez puissante pour déterminer  <lb>
le nègre des Antille» au mariage. L&apos;état de nature  <lb>
dans lequel il vit le laisse sans inquiétude sur  <lb>
son sort à venir, comme sur celui de ses enfans,et  <lb>
l&apos;on ne j)eut pas se dissimuler qu&apos;il ne soit moins  <lb>
malheureux que le paysan pauvre ou le man uvre  <lb>
d&apos;Europe, toujours inquiet pour lui, pour sa fa-  <lb>
mille, et toujours soumis à un maître inexorable,  <lb>
la nécessité. Le Français éprouve un vif mou-  <lb>
vement d^mour-propre et de satisfaction lorsqu&apos;u-  <lb>
ne longue expérience a pu le convaincre que les  <lb>
nègres sont beaucoup mieux traités dans nos colo-  <lb>
nies que dans toutes les autres, et surtout chez les  <lb>
Anglais, qu&apos;on peut appeler avec raison les charla-  <lb>
tans de la philantropie.  <lb>
CONSTITUTION  COLONIALE DE L&apos;ANGLETERRE.  <lb>
Les colonies des Antilles sont régies intérieure-  <lb>
ment d&apos;après les lois de leurs métropoles, modifiées  <lb>
et adaptées aux localités. Dans le commencement»  <lb>
l&apos;Angleterre essaya d&apos;admettre dans son parlement  <lb>
des députés de ses îles, et même de quelques-  <lb>
unes de ses colonies de l&apos;Amérique du nord, afin  <lb>
que ces établissemens ne pussent pas se plaindre  <lb>
de ne pas être soumis à leurs propres lois,  <lb>
puisqu&apos;ils étaient légalement représentés. Mais  <lb>
elle ne tarda pas à s&apos;apercevoir combien il était<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0149">
149
</controlpgno>
<printpgno>
0135
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i35)  <lb>
absurde de vouloir gouverner des contrées aussi  <lb>
éloignées d&apos;après le système de délégation. Con-  <lb>
vaincue toutefois du droit qu&apos;ont les colons d&apos;inter-  <lb>
venir, d&apos;une manière quelconque, dans la confection  <lb>
des lois qui devaient les régir ; ils instituèrent dans  <lb>
chaque île une assemblée coloniale, qui, par sa  <lb>
forme et l&apos;étendue de ses pouvoirs, ressemble au  <lb>
parlement britannique , donne des lois, sur les-  <lb>
quelles le roi se réserve le droit de veto, établit les  <lb>
impôts et exerce l&apos;autorité suprême, conjointement  <lb>
avpc le gouverneur. La seule restriction mise au  <lb>
pouvoir législatif de ces assemblées coloniales, c&apos;est  <lb>
qu&apos;il ne faut pas que les lois commerciales qu&apos;elles  <lb>
font renferment des dispositions contraires à celles  <lb>
des lois de la mère-patrie ; mais, en retour, la légis-  <lb>
lature de la métropole ne doit pas s&apos;ingérer dans les  <lb>
affaires des colonies, afin qu&apos;elles ne soient pas  <lb>
exposées au défaut d&apos;harmonie qui existerait inévi-  <lb>
tablement entre deux corps législatifs si éloignés  <lb>
l&apos;un de l&apos;autre (î). Il est aisé de convenir que ce  <lb>
système d&apos;administration est le plus favorable aux  <lb>
intérêts des colonies.  <lb>
(i) Bryan Edwards. Traduction abrégée, p. 370 et suiv.,  <lb>
a&apos; voj. de son ouvrage, en anglais, livre 5, chap, a*, pag. 417  <lb>
et suiv.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0150">
<head>Code noir des Fran&amp;ccedil;ais.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0150">
150
</controlpgno>
<printpgno>
0136
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -36)  <lb>
          CODE NOIR DES  FRANÇAIS.  <lb>
LeS Français Ont fait de longs essais dans l&apos;admi-  <lb>
fiistr&amp;tion dé leurs établissemens d&apos;outre-mer ; ils  <lb>
ttot donné le nom de Codé noir au recueil des lois  <lb>
»ét ordonnances -que les besoins successifs des co-  <lb>
lbhie? ont provoquées pendant le long règne de  <lb>
Louis XIV, et qu&apos;ils -commencèrent à publier en  <lb>
mars&apos; irj85, afin d*adopter des mesures pénales et  <lb>
Régulatrices de l&apos;état et du Sort des esclaves. Aucune  <lb>
de ces lois n&apos;établit formellement -ni directement  <lb>
rescla*vage ; toutes n&apos;ont eu d&apos;autre but que de pro-  <lb>
téger l&apos;homine dans les fers, en régularisant la traite  <lb>
et l&apos;esclavage qu? existaient alors, et en réprimant  <lb>
les&quot; excès de sévérité et les traitemens cruels que le  <lb>
despotisme&quot; individuel exerçait Contre les malheu-  <lb>
reux nègres. Ce code, résultat d&apos;un siècle et demi  <lb>
de méditations et d&apos;expériences, est la base de la  <lb>
législation des colonies françaises, et, quoique ren-  <lb>
fermant des dispositions ¦vicieuses ou incomplètes,  <lb>
il a été jusqu&apos;ici le garant de leur existence. S&apos;il éta-  <lb>
blit une ligne de démarcation profonde entre les  <lb>
blancs et les noirs; s&apos;il menace de mort le nègre es-  <lb>
clave et même l&apos;affranchi, qui oseraient se défendre  <lb>
contre le blanc qui les frapperait, il impose aussi des  <lb>
obligations et des devoirs aux magistrats et aux maî-  <lb>
tres ; il réprime l&apos;empiétement des grands et des  <lb>
puissans. Mais ces grands et ces puissans ayant tou-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0151">
151
</controlpgno>
<printpgno>
0137
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -37 )  <lb>
jours élé investis du pouvoir, laissèrent tomber eh  <lb>
désuétude les articles des lois qui les regardaient,  <lb>
et maintinrent dans toute leur sévérité ceux qui  <lb>
comprimaient les diverses classes des gens de cou-  <lb>
leur. Cet abus funeste rendit les prétentions etl&apos;au-  <lb>
torité des procureurs et des économes-gérans d&apos;ha-  <lb>
bitations tellement excessives sur les nègres, qu&apos;on  <lb>
fut obligé, par une ordonnance du roi, du i5 octo-  <lb>
bre 1786, d&apos;assigner à cette autorité de&apos;nouvelles  <lb>
limites qu&apos;elle ne devait plus franchir. L&apos;ordon-  <lb>
nance de 17 86 reconnut des droits à l&apos;esclave, et fit  <lb>
triompher l&apos;humanité de l&apos;arbitraire. Elle était de-  <lb>
venue un complément nécessaire au code noir, de-  <lb>
puis long-temps entièrement méconnu. Les orages  <lb>
de la révolution ont encore fait oublier ce code, et  <lb>
il est presque ignoré aujourd&apos;hui de la plupart des  <lb>
colons. Il suffit cependant de jeter un coup d&apos;ceil  <lb>
dans l&apos;intérieur des habitations sucrières, qui sont  <lb>
les établisseemens les plus importans d&apos;une colonie  <lb>
(puisque ceux à café, à coton, à cacao, etc., se  <lb>
bornent à la simple extraction des fruits), pour se  <lb>
convaincre que les obligations doivent être réci-  <lb>
proques entre la caste blanche et les hommes de cou-  <lb>
leur , et qu&apos;on ne saurait trop rappeler les colonies  <lb>
à la stricte exécution de règlemens fixes et pré-  <lb>
voyans, surtout dans l&apos;état de crise où elles se trou-  <lb>
vent, qui devient chaque jour plus allarmant.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0152">
<head>Int&amp;egrave;rieur d&amp;apos;une sucrerie.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0152">
152
</controlpgno>
<printpgno>
0138
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ,38)  <lb>
INTÉRIEUR  D&apos;UNE  SUCRERIE.  <lb>
La manipulation du sucre, inséparable de lu cul-  <lb>
ture de la canne , exige de vastes établissemens,  <lb>
qui renferment un moulin à trois cylindres, doublés  <lb>
enfer, pour l&apos;écraser et en exprimer le jus ou ve-  <lb>
sou; un réservoir revêtu de plomb pour recevoir ce  <lb>
vesou; des batteries composées de quatre vastes  <lb>
chaudières de cuivre rouge ou de fonte pour le cla-  <lb>
rifier et le cuire; une purgerie pour le purifier,  <lb>
une étuve pour le sécher, et beaucoup de bras et de  <lb>
bestiaux, pour exécuter les différens travaux que  <lb>
ces préparations exigent. Les bras, les bestiaux,  <lb>
les bàtimens, leurs accessoires et les ustensiles de  <lb>
la manufacture, nécessitent de grosses avances qui  <lb>
s&apos;opposent à la division des propriétés ; aussi la lé-  <lb>
gislation coloniale veut-elle que l&apos;habitation à sucre  <lb>
reste indivise, sauf à rembourser eu argent à chaque  <lb>
cohéritier, la valeur de la portion qui lui est échue.  <lb>
Dans les grandes Antilles, beaucoup d&apos;habitations  <lb>
sucrières, réunissaient jadis au-delà de 4 et de 5oo  <lb>
nègres. 11 y en a peu aujourd&apos;hui d&apos;aussi considéra-  <lb>
bles aux îles du vent. L&apos;étendue d&apos;une habitation  <lb>
de grandeur moyenne est d&apos;environ i5o carrés de  <lb>
tcrre(i), dont l&apos;exploitation exige deux cents vingt-  <lb>
(i) A la Guadeloupe, la surface du carré est de îoo pas<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0153">
153
</controlpgno>
<printpgno>
0139
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( *59)  <lb>
cinq à deux cents quarante nègres, sur lesquels  <lb>
cent cinquante travaillent; tout le reste, b&apos;est-à-dire  <lb>
près de la moitié, se compose d&apos;enfans, de vieil-  <lb>
lards et de valétudinaires i  <lb>
Le propriétaire, seul ou avec son économe, au  <lb>
milieu de tous ces esclaves, qui n&apos;ont aucun be-  <lb>
soin , qui ne possèdent rien et qu&apos;il faut contenir  <lb>
dans le devoir, a la lâche pénible de mettre en  <lb>
action et de conserver cette grande machine qui ne  <lb>
se meut que pour lui; qu&apos;une force purement mo-  <lb>
rale maintient, mais qu&apos;une force physique tou-  <lb>
jours opposante , tend sans Cesse â disloquer.  <lb>
La sollicitude première du planteur doit avoir pour  <lb>
objet le bien-être de ses esclaves , car de leur con-  <lb>
servation dépend toute sa fortune. Il faut qu&apos;ils  <lb>
soient logés, nourris, -vêtus , soignés dans leurs  <lb>
maladies ; excités et non forcés au travail ; que ce-  <lb>
lui des femmes enceintes- soit léger; que la popu-  <lb>
lation soit encouragée, et qu&apos;une surveillance, tout  <lb>
à la fois paternelle et sévère, maintienne parmi  <lb>
tous ces individus une exacte discipline. 11 doit  <lb>
veiller à la multiplication des bestiaux, établir un  <lb>
ou 5o toises, le pas n&apos;y étant que de trois pieds ; tandis qu&apos;à la  <lb>
Martinique, il est de trois pieds et demi.  <lb>
Dans les-colonies anglaises les terres se mesurent par acre*.  <lb>
L&apos;acre contient 40 perches de long sur 4 de large; la perche a  <lb>
16 pieds i/a anglais, et le pied n&apos;est que de 11 pouces. La  <lb>
perche anglaise n&apos;a donc que 15 pieds * pouce 6%. dp France.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0154">
154
</controlpgno>
<printpgno>
0140
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -4o)  <lb>
ordre indispensable dans la distribution des tra-  <lb>
vaux, et surtout entretenir une sage économie  <lb>
dans l&apos;emploi de toutes ses ressources. Pour attein-  <lb>
dre tous ces buts , le propriétaire est obligé de  <lb>
confier la surveillance et la direction de divers dé-  <lb>
tails à des sujets de choix qu&apos;il distingue et récom-  <lb>
pense par des égards, et qu&apos;il fait concourir an  <lb>
maintien du bon ordre dont sa vigilance, toujours,  <lb>
attentive, ne perd jamais de vue l&apos;ensemble et les  <lb>
détails. Le code noir a particulièrement fixé les  <lb>
devoirs du maître sur chacun de ces objets ; il a  <lb>
même réglé les heures et la durée du travail ; mais  <lb>
l&apos;abandon de ce code, dont le ministère public ne  <lb>
surveille pas l&apos;exécution, a livré les habitations à  <lb>
l&apos;inexpérience, à l&apos;avarice, aux sévérités déplacées,  <lb>
à l&apos;injustice et aux passions. Le maître veut exer-  <lb>
cer un pouvoir illimité sur ses esclaves; des gé-  <lb>
rans infidèles ou avares, les forcent au travail et né-  <lb>
gligent leurs besoins; dessous-ordres passionnés les  <lb>
exaspèrent par des traitemens sévères et souvent  <lb>
injustes. Delà naissent tous les désordres domes-  <lb>
tiques, la fuite dans les mornes, la fréquence des  <lb>
empoisonnemens des esclaves et des bestiaux, et la  <lb>
ruine des fortunes particulières, qui peut amener  <lb>
la ruine (i) d&apos;une colonie entière.  <lb>
(i) L&apos;expérience a démontré que l&apos;habitation qui ne recrute  <lb>
pas la majeure partie de sa population par elle-même, se sou-<lb>
</p>
</div>
<div id="a0155">
<head>De la traite des n&amp;egrave;gres, depuis son origine.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0155">
155
</controlpgno>
<printpgno>
0141
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i4« )  <lb>
Autrefois un blanc seul et dans le silence des dé-  <lb>
serts, vivait avec la plus grande sécurité au milieu  <lb>
de son atelier nègre, sans fermer ni portes ni fe-  <lb>
nêtres ; il dormait en paix, gardé par le respect, la  <lb>
soumission et par l&apos;ascendant que les esprits forts  <lb>
ont sur les esprits faibles; ce prestige de la pou-  <lb>
leur et de la puissance morale s&apos;est presque entière-  <lb>
ment évanoui ; mille causes que la révolution a dé-  <lb>
veloppées , l&apos;ont détruit du moins en grande partie;.  <lb>
Comment le faire renaître? Par quel moyen rem-  <lb>
placer cette puissance magique et toute idéale?  <lb>
DE LA TRAITE DES NÈGRES.  <lb>
Le sentiment le plus naturel, celui qui produit  <lb>
toutes les vertus humaines, c&apos;est le sentiment de  <lb>
la pitié. L&apos;idée qui s&apos;en éloigne le plus es* celle de la  <lb>
servitude : cette, idée est tellement contre nature *  <lb>
que les Caraïbes ne purent jamais la concevoir. Les  <lb>
nègres, en devenant nos esclaves,,contractent une  <lb>
infinité de vices qui leur étaient inconnus dans  <lb>
l&apos;état sauvage, parce qu&apos;ils perdent envers nous  <lb>
tout sentiment de pitié ; d&apos;où l&apos;on peut conclure,  <lb>
que l&apos;homme le plus près de la nature est le plus  <lb>
disposé à la vertu, et que, dans le monde civilisé,  <lb>
tient difficilement ; l&apos;injustice et le travail forcé sont d&apos;infailli-  <lb>
bles causes de ruine,<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0156">
156
</controlpgno>
<printpgno>
0142
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( «4* )  <lb>
le plus vertueux doit être celui qui est le plus libre.  <lb>
Ce ne fut pas la découverte de l&apos;Amérique qui in-  <lb>
troduisit parmi les peuples de l&apos;Europe l&apos;usage  <lb>
odieux d&apos;acheter des hommes comme des bêtes de  <lb>
somme. Les Grecs deScio, l&apos;une des îles de lamer  <lb>
Egée (i) , furent les premiers qui en donnèrent le  <lb>
funeste exemple Les Romains , ces dévastateurs du  <lb>
monde, ne le suivirent que trop bien, et devinrent  <lb>
de grands maîtres en fait d&apos;asservissement et d&apos;es-  <lb>
clavage. Si l&apos;Evangile, ce code de l&apos;égalité, n&apos;a pas  <lb>
atteint l&amp;but que se proposait son divin auteur,  <lb>
l&apos;affranchissement de tous les hommes; il a du  <lb>
moins inspiré aux peuples modernes, une législa-  <lb>
tion beaucoup moins rigoureuse que celle des  <lb>
Grecs et des Romains sur l&apos;esclavage.  <lb>
Lorsque les Européens eurent appris, par expé-  <lb>
rience, qu&apos;illeur était impossible de soutenir les tra-  <lb>
vaux pénibles de la culture, sous le ciel brûlant et  <lb>
mal-sain des Antilles, ils allèrent demander des bras  <lb>
(i) L&apos;île de Srio, dans l&apos;archipel de laMéditcrranée, passe  <lb>
pour avoir été la patrie d&apos;Homère, elle a environ i3 lieues de  <lb>
long sur 6 de large. De tios jours, sa population était de dix  <lb>
mille Turcs, trois mille Latins et trente mille Grecs, que les  <lb>
Turcs ont tous égorgés à l&apos;exception des femmes et des en-  <lb>
fans qu&apos;ils ont vendus comme esclaves, après leur avoir fait  <lb>
éprouver les plus odieux traitemens. Et cependant, l&apos;Europe  <lb>
civilisée, l&apos;Europe chrétienne refuse de venir au secours des  <lb>
Grées el les abandonne au cimeterre exterminateur de ses exé-  <lb>
crables bourreaux.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0157">
157
</controlpgno>
<printpgno>
0143
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( &apos;43 )  <lb>
à l&apos;Afrique qui, comme on a déjà dit, a été de tous  <lb>
tempsdans l&apos;usage de vendre ses habitans. Le peuple  <lb>
français doit se glorifier d&apos;être intervenu le dernier  <lb>
dans cet odieux trafic. Les Portugais l&apos;introdui-  <lb>
sirent chez les nations modernes, par suite de leurs  <lb>
découvertes et de leurs conquêtes sur les côtes  <lb>
d&apos;Afrique. Ce fut en i/j/p, sous le prince Henri de  <lb>
Portugal, que les premiers esclaves d&apos;Afrique furent  <lb>
enlevés à leur patrie, et que ce honteux échange  <lb>
d&apos;hommes contre des tissus, des outils, des armes  <lb>
et des morceaux de verre tenta l&apos;avidité des Portu-  <lb>
gais qui le continuèrent sur une plus grande  <lb>
échelle. Dès l&apos;année i5oa , les Espagnols em-  <lb>
ployèrent les nègres dans les mines de Saint-  <lb>
Domingue; douze ans après, en i5i4,Las Casas,  <lb>
l&apos;ami et le protecteur des Indiens, voulut ménager  <lb>
leur faiblesse et alléger leurs souffrances ; mais ce  <lb>
fut aux dépens de la race noire ; il fit accorder un  <lb>
privilège pour importer annuellement quatre mille  <lb>
nègres dans les colonies espagnoles. En i5i7, ce  <lb>
commerce était régulièrement établi.  <lb>
En i5Ô2, sous Elisabeth, l&apos;amiral anglais John  <lb>
Hawkins j partit avec trois bàtimens , débarqua à  <lb>
Sierra-Leone, s&apos;y procura trois cents esclaves par  <lb>
les moyens les plus affreux et les plus indignes (c&apos;est  <lb>
un Anglais qui parle) , en fit un échange lucratif à  <lb>
Saint-Domingue , et vint en Angleterre recevoir de  <lb>
sa souveraine le titre de chçvalierct un commande-  <lb>
ment plus considérable. U repartit l&apos;année, suivante<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0158">
158
</controlpgno>
<printpgno>
0144
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 44 ) _  <lb>
avec six vaisseaux ; tendit, mais vainement, d&apos;insi&quot;  <lb>
dieuses embûches aux naturels ducap Verd et d&apos;une  <lb>
autre île plus près de la côte 5 excita l&apos;indignation de  <lb>
son équipage , par les lâches moyens qu&apos;il employa  <lb>
pour se procurer des esclaves , et alla ensuite dé-  <lb>
truire et brûler tous les villages d&apos;une île appelée  <lb>
Sambula , pour punir ses habitans d&apos;être antropq-  <lb>
phages. Dans un troisième voyage, Hawkins périt  <lb>
avec toute sa bande, au milieu des violences qu&apos;il  <lb>
exerçait sur les côtes d&apos;Afrique (i).  <lb>
En 1618 , une compagnie de Londres obtint le  <lb>
privilège exclusif de la traite, dont elle ne sut reti-  <lb>
rer que de modiques profits. Charles Ie&apos; accorda un  <lb>
second privilège à d&apos;autres Anglais, qui y gagnèrent  <lb>
des sommes considérables. Leurs succès éveillèrent  <lb>
l&apos;attention des aventuriers de toutes, les nations.  <lb>
Une souscription de n,,ooo livres sterlings  <lb>
( 2,664,000 livres tournois ) fut faite à Londres, en  <lb>
167a, pour créer une nouvelle compagnie ; le tiers  <lb>
-de cette somme fut consacré à bâtir des forts sur les  <lb>
côtes d&apos;Afrique, et l&apos;Angleterre exporta annuelle-  <lb>
ment , pour ce commerce , la valeur de 1,680,000  <lb>
livres tournois en étoffes de laine ou autres objets.  <lb>
Guillaume III et Marie autorisèrent tous leurs sujets  <lb>
anglais à faire la traite; le parlement vota, à diverses  <lb>
(1) Bryan Edwards, traduction abrégée, pag. 193 et suiv.;  <lb>
vol. 2&quot; de l&apos;ouvrage anglais, pag. 5g et suiv.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0159">
159
</controlpgno>
<printpgno>
0145
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i45 )  <lb>
époques, des sommes considérables pour l&apos;entretien  <lb>
de ce monstrueux trafic ; il reçut, en 1750, des amé-  <lb>
liorations tellement grandes par les encouragemens  <lb>
que lui donnèrent, encore une fois , les actes du  <lb>
parlement (1), que l&apos;Angleterre l&apos;accapara presque  <lb>
en entier.  <lb>
Les Français, plus humains (c&apos;est toujours le même  <lb>
Anglais qui parle ), s&apos;étaient réunis aux Portugais  <lb>
pour faire une convention avec les Africains f &lt;jui  <lb>
s&apos;engagèrent à leur vendre les esclaves qu&apos;ils desti-  <lb>
naient à leur servir de nourriture»  <lb>
Le gouvernement français n&apos;accorda le premier  <lb>
privilège pour la traite que le 11 novembre 1675* et  <lb>
pendant long-temps ce commerce eut peu d&apos;étendue;  <lb>
mais après la paixd&apos;Utrecht, en 1 yiS-, l&apos;Europe,don-  <lb>
nant un essor plus vaste à ses expéditions mercanti-  <lb>
les, porta son pavillon dans toutes les mers, et s&apos;occu-  <lb>
pa des Antilles avec un intérêt plus actif. Alors, à la  <lb>
honte de l&apos;humanité, s&apos;ouvrit, avec une espèce de  <lb>
fureur, une concurrence sacrilège dans l&apos;achat des  <lb>
esclaves, et, il faut bien le dire aussi, de cette époque  <lb>
date la prospérité des colonies, mais à quel prix  <lb>
cette prospérité a-t-elle été acquise? quel Européen  <lb>
pourra jamais contempler sans horreur le hideux  <lb>
tableau d&apos;un navire négrier au moment où il arrive  <lb>
de la traite ?  <lb>
(1) Bryan Edwads, pag. 196 et 197.  <lb>
I.                                                10<lb>
</p>
</div>
<div id="a0160">
<head>Tableau du navire n&amp;egrave;grier.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0160">
160
</controlpgno>
<printpgno>
0146
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ,46 )  <lb>
TABLEAU  DU  NAVIRE  NEGRIER.  <lb>
Qu&apos;on se figure des êtres humains dans un état  <lb>
complet de nudité, entassés comme des ballots de  <lb>
marchandises dans des compartimens qu&apos;une cupi-  <lb>
dité barbare leur a ménagés avec parcimonie, où  <lb>
ils ne respirent qu&apos;un air méphitique qni les tue.  <lb>
Les précautions qu&apos;on est forcé de prendre contre  <lb>
les soulèvemens que doivent provoquer les affreux  <lb>
traitemens dont on use à leur égard, révoltent l&apos;i-  <lb>
magination. Ces malheureux, la plupart décharnés,  <lb>
et accroupis comme des brutes, soutiennent à peine  <lb>
leur tête , où l&apos;on ne découvre presque plus d&apos;expres-  <lb>
sion ; de jeunes femmes, de i5 à iô ans, exténuées  <lb>
de besoin et de misère , tiennent des enfans à leurs  <lb>
mamelles déjà pendantes et desséchées. L&apos;horreur  <lb>
de ce tableau est encore accrue par les maladies que  <lb>
l&apos;insalubrité et les privations ont produites. Le  <lb>
quart, plus ou moins, de la cargaison est ordinaire-  <lb>
ment moissonné pendant la traversée, et ceux qui  <lb>
survivent paraissent insensibles à la mort de leurs  <lb>
compagnons , le même sort les attend d&apos;un instant à  <lb>
l&apos;autre. Pourait-on s&apos;imaginer que des hommes qui  <lb>
se disent civilisés et chrétiens se rendent ainsi, de  <lb>
sang-froid , les bourreaux d&apos;autres hommes, dont  <lb>
tout le tort envers eux est d&apos;être nés sous d&apos;autres  <lb>
cieux, et d&apos;être d&apos;une couleur différente ? Qui croi-  <lb>
rait que la soif de l&apos;or étouffe à ce point tout senti-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0161">
161
</controlpgno>
<printpgno>
0147
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( &apos;4?)  <lb>
ment humain, et pousse les Européens à poursuivre,  <lb>
sur une étendue de i3oo lieues de côtes, les mal-  <lb>
heureux échappés aux fers de leurs ennemis dans  <lb>
les combats qui se livrent depuis le Cap-Blanc, au-  <lb>
dessus du Sénégal, jusqu&apos;à Saint-Paul de Loango ,  <lb>
dans le royaume d&apos;Angole ? Les Portugais, les Hol-  <lb>
landais , les Anglais, les Français et les Danois  <lb>
sont les cinq peuples de l&apos;Europe qui prenaient  <lb>
part à ce commerce , et qui avaient établi des forts  <lb>
et des comptoirs sur les côtes d&apos;Afrique. Des  <lb>
soixante-six établissemens qu&apos;on y comptait en  <lb>
1789. Les Anglais en possédaient. ...    4°  <lb>
Les Hollandais........i5  <lb>
Les Portugais et les Danois, chacun 4.      8  <lb>
Et les Français, seulement.....5 (1)  <lb>
~~66  <lb>
On exportait, pour l&apos;échange des esclaves, des  <lb>
étoffes de laine, des toiles , des quincailleries, de  <lb>
la poudre, des armes, des verroteries, du cuivre et  <lb>
du bronze manufacturés.  <lb>
Ces échanges rapportaient annuellement à l&apos;An-  <lb>
gleterre 19,5200,000 liv. tournois.  <lb>
Depuis 1680 jusqu&apos;en 1700, elle ne réduisit pas  <lb>
moins de 3oo,ooo Africains à l&apos;esclavage, et l&apos;on  <lb>
(1) L&apos;île de Gorée, et deux petits établissemens, à l&apos;embou-  <lb>
vliufe du Sénégal, protégés par le fort Saint-Louis.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0162">
162
</controlpgno>
<printpgno>
0148
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(-48)  <lb>
peut, sans exagération, porter à 2,^i3o,ooo les  <lb>
nègres transportés aux établissemens anglais,  <lb>
dans l&apos;espace d&apos;un siècle. En 1786, l&apos;importation  <lb>
annuelle des esclaves était dans les proportions sui-  <lb>
vantes .1  <lb>
Les Anglais........38,000  <lb>
Les Français........    20,000  <lb>
Les Portugais......^    .    10,000  <lb>
Les Hollandais......,     4*-000  <lb>
Les Danois . .,....      2,000  <lb>
74,000 (1)  <lb>
L&apos;Angleterre qui, en 178g, exportait à elle seule  <lb>
des côtes d&apos;Afrique plus d&apos;esclaves que toutes les  <lb>
autres nations, s&apos;empara, pendant notre révolution,  <lb>
de presque tous les comptoirs, exploita exclusive-*  <lb>
mentla traite, et y fit d&apos;immenses profits. Ppur-  <lb>
quoi donc a-t-elle lutté pendant dix-sept ans, (de-  <lb>
puis 1790 jusqu&apos;en 1807) pour obtenir l&apos;abolition  <lb>
de cette traite, qu&apos;elle avait fait jusque là avec tant  <lb>
d&apos;avantage et si peu de pudeur ? et pourquoi, depuis  <lb>
quinze ans, qu&apos;elle a obtenu cette abolition, dé-  <lb>
nonce-t-elle avec une si fastueuse pitié les conti-  <lb>
nuateurs de ce trafic, et plus particulièrement les  <lb>
Français? A qui espère-t-elle persuader que la phi-  <lb>
lantropie est le seul sentiment qui l&apos;anime? A-t-elle  <lb>
(1) Bryan Edwards, traduction abrégée, pag. 200 etsuir.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0163">
163
</controlpgno>
<printpgno>
0149
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 49 )  <lb>
tari les ruisseaux de sang qu&apos;elle a versé dans l&apos;Inde?  <lb>
A-t-elle mis un terme aux guerres de dévastation  <lb>
qu&apos;elle y fait depuis un siècle, moins encore aux  <lb>
monarques, qu&apos;aux plus doux, aux moins inoffen-  <lb>
sifs des peuples ? Les noms du lord Clive et de quel-  <lb>
ques -uns de ses successeurs ont-ils cessé de faire  <lb>
pâlir ceux des Tibère et des Néron? A quel titre  <lb>
quinze millions d&apos;Anglais prétendent-ils avoir le droit  <lb>
d&apos;asservir cinquante millions d&apos;Indiens? de dé-  <lb>
trôner les rois de ces contrées et d&apos;affranchir leurs *  <lb>
sujets du serment de fidélité? La France, objet de  <lb>
tant de jalousies, était, disait-on hier encore, trop  <lb>
grande, trop menaçante. Où vont les limites de  <lb>
l&apos;empire Russe ? Quelles îles , quels continens doi-  <lb>
vent être les bornes de la puissance britannique?  <lb>
On l&apos;a dit, et il faut le répéter, parce que cela est  <lb>
vrai, l&apos;Angleterre n&apos;a cherché, dans l&apos;abolition de  <lb>
la traite , que la ruine des colonies étrangères : elle  <lb>
a voulu paralyser le commerce des autres puis-  <lb>
sances , et étendre sur tout l&apos;univers son monopole  <lb>
exclusif. Plus particulièrement jalouse de l&apos;état flo-  <lb>
rissant de Saint-Domingue, qu&apos;elle voyait figurer  <lb>
pour 160 millions par an dans la balance commer-  <lb>
ciale , elle saisit l&apos;instant où la France, en révolu-  <lb>
tion, proclamait la liberté et l&apos;égalité, pour agiter  <lb>
avec éclat la question de l&apos;abolition de la traite ;  <lb>
elle eut soin de discuter aussi l&apos;abolition de l&apos;escla-  <lb>
vage , persuadée que les Français exaltés ne résiste-  <lb>
raient pas à ses suggestions ; et en adoptant l&apos;une et<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0164">
164
</controlpgno>
<printpgno>
0150
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i5o )  <lb>
l&apos;autre mesure consommeraient eux-mêmes la ruine  <lb>
de leurs propres établissemens. Mais aussitôt qu&apos;elle  <lb>
eut atteint ce but, l&apos;Angleterre cessa de parler de l&apos;a-  <lb>
bolition del&apos;esclavage, tandis quepar ses insinuations  <lb>
auprès de la population noire de Saint-Domingue,  <lb>
et. ses intrigues auprès de Toussaint-Louverture,  <lb>
elle hâtait l&apos;instant où cette riche colonie, devait  <lb>
être perdue pour sa rivale. Si tous les mémoires du  <lb>
temps, si toutes les histoires de Saint-Domingue ne  <lb>
fournissaient pas assez de preuves de cette perfidie,  <lb>
ne suffirait-il pas du discours que le duc de Cla-  <lb>
rence, fils du roi d&apos;Angleterre, prononça à la cham-  <lb>
bre des pairs, Je 23 mai i8o3, lorsque ce prince  <lb>
déclara sans détour, que la destruction de Saint-  <lb>
Domingue était l&apos;ouvrage de la politique anglaise,  <lb>
et réclama pour son pays, le honteux honneur d&apos;a-  <lb>
voir soulevé cette colonie, pour en exproprier la  <lb>
France! La nuée d&apos;agens que cette puissance a tou-  <lb>
jours â sa solde, pour pervertir l&apos;esprit des colo-  <lb>
nies qui ne sont pas soumises à son sceptre , pour  <lb>
travailler sans relâche à les anglomaniser et les dis-  <lb>
poser, de loin, à un changement de domination,  <lb>
ou faute de mieux , à un soulèvement coutre leurs  <lb>
métropoles, n&apos;est-elle pas un des leviers qu&apos;elle tient  <lb>
toujours en action pour parvenir à ses fins (i)?  <lb>
Que de faveurs n&apos;accorda-t-elle pas en 1794 à la  <lb>
(1) Voir l&apos;Europe et ses colonies, en 1822, tom. 2, p. 2o5.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0165">
165
</controlpgno>
<printpgno>
0151
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i5i )  <lb>
Martinique, qu&apos;il lui convenait de garder, et de com-  <lb>
bien de vexations n&apos;accabla-t-elle pas la Guade-  <lb>
loupe , dont elle ne pouvait maîtriser les sentimens  <lb>
français, pour la forcer à se perdre comme Saint-  <lb>
Domingue ?  <lb>
Les moyens eoërcitifs qu&apos;elle a récemment em-  <lb>
ployés à la Jamaïque , pour y étouffer tout germe  <lb>
de liberté; la dureté avec laquelle elle a fait pendre  <lb>
ou fusiller tous ceux qui pouvaient être portés à  <lb>
l&apos;indépendance, et la rigueur exercée envers tous  <lb>
les esclaves, dans ses colonies, dévoilent les vrais  <lb>
motifs qui la font agir: Si l&apos;on pouvait encore se  <lb>
méprendre sur sa prétenduephilantropie, qu&apos;on se  <lb>
rappelle avee quelle hâte elle mit à profit les der^  <lb>
nières années qui précédèrent sa proposition sur la  <lb>
traite, et le temps même où on discutait cette ques-  <lb>
tion, pour approvisionner ses îles d&apos;un nombre im-  <lb>
mense d&apos;esclaves, et surtout de femmes, afin dé  <lb>
pouvoir se passer de la traite, au moment de soit  <lb>
abolition. Car l&apos;Angleterre ne se dissimule pas que  <lb>
les Antilles ne peuvent se maintenir sans cultiva-  <lb>
teurs africains? Aujourd&apos;hui que les Vues gigantes-  <lb>
ques delà Russie, et son ascendant sur la Perse ne  <lb>
permettent pas au cabinet anglais de mettre en  <lb>
doute la possibilité d&apos;une invasion hyperboréenne  <lb>
dans l&apos;Inde, où sa puissance n&apos;est basée que sur la  <lb>
terreur et la cruauté, elle proclame avec ostentation  <lb>
le philantropique projet de civiliser l&apos;Afrique. Mais  <lb>
Ce voile d&apos;humanité couvre l&apos;avare desseinde recom-<lb>
</p>
</div>
<div id="a0166">
<head>Tentatives de l&amp;apos;Angleterre sur l&amp;apos;Afrique.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0166">
166
</controlpgno>
<printpgno>
0152
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i5a)  <lb>
niencer, dans cette partie du monde, le système  <lb>
d&apos;usurpation qu&apos;elle a accompli dans l&apos;Inde. La  <lb>
continuation de la traite aurait eu pour l&apos;Angleterre  <lb>
le double inconvénient de faire fleurir, dans d&apos;au-  <lb>
tres contrées, quelques colonies rivales, et de laisser  <lb>
exister trop près d&apos;elle des observateurs qui pou-  <lb>
vaient découvrir son dessein assez à temps pour le  <lb>
faire avorter.  <lb>
TENTATIVES  DE   L ANGLETERRE  SUR  L AFRIQUE.  <lb>
L&apos;Angleterre a, dans le sud de l&apos;Afrique - chassé  <lb>
les Hollandais de la plus importante de leurs pos-  <lb>
sessions, du cap de Bonne-Espérance, dont l&apos;é-  <lb>
tendue , dans l&apos;intérieur, peut devenir immense.  <lb>
Là, pour enchaîner les Caffres, dont elle redoutait  <lb>
les incursions, elle a flatté l&apos;ambition de Gàika, le  <lb>
plus entreprenant de tous leurs chefs, et lui a décerné  <lb>
le titre de roi des Caffres, à condition qu&apos;aucun de  <lb>
ses sujets ne pourrait, sous peine de mort, pénétrer  <lb>
dans les possessions britanniques sans sa permis-  <lb>
sion. Le même traité y rend l&apos;Angleterre maîtresse  <lb>
absolue du commerce, au moyen de quatre marchés  <lb>
par an qu&apos;elle a établis, à Graham s-Town, où les  <lb>
Caffres portent leur poudre d&apos;or, leur ivoire et leurs  <lb>
pelleteries, en échange du cuivre, du fer et des  <lb>
cotonnades des Anglais, jusqu&apos;à ce qu&apos;il leur plaise  <lb>
de détruire Gaika, par les mêmes moyens dont ils<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0167">
167
</controlpgno>
<printpgno>
0153
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -53 )  <lb>
se sont servis pour abattre et détruire tousles sou-  <lb>
verains de l&apos;Inde.  <lb>
La côte orientale de l&apos;Afrique était libre ; l&apos;An-  <lb>
gleterre, en s&apos;emparant de l&apos;île de Socotora, a  <lb>
empêché les Français de s&apos;établir en Egypte, afin  <lb>
de leur interdire tout accès dans la mer Rouge; elle  <lb>
s&apos;est appropriée l&apos;île de France, comme étant le  <lb>
poste de surveillance le plus important pour éclai-  <lb>
rer nos tentatives sur Madagascar. Elle nous a laissé  <lb>
l&apos;île Bourbon, dont elle n&apos;a point à redouter les  <lb>
rades foraines, et un simulacre de comptoir dans  <lb>
l&apos;Inde, oh il ne nous est pas permis d&apos;entretenir  <lb>
plus de trente soldats pour la police.  <lb>
¦ Sur la côte occidentale tout est mystère ; l&apos;Angle-  <lb>
terre y a resserré le commerce et les établissemens  <lb>
portugais, pour multiplier et agrandir les siens. Ses  <lb>
intrigues lui ont ouvert accès dans l&apos;intérieur dut  <lb>
continent, qu&apos;elle rend impénétrable, même aux  <lb>
voyageurs. Elle dissimule à peine le regret qu&apos;elle  <lb>
éprouve de nous avoir octroyé les faibles établis-  <lb>
semens de Gorée et de Saint-Louis&gt; par la erainte  <lb>
que nous ne parvenions à dévoiler le secret de ses  <lb>
opérations. Elle a profité de l&apos;inattention de l&apos;Eu-  <lb>
rope pour remonter à grands frais la Gambie, le  <lb>
Sénégal, le Zaïre, sous prétexte d&apos;agrandir le do*-  <lb>
maine des sciences, et de reconnaître si le Zaïre et  <lb>
le Figer ne sont réellement, comme on le croit,  <lb>
qu&apos;un seul et même fleuve. Mais ces expéditions  <lb>
coûteuses ne tendaient-elles pas plutôt à explorer<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0168">
168
</controlpgno>
<printpgno>
0154
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( &apos;54)  <lb>
les contrées que ces fleuves arrosent et à s&apos;assurerdes  <lb>
ressources qu&apos;offre le vaste continent de l&apos;Afrique?  <lb>
Ces expéditions n&apos;auraient-elles pas préludé à l&apos;éta-  <lb>
blissement de colonies, dont plus tard on sera tout  <lb>
étonné d&apos;apprendre en même temps l&apos;existence et lu  <lb>
splendeur? L&apos;Angleterre savait que les peuples du  <lb>
midi du Niger se rendent dans l&apos;immense ville  <lb>
d&apos;Haoussa, par la voie de Tombuctou, chargés de  <lb>
poudre et de gros morceaux d&apos;or, qu&apos;ils y échan-  <lb>
geaient, presque à poids égal, contredit sel; elle n&apos;i-»  <lb>
gnorait pas que ces deux villes étaient en relation  <lb>
avec la nation puissante et guerrière des A s hantées,  <lb>
qui possède en abondance ce précieux métal. Aussi  <lb>
s&apos;est-clle hâtée d&apos;entrer en négociation avec Tooloo-  <lb>
Camina, roi de ce formidable peuple noir, chez qui  <lb>
elle a su se rendre nécessaire, par les nouveaux be-  <lb>
soins qu&apos;elle lui a créés, et près duquel elle s&apos;occupe  <lb>
sans relâche à décrier toutes les autres nations eu-  <lb>
ropéennes. Sous une autre dénomination que celle  <lb>
d&apos;esclave, elle saura bien faire concourir la popu-  <lb>
lation de l&apos;Afrique centrale k la prospérité du peu-  <lb>
ple anglais, en introduisant dans ces contrées le  <lb>
luxe et le goût des plaisirs de l&apos;Europe, même celui  <lb>
de l&apos;ivrognerie et. de l&apos;abus des liqueurs fortes. Mar-  <lb>
chant toujours dans l&apos;ombre; couvrant les abîmes  <lb>
de sa politique de voiles mystérieux, elle arrivera  <lb>
en Afrique, lentement peut-être, mais très-certai-  <lb>
nement, au même but qu&apos;elle a si bien atteint dans  <lb>
l&apos;Asie orientale, Les succès qu&apos;elle a déjà obtenus<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0169">
169
</controlpgno>
<printpgno>
0155
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 155 )  <lb>
ne permettent pas d&apos;en douter. Sierra-Leone n&apos;est  <lb>
plus, dans ce moment, une colonie limitée; des  <lb>
établissemens riches et yastes existent à une dis-  <lb>
tance considérable de la principale ville ; les Anglais  <lb>
ont réussi à fixer tes noirs, à les attacher à la glèbe,  <lb>
en leur rendant l&apos;eau-de-vie et le tabac nécessaires,  <lb>
et en n&apos;échangeant ces produits que contre ceux de  <lb>
la culture des terres; c&apos;est une espèce de traite, dont  <lb>
le prix est réglé par l&apos;avarice anglaise.  <lb>
A Regent s-J&apos;otvn, à Free-Town et à Kissey,  <lb>
dont l&apos;approche est défendue à tout étrangef, des  <lb>
marchés couverts, des établissemeus de toute es-  <lb>
pèce, des routes, des ponts ¦ des quais d&apos;une grande  <lb>
étendue, et pour lesquels il a fallu péniblement  <lb>
dompter la nature, attestent les rapides progrès de  <lb>
ces envahisseurs. Leopold&apos;s, Charlotte&apos;s, Glouces-  <lb>
ter&apos;s,, Bathuris et fFilberforc&apos;s-Town, isont au-  <lb>
tant de villes nouvelles où les missionnaires et  <lb>
les colons anglais sont parvenus à s&apos;entourer de là  <lb>
population indigène ¦ l&apos;ont pliée aux travaux de  <lb>
l&apos;agriculture, et ont ouvert des routes et des com-  <lb>
munications considérables.  <lb>
Sur la Gambie, ce fleuve majestueux, qui arrose  <lb>
des plaines d&apos;une fertilité extraordinaire, et qu&apos;ils  <lb>
ont remonté jusqu&apos;à près de 25o lieues, ils suivent  <lb>
le même système de colonisation et d&apos;asservisse-  <lb>
ment ; l&apos;importante ville de Sainte-Marie, qu&apos;ils y  <lb>
ont fondée, est une place d&apos;une immense valeur  <lb>
commerciale.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0170">
170
</controlpgno>
<printpgno>
0156
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i56)  <lb>
Ils ont constrnit, sur ces côtes , de vastes établis-  <lb>
semens destinés à recevoir les nègres qu&apos;il leur plaît  <lb>
d&apos;appeler libérés ; ce sont ceux qu&apos;ils saisissent en  <lb>
mer sur les bàtimens des autres nations, et qu&apos;ils  <lb>
conduisent d&apos;abord à Sainte-Marie ou à Sierra-  <lb>
Leone. Ils choisissent les mieux constitués, et, sous  <lb>
prétexte do recruter leurs régimens noirs des An-  <lb>
tilles , ils les expédient pour leurs îles, où ils les  <lb>
attachent à la culture comme esclaves. Les autres  <lb>
sont dirigés sur leurs nouvelles colonies africaines,  <lb>
où sous le titre dérisoire de libérés, ces nègres, qui  <lb>
appartiennent à des parties de l&apos;Afrique très-éloi-  <lb>
gnées, sont employés, comme esclaves, aux cons-  <lb>
tructions , à l&apos;exploitation et aux défrichemens qui  <lb>
avancent rapidement. Déjà tous les environs de  <lb>
Sainte-Marie sont couverts de belles plantations  <lb>
d&apos;indigo; Sierra-Leone et les bords de la Gambie  <lb>
produisent plus de riz qu&apos;il n&apos;en faut à la consom-  <lb>
mation des Antilles anglaises, et ces récoltes sont le  <lb>
fruit du travail forcé de ces nègres libérés, dont le  <lb>
nombre s&apos;est tellement accru, qu&apos;il est difficile de  <lb>
ne pas croire que, sous pavillon étranger, les An-  <lb>
glais eux-mêmes en font la traite sur les côtes de  <lb>
Guinée et du Congo, pour se ménager le mérite et  <lb>
l&apos;avantage exclusif de les libérer à volonté (î).  <lb>
C&apos;est ainsi que se réalise l&apos;abolition de la traite,  <lb>
(i) Mémoires authentiques, communiqués.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0171">
171
</controlpgno>
<printpgno>
0157
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i57 )  <lb>
ce leure de la philantropie anglaise, dont l&apos;huma-  <lb>
nité consiste à pouvoir s&apos;abreuver seule des sueurs  <lb>
et du sang de la race noire. Elle veut se prémunir  <lb>
en Afrique contre les catastrophes présumables de  <lb>
l&apos;Inde, et asseoir sa domination sur les ruines du  <lb>
monde, qu&apos;elle presse de toutes parts.  <lb>
Déjà les cplonies dont la prospérité fit jadis la  <lb>
splendeur des Portugais, la puissance de Charles-  <lb>
Quint , la richesse de la Hollande, et où le pavillon  <lb>
français flottait avec gloire, sont devenues la proie de  <lb>
l&apos;Angleterre, ou ont déclaré leur indépendance; car  <lb>
l&apos;Angleterre elle-même a été quelquefois surprise, au  <lb>
milieu de ses machinations, et devancée par les évé-  <lb>
nemens, qui ont changé l&apos;asped de l&apos;ancien et du nou-  <lb>
vel hémisphère. Les colonies qui formaient autrefois  <lb>
une portion nécessaire de la politique européenne y  <lb>
entrent pour peu de chose aujourd&apos;hui, -et en sont à  <lb>
peine une partie accessoire. Leurs produits, jadis borg-  <lb>
nes à ce qu&apos;on retirait des Antilles, qui ne pouvaient  <lb>
pas suffire à la consommation, ce qui assurait leur  <lb>
prospérité, se trouvent aujourd&apos;hui en abondance  <lb>
sur tous les marchés de l&apos;Asie. Ils seront bientôt  <lb>
privés de tout espoir d&apos;écoulement, par la concur-  <lb>
rence des établissemens d&apos;Afrique, surtout de ceux  <lb>
d&apos;Egypte, qui sontplusprès de nous, etquinetarde-  <lb>
rontpas à verser leurs produits dans le commerce.  <lb>
L&apos;Egypte ne veut plus s&apos;en tenir aux avantages  <lb>
certains qu&apos;elle tirait de son riz et de ses grains ;  <lb>
elle prétend y joindre les produits éventuels du<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0172">
172
</controlpgno>
<printpgno>
0158
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( «58 )  <lb>
sucre, et l&apos;on sait que son sol est éminemment pro-  <lb>
pre à la culture de la canne (i).  <lb>
La France, d&apos;ailleurs, ne recueille-t-elle pas au-  <lb>
jourd&apos;hui deux millions de kilogrammes de sucre  <lb>
de betterave, dont on affectait naguère de ridicu-  <lb>
liser la fabrication, et cette production nouvelle ne  <lb>
se propage-t-elle pas de manière à prouver qu&apos;au  <lb>
besoin l&apos;Europe pourrait se passer du sucre des co-  <lb>
lonies.  <lb>
Vingt-huit millions d&apos;hommes en France ne  <lb>
consomment au plus que 45 à 5o millions de kilo-  <lb>
grammes de sucre, ce qui porte la consommation  <lb>
à 3 livres 1/3 par tête à peu près. «Cette consomma-  <lb>
tion est de 3o livres par tête aux Etats-Unis, et de  <lb>
25 livres en Angleterre, tandis qu&apos;on ne peut l&apos;é-  <lb>
valuer qu&apos;à a livres ou à 3 au plus dans les autres  <lb>
états de l&apos;Europe. D&apos;après ce taux qu&apos;on juge de  <lb>
l&apos;excédent des produits sur la consommation, puis-  <lb>
que la Martinique et la Guadeloupe pourraient  <lb>
suffire aux besoins de la France, et les antres An-  <lb>
tilles à la consommation des Etats-Unis, de l&apos;An-  <lb>
gleterre et du reste de l&apos;Europe. Il y aurait donc en  <lb>
plus, tous les sucres de l&apos;Inde où, cultivées par des  <lb>
mains libres, les cannes croissent en grande abon-  <lb>
(i) Des voyageurs, venus d&apos;Egypte, assurent que Je pa-  <lb>
cha actuel, homme éclairé, donne les plus grands soins à l&apos;a-  <lb>
griculture , et a fait planter la majeure partie des terres en  <lb>
cannes à sucre.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0173">
173
</controlpgno>
<printpgno>
0159
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -59 )  <lb>
dance, et où la journée de travail ne coûte que 3o  <lb>
 centimes; tandis qu&apos;à la Martinique et à la Guade-  <lb>
loupe , on a calculé que, d&apos;après le prix actuel des  <lb>
-nègres, les lois du code noir sur la nourriture, les  <lb>
rechanges, les soins à leur donner, et la capitation  <lb>
ou les droits établis sur les sucres, la journée de  <lb>
travail revenait, en 1822, à 1 fr. 45 c.  <lb>
Telle est la cause véritable du mal aise qu&apos;éprou-  <lb>
vaient les Antilles, mal aise accru dans les îles fran-  <lb>
çaises par la fausse route que nous nous opiniâtrons  <lb>
à suivre. Les changemens opérés dans les opinions,  <lb>
dans l&apos;administration, dans les hommes et dans les  <lb>
localités, ont amené -un état de crise &apos;dont les co-  <lb>
lons même, dans les -nombreux écrits qu&apos;ils ont  <lb>
publiés, depuis 1819, sur leurs calamités, se sont  <lb>
obstinés à méconnaître les causes.  <lb>
Cette situation pénible de nos colonies est aggra-  <lb>
vée par l&apos;abolition de la traite^ depuis 1814, Par  <lb>
l&apos;exemple de Saint-Domingue et par celui des divers  <lb>
peuples de l&apos;Amérique qui les avoisinent. Les res-  <lb>
sources que l&apos;on s&apos;efforcera de tirer du commerce de  <lb>
Ja traite par contrebande, seront toujours très-pré-  <lb>
caires, et il est à craindre que les îles d&apos;Amérique,  <lb>
où la culture se fait encore par des esclaves, ne cè-  <lb>
dent tôt ou tard à l&apos;impulsion qui leur est donnée  <lb>
par les pays voisins.  <lb>
L&apos;opinion dominante, le v u de tous les peuples  <lb>
civilisés, la marche irrésistible du siècle, et la force  <lb>
des circonstances, finiront par renverser les faibles<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0174">
174
</controlpgno>
<printpgno>
0160
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -6o )  <lb>
obstacles qu&apos;on pourra leur opposer. L&apos;Europe se  <lb>
résignera-t-elle alors à devenir paisiblement la tri-  <lb>
butaire de la prévoyante Grande-Bretagne, dont elle  <lb>
aura toléré les usurpations; et qui vivifiera ses colo-  <lb>
nies africaines par l&apos;esclavage qu&apos;elle aura fait dé-  <lb>
truire partout ailleurs, lorsqu&apos;il n&apos;aura changé pour  <lb>
elle que de nom ?...  <lb>
Dans un tel état, si la France impatientée vou-  <lb>
lait suivre les avis qu&apos;on lui suggère, et abandon-  <lb>
nait ses colonies , sous prétexte qu&apos;elles lui sont à  <lb>
charge , elles se donneraient volontiers à l&apos;Angle-  <lb>
terre , mais celle-ci n&apos;en voudrait plus ; quel se-  <lb>
cours, quelle protection consentirait-elle à leur don-  <lb>
ner contre un mal général qui est en partie son ou-  <lb>
vrage?  <lb>
Réclameraient-elles la tutèle des Etats-Unis d&apos;A-  <lb>
mérique, de cette puissance qu&apos;on a judicieusement  <lb>
remarqué avoir le talent de rendre bientôt florissans  <lb>
tous les pays qu&apos;elle associe à ses destinées , parce  <lb>
qu&apos;elle les colonise avec des laboureurs, des char-  <lb>
rues et des bestiaux, et que nous, nous ne savons  <lb>
peupler les nôtres que de commis et d&apos;écrivains?  <lb>
Les Etats-Unis ne peuvent delong-temps avoir une  <lb>
marine militaire assez forte pour lutter avec celle de  <lb>
l&apos;Angleterre. Leurs bois de construction, trop gras,  <lb>
ne résistent pas plus de dix ans à la mer; d&apos;ailleurs,  <lb>
il leur faudrait établir un surcroît d&apos;impôts qui fe-  <lb>
raient crier et soulever leurs cantons. Sans doute,  <lb>
en cas de guerre , il leur serait facile de barrer les<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0175">
175
</controlpgno>
<printpgno>
0161
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i6i )  <lb>
mers de l&apos;Inde avec de nombreux corsaires, dont  <lb>
ils composeraient les équipages avec nos nègfes ,  <lb>
surtout ceux de la Guadeloupe; et il est probable  <lb>
que nos colonies n&apos;auront bientôt plus que Cette  <lb>
misérable ressource, si une politique mieux entefa-  <lb>
due ne leur assure pas un sort plus convenable.  <lb>
Mais les habitans de ces colonies sont Français, et  <lb>
il n&apos;est pas de la dignité de la France d&apos;abandonner  <lb>
ses enfans après qu&apos;ils lui ont consacré leurs tra-  <lb>
vaux , par cela seul qu&apos;elle peut s&apos;en passer. Il est de  <lb>
son devoir de leà soulager dans leur détresse, et elle  <lb>
le peut, à moins de frais qu&apos;elle ne le fait aujour-  <lb>
d&apos;hui , si elle veut consentir à adopter un système  <lb>
d&apos;administration plus simple et plus économique.  <lb>
D&apos;ailleurs, la persévérance avec laquelle l&apos;Angle-  <lb>
terre pdursuit le projet de nous ravir tout ce que  <lb>
nous possédons au-delà des mers, prouverait assez  <lb>
combien il importe à la France de les conserver,  <lb>
si l&apos;intérêt de son commerce, de sa marine, et  <lb>
l&apos;amour-propre national ne lui en faisaient un de-  <lb>
voir. Eh quoi ! l&apos;Angleterre, aVeC une population  <lb>
moitié moins nombreuse que celle de la France, se  <lb>
montre avide d&apos;établir des colonies sur tous les  <lb>
points du globe, tire d&apos;immenses revenus de la ju-  <lb>
dicieuse prodigalité de ses avances ; et nous , nous  <lb>
abandonnerions les deux ou trois points colonisés  <lb>
qui nous restent, parce qu&apos;une indifférence parci-  <lb>
monieuse nous ôte la faculté d&apos;en tirer parti ! Hâ-  <lb>
tons-nous de suivre l&apos;exemple des Anglais dans ce  <lb>
1,                                            ii<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0176">
176
</controlpgno>
<printpgno>
0162
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(    ,62)  <lb>
qui tend au bien et à la gloire de la patrie; imitons  <lb>
leur esprit national, et ne leur seryons plus d&apos;instru-  <lb>
ment pour avilir et déchirer notre belle France.  <lb>
Lp gouvernement, qui a encouragé la traite et  <lb>
^ui la défend aujourd&apos;hui, doit au moins chercher  <lb>
à indemniser les colonies, et à suppléer aux forces  <lb>
dont il juge à propos de les piiver. Serait-il impos-  <lb>
sible de substituer ait, travail forcé , un travail sala-  <lb>
rié, et ne pourrait-on pas remplacer la traite par des  <lb>
engagemens pour la culture? Je n&apos;ose ui&apos;appuyerde  <lb>
l&apos;exemple des Anglais ; je sens que ce serait toujours  <lb>
en revenir à la traite, et je suis Ipin de le vouloir,  <lb>
quoiqu&apos;elle ne portât que sur des prisonniers de  <lb>
guerre destinés à être massacrés ! 1,1 est de fait que  <lb>
des convois de ces nègres, venus de l&apos;intérieur de  <lb>
l&apos;Afrique sur les côtes où les comptoirs étaient fer-  <lb>
més, depuis l&apos;abolition de la traite, ont été égorgés  <lb>
par leurs conducteurs. Les guerres inévitables de  <lb>
ces peuples barbares, sont devenues, à-présent,  <lb>
des guerres à mort, de vraies boucheries, où le  <lb>
vainqueur massacre toujours le vaincu , pour qu&apos;il  <lb>
ne lui soit pas à charge comme prisonnier. Des en-  <lb>
gagemens temporaires feraient quitter à ces nègres  <lb>
une patrie qui les repousse ou les dévore. Pourquoi  <lb>
ne pas leur offrir la perspective de jouir, dans les  <lb>
colonies, d&apos;une condition préférable à celle qu&apos;ils  <lb>
avaient chez eux et qui leur serait assurée par des  <lb>
règlemens positifs dont l&apos;autorité surveillerait  <lb>
l&apos;exacte exécution? Je n&apos;émets celte idée que par fa<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0177">
177
</controlpgno>
<printpgno>
0163
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ,63 )  <lb>
facilité qu&apos;elle pourrait donner de hâter la civilisa-  <lb>
tion de ces peuples et d&apos;éviter, par des actes prépara-*  <lb>
toires, les funestes catastrophes, qui résulteraient  <lb>
d&apos;une précipitation inconsidérée dans l&apos;abolition,de  <lb>
l&apos;esclavage, abolition promise par toutes les loisi  <lb>
divines et humaines. En vain l&apos;intérêt et l&apos;orgueil  <lb>
s&apos;abusent sur cet avenir ,, tout tend à l&apos;accélérer.  <lb>
En attendant, ne conviendrait-il pas. an moins  <lb>
d&apos;encourager la population actuelle de nos colonies  <lb>
et la fécondité des femmes par des distinctions ,,par  <lb>
des récompenses attachées à la pluralité.des enfans,,  <lb>
et de faire en sorte que le Code noir, loyalement  <lb>
exécuté, et des lois sages, religieusement obscr-v-ées,  <lb>
améliorent le sort des noirs?  <lb>
M. de Malouet a écrit : qu&apos;aucune classe d&apos;hommes  <lb>
ne se laisse avilir, et que le comble dcl&apos;absurdita est,  <lb>
déplacer les gens de couleur à-une telle distance  <lb>
des blancs, qu&apos;ils croient avoir à gagner en deve-.  <lb>
nant leurs ennemis, Qu.&apos;on fixe donc leun condition  <lb>
en leur accordant les droits politiques, et civils que  <lb>
des préjugés contraires à 1,&apos;intérçt.pubUfi ont. fait,  <lb>
refuser jusqu&apos;ici à leursLJustes etardentfjs.r-éclamat-  <lb>
tions. Ils seront aussi intéressés que les blancs^ à la  <lb>
conservation de nos- établissemens et ita réuniront  <lb>
avec zèle leurs efforts pour le salut et la-pr-ospéritér  <lb>
communs* Leur conduite fidèle dans*toutes.les oc-  <lb>
casions ¦ et récemment dans l&apos;in«urreetion*qui*vient-  <lb>
d&apos;avoir lieu parmi l&amp;s, nègre,* de, la Martinique ,_en  <lb>
11<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0178">
178
</controlpgno>
<printpgno>
0164
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ,64)  <lb>
octobre 182a, fie mérite-t-elle pas cette ..récom-  <lb>
pense ?  <lb>
Qu&apos;un amour-propre déplacé ne s&apos;oppose plus à  <lb>
ce tju&apos;on remplace ia houe, qui demande beaucoup  <lb>
de bras , par la charrue, dans tous les endroits où  <lb>
il est possible de s&apos;en servir, et que les Européens  <lb>
pourraient diriger, sans danger de l&apos;influence du  <lb>
climat, si on voulait, comme nous l&apos;avons déjà dit,  <lb>
les attirer et les fixer dans les colonies.  <lb>
Qu&apos;on multiplie, autant que possible, les moulins  <lb>
à vapeur, qui, en faisant plus de travail que ceux  <lb>
qui sont mus par des animaux, épargnent beaucoup  <lb>
de bras et de bestiaux.  <lb>
Qu&apos;il n&apos;y aitplus d&apos;entraves, et que chaque colon  <lb>
puisse varier, à son gré, ses cultures et disposer de  <lb>
ses récoltes suivant que son intérêt le lui dictera.  <lb>
Mais qu&apos;on accorde aux produits de nos établisse-  <lb>
mens une faveur plus grande qu&apos;à ceux des étran-  <lb>
gers , et que la collusion des agents de la douane  <lb>
avec les contrebandiers voisins n&apos;y introduise plus  <lb>
les produits d&apos;une autre nation. Qu&apos;on n&apos;impose  <lb>
plus de contribution sur les marchandises fran-  <lb>
çaises qu&apos;on y importe.  <lb>
Surtout qu&apos;on y proclame la liberté du com-  <lb>
merce , et qu&apos;une politique sottement circonspecte  <lb>
ou dédaigneuse ne nous empêche plus de traiter  <lb>
avec les nouveaux états du continent américain.  <lb>
LaMartinique et laGuadeloupe, en rapport avec<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0179">
179
</controlpgno>
<printpgno>
0165
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -65 )  <lb>
les comptoirs de la Côte-Ferme, qui savent qu&apos;on  <lb>
y préfère les produits de l&apos;industrie française et  <lb>
qui connaissent tous ceux d&apos;un plus facile débit ,  <lb>
auront bientôt attiré à elles les productions de nos  <lb>
manufactures et de notre sol en échange des leurs.  <lb>
Que nos colonies soient gouvernées par des lois  <lb>
appropriées à leurs habitudes, auxquelles elles au-  <lb>
ront concouru et dont l&apos;exécution sera soigneuse-  <lb>
ment surveillée. Que les agents de la métropole  <lb>
soient tenus de respecter ces lois et n&apos;y exercent  <lb>
plus un pouvoir qui n&apos;a trop souvent d&apos;autre borne  <lb>
que leur volonté. Qu&apos;on restreigne considérable-  <lb>
ment l&apos;inutile légion d&apos;employés avides que les bur  <lb>
reaux de tous les ministères y vomissent sans cesse  <lb>
pour aller les pressurer.  <lb>
Qu&apos;on  n&apos;y paie   que les contributions rigou-  <lb>
reusement nécessaires et consenties par les contri-  <lb>
buables ; qu&apos;eux seuls soient chargés de l&apos;adminis-  <lb>
 tration des revenus publics, et ils ne seront plus  <lb>
entraînés dans des voies contraires à leurs intérêts.  <lb>
Alors les colonies pourront éloigner l&apos;instant de  <lb>
la révolution qui les presse, espérer encore quel-  <lb>
ques années de bonheur, el voir l&apos;implacable enne-  <lb>
mi qui, depuis 1784, n&apos;a cessé de conspirer leur  <lb>
perte, dupe de ses propres efforts, succomber peut-  <lb>
être lui-même sous les coups d&apos;une puissance plus  <lb>
redoutable.  <lb>
FIN  DE  L&apos;INTRODUCTION.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0180">
180
</controlpgno>
<printpgno>
0166
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
</p>
</div>
<div id="a0181">
<head>Book One:  Chapter I.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0181">
181
</controlpgno>
<printpgno>
0167
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -6?)  <lb>
^MW^^VVV*}AAAVWlM&gt;VV A*&apos;*A\&apos;VVVVVvVVVV-rt&apos;VV*^VV*V**^  <lb>
LIVRE PREMIER.  <lb>
Statistique de la Guadeloupe proprement  <lb>
dite y ou partie de l&apos;Ouest.  <lb>
CHAPITRE I&quot;.  <lb>
De la Guadeloupe en général.   Partie de l&apos;ouest.   Mobfa -  <lb>
gnés; Rivières* Soufrière.   Population des villes.    <lb>
Population des campagnes.  <lb>
Ls colonie de la Guadeloupe comprend :  <lb>
La Guadeloupe proprement dite, la Grande-  <lb>
Terre , les îles de Marie-Galante, des Saintes, de la  <lb>
Désirade et les deux tiers de celle de Saint-Martin  <lb>
occupée au sud par les Hollandais.  <lb>
Saint-Barthelemy fut comprise dans ses dépen-  <lb>
dances jusqu&apos;en 1784, époque où elle fut cédée à la  <lb>
Suède.  <lb>
Ces îles font partie des petites Antilles, ou îles  <lb>
dti vent, autrefois îles&quot; caraïbes.  <lb>
Ce fut le 4 novembre ï4o,3, à soiï seèôild voyagé<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0182">
182
</controlpgno>
<printpgno>
0168
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ,68)  <lb>
en Amérique, que Cristophe Colomb découvrit et  <lb>
visita, jusqu&apos;au jto novembre» l&apos;île.que-les Caraïbes  <lb>
nommaient Karukéra, et qu&apos;il appela Guadeloupe  <lb>
par la ressemblance qu&apos;il trouva dans la coupe de ses  <lb>
montagnes avec celles du même nom situées dans  <lb>
l&apos;Estramadure d&apos;Espagne. Des auteurs espagnols  <lb>
ont prétendu que ce nom lui fut donné à cause de  <lb>
la bonté et de la jmreté de ses eaux , d&apos;après un  <lb>
ancien proverbe qui, pour exprimer l&apos;excellence  <lb>
de quelque chose, lui donnait le nom de Lope,  <lb>
leur plus célèbre poète comique (,). Ainsi, l&apos;Agua  <lb>
de Lope, dont on aurait fait la G uadeloupe, aurait  <lb>
désigné la plus belle eau de ces parages. En effet,  <lb>
depuis la découverte de cette île, jusqu&apos;en l655  <lb>
que les Français y firent leur premier établisse-  <lb>
ment , les galions et les flottes espagnoles qui se  <lb>
rendaient en Amérique (2), étaient obligés, par un  <lb>
arrêt du conseil du roi, d&apos;aller faire de l&apos;eau à la  <lb>
Guadeloupe &gt; parce que cette eau était réputée la  <lb>
meilleure des Antilles. La première version paraît la  <lb>
plus vraisemblable.  <lb>
(1) Lope, ou Lopez de Véga, est auteur de plusieurs mil-  <lb>
liers de pièces de théâtre, qui formaient plus de 25 vol. in-4&quot;,  <lb>
et qu&apos;on n&apos;imprime plus dans la collection de ses autres  u-  <lb>
vres, qui sont de 21 vol. in-4°.  <lb>
(1) On appelait galions tous les bàtimens espagnols destinés  <lb>
pour la Terre-Ferme, qui est la partie des côtes, comprise<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0183">
183
</controlpgno>
<printpgno>
0169
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i6g )  <lb>
La Guadeloupe, une des plus considérables el  <lb>
des plus florissantes des îles du vent, de forme très-  <lb>
irrégulière, et à laquelle on donne environ 80  <lb>
lieues de tour, est située entre les i5° 5g&apos; 3o&quot;, et 16  <lb>
4o&apos; de latitude N. ; et entre les 63° 26&apos; et 64° 9&apos; de  <lb>
longitude occidentale, méridien de Paris. Elle est  <lb>
à a5 lieues dans le N. N..-0. de la Martinique, et  <lb>
leurs communications, en temps de guerre, sont  <lb>
très-gênées par la Dominique, qui est placée entre  <lb>
les deux îles. Antigues, premier chantier de radoub  <lb>
anglais, aux îles du vent, n&apos;en est qu&apos;à 8 lieues  <lb>
dans le N., et Saintr-Cristophe à 3o lieues dans  <lb>
le N.O.  <lb>
La Guadeloupe est séparée en deux îles par un  <lb>
petit bras de mer ou canal appelé la riviere salée,  <lb>
qui communique des deux côtés avec la mer. La  <lb>
partie del&apos;O., s&apos;appelle Guadeloupe , celle de l&apos;E.  <lb>
prend le nom de Grande-Terre.  <lb>
PARTIE  DE  L&apos;OUEST.  <lb>
La partie de l&apos;O., ou Guadeloupe proprement  <lb>
eotre les bouches de l&apos;Orénoque ou du Dragon et l&apos;Isthme de  <lb>
Panama; et on nommait flotte tous les bàtimens de la même  <lb>
nation, allant au Mexique ou aux îles Philippines, qui se  <lb>
réunissaient en convoi pour se défendre, à leur départ d&apos;Eu-  <lb>
rope, contre les Barbaresques, et eu Amérique contre les Hol-  <lb>
landais.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0184">
184
</controlpgno>
<printpgno>
0170
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -?o )  <lb>
dite, forme une espèce d&apos;ovale irrégulier auquel  <lb>
on donne io à 11 lieues de long du N. ati S., sut  <lb>
5 à 6 de large (t). Ses côteS seules sont cultivées,  <lb>
elles forment une bandé ou zone ¦ qui, partant du  <lb>
bord de la mér, s&apos;élève depuis la hauteur moyenne  <lb>
d&apos;une demi-lieue, jusqu&apos;à une lieue et demie, et  <lb>
comprend le sixième de son développement «rjui est  <lb>
de 3o à 35 lieues.  <lb>
Le centre de l&apos;île est occupé, du N. au S., par  <lb>
une chaîne de montagnes boisées et volcaniques;  <lb>
dont la hauteur moyenne est de 5oo toises. Letih  <lb>
sommets sont taillés en cônes fet de leurs bases s&apos;é-  <lb>
chappent soixante-dix rivières ou ruisseaux, qui  <lb>
font mouvoir les moulins â sucre de cette partie,  <lb>
et portent la fertilité sut le sol qu&apos;elles arrosent ¦  <lb>
tandis que dans la saison des pluies elles deviennent  <lb>
des torrens destructeurs.  <lb>
Les plus grandes de ces rivières Sont très-pois-  <lb>
sonneuses. Comme elles prennent leur source à  <lb>
une hauteur considérable; qu&apos;elles n&apos;ont à par-  <lb>
courir qu&apos;un espace d&apos;à-peu-près 3 lieues pour ar-  <lb>
river à la mer; leur pente, surtout dans la partie  <lb>
occidentale, a près de 6 pouces par toise, de chute;  <lb>
il en résulte que la plupart de ces rivières coulent  <lb>
danS des lits escarpés et encaissés qui ont, en quel-  <lb>
ques endroits, jusqu&apos;à i5o pieds de profondeur.  <lb>
(i) La liejue de 2,000 toises.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0185">
185
</controlpgno>
<printpgno>
0171
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i7* )  <lb>
LA SOUFRIERE.  <lb>
Du milieu de ces montagnes, en tirant vers le  <lb>
Sud, on voit s&apos;élever, dans la moyenne région de  <lb>
fair, à i55y mètres au-dessus du niveau de la mer,  <lb>
Celle dite la Soufrière, Solfatarc(i). Ses deux som-  <lb>
mets , qu&apos;on appelle Pitons , se détachent en  <lb>
pom te et sont formés de rochers pelés et calcinés.  <lb>
Ifon loin de la principale de ces sommités, en sui-  <lb>
vant à YO. un terrain anguleux et escarpé, on en-  <lb>
trevoit un large cratère, d&apos;où sort continuellement,  <lb>
mais avec plus ou moins de force, une fumée noire^  <lb>
épaisse, sulfurée et mêlée d&apos;étincelles visibles la  <lb>
nuit. Les pierres qu&apos;on s&apos;aventure à y lancer, d&apos;une  <lb>
certaine distance, produisent une explosion sou-  <lb>
daine de flamme, de cendres et de fumée. Plus près  <lb>
et au-dessous du petit Piton, vers le S., est un  <lb>
second cratère, moins grand que le premier, d&apos;où  <lb>
sort continuellement aussi une fumée, mais moins  <lb>
considérable que celle du grand cratère.  <lb>
Vers la pente N. E., on trouve deux issues qui  <lb>
conduisent à l&apos;entrée de plusieurs cavernes , dont  <lb>
l&apos;aspect est affreux et inspire une horreur difficile à  <lb>
exprimer. Cette entrée est encombrée d&apos;un amas  <lb>
(i) L&apos;annuaire de l&apos;observatoire lui donne la hauteur de  <lb>
i55** mètres ou 479^ pieds (799 toises).<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0186">
186
</controlpgno>
<printpgno>
0172
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -7--)  <lb>
de mines entassées qui s&apos;élèvent de plus de 4° pieds  <lb>
au-dessus du sol, et toute cette masse est ébranlée  <lb>
par le mouvement qu&apos;on lui donne en grimpant.  <lb>
Une de ces cavernes ? de forme ovale, paraît avoir  <lb>
ioo pieds dans son plus grand diamètre; il s&apos;en  <lb>
échappe une fumée continuelle , quelquefois de la  <lb>
flamme mêlée de vapeurs noires et épaisses, et l&apos;on  <lb>
voit beaucoup de soufre sur ses bords. On dirait  <lb>
que ses parois sont composés d&apos;énormes pierres de  <lb>
granit et de terres calcaires, revêtues de cristallisa-  <lb>
tions et de stalactites. Les roches qu&apos;on fait rouler  <lb>
dans cet abîme sans fond, produisent un bruit  <lb>
sourd et long-temps prolongé, pour arriver sans  <lb>
doute j usque dans les entrailles du volcan où s&apos;éla-  <lb>
borent les matières inflammables qui le tiennent  <lb>
sans cesse en action.  <lb>
Tout à l&apos;entour, le sol volcanisé résonne sous les  <lb>
pieds, et est parsemé de petites fournaises ou sou-  <lb>
piraux, qu&apos;on ne peut mieux comparer qu&apos;aux trous  <lb>
de taupes, fraîchement travaillés, d&apos;où sort une  <lb>
fumée brûlante. A environ 200 pas plus bas se  <lb>
trouvent trois étangs ou marres très près l&apos;un de  <lb>
l&apos;autre, dont le plus grand renferme une eau noi-  <lb>
râtre , exhalant l&apos;odeur d&apos;une forge ; l&apos;eau du se-  <lb>
cond est d&apos;un blanc sale et a l&apos;odeur de l&apos;alun ;  <lb>
celle du troisième est bleuâtre et ressemble au vi-  <lb>
triol. Cependant, de la base de la montagne jail*  <lb>
lissent des sources limpides.  <lb>
Le père Labat dit que peu d&apos;années avant 1702,<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0187">
187
</controlpgno>
<printpgno>
0173
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
époque où il était à la Guadeloupe (i) , le volcan  <lb>
s&apos;ouvrit à la suite d&apos;un violent tremblement de  <lb>
terre, et vomit par cette ouverture, qui est sans  <lb>
doute le grand cratère dont nous avons parlé, une  <lb>
quantité prodigieuse de cendres souffrées et de  <lb>
pierres brûlées.  <lb>
En 1798, à la suite d&apos;un autre tremblement de  <lb>
terre, dont la secousse fut très-forte, il fit une  <lb>
nouvelle éruption qui jeta la lave avec d&apos;effrayans  <lb>
ravages, et couvrit surtout la partie orientale (2).  <lb>
Le même phénomène se renouvela le 4 avril  <lb>
1799, et depuis cette époque le volcan reste habi-  <lb>
tuellement tranqnille ; mais les terres voisines, au-  <lb>
paravant très-fertiles, ont été frappées de stérilité  <lb>
par les laves, sans doute trop imprégnées de souffre.  <lb>
Il est probable que ce volcan, qui paraît tenir le  <lb>
milieu entre ceux en action et ceux éteints, ne  <lb>
tardera pas à s&apos;éteindre tout-à-fait.  <lb>
En remontant vers le centre de la chaîne des mon-  <lb>
tagnes , on trouve les Pitons de Bouillante, ceux  <lb>
des deux Mamelles et une crête supérieure, qu&apos;on  <lb>
prétend avoir été autrefois un volcan très-considé-  <lb>
rable dont la Soufrière et le terrain tremblottant de  <lb>
(1) Édition de 1724, tom. 2e, pag. 325.  <lb>
(a) Le Moniteur du 11 fructidor an 6 (28 août i*;98), dit  <lb>
que le bruit de l&apos;explosion s&apos;entendit distinctement à Marie-  <lb>
Galante; ce qui est facile à croire, car cette île n&apos;est qu&apos;à sept  <lb>
lieues dans l&apos;E.-S.-E. du volcan.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0188">
188
</controlpgno>
<printpgno>
0174
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( M )  <lb>
toute la côte de Bouillante ne seraient plus que les  <lb>
débris (i). Aucun auteur n&apos;a fait mention, de cette  <lb>
grande révolution volcanique, dont cependant tous  <lb>
les alentours offrent la trace, et qui paraît s&apos;être opé-  <lb>
rée long-temps avant l&apos;arrivée des Européens. H  <lb>
règne, sur ces montagnes, un froid continuel qui  <lb>
n&apos;y laisse croître que des, fougères, quelques ar-  <lb>
bustes et de la mousse. A leur pied, les campagnes  <lb>
fertiles jouissent d&apos;un climat frais et salubre, asse*;  <lb>
semblable â celui de  a France en automne- Les  <lb>
Européens peuvent s&apos;y mettre hors des atteintes  <lb>
de la fièvre-jaune, mais ils doivent avoir soin de se  <lb>
garantir de 1 humidité qui y est extrême.  <lb>
Les côtes de la Guadeloupe, exposées aux, vents  <lb>
réguliers de TE. , sont plus élevées et jouissent de  <lb>
tous les avantages d&apos;un air pur et sain, tandis que  <lb>
les terres basses de TO., auxquelles la partie, orien-  <lb>
tale intercepte les vents alises,sont à la fois arides,  <lb>
malsaines et peu peuplées.  <lb>
Avant de faire la description des divers quartiers,  <lb>
jetons un coup d&apos;oeil rapide sur la population qui  <lb>
habite les villes et les campagnes ; elle se clirvise en,  <lb>
trois classes : les blancs, les gens de couleur libre?  <lb>
de naissance ou affranchis, et les esclaves.  <lb>
(i) Vojc ce q-ii f^dft aju qfwjjijtra d-j, qn-n*tt***-*, d.eJJcw&apos;/&apos;W&apos;.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0189">
189
</controlpgno>
<printpgno>
0175
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
C 17-5 )  <lb>
POPULATION  DES  VILLES.  <lb>
D-aiisJes. yiffes, la classe des blancs se compose: des  <lb>
employe&apos;s militaires, qui se renouvellent souvent; des  <lb>
magistrats, gens de barreau et employés civils qui  <lb>
éprouvent peu de.mutations; des colons que leurs  <lb>
affaires y appellent de temps à autre, et qui venant  <lb>
avec beaucoup de domestiques, rendent l&apos;état de la  <lb>
population difficile à constater; des commissionnaires  <lb>
ou négocians consignataires des bàtimens de coiur  <lb>
-aercepour la vente des cargaisons et les chargemens  <lb>
en retour i ces commissionnanes fournissent les cor  <lb>
Ions,, de toutes les marchandises nécessaires, dans  <lb>
les habitations, dont ils vendent les denrées moyen-  <lb>
nant une commission, d&apos;aumoins 5 p. cent sur les  <lb>
sucres, et à proportion sur les autres produits*, des  <lb>
pcKotilleurs, et de ceux qui font le commerce de  <lb>
détail, gens qui se renouvellent fréquemment; des  <lb>
hommes de mer, des aventuriers et des, gens sans  <lb>
état, qu&apos;on désigne sous le nom de Petits Blancs,  <lb>
dont le nombre pèse toujours sur les villes, que les  <lb>
nègres haïssent par instinct, et que les gens de  <lb>
eouleur méprisent par raisonnement, parce qu&apos;ils  <lb>
les voient tels qu&apos;ils sont en effet, des chevaliers  <lb>
d&apos;industrie, des êtres souvent dégradés, cherchant  <lb>
fortune à tout prix, et par toutes sortes de moyens.  <lb>
Les hommes de couleur libres forment, en  <lb>
majeure partie, la classe industrieuse et inspirent<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0190">
190
</controlpgno>
<printpgno>
0176
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ,76 )  <lb>
par conséquent de l&apos;intérêt. Us s&apos;occupent des di-  <lb>
vers détails du petit commerce, et exercent tous  <lb>
les métiers utiles à la société.     <lb>
Les esclaves composent, dans les villes, la classe  <lb>
nombreuse des domestiques et dés journaliers.  <lb>
POPULATION  DES   CAMPAGNES.  <lb>
&apos;   ,      &apos;i  <lb>
Dans les campagnes, les blancs se divisent :  <lb>
En planteurs ou habitansr-sncriexs, qui exploi-  <lb>
tent les sucreries ;  <lb>
En petits propriétaires qui font valoir les habi-  <lb>
tations oit se cultivent le café,-le coton, le cacao ;  <lb>
les terrains quiproduisentlesvivresetles fourrages;  <lb>
où qui élèvent des bestiaux. Les colons sucriers,  <lb>
les rangent dans la classe des petits blancs, et les  <lb>
appellent ironiquement des habitaco;  <lb>
Et en gérans ou économes, ordinairement blancs,  <lb>
qui sont chargés de remplacer le propriétaire dans la  <lb>
surveillance des détails d&apos;exploitation.  <lb>
, Les gens de couleur libres sont aussi de petits  <lb>
propriétaires, mais peu nombreux; la majeure par-  <lb>
tie réside dans les bourgs, où ils s&apos;occupent, comme  <lb>
dans les villes, du commerce de détail et des mé-  <lb>
tiers mécaniques, propres au pays.  <lb>
Les esclaves sont toujours divisés, en domestiques  <lb>
des habitations, classe ordinairement très-nom-  <lb>
breuse , car on en affecte de distincts aux moindres  <lb>
fonctions du service intérieur ; et en nègres d&apos;ate-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0191">
191
</controlpgno>
<printpgno>
0177
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -77 )  <lb>
lier chargés de la culture; on les désigne par le nom  <lb>
de nègres de jardin (i); c&apos;est la classe la plus nom-  <lb>
breuse , celle qui exécute tous les travaux de l&apos;agri-  <lb>
culture et delà manipulation, sous la surveillance  <lb>
des commandeurs.  <lb>
Ces commandeurs sont des hommes de choix qui  <lb>
prennent les ordres dé l&apos;économe, réunissent les  <lb>
nègres aux heures indiquées, les conduisent aux  <lb>
travaux, les surveillent etappliquentles corrections.  <lb>
La Guadeloupe, proprement dite, renferme une  <lb>
ville et quinze quartiers ou paroisses, parmi lesquels  <lb>
on compte six bourgs; nous allons les parcourir  <lb>
et faire le tour des côtes, en commençant par la  <lb>
Basse-Terre, au sud-ouest, et en continuant par  <lb>
le nord.  <lb>
(i) Pans les colonies, bn nomme Metier la réunion des nè-  <lb>
gres pour les travaux des -champs, et jardin les champ» en  <lb>
çéiiéral.  <lb>
12<lb>
</p>
</div>
<div id="a0192">
<head>Book One:  Chapter II.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0192">
192
</controlpgno>
<printpgno>
0178
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( «7»)  <lb>
CHAPITRE II.  <lb>
Ville de ta Basse-Terre, sa rade.   Fort Richepanse.  <lb>
La ville de la Basses Terre, chef-lieu et rési-  <lb>
dence du gouvernement colonial j gît par les 16&quot;.  <lb>
de latitude, et 64*   8&apos; de longitude O. de Paris,  <lb>
à une lieue et demie O.-N.-O. de la pointe la plus  <lb>
sud de l&apos;île, à 3 lieues S.-O. de la Soufrière, et à is  <lb>
lieues S.-O. de la Pointe-à-Pître. Elle est assise au  <lb>
pied des montagnes, le long du rivage de la mer,  <lb>
sur un emplacement très-resserré, beaucoup plus  <lb>
long que large.  <lb>
Cette ville réunit deux paroisses t Notre-Dame  <lb>
du mont Carmel, à Test, entre la rivière aux herbes  <lb>
et le fort, la plus ancienne, autrefois dirigée parles  <lb>
Carmes; etSaint-François, à l&apos;ouest, entre la même  <lb>
rivière et la ravine d Billau, qui était adminis-  <lb>
trée par les capucins. Cette dernière a long-temps  <lb>
porté le titre de bourg avant de faire partie de la  <lb>
ville ; les deux paroisses sont aujourd&apos;hui desservies  <lb>
par le même curé. La rivière aux Herbes, qui les  <lb>
sépare, prend sa source au pied de la Soufrière, et  <lb>
se compose de deux branches qui, avant de se réu-  <lb>
nir, renferment un espace de forme triangulaire,<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0193">
193
</controlpgno>
<printpgno>
0179
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -79 )  <lb>
qu&apos;on appelle l&apos;îlet. Cette rivière, presqu&apos;à sec, pen-  <lb>
dant huit à neuf mois de Tannée, devient par fois,  <lb>
dans la saison des pluies, un torrent effroyable. Ses  <lb>
eaux sont traversées sur deux ponts, l&apos;un en pierre,  <lb>
construit au bas de la ville, dès les premiers temps,  <lb>
et l&apos;autre en bois, construit en 1807 , dans la par-  <lb>
tie haute.  <lb>
En 1660, la Basse-Terre comptait déjà plusieurs  <lb>
rues ; ses édifices, la plupart à deux étages, étaient en  <lb>
charpente; son église paroissiale était belle; l&apos;établis-  <lb>
sement des jésuites et celui des carmes étaient con-  <lb>
sidérables ; elle s&apos;accroissait tous les jours; mais elle  <lb>
fut pillée, brûlée et saccagée par les Anglais en 16g 1,  <lb>
en 1703 et en 1759. Elle était néanmoins devenue  <lb>
très-florissante, lorsqu&apos;un épouvantable incendie la  <lb>
consuma le i5 août 1783, à 4 heures du soir. La  <lb>
perte des maisons fut évaluée à un million, et celle  <lb>
des marchandises à 1,200,000 liv. La ville était alors  <lb>
habitée par les propriétaires et les négocians les plus  <lb>
riches; car la Pointe-à-Pitre, qui ne faisait que de  <lb>
naître, et de se relever d&apos;un désastre semblable,  <lb>
n&apos;avait pas encore attiré à elle tout le commerce. On  <lb>
assure que la ville de la Basse-Terre renfermait  <lb>
13,000 individus, dont 3ooo blancs.  <lb>
Ce nombre paraît exagéré, lorsque l&apos;on considère  <lb>
qu&apos;au i&quot; mai 1822, elle n&apos;était peuplée que de ,457  <lb>
blancs, ,014 gens de couleur libres, et 2388 escla-  <lb>
ves, faisant, en tout, 4*--*-&gt;9 habitans, non compris  <lb>
quelques étrangers.  <lb>
12<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0194">
194
</controlpgno>
<printpgno>
0180
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i8o )  <lb>
Le bourg ou paroisse de Saint-François a tou-  <lb>
jours été la partie la plus jolie et la mieux habitée.  <lb>
Le gouverneur Declieux y avait fait percer une nou-  <lb>
velle rue en 1748; die en a quatre aujourd&apos;hui pa-  <lb>
rallèles à la mer. Ces rues sont assez larges et assez  <lb>
belles.                                     *   <lb>
La ville est remarquable par les eaux vives, qui  <lb>
l&apos;arrosent datos tous les sens, par Ses fontaines pu-  <lb>
bliques et lés fontaines particulières dont presque  <lb>
toutes les maisons sont rafraîchies. Le gouver*-  <lb>
neur comté de NolivOs la fit paver, pour la pre&apos;  <lb>
mière fois, en 1767, et l&apos;embellit d&apos;une charmante  <lb>
promenade appelée le cours Nolivos, plantée  <lb>
de hauts tamarins sous lesquels on trouve, à toute  <lb>
heure du jour, un ombrage frais et agréable, assis  <lb>
Sur les bancs qui l&apos;entourent, et près duquel coule  <lb>
nne fontaine construite en 1774*  <lb>
La promenade, dite le champ d&apos;Arbaud, au-des-  <lb>
sus de la ville, et près de la maison du gouverne-  <lb>
ment, a été plantée d&apos;arbres, en 1817, et offre une  <lb>
place plus vaste et plus aérée.  <lb>
En 1664, le lieutenant - général Prouville de  <lb>
Tracy acheta à la Guadeloupe un terrain, près du  <lb>
bourg de la Basse-Terre, qui alors commençait à  <lb>
s&apos;élever. Ce terrain lui coûta 72,000 livres de sucre.  <lb>
ïl y fit bâtir l&apos;hôpital Saint-Louis, dont la construc-  <lb>
tion fut payée 24,000 livres de sucre. A son départ  <lb>
pour le Canada, en i665, déjà trente malades pau-  <lb>
vres y étaient nourris et assistés.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0195">
195
</controlpgno>
<printpgno>
0181
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(  ï8i )  <lb>
M-   Dulion, gouverneur,  et M.  de Chambré ,  <lb>
agent général de la seconde compagnie, eu aug-  <lb>
mentèrent les ressources par leurs aumônes et par  <lb>
les amendes qu&apos;ils y appliquèrent. Cet hospice re-  <lb>
çut, le nom d&apos;hôpital de la Charité; un autre hôpi-  <lb>
tal, destiné aux * militaires, fut établi en 1723. Ces  <lb>
deux établissemens furent bientôt réunis en  un  <lb>
seul, qui a été desservi jusqu&apos;à l&apos;époque de la ré-  <lb>
volution par les pères de la charité. Il était dans un  <lb>
état florissant et avait élé épargné par les incendies,  <lb>
et les ouragans. Mais, en 1794» au moment où les  <lb>
Anglais attaquaient la Guadeloupe, gouvernée par  <lb>
le général Collot, des gens de mer et cette classe  <lb>
d&apos;individus qui a été signalée comme onéreuse aux  <lb>
villes des colonies, profitèrent du désordre où l&apos;at-  <lb>
taque et la division des partis plongeaient la Basse-  <lb>
Terre, pour piller et incendier l&apos;hôpital, Tinten-  <lb>
tendance   qui   renfermait   les   archives ,   et   la  <lb>
partie basse de la ville sur le chemin du Baillif  <lb>
Quarante jours après leur conquête, les Anglais  <lb>
expulsés de la Basse-Terre par le général Pelardy,  <lb>
détruisirent l&apos;arsenal, les batteries et tous les autres  <lb>
établissemens militaires.  En  1802 ,  la  ville  eut  <lb>
encore beaucoup à souffrir des boulets du fort que  <lb>
tiraient contre elles les nègres révoltés.  <lb>
L&apos;arsenal a été reconstruit depuis sur l&apos;emplace-  <lb>
ment vaste et commode qu&apos;il oecupe. Les deux  <lb>
églises paroissiales sont belles et en bon état, ainsi  <lb>
que le palais de justice; mais les prisons sont insa-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0196">
196
</controlpgno>
<printpgno>
0182
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 18a )  <lb>
lubres et en mauvais état. De 1810 à 1814, les  <lb>
Anglais firent construire, aux frais de la colonie,  <lb>
une belle maison, pour être le siège du gouverne-  <lb>
ment*- quoique bâtie en bois   elle n&apos;a guère moins  <lb>
coûté que si elle eût été construite en pierres. De-  <lb>
puis 1817, les Français ont fait élever un nouvel  <lb>
hôpital, très-vaste et très-beau » sur l&apos;ancien empla-  <lb>
cement des Carmes.  <lb>
i La ville de la Rasse-Terre, renferme quarante-  <lb>
six rues, huit cents vingt-deux&lt; maisons et quatre-  <lb>
vingt-douze terrains vacans qu non bâtis. Dans  <lb>
chaque maison » on compte, terme moyen, six ha-  <lb>
bitans , les étrangers sont compris dans cette éva-  <lb>
luation.  <lb>
D&apos;un côté, la mer baigne les murs de la ville, de  <lb>
l&apos;autre elle est abritée par les mornes de Belle-Vue,  <lb>
de Mont-Désir, de Beau-Soleil, de l&apos;Espérance et  <lb>
de Saint-Charles, qui paraissent se groupper, et  <lb>
sont divisés par de profondes ravines. Ces mornes,  <lb>
qui s&apos;élèvent en amphithéâtre, sont parés de riches  <lb>
moissons de cannes, couronnés de bouquets de  <lb>
bois , et parsemés de jolies habitations : ils don-  <lb>
nent à la Basse-Terre un aspect charmant et très-  <lb>
pittoresque, qu&apos;embellit encore la vue du camp des  <lb>
troupes : on le prendrait pour une ville nouvelle.  <lb>
Le général Ernouf conçut le premier , en i8o3,  <lb>
l&apos;idée de préserver la garnison de l&apos;influence du  <lb>
climat, en formant le camp de Boulogne, qui prit  <lb>
son nom du propriétaire sur le terrain duquel on<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0197">
197
</controlpgno>
<printpgno>
0183
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i83)  <lb>
construisit des baraques en bois , solides et élé-  <lb>
gantes, pour la loger.L&apos;air sain et tempéré des hau-  <lb>
teurs faisant apprécier Chaque jour l&apos;avantage de pa-  <lb>
reils établissemens , les Anglais , qui entretenaient  <lb>
à la Guadeloupe, en 1810, un bien plus grand  <lb>
nombre de troupes que nous , firent construire à  <lb>
grands frais , sur le modèle du camp de Boulogne,  <lb>
ceux plus vastes de Beau-Soleile\. de Saint-Charles.  <lb>
Le dernier suffit dans ce moment à la garnison  <lb>
française ; ceux de Boulogne et de Beau-Soleil ont  <lb>
été démolis.  <lb>
La ville de la Basse-Terre a eu souvent à souffrir  <lb>
des coups de vent ; le dernier, celui qu&apos;elle éprouva  <lb>
le i0&apos; septembre 1821, la parcourut dans toute sa  <lb>
longueur et lui fit éprouver de grands domma-  <lb>
ges (1).  <lb>
Cette ville, privée d&apos;un port sûr, ne peut conce-  <lb>
voir aucune espérance d&apos;accroissement : sa rade fo-  <lb>
raine est exposée à tous les vents , et de fréquens  <lb>
raz-de-marée, obligeant les bàtimens d&apos;aller hiver-  <lb>
ner aux Saintes, ou dans le port très-insalubre de  <lb>
Y Anse à la Barque, lui feront toujours préférer  <lb>
le port plus central, et plus sûr de laPointe-à-  <lb>
Pître. On sait d&apos;ailleurs que le commerce cherche,  <lb>
autant qu&apos;il le peut, à se soustraire aux yeux, tou-  <lb>
(î)Voirauchap. XVI du liv. second, les détails de ce désastre,  <lb>
dans la note sur les ouragans qu&apos;a éprouvés la Guadeloupe.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0198">
198
</controlpgno>
<printpgno>
0184
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -84 ).  <lb>
jours un peu inquiets, des agens du gouvernement  <lb>
et aux exigences de la marine de l&apos;état.  <lb>
Plusieurs batteries ou redoutes , celles Royale,  <lb>
des Jrms et des Carmes, auxquelles on peut en  <lb>
ajouter d&apos;autres, suivant les circonstances, croU  <lb>
sent leur feu avec celui du fort, pour couvrir la  <lb>
ville de la Basse-Terre du côté de la mer ; mais  <lb>
que peuvent ces fortifications à une aussi grande  <lb>
distance des secours de la métropole ? le vrai bou-  <lb>
levard des colonies, comme l&apos;expérience de chaque  <lb>
jour le démontre, ne peut être qu&apos;une marine assez  <lb>
respectable pour éloigner l&apos;ennemi de leurs bords.  <lb>
FORT   RICHEPANSE.  <lb>
Du côté de la terre, la ville est défendue par le  <lb>
fort Richepanse, autrefois Saint-Charles, appelé  <lb>
fort Mathilde par les Anglais. Ce fort est revêtu  <lb>
d&apos;ouvrages extérieurs ; mais des mains peu habiles  <lb>
relevèrent dans les premiers temps - sur un em*  <lb>
placement tellement défectueux, qu&apos;il est dominé de  <lb>
tous côtés, et les fortifications qu&apos;on y a ajoutées  <lb>
n&apos;ont pu le rendre susceptible de défense que contre  <lb>
des mouvemens intérieurs.  <lb>
En 1647, -*e gouverneur-propriétaire Houel,  <lb>
pour se garantir des surprises des sauvages, cons-  <lb>
truisit une maison carrée appelée donjon, dont il  <lb>
fit, en 1649, une *--**0ile «* huit pointes, en élevant,  <lb>
devant chaque face, des angles saillans , qui furent<lb>
</p>
</div>
<div id="a0199">
<head>Book One:  Chapter III.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0199">
199
</controlpgno>
<printpgno>
0185
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i85 i  <lb>
les commencemens de ce fort, où il résidait. Eu  <lb>
1674, ce donjon fut enveloppé d&apos;un fossé et d&apos;un  <lb>
parapet, avec des angles rentrans et sailïans, qu&apos;on  <lb>
prolongea jusqu&apos;à une hauteur éloignée de deux  <lb>
cents pas, où Ton établit un cavalier avec huit  <lb>
embrasures. La face qui regardait la ville avait  <lb>
neuf toises de long, celle vers les montagnes , cinq  <lb>
toises et demie, et celle du côté du donjon, seule-  <lb>
ment trois. En 1702, le père Labat y ajouta une  <lb>
demi-lune et d&apos;autres petits ouvrages. Il fit aussi  <lb>
construire des retranchemens et des batteries dans  <lb>
la ville. En 1703, on fit sauter le donjon au mo-  <lb>
ment où Ton se vit forcé de l&apos;abandonner aux  <lb>
Anglais.  <lb>
Au lieu d&apos;abattre ce fort pour en construire un  <lb>
nouveau sur un meilleur plan , et sur un emplace-  <lb>
ment plus convenable, on aima mieux, en 1766,  <lb>
ajouter aux anciennes fortifications : deux bastions  <lb>
du côté de la mer, avec un chemin couvert tout au-  <lb>
tour des glacis ; des traverses contre les enfilades de  <lb>
la marine ; deux places d&apos;armes rentrantes avec un  <lb>
réduit à chacune, et derrière, des tenailles , des ca-  <lb>
ponières et des poternes de communication avec le  <lb>
corps de la place ; deux redoutes , Tune sur la pro-  <lb>
longation de la capitale d&apos;une des deux places d&apos;ar-  <lb>
mes, et l&apos;autre à l&apos;extrémité du retranchement qu&apos;on  <lb>
construisit le long de la rivière des Galions, défen-  <lb>
due par un second retranchement établi sur le bord  <lb>
opposé de la rivière ; des fossés larges et profonds ;<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0200">
200
</controlpgno>
<printpgno>
0186
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( iM )  <lb>
Une citerne , un magasin à poutlre , des casernes  <lb>
et des casemates susceptibles de mettre à couvert  <lb>
un tiers de la garnison. Mais aucun de ces travaux  <lb>
ne donna assez de force à la tété du fort, qui est la  <lb>
partie la plus faible puisque tous les environs le  <lb>
dominent.*  <lb>
Le hasard seul avait fait donner à ce fort le nom de  <lb>
Saint-Charles ; un décret du 3o mars i8o3, qui n&apos;a  <lb>
point été rapporté , le décora de celui du guerrier  <lb>
dont il renferme la cendre, et la Guadeloupe doit  <lb>
être glorieuse dele lui conserver  *. c&apos;est un monu-  <lb>
ment que la France reconnaissante a élevé au gé-  <lb>
néral qui l&apos;avait honorée par ses exploits(i).  <lb>
(i) Voii* à l&apos;année i8oa&gt; de l&apos;Histoire politique, les détails  <lb>
de la mort du général Richepanse, et les motifs de ce décret.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0201">
201
</controlpgno>
<printpgno>
0187
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -87 )  <lb>
CHAPITRE III.  <lb>
Quartier de la Basse-Terre, extra-muros.  <lb>
Ce quartier comprend uù territoire assez vaste  <lb>
qui entoure la ville et s&apos;étend principalement du  <lb>
côté de Test. Il annonce que cette cité fut jadis  <lb>
plus florissante. On y remarque de tous côtés des  <lb>
traces d&apos;anciennes cultures et de campagnes d&apos;agré-  <lb>
ment dont il ne reste plus que les emplacemens  <lb>
tout couverts de halliers. Elles ont été réduites à  <lb>
cet état d&apos;abandon par le malheur des temps et le  <lb>
manque de bras. La montagne du Houelmont, de  <lb>
forme ronde, assez élevée et qui paraît de loin  <lb>
comme isolée , offre encore les vestiges de quelques  <lb>
retranchemens garnis, autrefois, de canons, detours  <lb>
et de citernes que M. Houel y avait fait construire  <lb>
afin de pouvoir, au moyen du donjon de la Basse-  <lb>
Terre et du vieux fort l&apos;Olive, de la pointe du sud,  <lb>
maintenir toute cette partie dans l&apos;obéissance, et  <lb>
au besoin s&apos;en servir comme d&apos;un réduit.  <lb>
On trouve dans ce quartier, le petit ruisseau  <lb>
appelle la ravine Blanche , qui prend sa source à  <lb>
peu de distance, dans Test ; la rivière de Sence qui  <lb>
vient deshauteurs du Palmiste, coule au fond d&apos;une<lb>
</p>
</div>
<div id="a0202">
<head>Book One:  Chapter IV.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0202">
202
</controlpgno>
<printpgno>
0188
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( i88 )  <lb>
falaise profonde et escarpée, et va se jeter dans  <lb>
l&apos;anse de son nom, non loin de l&apos;embouchure de  <lb>
celle des Galions. La rivière des Galions arrose  <lb>
tout ce quartier,.et prend sa source au pied delà  <lb>
Soufrière. Ses eaux, d&apos;abord chaudes et soufrées  <lb>
se réunissent dans un bassin dont le contour est  <lb>
privé de végétation, où elles déposent un sédiment  <lb>
rouge, gris et jaune, qui ne les prive ni de sa-  <lb>
veur, ni de limpidité. Après un cours rapide de  <lb>
trois lieues, dans un lit profond et escarpé, cette  <lb>
rivière se perd dans la mer, sous les murg du fort  <lb>
Richepanse, qu&apos;elle baigne et où elle est traversée  <lb>
par un pont de pierre, construit en 1773. Elle a  <lb>
3o à 35 toises de large , à son embouchure, et à  <lb>
marée haute, car entre les tropiques, le flux etlere-  <lb>
flux se fait sentir, quoique d&apos;une manière beaucoup  <lb>
moins sensible qu&apos;en Europe- Le passage, à pied pu  <lb>
à cheval, de cette rivière est dangereux, à cause du  <lb>
marigot que forme le refoulement du sable. Le nom  <lb>
qu&apos;elle porte lui vient des Galions d&apos;Espagne qui,  <lb>
depuis la découverte de l&apos;île, jusqu&apos;à son occupa-  <lb>
tion par les Français, mouillaient habituellement  <lb>
dans l&apos;anse qu&apos;on trouve à son embouchure, pour  <lb>
y faire de Teau. L&apos;anse, que borne au sud, Je  <lb>
morne Baby, nom d&apos;un ancien propriétaire, s&apos;ap-  <lb>
pelle indifféremment, l&apos;anse Raby ou des Galions.  <lb>
Elle offre la commodité d&apos;un bon mouillage et d&apos;une  <lb>
eau douce très-abondante, mais qui n&apos;est pas aussi  <lb>
pure que l&apos;eau de la rivière des Pères et de celle du<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0203">
203
</controlpgno>
<printpgno>
0189
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( &apos;89)  <lb>
Baillif,  sous le vent de la ville, où l&apos;ancrage est  <lb>
également sûr.  <lb>
Les jésuites et les frères de la charité avaient  <lb>
dans ce quartier deux habitations , faisant par-  <lb>
tie des cinq qui, pendant la révolution, ont été  <lb>
réunies au domaine de l&apos;état.  <lb>
Les frères de la charité possédaient la sucrerie,  <lb>
dite Y hôpital ou Saint- Charles, sur la montagne  <lb>
de ce nom, près la rivière des Galions ; c&apos;est la  <lb>
plus considérable des cinq habitations. On y comp-  <lb>
tait autrefois 600 nègres, dont ii ne restait, dans  <lb>
les derniers temps, qUe20o, par suite des événemens  <lb>
et des ravages de 1794 et de 1801, et par l&apos;effet  <lb>
d&apos;Une mauvaise administration.  <lb>
L&apos;habitation que possédaient les jésuites est celle  <lb>
àppellée le, Bisdary, appartenant anciennement à  <lb>
M. Houel; elle est située sur les hauteurs, à peu de  <lb>
distance de celle Saint-Charles, et sur la rive  <lb>
gauche de la rivière de Sence. On y comptait autre-  <lb>
fois, 4oo nègres; elle était réduite , en 18,6, à  <lb>
environ une centaine.  <lb>
La population de ce quartier est de : 461 blancs,  <lb>
168 gens de couleur libres ; 3418 esclaves, faisant  <lb>
un total de 4*°47 individus.  <lb>
Ses terres sont divisées de la manière suivante :  <lb>
600 Carrés plantés en cannes.  <lb>
5o4 Id. en café.  <lb>
ii04 à reporter.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0204">
204
</controlpgno>
<printpgno>
0190
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -90 )  <lb>
,,o4  <lb>
48 Id. en coton.  <lb>
75 Id. en vivres.  <lb>
194 Id. en manioc.  <lb>
616 Id. en savannes.  <lb>
710 Id. en bois de bout.  <lb>
867 Id. en friche.  <lb>
Faisant un total de  <lb>
3614 Carrés.  <lb>
On y compte 14 sucreries, 102 caféyères, ,5 ha-  <lb>
bitations à coton, et 14 à yivres ou à manioc,  <lb>
ce qui forme i45 manufactures.  <lb>
Ce quartier n&apos;a que 15 moulins à eau , et 1 à  <lb>
bêtes.  <lb>
Il possède85 chevaux, ,32 mulets, 942 bêtes à  <lb>
cornes, 293, moutons ou cabris , et 38 ânes (1).  <lb>
(1) Voir l&apos;état de population général à la suite de cette Sta-  <lb>
tistique , pour connaître le nombre des individus valides et in-  <lb>
firmes de chaque sexe, de chaque couleur, et de ceux payant  <lb>
droit.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0205">
205
</controlpgno>
<printpgno>
0191
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -9- )  <lb>
CHAPITRE IV.  <lb>
Quartier du Parc et Matouba.  <lb>
Ce quartier, le plus petit de l&apos;île, le seul qui ne  <lb>
touche pas à la mer, est l&apos;espace compris entre la  <lb>
rivière Noire à TE., et la rivière Saint-Louis à  <lb>
l&apos;O., dont le confluent forme la rivière des Pères*  <lb>
Il est entouré de montagnes et fermé de toutes parts  <lb>
par ces rivières profondes, dont les bords sont  <lb>
escarpés, ce qui lui a fait donner le nom de Parc.  <lb>
Ce quartier est adossé aux mornes qui servent  <lb>
de base à la Soufrière *. aussi est-il le plus sain et  <lb>
le plus agréable de tous pour les Européens; on y  <lb>
jouit d&apos;un printemps continuel et semblable à celui  <lb>
du midi de la France; l&apos;air y est cependant humide  <lb>
à cause de la grande abondance de ses eaux.  <lb>
Dans les premières invasions des Anglais, le Parc  <lb>
a servi de retraite à beaucoup de familles de colons  <lb>
qui s&apos;y réfugiaient avec leurs effets, pour se sous-  <lb>
traire au pillage. On y a souvent élevé des retran-  <lb>
chemens qui ont toujours été abandonnés et dont  <lb>
il reste à peine quelques traces,  <lb>
Lepetitbourgqu&apos;ony voyait autrefois et qui était  <lb>
appelé Matouba n&apos;existe plus. La paroisse était<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0206">
206
</controlpgno>
<printpgno>
0192
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -92 )  <lb>
desservie anciennement par les carmes; elle est  <lb>
 annexée aujourd&apos;hui à celle de ia Basse-Terre, dont  <lb>
elle est limitrophe. En 1806 et 1807 on transfor-  <lb>
ma son église et Son presbytère en une belle maison  <lb>
de campagne, pour le gouverneur ; les Anglais  <lb>
l&apos;embellirent encore pendant leur Occupation de  <lb>
1810 à 1814- A la fin de 1815, quelques adulateurs  <lb>
de l&apos;étranger qui, quoique criblés de dettes, jouis-  <lb>
saient d&apos;un grand pouvoir, y firent faire de nou-  <lb>
veaux travaux dans le dessein de la distraire du do-  <lb>
maine du roi, et d&apos;en faire hommage à un général  <lb>
anglais, au nom et aux frais de la colonie qu&apos;on  <lb>
décimait alors par des proscriptions.  <lb>
Pour s&apos;y rendre de la Basse-Terre, on passe sur  <lb>
.un pont de bois qu&apos;on est parvenu à jeter entre deux  <lb>
montagnes très-rapprochées, sur la rivière Noire,  <lb>
et que M. de Nozières, qui lui a donné son nom,  <lb>
fit-construire en 1773. De ce pont, on découvre  <lb>
un gouffre effrayant par sa profondeur. Les deux  <lb>
montagnes taillées à pic, ont été rongées par le  <lb>
torrent de la rivière Noire, qui roule ses eaux à  <lb>
travers des rochers amoncelés et va se perdre dans  <lb>
1a rivière des Pères. En quittant ce pont, on des-  <lb>
cend dans le parc que de longues lisières de bois  <lb>
environnent, et dont la température fraîche fait  <lb>
oublier les ardeurs de la zone torride. On y trouve  <lb>
des légumes d&apos;Europe, entre autres l&apos;artichaut,  <lb>
quelques-uns de ses fruits , tels que k pomme et la  <lb>
fraise, mêlés à ceux des Antilles. La quantité d&apos;eau<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0207">
207
</controlpgno>
<printpgno>
0193
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -9*5 )  <lb>
vive et très-limpide qu&apos;on y voit affluer de toutes  <lb>
parts, rend l&apos;atmosphère humide et trop frais, à ce  <lb>
qu&apos;on prétend, pour les nègres.  <lb>
La population de ce quartier, se compose de 80  <lb>
blancs, 36 gens de couleur libres et de 384 cs~  <lb>
claves, qui font un total de 5oo âmes.  <lb>
Ses cultures consistent dans 32 carrés de terre  <lb>
plantés en cannes, ,43 en café, 21 en vivres et 12  <lb>
en manioc ; il y a en outre ,3o carrés de terre en  <lb>
friche, I/-.2 en savannes et 86 en bois de bout, ce  <lb>
qui forme un total de 56G carrés de terre.  <lb>
Ce quartier ne compte qu&apos;une sucrerie, 33 ca-  <lb>
féyères et 5 habitations à vivres ou manioc, faisant  <lb>
en tout 37 manufactures.  <lb>
11 n&apos;y a non plus qu&apos;un seul moulin à eau. 12  <lb>
chevaux, 18 mulets , 8 ânes , 115bêtes à cornes et  <lb>
17 moutons et cabris, composent le total de ses  <lb>
bestiaux.  <lb>
I.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0208">
<head>Book One:  Chapter V.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0208">
208
</controlpgno>
<printpgno>
0194
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( *9M  <lb>
CHAPITRE V.  <lb>
Quartier du Baillif.  <lb>
Le Baillif est séparé du quartier de la Basse-  <lb>
Terre, par la rivière des Pères, autrefois de Saint-  <lb>
Louis , qui prend sa source au pied d&apos;une des plus  <lb>
hautes montagnes, le morne S ans-Touché. Elle  <lb>
conserve le nom de Saint-Louis jusqu&apos;à la coulée  <lb>
de la montagne BeJIevue, où plusieurs rivières, en-  <lb>
tre autres celles dites Saint-Claude et la rivière  <lb>
Noire, (celle-ci vient du pied de la Soufrière) se  <lb>
réunissent et n&apos;en forment qu&apos;une seule qui prend  <lb>
le nom de rivière des Pères à environ 200 pas de  <lb>
la mer. Son lit, assez large et tout rempli de grosses  <lb>
roches, a plusieurs grands bassins; ses eaux sont  <lb>
sujettes à des croissances et à des débordemens su-  <lb>
bits ; cependant la rivière est guéable en divers en-  <lb>
droits , et on la traverse sur un pont de pierre qui  <lb>
a été construit en 1788.  <lb>
Il existait anciennement un bourg assez considé-  <lb>
rable sur la rivière des Pères, mais ayant été em-  <lb>
porté deux fois par le débordement de ses eaux,  <lb>
les habitans se transportèrent vers le fort, pour y  <lb>
former le bourg de la Basse-Terre. Sur sa rive droite<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0209">
209
</controlpgno>
<printpgno>
0195
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 195)  <lb>
et au milieu des halliers qui couvrent la plage , on  <lb>
trouve encore les restes d&apos;une tour, dite du père La-  <lb>
bat, que ce moine ingénieur fit construire en ,703,  <lb>
pour couvrir les deux habitations que son couvent  <lb>
possédait dans ce quartier, et les garantir des ra-  <lb>
vages des Anglais qui les avaient brûlées, avec  <lb>
me espèce de fureur, en 1691. Ces deux sucreries,  <lb>
appelées le Grand et le Petit - Marigot, comp-  <lb>
taient, avant la révolution, l&apos;une 400 et l&apos;autre 5oo  <lb>
nègres. Le peu qui en restait ayant été érparti sur  <lb>
les trois autres habitations de l&apos;état, elles sont de-  <lb>
meurées , pendant long-temps, dans un état dV  <lb>
bandon absolu; mais le Grand-Marigot vient d&apos;être  <lb>
rétabli en sucrerie par un fermier qui y a fait de  <lb>
grands établissemens depuis ,820. Le Petit-Ma-  <lb>
rigot est loué, parfois, à divers particuliers qui y  <lb>
pla-utent des vivres, ou y sèment des herbes de gui-  <lb>
née. Il paraît que ces deux habitations étaient répu-  <lb>
tées- autrefois pour la bonté de l&apos;air qu&apos;on y res-  <lb>
pirait, puisque les niililaires en convalescence y  <lb>
étaient envoyés; elles.ne le sont maintenant que pour  <lb>
leur insalubrité.  <lb>
En suivant la côte, on arrive à l&apos;embouchure de  <lb>
la rivière du Baillif, qu&apos;on appelait anciennement  <lb>
la Petite-Rivière. Elle prend sa source à environ  <lb>
une lieue et demie dans les hauteurs du Gros-  <lb>
Mome&apos;t coule le long de la montagne Saini-Ro-  <lb>
hert, et se. jette dans la mer près du petit bourg*  <lb>
i&apos;j<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0210">
210
</controlpgno>
<printpgno>
0196
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -96 )  <lb>
dont elle lire son nom. Ce bourg du Baillif qui  <lb>
s&apos;étendait autrefois des deux côtés de larivière fut  <lb>
ruiné parles Anglais en 169, , et emporté par un  <lb>
débordement lorsqu&apos;il était à peine reconstruit. H  <lb>
fut de nouveau brûlé par les Anglais en 1703, et  <lb>
toutes ces pertes, réunies à son excessive insalu-  <lb>
brité en ont éloigné presque tous les habitans, sur-  <lb>
tout les blancs, de sorte qu&apos;il est à-peu-près désert  <lb>
aujourd&apos;hui. Mais il est dominé par une suite de  <lb>
hauteurs, en amphithéâtre, que l&apos;on appelle la Mon-  <lb>
tagne-Saint-Louis, du nom de la rivière qui les ar-  <lb>
rose , dont le site est un des plus beaux, des plus  <lb>
sains et des mieux cultivés de l&apos;île.  <lb>
Après avoir passé la rivière du Baillif, on trouve  <lb>
sur la hauteur de la Madelaine, qui domine la raer,  <lb>
quelques faibles restes du château ou fort de ce  <lb>
nom , construit, d&apos;une manière régulière, par  <lb>
MM. Boisserct neveux, co-seigneurs de l&apos;île, lors  <lb>
du partage qu&apos;ils firent de la colonie, en 1659,  <lb>
avec leur oncle, M. Houel. Les Anglais détruisirent  <lb>
ce château en 1691.  <lb>
Le chemin de la côte conduit sur la hauteur de  <lb>
la falaise, au bas de laquelle coule la rivière Du-  <lb>
plessis, qui sert de borne à ce quartier. Tout le  <lb>
terrain compris entre la rivière du Baillif, et celle  <lb>
Duplessis , s&apos;appelle la montagne Saint-Robert.  <lb>
La plage de tout ce quartier, depuis la rivière des  <lb>
Pères jusqu&apos;à celle Duplessis, est très unie; située<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0211">
211
</controlpgno>
<printpgno>
0197
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -97 )  <lb>
sous le vent, la mer y est calme, aussi l&apos;ennemi,  <lb>
dans toutes ses attaques, Ta-t-il choisi pour point de  <lb>
débarquement.  <lb>
Ce quartier montueux et accidenté était ancien-  <lb>
nement Un des plus beaux de la colonie, mais au-  <lb>
jourd&apos;hui il manque de bras. Son littoral est très-in-  <lb>
salubre, tandis que l&apos;air est sain sur les hauteurs.  <lb>
C&apos;est, après le quartier des habitans, celui qui pro-  <lb>
duit le plus de coton.  <lb>
La paroisse du Baillif, anciennement desservie  <lb>
par les jacobins, est annexée aujourd&apos;hui à celle de  <lb>
la Basse-Terre, pour le spirituel; son église et son  <lb>
presbytère n&apos;existent plus.  <lb>
On compte dans ce quartier 166 blancs , 112 gens  <lb>
de couleur libres, et 1460 esclaves, ou 1738 indi-  <lb>
vidus.  <lb>
On y cultive 296 carrés de terre en cannes, x^3  <lb>
en café, 96 en colon, 3o en vivres et 129 en ma-  <lb>
-nioc. U y a 277 carrés en savannes, 261 en bois de  <lb>
bout, et 340 eft friche ; ce qui fait un total de  <lb>
,672 carrés de terre.  <lb>
On y trouve 11 manufactures à sucre, 25 à café,  <lb>
07 à coton, et 6 à vivres ou à manioc : total 79 ma-  <lb>
nufactures et 11 moulins à eau.  <lb>
Ses bestiaux sont au nombre de 26 chevaux, 80  <lb>
mulets, 5 ânes, 326 bêtes à cornes, et 110 moutons  <lb>
eu Cabris ; en tout, 54 7      *&quot;*<lb>
</p>
</div>
<div id="a0212">
<head>Book One:  Chapter VI.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0212">
212
</controlpgno>
<printpgno>
0198
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( &apos;93 )  <lb>
CHAPITRp VI.  <lb>
Quartier des Habitans, ou des, Vieus-Habitans.  <lb>
Ce quartier a hérité du nom d&apos;Habitans, que pre-  <lb>
naient les anciens engagés, lorsqu&apos;après avoir ache-  <lb>
vé les trois ans de service qu&apos;ils devaient à la pre-  <lb>
mière compagnie, ils se retiraient dans la partie  <lb>
appelée le fond des habitans, pour n&apos;être plus con-  <lb>
fondus avec les autres serviteurs (i). Il a toujours  <lb>
été séparé du Baillif far la rivière Duplessis,  <lb>
qui prend sa source au-delà de la montagne Bel-air,  <lb>
s&apos;augmente de divers ruisseaux, et se rend à la mer  <lb>
par une pente rapide. Elle coule entre deux hautes  <lb>
falaises, à travers beaucoup de pierres et de rochers  <lb>
qui en rendent légué difficile, quoiqu&apos;elle n&apos;ait pas  <lb>
plus de six toises de largeur. Son eau passe pour la  <lb>
plus légère et la plus saine de l&apos;île.  <lb>
L&apos;anse et la pointe dites du Val-de-l&apos;Orge, qu&apos;on  <lb>
trouve après cette rivière, sont dominées par la  <lb>
montagne de la Cousinière. Les terres calcinées qui  <lb>
(i) Labat., édition de i742- torn. 2&quot;, pag. 53-* et 338.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0213">
213
</controlpgno>
<printpgno>
0199
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
C&apos;99)  <lb>
bordent ce rivage tout parsemé de morceaux de-  <lb>
rochers ftôirs, ont un aspect sinistre.  <lb>
Bientôt après on arrive au fond âes habitons r  <lb>
plaine d&apos;environ 5oô toises de large, partagée en.  <lb>
deux parties presqu&apos;égales par la rivière des habi-  <lb>
tons, Celte rivière, grossie par diverses branches  <lb>
qui prennent leur Source au-delà des mornes Bel-  <lb>
air, de l&quot; Archevêque et Tarrare, forme, avant de se  <lb>
jeter à la mer * une espèce d&apos;étang. Elle est très-  <lb>
poissonneuse , parce que ses bords sont couverts de  <lb>
mangles et de palétuviers » qui offrent des retraites  <lb>
assurées aux poissons, mais qui en rendent les en-  <lb>
virons très -malsains,, Aussi le bourg, situé tout  <lb>
près de larivière, est-il presqu&apos;inhabité, et on Ta  <lb>
laissé tomber en ruines. Celte paroisse était autre-  <lb>
fois desservie par des capucins. L&apos;église existe en-  <lb>
core, sans presbystère, mais il n&apos;y a plus de curé^  <lb>
celui de la Basse-Tçrre y va de temps en temps pour    <lb>
le service de la paroisse.  <lb>
Le terrain compris entre la rivière JDuplessis et  <lb>
h fond des habitans t jusqu&apos;à environ 3oo toises \  <lb>
vers la hauteur, est sec et use, à l&apos;exception de quel- ¦  <lb>
ques fonds qui peuvent encore avoir un jieu de terre  <lb>
grasse. La plaine du fond a été .gâtée Tet boule- ,  <lb>
Versée par les eaux de la rivière.- Cette plaine , ..r  <lb>
qui va s&apos;élevant jusqu&apos;à plus de 4°° toises,   est  <lb>
partagée eu deux grandes portions&quot; par un morne  <lb>
assert haut. C&apos;est dans k partie de l&apos;est que se<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0214">
214
</controlpgno>
<printpgno>
0200
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   20O   )  <lb>
trouve larivière des habitans. A 25q toises plus loin,  <lb>
dans TO., coule la petite rivière appelée Beau-  <lb>
Gendre; celle-ci descend des hauteurs de Bouil-  <lb>
lante et du morne, Sans fin, réunit ses eaux à une  <lb>
dçmi-lieue de sa squrce, se dirige dans le S.-O.,  <lb>
pour se perdre dans l&apos;anse du Marigot, au pied du  <lb>
inprne Beau-Gendre, qui termine à l&apos;Est, la plaine  <lb>
des habitans  <lb>
&gt;  <lb>
*    &apos;                 ANSE   A  LA  BARQUE.  <lb>
A iooo toises environ de cette rivière, on des-  <lb>
cend dans une vallée étroite et profonde , où coule  <lb>
un ruisseau qui sq perd dans la mer, au fond de  <lb>
la baie appellee Y Anse d la barque, sans doute à  <lb>
cause de la première barque qui y aborda. Cette  <lb>
anse est formée par un pourtour de collines cou-  <lb>
vertes de cocotiers et de palmistes, qui lui donnent  <lb>
un aspect charmant; mais Tairén e^textrêmement  <lb>
mal-sain, à cause des marais dont elle est trop voi-  <lb>
sine; Userait cependant facile de l&apos;assainir, en dessé-  <lb>
chant ces marais, au moyen d&apos;irrigations et decom-  <lb>
blernens. Son entrée , formée par les deux pointes  <lb>
Coi/pard et Duché, est large d&apos;environ i5o toises;  <lb>
elle en a 200 dans son milieu, finit en ovale, eta, au  <lb>
moînSj près d&apos;un quart de lieue de profondeur. En-  <lb>
vironnée de terres hautes et escarpées , cette anse  <lb>
est à couvert de tous les vents, excepté de tcelui<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0215">
215
</controlpgno>
<printpgno>
0201
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3oi )  <lb>
d&apos;O- S.-O., qui souffle dans son embouchure. Son  <lb>
fond, qui est partout de sable et permet de  <lb>
mouiller à trois et quatre brasses de profondeur,  <lb>
au raz du rivage, offrirait un asile sûr aux vais-  <lb>
seaux , si l&apos;insalubrité de l&apos;air, surtout dans l&apos;hi-  <lb>
vernage, ne moissonnait pas les équipages. Elle est  <lb>
défendue par deux batteries, construites sur les  <lb>
mornes Coupard et Duché, dont les feux se croi-  <lb>
sent.  <lb>
Les Anglais détruisirent ces batteries en 1809,  <lb>
sans doute , pour que les habitans des quartiers li-  <lb>
mitrophes, n&apos;oubliassent pas que, déjà en 1691 ,  <lb>
toutes les propriétés de leurs ancêtres avaient été  <lb>
incendiées et saccagées par eux; car les Anglais  <lb>
aiment à rappeller de temps en temps, aux peuples,  <lb>
le mal qu&apos;ils leur ont fait.  <lb>
Le quartier des habitans, que l&apos;anse à la Barque  <lb>
sépare de celui de Bouillante, est très-montueux,  <lb>
et ses côtes sont très-mal saines.  <lb>
Sa population se compose de 233 blancs, 217  <lb>
gens de couleur libres, et de i65o esclaves, ou  <lb>
de 2ioo individus de toute couleur.  <lb>
On y cultive 413 carrés de terre en café, qui fait son  <lb>
principal revenu , i5o carrés en cannes, 122 en  <lb>
coton, 5 en cacao, 60 en vivres, et ,o5 en manioc;  <lb>
on y compte, en outre, 264 carrés en savannes ,  <lb>
5o6 en bois de bout, et 812 en friche, qui, tous  <lb>
ensemble, forment un total de 2435 carrés de terre.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0216">
216
</controlpgno>
<printpgno>
0202
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   202   )  <lb>
Il possède 4 manufactures â sucre, 73 à café,  <lb>
58 à coton, et 7 à vivres du à manioc , total, 122,  <lb>
Il y a 4 moulins à eau ; 32 chevaux, 32 mulets,  <lb>
10 ânes, 190 bêtes à cornes, et i23 moutons  <lb>
ou cabris; en tout, 857 bestiaux.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0217">
<head>Book One:  Chapter VII.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0217">
217
</controlpgno>
<printpgno>
0203
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ao3 )  <lb>
¦&apos;¦t     &quot;.....&apos; &apos;&apos;¦&apos;I&apos;     ¦¦IF&apos;l-f*  W  <lb>
CHAPITRE VÏI.  <lb>
Quartier de Bouillante.  <lb>
Le quartier de Bouillante se nommait autrefois  <lb>
Xilet à Goyave, mais la chaleur de ses fontaines l&apos;a  <lb>
fait appeler de son nom actuel; il commence à la  <lb>
pointe N.-O. de l&apos;anse à la barque. En quittant le  <lb>
fond de cette anse, on grimpe sur un morne assez  <lb>
élevé et d&apos;un aecès difficile; le chemin, toujours  <lb>
pierreux, coupé de ravins et de ruisseaux, se rap-  <lb>
proche peu à peu du bord de la mer, et serpente sur  <lb>
une falaise escarpée. Avant de passer la rivière ap-  <lb>
pelée Bouillante, du nom du piton au-delà duquel  <lb>
sa source jaillit et vient se perdre dans l&apos;anse du  <lb>
même nom, on arrive au bourg qui est le chef-lieu  <lb>
de ce quartier. Ce bourg fut brûlé et saccagé par les  <lb>
Anglais, en *7q3; il est à peu près abandonné au-  <lb>
jourd&apos;hui à cause de son extrême insalubrité. Lç  <lb>
rivage d&apos;une partie de cette anse est tout couvert  <lb>
de galets et de roches de diverses grosseurs ; l&apos;autre  <lb>
partie n&apos;offre qu&apos;un sablç blanc et ferme.  <lb>
Le sol de ce quartier paraît, plus que dans tout  <lb>
autre endroit de la colonie, récemment travaillé par<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0218">
218
</controlpgno>
<printpgno>
0204
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   204  )  <lb>
Taction des feux souterrains. En creusant à un pied  <lb>
de profondeur, la terre et le sable que l&apos;on trouve  <lb>
sont très-chauds ; en pénétrant un pied plus bas, ils  <lb>
deviennent brûlans, et il en sort une fumée qui sent  <lb>
le souffre. Il y a dans ce quartier plusieurs sourees  <lb>
d&apos;eau bouillante, dont une jaillit à cinq ou six pas  <lb>
dans la mer, par Un seul jet d&apos;environ trois pouces  <lb>
de diamètre, qui fait bouillonner l&apos;eau et échauffe  <lb>
celle de la mer dans un rayon de 2 à 3 toises, et à 4  <lb>
et 5 pieds de profondeur. Labat, en 1696, y fit  <lb>
cuire des  ufs * en les tenant suspendus dans l&apos;eau  <lb>
avec son mouchoir; la inertie épreuve y réussit en-  <lb>
core tous les jours, et cependant la superficie du  <lb>
sable n&apos;a pas plus de chaleur vis-à--vis l&apos;endroit où  <lb>
elle bouillonne que dans les autres. Non loin de là est  <lb>
un étang ou marre de 7 à 8 toises de diamètre, dont  <lb>
l&apos;eau blanchâtre est très-chaude, sent le soufre et  <lb>
jette sans cesse de grosses bulles. Dans le milieu,  <lb>
ces bulles deviennent moins grosses, mais elles  <lb>
sont plus fréquentes vers les bords. L&apos;étang, en de-  <lb>
versant ses eaux, produit un petit ruisseau qui perd  <lb>
une partie de sa chaleur et de Son goût -, -à mesure  <lb>
qu&apos;il s&apos;éloigne de sa source pour arriver à la mer.  <lb>
A côté de l&apos;étang est un marécage encore plus brù,-  <lb>
knt, où il ne croît que quelques herbes blanchâtres  <lb>
couvertes d&apos;une espèce de poudre de soufre.  <lb>
Toutes ces eaux passent pour être très-salutaires  <lb>
contre les hydropisies, les engorgemens, les hu-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0219">
219
</controlpgno>
<printpgno>
0205
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(  205  )  <lb>
meurs froides et les maux de nerfs ; on cite même  <lb>
les cures qu&apos;elles ont faites, mais il n&apos;y a aucun  <lb>
établissement pour les administrer.  <lb>
Celle action volcanique, qui paraît avoir son  <lb>
foyer dans l&apos;intérieur de la chaîne des montagnes  <lb>
de l&apos;île, semblerait confirmer ce que nous avons  <lb>
déjà dit, qu&apos;un volcan très - considérable a existé  <lb>
dans le centre des montagnes qui dominent celles  <lb>
des deux mamelles. Ce volcan se sera éteint par  <lb>
suite de quelque grande révolution * et il n&apos;en est  <lb>
resté d&apos;autres traces que celles qu&apos;on remarque à  <lb>
la Soufrière et dans le quartier de Bouillante.  <lb>
Un peu plus loin, on arrive à l&apos;embouchure de  <lb>
la rivière Bourceau, dont les deux branches pren-  <lb>
nent leur source dans la plus haute chaîne des  <lb>
rnonts, se réunissent au pied de la montagne des  <lb>
deux mamelles, et viennent, après un cours rapide,  <lb>
se perdre dans la même anse. La rivière Lostauk,  <lb>
qu&apos;on trouve plus loin, prend la sienne au-delà de  <lb>
la montagne de son nom, et vient se perdre un peu  <lb>
au nord de la pointe Pigeon, où existait autrefois  <lb>
un petit bourg de ce nom, dans l&apos;anse de Gallet» Le  <lb>
morne Criquet est situé en face de Filet à Goyave,  <lb>
qui s&apos;élève au-dessus des flots à une demi-lieue delà  <lb>
côte, et qui tire son nom de la quantité de goya-  <lb>
viers qui y croissent. Après avoir dépassé la pointe  <lb>
occidentale de Malendure, on arrive à la rivière à  <lb>
Colas, qui surgit du pied des hauteurs au-delà du  <lb>
morne à Loi«s, sert de limite aux deux quartiers,<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0220">
220
</controlpgno>
<printpgno>
0206
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ao6 )  <lb>
et se perd dans l&apos;anse à laquelle elle donne son nom.  <lb>
Depuis la rivière Beau- Gendre à la pointe Ma&gt;  <lb>
lendure, la terre est sèche, maigre, toute remplie&quot;  <lb>
de pierres, et né peut guère; produire d&apos;autre es-  <lb>
pèce d&apos;arbre que l&apos;acacia, bois dur, que Ton appelle  <lb>
tendre à caillou. Les chemins sont difficiles et rabo*  <lb>
teux. Le mancenillierr si dangereux par son poi-  <lb>
son,, est très-commun sur toute la GÔte.  <lb>
  La paroisse de Bouillante était autrefois desser-  <lb>
vie paT les jacobins-;. maintenant il n&apos;y a plus de  <lb>
curé,; celui* de là Pointe*Noire y va- dire la messe  <lb>
de temps en temps-, dans la maison du presbytère,  <lb>
&lt;jui tient lieu d&apos;église.             1 *      i.. ¦....*-  <lb>
Cette-paroisse a 1717 habitans,. qui se divisent  <lb>
en* ï6&amp;*blancs,. 76 gens de couleur libres, et i4$r*  <lb>
esclaves.&apos;&quot; -&apos;  ¦&apos;;¦&apos;&apos;...; ¦.¦&apos;«. i&quot;   . ¦¦&apos;.&quot;-¦  <lb>
Ses cultures occupent- 104* carrés en cannes,  <lb>
253 en café ; 34 en coton*» 47 ei* vivres et 112 e»  <lb>
ina-oAod. Elle a plus de 329 carrés ea savannes, 58r  <lb>
ea&apos;bois debout et 628 en friche, ce.qui* forme-en-  <lb>
tou«2088 carrés.-- &quot;    .-¦ ¦ &apos;  &apos;; ¦.-¦*  e-  &apos;.¦¦¦..   -.-. .,, -~.&lt;î  <lb>
On y compte- 77 manufactures, dont4 à sucra -i  <lb>
6-23 café, 5 à coton-et&apos;&amp;à vivres-ou* maniotf. &lt;*;\*&quot;i n  <lb>
Le; nombre- de ses moulins est de S à eau* et v. h  <lb>
bêtes;; celui, de; ses bestiaux; est de»36r, dontafc  <lb>
chevatux,. 3o&gt;mulets», 6 ânes&lt; 16S bêtes à cornes et»  <lb>
^39moutons*ou-cabrisi      &gt;   r«.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0221">
<head>Book One:  Chapter VIII.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0221">
221
</controlpgno>
<printpgno>
0207
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -*&gt;7 )  <lb>
-&apos;¦ &apos;- &apos;  &apos;¦iii in      HUP*         &apos;i&apos;.ii i..^     ¦         ¦&apos;       i i|   ¦   <lb>
CHAPITRE Vlll.  <lb>
Quartier de la Pointe-Noire*  <lb>
Le quartier de la Pointe-Noire est séparé de mlm  <lb>
de Bouillante par larivière à Cola», après laquelleon-,  <lb>
trouve celle très-petite appelée Mahaut, qui pran4  <lb>
sa source dans les hauteurs* à peu de distance* de kv  <lb>
pointe Mahaut où elle vient se perdre. On entre en-*»  <lb>
suite dans les Deux-Plaines, qui ne sont que deux;  <lb>
espèces de champs diviséspar un çap ; l&apos;un peu* avqir^  <lb>
25o toises de large, surôoode hauteur, et l&apos;antre42*?5  <lb>
toises de large sur une dimension beaucoup plus  <lb>
grande en longueur et qui va aussi enr s&apos;élevant. Ge%  <lb>
deuxxhamps sont traversés par deux rivières appe-**  <lb>
lées U Grande-Plaine et la Petite-Plaine, qui pf en-*,  <lb>
nent leur source au pied des montagnes les, plus  <lb>
hautes de cette chaîne. Ces deux rivières sqnt bi^ur-  <lb>
quées et séparée-s dans leur cours &gt; par le prolonge^  <lb>
mentdu morne Piment, La rivière Caillou cottle  <lb>
plus loin : elle est formée par quatre branches prin***.  <lb>
cipales t qui prennent leur source au-delà du, piton»  <lb>
Guionneau et du morne la Belle -Hôtesse ^ et se  <lb>
réunissent à peu de distance du bourg de la Pointe-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0222">
222
</controlpgno>
<printpgno>
0208
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   208   )  <lb>
Noire, où elles se jettent dans la mer. Les trois  <lb>
petits bourgs appelés autrefois Caillou, Mari-  <lb>
got et Saint-Jean, forment celui connu aujour-  <lb>
d&apos;hui sous le nom de bourg de la Pointe-Noire,  <lb>
parce que ce bourg est à peu de distance, dans le  <lb>
S., de la Pointe-Noire, ainsi appelée de la cou-  <lb>
leur des roches volcaniques dont le terrain est  <lb>
couvert. Il offre un aspect dçs plus misérables par  <lb>
l&apos;insalubrité qui le dépeuple, ainsi que toute la  <lb>
côte occidentale, les vents réguliers de TE. étant  <lb>
interceptés par les mornes de la partje orien-  <lb>
tale. Non loin de cette pointe, on voit la rivière  <lb>
Baille- Argent, dont la source est derrière la  <lb>
Grosse - Montagne et qui vient se perdre dans  <lb>
l&apos;anse de son nom, où finit le quartier de la Pointe*  <lb>
Noire.  <lb>
Ce quartier, excessivement montueux , n&apos;a pas  <lb>
le nombre de bras nécessaires à sa culture, et fait  <lb>
peu de sucre ; mais il fournit les plus beaux bes-  <lb>
tiaux de la colonie, et produit beaucoup de café.  <lb>
L&apos;indigo, dont la culture a été entièrement aban-  <lb>
donnée pour celle du café , y croît naturellement  <lb>
et sans soin. Cette circonstance, et la longue durée  <lb>
de ses cannes à sucre , attestent que son sol a été  <lb>
extrêmement fertilisé par les cendres volcaniques.  <lb>
Il y croît aussi beaucoup de campêches.  <lb>
Dans les hautes montagnes presqu&apos;inaccessibles  <lb>
qui dominent ce quartier, des nègres marrons ont<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0223">
223
</controlpgno>
<printpgno>
0209
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(  209 )  <lb>
établi un camp d&apos;ajoupas (baraques à nègres),  <lb>
qui communique avec les nègres marrons du quar-  <lb>
tier de Sainte-Rose (i).  <lb>
Cette paroisse , autrefois desservie par les jaco-  <lb>
bins , l&apos;est, dans ce moment-ci, par un curé ; son  <lb>
église et son presbytère existent.  <lb>
Sa population se compose de 1749 âmes, dont :  <lb>
233 blancs , 241 gens de couleur libres, et 1275 es-  <lb>
claves.  <lb>
Sa surface est de 2g83 carrés, savoir : 92 en  <lb>
cannes, 274 en café, 35 en coton, 85 en vivres,  <lb>
104en manioc ,691 en friche, 288 en savannes, et  <lb>
,414 eu bois debout.  <lb>
On y trouve 102 manufactures, dont 3 à sucre,  <lb>
88 à café, 6 â coton, et 5 à vivres ou manioc.  <lb>
Elle a 3 moulins à eau, et 56o bestiaux, dont :  <lb>
40 chevaux, 16 mulets, 11 ânes, 268 bêtes à cornes,  <lb>
et 325 moutons ou cabris.  <lb>
(1) On appelle nègre marron celui qui a déserté de che*s  <lb>
jon maître; et nègre épave, celui qui, n&apos;ayant aucun titre de  <lb>
liberté, ne peut prouver à qui il appartient.  <lb>
I.                                        -4<lb>
</p>
</div>
<div id="a0224">
<head>Book One:  Chapter IX.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0224">
224
</controlpgno>
<printpgno>
0210
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   210  )  <lb>
CHAPITRE IX.  <lb>
Quartier de Deshayes.  <lb>
11 commence à la rivière Ferry, qui prend sa  <lb>
source au pied des plus hautes montagnes , coule  <lb>
en deux branches jusqu&apos;à peu de distance de lamer,  <lb>
où elle se réunit pour se perdre dans l&apos;anse qui  <lb>
prend son nom. Il existait, autrefois, dans cette  <lb>
partie, un petit bourg du nom de Ferry.  <lb>
Après avoir dépassé le morne auxfoux et l&apos;anse  <lb>
à soldats, où se jette un petit ruisseau: on arrive  <lb>
à la rivière Deshayes, formée de deux branches  <lb>
qui prennent leur source dans les plus hautes mon-  <lb>
tagnes , coulent de l&apos;est à l&apos;ouest, se réunissent au  <lb>
milieu du prolongement du morne dit le dos d&apos;âne  <lb>
mort, pour se jeter dans l&apos;anse Deshayes, au pied  <lb>
des ruines du bourg de même nom. Les Anglais,  <lb>
excités par un odieux sentiment de vengeance, l&apos;in-  <lb>
cendièrent et le ruinèrent en i8o4. L&apos;église et le  <lb>
presbytère ayant été détruits à cette époque, il n&apos;y  <lb>
a plus de curé dans Ja paroisse.  <lb>
Toute la partie occidentale de la Guadeloupe,  <lb>
depuis la pointe sud du vieux fort jusqu&apos;au cap du  <lb>
Gros-Morne, qui forme la pointe nord de l&apos;anse de<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0225">
225
</controlpgno>
<printpgno>
0211
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(211   )  <lb>
Deshayes, était désignée autrefois par le nom de  <lb>
Basse-Terre, ou terre de dessous le vent. Ce cap  <lb>
servait de limite aux réserves que les seigneurs pro-  <lb>
priétaires se ménagèrent sur toute la partie nord  <lb>
de l&apos;île, depuis le Gros-Morne jusqu&apos;à la rivière  <lb>
salée, partie qu&apos;on désigna sous le nom de Grand-  <lb>
Cul-de-Sac, lors de la vente qu&apos;ils firent de la colo-  <lb>
nie à la seconde compagnie, en 1664. Le droit de  <lb>
suzeraineté, qu&apos;ils continuèrent d&apos;y exercer, les  <lb>
prétentions étendues qu&apos;ils affectaient, et les pira-  <lb>
teries des Anglais d&apos;Antigues et de Mont-Serrat,  <lb>
firent que toute cette partie resta long-temps dé-  <lb>
peuplée et inculle. (1) Après le Gros-Morne on  <lb>
trouve la Grande-Anse, où se jettent les deux ri-  <lb>
vières dites de la Grande-Anse, qui prennent leur  <lb>
source dans la partie nord de la chaîne des monta-  <lb>
gnes. Plusieurs ruisseaux, peu considérables, se per-  <lb>
dent également dans l&apos;anse le Breton ; et les deux  <lb>
rivières de la Perle, dont la source est à environ  <lb>
une lieue dans les hauteurs, vont se jeter dans l&apos;anse  <lb>
qui porte leur nom. Le quartier de Deshayes se  <lb>
termine aux pointes des anses du Grand et du Petit  <lb>
abat-vent.  <lb>
Son aspect est un des plus tristes de la colonie ;  <lb>
c&apos;est celui oùles cultures sont le moins développées,  <lb>
quoique l&apos;anse de Deshayes soit commode pour le  <lb>
(1) Labat, édition de 1742- vol. 3&apos;, pag. 56et 57.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0226">
226
</controlpgno>
<printpgno>
0212
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( ---I*2 )  <lb>
cabotage, est aussi facile à fortifier qu&apos;à défendre.  <lb>
Mais la côte est très-malsaine, et le terrain est par-  <lb>
tout volcanisé, comme on peut le remarquer depuis  <lb>
le quartier du Baillif.  <lb>
La population du quartier de Deshayes est la  <lb>
moins nombreuse de celle de tous les quartiers  <lb>
de la colonie. On n&apos;y compte que 494 individus,  <lb>
dont 57 blancs , 34 gens de couleur libres, et 4°3  <lb>
esclaves.  <lb>
Ses cultures n&apos;occupent que 28 carrés en cannes,  <lb>
48 en café,6* en coton, 2 en cacao, 23 en manioc,  <lb>
et 24 en vivres. On y compte encore i45 carrés  <lb>
en friche , 80g en bois de bout, et 97 en savannes ;  <lb>
total, 1182 carrés.  <lb>
Il possède 25 manufactures, dont 1 à sucre , 19 à  <lb>
café, 1 à coton, 1 à cacao, et 3 à vivres ou à ma-  <lb>
nioc.  <lb>
Il n&apos;a qu&apos;un seul moulin à eau, et seulement 35i  <lb>
bestiaux, savoir: i3 chevaux, ,3 mulets, 2 ânes,  <lb>
273 bêtes à cornes, et 5 moutons ou cabris.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0227">
<head>Book One:  Chapter X.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0227">
227
</controlpgno>
<printpgno>
0213
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   213   )  <lb>
CHAPITRE X.  <lb>
Quartier de Sainte-Rose. Camp des nègres marrons.  <lb>
Ce fut dans la partie nord-ouest dexe quartier , à,  <lb>
la pointe et dans l&apos;anse dite du? Vieux-Fort, que  <lb>
Lolive et Duplessis débarquèrent, en i635 , pour y  <lb>
faire le premier établissement de cidture. Lolive se  <lb>
fixa, avec la moitié de l&apos;expédition, au confluent de  <lb>
la petite rivière dite du Vieux-Fort, qui prend sar  <lb>
source au pied des hautes montagnes, coule du  <lb>
midi au nord, et se perd dans l&apos;anse du Vieux-  <lb>
Fort, Il y construisit une espèce de fortin auquel il  <lb>
donna le nom de Saint-Pierre , parce qu&apos;il en prit  <lb>
possession la veille de la fête de ce saint. Duplessis,  <lb>
avec l&apos;autre moitié de l&apos;expédition, s&apos;établit un peu  <lb>
plus loin, de l&apos;autre côté de la pointe Allègre , sur  <lb>
la petite rivière dite du Petit-Fort, qui prend sa  <lb>
source dans les mêmes réservoirs que la rivière du  <lb>
Vieux-Fort, coule sur une pente parallèle, et se  <lb>
jette dans la grande anse à la pointe du Petit-Fort.  <lb>
Duplessir y construisit un autre petit fortin ,  <lb>
dont il n&apos;est resté que le nom , de même qu&apos;il n&apos;est<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0228">
228
</controlpgno>
<printpgno>
0214
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   214   )  <lb>
resté que celui du Vieux-Fort bâti par Lolive (,),  <lb>
parce qu&apos;ils étaient établis sur la partie la plus in-  <lb>
grate de l&apos;île , qu&apos;on fut forcé d&apos;abandonner.  <lb>
Cette partie fut en suite érigée en comté de Loheac,  <lb>
qui passa au comte de Crapado. On y trouve au-  <lb>
jourd&apos;hui l&apos;habitation Zénon-Lemesle. Après la ri-,  <lb>
vière Madame, qui prend sa source à peu de dis-  <lb>
tance dans les montagnes, on traverse la rivière de  <lb>
la Ramée, formée de deux branches qui ont leur  <lb>
source dans les mêmes montagnes , se réunissent à  <lb>
peu de distance de la mer , et vont se perdre dans  <lb>
l&apos;anse de la Ramée. La rivière dite Salée descend  <lb>
aussi de ces hauts mornes, et se jette dans l&apos;anse  <lb>
de Sainte-Rosé, après avoir arrosé les terres du  <lb>
bourg de ce nom. Ce bourg est bien entretenu et  <lb>
assez beau, quoique Tair y soit malsain , comme  <lb>
sur toutes les côtes privées des vents d&apos;E. On trouve  <lb>
ensuite la rivière à Moustiques, ainsi appelée par  <lb>
la quantité de ces insectes que Ton rencontre sur  <lb>
ses bords couverts de mangles et de palétuviers.  <lb>
Elle prend sa source dans les hautes montagnes,  <lb>
fait un grand circuit vers TE. et vient se perdre  <lb>
au N.-O. dans l&apos;Anse à Moustiques. Depuis la  <lb>
pointe d&apos;Amphoux jusqu&apos;à la grande rivière à  <lb>
Goyaves qui sert de limite à ce quartier, la côte est  <lb>
(i) Dutertre, vol. i&quot;, pag. --5 à 80.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0229">
229
</controlpgno>
<printpgno>
0215
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(215   )  <lb>
basse, noyée par quantité de petits ruisseaux, et  <lb>
couverte de mangles qui en rendent le séjour très-  <lb>
insalubre.  <lb>
Ce quartier est cependant un des plus beaux et  <lb>
des mieux cultivés de l&apos;île; son sol léger et sablon-  <lb>
neux a besoin de beaucoup d&apos;eau pour le fertiliser.  <lb>
La paroisse de Sainte-Rose est desservie par un  <lb>
curé, elle a une église et un presbytère.  <lb>
On assure que les nègres marrons se sont réunis  <lb>
sur les montagnes les plus élevées de ce quartier,  <lb>
et que, dans ces endroits fourrés et du plus diffi-  <lb>
cile accès, ils  ont établi un  camp qui commu-  <lb>
nique avec celui des hauteurs de la Pointe-Noire.  <lb>
On les  croit au nombre d&apos;environ mille dans ce  <lb>
camp. Lorsque, dans une battue générale, des chas-  <lb>
seurs ont pu parvenir jusqu&apos;à eux, ils season t tou-  <lb>
jours échappés dans les bois ; mais, le danger passé,  <lb>
ils sontrevenusconstruire leurs ajoupas et replanter  <lb>
leurs vivres. Leur existence est celle de* vrais sau-  <lb>
vages , vendant par fois du gibier aux nègres des  <lb>
habitations voisines, avec lesquels ils ont toujours  <lb>
des communications secrètes, se nourrissant des  <lb>
fruits, des légumes et des racines qu&apos;ils cultivent ;  <lb>
et cependant préférant cette liberté, toute misé-  <lb>
rable qu&apos;elle est, aux fers les plus légers, tant Tin-  <lb>
dépendance a d&apos;attraits pour tous les hommes.  <lb>
La population du quartier de Sainte-Rose, s&apos;é-  <lb>
lève à 325i individus, savoir : 276 blancs, i55  <lb>
gens de couleur libres , et 282,0 esclaves.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0230">
230
</controlpgno>
<printpgno>
0216
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(ai6j  <lb>
Sa surface se compose de 538o carrés de terre,  <lb>
divisés en 825 carrés pour la canne, 152 pour le  <lb>
café, 4 pour le coton, 2o3 destinés au manioc,  <lb>
167 aux autres vivres , faisant ,351 carrés cultivés;  <lb>
et 452 carrés en friche, 2324 en bois debout,  <lb>
1253 en savannes , ou 4°29 carrés sans culture.  <lb>
Ses manufactures sont au nombre de 74, dont  <lb>
18 à sucre, 47 à café, 1 à coton, et 8 à vivres ou  <lb>
à manioc.  <lb>
11 y a 18 moulins à eau et 2 à bêtes.  <lb>
Le total des bestiaux est de 1285, dont 54 che-  <lb>
vaux, 2i5 mulets,6 ânes, 820 bêtes à cornes, et 190  <lb>
moutons ou cabris.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0231">
<head>Book One:  Chapter XI.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0231">
231
</controlpgno>
<printpgno>
0217
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 2*7 )  <lb>
CHAPITRE XL  <lb>
Quartier du Lamentin.  <lb>
Le. quartier du Lamentin est séparé de celui de  <lb>
Sainte-Rose, par la grande rivière k Goyaves, ainsi  <lb>
appelée de la quantité de goyaviers qu&apos;on, y trouva.  <lb>
Autrefois on la nommait aussi Saint-Charles ; c&apos;est  <lb>
la plus considérable rivière de la colonie et celle  <lb>
dont le cours se prolonge le plus,. Elle prend sa  <lb>
source dans le milieu de la chaîne des. hautes  <lb>
montagnes de la Guadeloupe, s&apos;accroît, dans son  <lb>
cours, de toutes les eaux de leur versant oriental,  <lb>
reçoit le bras David, le bras Saint Jean,, le bras de  <lb>
Sable, et successivement quatre autres bras aussi  <lb>
considérables, ainsi que la Petite-Riviere et k ri-  <lb>
viere de Bejenceneau. Elle coule du sud au nord  <lb>
tant qu&apos;elle est encaissée dans les montagnes, serr  <lb>
pente ensuite vers Test sur un fond de palétu,-  <lb>
V1ers, et, après un cours de quatre lieues, vient se  <lb>
jeter dans le grand Cul-de-Sac, en face de Tîlet à  <lb>
Fajou. Les navires pourraient la remonter à la  <lb>
distance de iooo toises; elle porte bateau jusqu&apos;à<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0232">
232
</controlpgno>
<printpgno>
0218
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(ai8)  <lb>
près de deux lieues de son embouchure, et peut  <lb>
alors être comparée à la Seine à Paris.  <lb>
La grande riviere à Goyaves est très-importante  <lb>
pour le transport et l&apos;embarquement des produits  <lb>
coloniaux. Son embouchure, large d&apos;environ i5o  <lb>
toises, a 8 brasses d&apos;eau dans son milieu. Elle ser-  <lb>
vait autrefois de limite aux possessions Houel et  <lb>
Boisseret. Celles-ci comprenaient toute la partie  <lb>
de l&apos;ouest jusqu&apos;au gros morne, et les autres, toute  <lb>
la partie de Test jusqu&apos;à la rivière salée ; elles étaient  <lb>
bornées au midi par la rivière du coin et au N.  <lb>
par k mer. Elles furent désignées sous le nom de  <lb>
terre de Saint-Germain , jusqu&apos;en 1707, que le roi  <lb>
Térigea en marquisat d&apos;Houel-Bourg (quoiqu&apos;il  <lb>
n&apos;y eût ni bourg ni village), en faveur de M- Houel,  <lb>
capitaine aux gardes, fils aîné de l&apos;ancien seigneur-  <lb>
propriétaire/qui la vendit, en 1726, à M. de Ré.  <lb>
Elle forme aujourd&apos;hui deux quartiers, celui du  <lb>
Lamentin et celui de la Baie Mahaut; l&apos;habita-  <lb>
tion dite Hôuel-Bourg appartient aujourd&apos;hui J  <lb>
M. Reimoneng.  <lb>
Le bourg du Lamentin est peu habité à cause du  <lb>
mauvais air qu&apos;on y respire, surtout pendant l&apos;hi-  <lb>
vernage. Il est situé au fond d&apos;une baie du même  <lb>
nom et au confluent de la petite rivière du Lamen-  <lb>
tin , dont la source est à une lieue et demie de la  <lb>
côte; elle coule du S. au N. N. E. et vient se jeter  <lb>
dans la baie qui porte son nom. La paroisse du La-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0233">
233
</controlpgno>
<printpgno>
0219
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 2I9 )  <lb>
mentin a, en ce moment, un curé ; son église et  <lb>
son presbytère existent.  <lb>
Ce quartier est un de ceux qui ont le plus de  <lb>
terres en culture, un des plus fertiles en sucre et en  <lb>
café. Mais il est très-malsain par la quantité de ma-  <lb>
récages et de palétuviers qu&apos;il renferme. Ori pour-  <lb>
rait cependant l&apos;assainir à force d&apos;irrigations et par  <lb>
la proximité de différens mornes d&apos;où l&apos;on tire-  <lb>
rail des déblais pour les comblemens* mais il  <lb>
faudrait sacrifier à ce travail beaucoup de temps  <lb>
et de bras, et on s&apos;y résout difficilement aux co-  <lb>
lonies,  <lb>
La paroisse du Lamentin est renommée par une  <lb>
source d&apos;eau minérale appelée la ravine Chaude  <lb>
qu&apos;on dit excellente pour les doideurs , les rhu-,  <lb>
matismes, les paralysies, etc. Elle sort d&apos;un gouffre  <lb>
profond; on vient pour s&apos;y baigner des quartiers  <lb>
environnans, mais il n&apos;y a d&apos;autre établissement  <lb>
pour prendre ces eaux, que quelques mauvaises  <lb>
cases à nègre, éparses le long de la ravine.  <lb>
La population du quartier du Lamentin est de  <lb>
3633 individus, dont 285 blancs, i54 gens de cou-  <lb>
leur libres, et 3ig4 esclaves.  <lb>
Ses cultures occupent 720 carrés en cannes, 3i6  <lb>
en café, 10 en cacao, 261 en manioc, et i85 en  <lb>
vivres. Il a encore 768 carrés en friche, 567 en bois  <lb>
debout, et 1023 en savannes, ce qui donne une  <lb>
surface de 385o carrés.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0234">
234
</controlpgno>
<printpgno>
0220
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   220   )  <lb>
On y compte 84 manufactures :22 a sucre,  <lb>
55  à café et 7 à vivres ou   à manioc.  <lb>
Il y a 21 moulins à eau, 2 à bêtes.  <lb>
Ses bestiaux sont au nombre de i63o, savoir 1  <lb>
,02 chevaux, ig5 mulets, 6 ânes, io45 bêtes  <lb>
à cornes ,  et 282 moutons, ou cabris.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0235">
<head>Book One:  Chapter XII.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0235">
235
</controlpgno>
<printpgno>
0221
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(221 )  <lb>
CHAPITRE XII.  <lb>
Quartier de la Baie-Mahaut.   Rivière salée.   Grand Cul-  <lb>
de-Sac , et Petit Cub-de-Sac.  <lb>
Le quartier de la Baie-Mahaut est séparé de  <lb>
Celui du Lamentin, par une petite rivière, des-  <lb>
tendant des montagnes les plus élevées, qui  <lb>
tient se perdre dans le fond de la baie Cefcelle.  <lb>
Le bourg qui porte le nom de Baie-Mahàut, n&apos;est  <lb>
formé que de quelques chaumières éparses, sur la  <lb>
côte sud-est de la baie du même nom, où vient se  <lb>
jeter là petite rivière Mahaut, qui prend sa source  <lb>
dans les hauteurs, à une lieue et demie de la mer.  <lb>
Ce fut en 1737, que cette partie fut érigée en  <lb>
quartier ou paroisse; l&apos;église et le presbytère sont  <lb>
tombés en ruines ; il n&apos;y a pas aujourd&apos;hui de  <lb>
cnré.  <lb>
Le quartier de la baie Mahaut est bordé , dans  <lb>
toute sa longueur, par le canal ou rivière salée ;  <lb>
il est le plus bas, le plus inondé, et le plus couvert  <lb>
de mangles et de palétuviers, de toute la Guade-  <lb>
loupe. Privé, plus qu&apos;aucun autre, des vêrits sa-  <lb>
lubres de TE., qu&apos;intercepte la Grande-Terre, il  <lb>
est aussi le quartier le plus malsain de l&apos;île ; la partie<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0236">
236
</controlpgno>
<printpgno>
0222
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   222   )  <lb>
voisine de la rivière salée, n&apos;est pas habitable; ce  <lb>
quartier est cependant très-abondant en sucre et  <lb>
en café.  <lb>
Sur la côte méridionale delà Baie-Mahaut, les  <lb>
hauteurs Berville et Saint-Jean, sont devenues  <lb>
fameuses par la capitulation honteuse qui, en  <lb>
1794,   les transforma en Quiberon des Antilles.  <lb>
La population de ce quartier se compose de  <lb>
3o84 individus, dont ig3 blancs, 266 gens de cou-  <lb>
leur libres, et 2625 esclaves.  <lb>
Les terres cultivées se divisent en 878 carrés  <lb>
plantés en cannes , 25o en café, 5 en coton, 3  <lb>
en cacao, 3o4 en manioc , et 171 en vivres ; il  <lb>
y a en outre 909 carrés en friche, 758 en bois de-  <lb>
bout, et 853 en savannes, ce qui forme un total de  <lb>
4129 carrés de terre.  <lb>
On y compte :  <lb>
89 Manufactures, dont 16 à sucre, 63 à café, 2 à  <lb>
coton, 1 à cacao et 7 à vivres;  <lb>
17 Moulins, savoir :12a eau , 3 à vent et 2 à  <lb>
bêtes ;  <lb>
,228 Bestiaux, dont 88 chevaux, 187 mulets,  <lb>
4 ânes, 71, bêtes à cornes, et 238 moutons ou  <lb>
cabris.  <lb>
RIVIÈBE  SALÉE.  <lb>
Le bras de mer appelé la rivière salée, qui sé-  <lb>
pare la Guadeloupe de la Grande-Terre, n&apos;a qu&apos;urfe  <lb>
lieue et demie de long, ou 3ooo toises, sur une  <lb>
largeur qui varie de i5 à 40 toises *. elle n&apos;est navi-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0237">
237
</controlpgno>
<printpgno>
0223
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   223   )  <lb>
gable que pour des bateaux , parce que les hauts-  <lb>
fonds de ses deux embouchures, ne répondent pas  <lb>
à la profondeur de son canal.  <lb>
GRAND-CUL-DE-SAC.  <lb>
L&apos;embouchure du nord de la rivière salée donne  <lb>
dans le Grand-Cul-de-Sac on. Baie-Mahaut, que  <lb>
circonscrit le rapprochement de la Guadeloupe et  <lb>
de la Grande-Terre. On trouve, dans cette baie, huit  <lb>
îlets et plusieurs rangs de cayes et de haut-fonds qui  <lb>
forment un bassin de 5 à 6 lieues de longueur, sur  <lb>
une lieue, dans sa moindre largeur, et sur près de  <lb>
3 dans sa plus grande. Les vaisseaux peuvent s&apos;y  <lb>
mettre en sûreté; ils y entrent par deux passes.  <lb>
PETIT-CUL-DE-SAC.  <lb>
L&apos;embouchure du sud communique avec le Petit-  <lb>
cul-de-Sac, ou baie de la Pointe-à-Pître, que forment  <lb>
les parties est et ouest de la colonie. Cettebaie, pro-  <lb>
fonde de 5à61ieues, s&apos;élargit insensiblement,de ma-  <lb>
nière à présenter une entrée de douze lieues de large.  <lb>
Elle est, plus que celle du nord, parsemée d&apos;îlets, de  <lb>
cayes et de hauts-fonds qui rompent l&apos;effort des  <lb>
vagues et conservent la rade dans un état constant  <lb>
de tranquillité.  <lb>
(i) Ces îlets sont; Yîlet à Kaouane, la Tête à l&apos;anglais, l&apos;î-  <lb>
&apos;let Blanc,  les deux Ilets du Grand et du Petit-Carénage, l&apos;i-  <lb>
let à la Biche, Yilet à Caret, etVilet àFajou, le plus grand  <lb>
de tous.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0238">
<head>Book One:  Chapter XIII.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0238">
238
</controlpgno>
<printpgno>
0224
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(224)  <lb>
CHAPITRE XIII.  <lb>
Quartier du Petit-Bourg.  <lb>
Le quartier du Petit-Bourg, participe à l&apos;insa-  <lb>
lubrité des terres qui avoisinent la rivière salée,  <lb>
par la quantité de marécages et de palétuviers qui  <lb>
. couvrent ses côtes et ses bas fonds ; il n&apos;en est pas  <lb>
moins bien cultivé ; ses terres sont fertiles en sucre  <lb>
et en café.  <lb>
Il commence à la rivière du coin, qui prend  <lb>
sa source à près de deux lieues dans les montagnes,  <lb>
et est ainsi appellee, parce qu&apos;elle a son confluent  <lb>
dans l&apos;angle, N.-O. du Petit-Cul-de-Sac, où ellese  <lb>
jette, après avoir reçu plusieurs ruisseaux. Elle sé-  <lb>
parait, autrefois, les terres du marquisat d&apos;Houel-  <lb>
Bourg, dépendantes aujourd&apos;hui du quartier de la  <lb>
Baie-Mahaut, d&apos;avec la terre d&apos;Arnouville, que  <lb>
Labat croit avoir été érigée en fief en faveur d&apos;un  <lb>
commis principal de la seconde compagnie. C&apos;est  <lb>
maintenant l&apos;habitation Duquerny , dépendante  <lb>
du Petit-Bourg;  <lb>
La rivière à Lézards, que celles de la Trinité,  <lb>
de la Thorette et plusieurs ruisseaux, dont-elle  <lb>
reçoit le tribut , rendent assez considérable, prend<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0239">
239
</controlpgno>
<printpgno>
0225
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   225   )  <lb>
sa source dans les versants de l&apos;E. des montagnes delà  <lb>
Guadeloupe,serpen te long-temps au milieu des terres  <lb>
de ce quartier, et vient se perdre dans le Petit-Cul-  <lb>
de-Sac, à peu de distance auN. de lapointe à Bacchus.  <lb>
Un peu au-dessus de cette pointe , vers le sud ,  <lb>
on trouve le bourg, dit le Petit-Bourg ; il porte  <lb>
encore de nombreuses et tristes marques de ce  <lb>
qu&apos;il eut à souffrir dans la guerre de 1794, et, quoi-  <lb>
que mal-sain, il nelaisse pas que d&apos;être assez étendu.  <lb>
Dans le trajet delà Basse-Terre à la Pointe-à-Pîire ,  <lb>
on s&apos;y embarque pour éviter le contour du Petit-  <lb>
Cul-de-Sac et abréger le chemin. Un prêtre dessert  <lb>
cette paroisse ; l&apos;église en est détruite, mais la mai-  <lb>
son du presbytère en tient lieu. Ce quartier est ar-  <lb>
rosé par la rivière, dite d&apos;Onze-Heures , qui baigne  <lb>
les murs du Petit-Bourg, et va se perdre dans l&apos;anse,  <lb>
quiporte ce nom; la rivière à Moustiques et la Cercelle  <lb>
déchargent leurs eaux dans l&apos;anse à Barbier; Tembou-  <lb>
churedela première est en face de l&apos;îlet à Moustiques.  <lb>
Les eaux limpides et abondantes qui arrosent ce  <lb>
quartier, de l&apos;ouest à l&apos;est, procurent à la ville de la  <lb>
Poiute-a-Pître , qui en est privée, la facilité de venir  <lb>
puiser à leurs sources intarissables, et particulière-  <lb>
ment à la rivière d Lézards, les eaux dont elle a  <lb>
besoin.  <lb>
La population du quartier du Petit-Bourg s&apos;élève  <lb>
â 6274 personnes, dont 204 blancs, 222 gens de  <lb>
couleur libres, ct 2848 esclaves.  <lb>
Sa culture occupe 800 carrés de terre en cannes,  <lb>
I.                                                i5<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0240">
240
</controlpgno>
<printpgno>
0226
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3a6 )  <lb>
287 en café, 22 en cacao, 23g en manioc et 224 en  <lb>
vivres. Il y a en outre 786 earrés en friche,  1984  <lb>
en bois debout, et 816 en savannes, qui, réunis à  <lb>
ceux en culture, forment un total de 5158 carrés.  <lb>
Le nombre de ses manufactures est de 7 3, savoir:  <lb>
21 à sucre, 57 à café, 2 à coton, 4 à cacao, et 8  <lb>
à vivres.  <lb>
On y compte 20 moulins ,17 a eau, , à vent et  <lb>
2 à bêtes.  <lb>
Ses bestiaux sont au nombre de 519, dont 67  <lb>
chevaux, 179 mulets , 9 ânes, et 264 moutons ou  <lb>
cabris.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0241">
<head>Book One:  Chapter XIV.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0241">
241
</controlpgno>
<printpgno>
0227
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 227 )  <lb>
CHAPITRE XIV.  <lb>
Quartier de la Çoyave.  <lb>
Le quartier de la Goyave, quoique très-ancien-  <lb>
nement habité, est un des plus petits de l&apos;île ; il est  <lb>
séparé de celui dupetit Bourg, par la rivière la Rose^  <lb>
formée d&apos;un gran d nombre de ruisseaux qui prennent  <lb>
leur source dans le centre des hauteurs voisines,  <lb>
ooulent de l&apos;ouest à Test, se réunissent â peu 4e  <lb>
distance de la mer, et s&apos;y jettent à la pointe dite de  <lb>
la Rose.  <lb>
On ne peut appeler du nom de bourg quelques  <lb>
cases «parses sur la côte de l&apos;anse de la.petite Goyave,  <lb>
qu&apos;arrose les eaux de la ravine Ferré, alimentée par  <lb>
divers ruisseaux.  <lb>
De nombreuses sources surgissent dans l&apos;in-  <lb>
térieur de la chaîne des monts, affluent de toutes parts  <lb>
et se réunissent à peu de distance de la mer pour  <lb>
former la rivière appelée la petite rivière d goyaves,  <lb>
qui donne son nom au quartier, et se jette dans la  <lb>
mer, à l&apos;extrémité nord de l&apos;anse de sable.  <lb>
Ce quartier est encore un des plus mal ins, à  <lb>
cause de ses bas-fonds, tout remplis de marais et de  <lb>
,5<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0242">
242
</controlpgno>
<printpgno>
0228
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(228)  <lb>
palétuviers. Son sol, dont il n&apos;y a guère que le cin-  <lb>
quième de cultivé, est celui qui réclame le plus de  <lb>
travail, d&apos;engrais, et qui produit le moins. L&apos;église  <lb>
et le presbytère ont été détruits ; la paroisse n&apos;a pas  <lb>
de desservant.  <lb>
Sa population n&apos;est que de 846 personnes, dont :  <lb>
4o blancs, 38 gens de couleur libres, et 768 es-  <lb>
claves.  <lb>
Ses terres cultivées se divisent de la manière sui-  <lb>
vante .* 193 carrés en cannes, 26 en café, 1 en co-  <lb>
ton , 14 en cacao, 5, en manioc et 19 en vivres. Il  <lb>
y a en outre 2o3 carrés en friche, 745 en bois de  <lb>
bout et 10g en savannes; ce qui forme une surface  <lb>
de ,341 carrés.  <lb>
Les manufactures de ce quartier sont au nombre  <lb>
de 21, dont : 7 à sucre, 9 à café, une à coton, 2 a  <lb>
cacao et 2 à vivres.  <lb>
Il n&apos;y a que 5 moulins à eau, et 381 bestiaux,  <lb>
dont : 12 chevaux, 35 mulets, 23a bêtes à cornes,  <lb>
et 104 moutons ou cabris.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0243">
<head>Book One:  Chapter XV.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0243">
243
</controlpgno>
<printpgno>
0229
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 329 )  <lb>
CHAPITRE XV.  <lb>
Quartier de la Capesterre.  <lb>
Nous voici parvenus au quartier le plus sain et le  <lb>
plus beau de la colonie} c&apos;est aussi un des plus ri-  <lb>
ches et des plus fertiles. La Capesterre, dont le  <lb>
nom dérive du latin caput-terr , ou du français  <lb>
cap-es-terre (i), commence à Sainte-Marie, où Ton  <lb>
entre en sortant du quartier de la Goyave, que nous  <lb>
venons de quitter. C&apos;était l&apos;habitation particulière  <lb>
de MM. de Boisseret, Neveux, co-propriétaires de  <lb>
la Guadeloupe, avec M. Houel, et on l&apos;appelait  <lb>
dans ces premiers temps , la Case au Borgne ; elle  <lb>
fut érigée en marquisat, sous le nom de Sainte-  <lb>
Marie, avant i65g; puisque ce fut à cette époque  <lb>
que se fit le fameux partage de l&apos;île, et qu&apos;il y fut  <lb>
stipulé : qu&apos;en quelque lotquele marquisat de Sainte-  <lb>
Marie échût, il resterait à ses premiers maîtres. Du  <lb>
temps du père Labat, vers 1700, on y voyait en-  <lb>
core les ruines d&apos;une maison seigneuriale , ou es-  <lb>
(1) On écrit encore, et indifféremment, Cabesterre, sans  <lb>
doute à cause du mot espagnol Cabessa, Tête.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0244">
244
</controlpgno>
<printpgno>
0230
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 23o )  <lb>
pèce de château qui, selon les appareuces, n&apos;avait  <lb>
jamais été achevé. C&apos;est aujourd&apos;hui l&apos;habitation  <lb>
Poyen ou des Poiriers, et elle a même été désignée,  <lb>
en tout temps, de préférence sous cette dernière dé-  <lb>
nomination, à cause des belles allées de poiriers  <lb>
qu&apos;on y a toujours vus; ces arbres ne portent au-  <lb>
cun fruit, mais leurs feuilles approchent beau-  <lb>
coup de celles des poiriers d&apos;Europe. Cette partie  <lb>
est arrosée par la rivière dite de Sainte-Marie , au  <lb>
confluent de laquelle était jadis un petit bourg, dont  <lb>
il ne reste que quelques cases, à-peu-près abandon-  <lb>
nées , parce que ce fonds est encore mal sain, en  <lb>
raison de ce qu&apos;il est bas. Le port dit de Sainte-  <lb>
Marie , où se jette la rivière, offre un bon mouil-  <lb>
lage aux bàtimens caboteurs. Deux grands rochers  <lb>
à fleur d&apos;eati, éloignés d&apos;à-peu-près 25o toises, ap-  <lb>
pelés l&apos;homme et la femme, rompent la violence des  <lb>
vagues et assurent un abri aux bàtimens qui y en-  <lb>
trent par deux passes , celle du nord et celle du sud.  <lb>
Sainte-Marie s&apos;étend à environ une lieue le long  <lb>
de la hier , et se termine à la ravine des Poiriers.  <lb>
On s&apos;élève ensuite insensiblement vers les beaux  <lb>
sites de la Capesterre, que leur position et les vents  <lb>
réguliers de TE., qu&apos;ils reçoivent sans obstacle,  <lb>
rendent les plus sains de tous. Les vastes plaines de  <lb>
ce quartier, se dessinent, par une pente douce,  <lb>
depuis la mer jusqu&apos;aux plus hautes montagnes du  <lb>
centre de Tile, et sont entre-coupées de mornes fer-  <lb>
tiles qu&apos;on appelle les montagnes de Caranguais,<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0245">
245
</controlpgno>
<printpgno>
0231
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( aSi )  <lb>
de Scapamont, du Pérou, de Luker, de Saint-  <lb>
Martin et du Carbet. Elles sont arrosées par d&apos;ex-  <lb>
cellentes eaux qui portent la fécondité et la richesse  <lb>
dans ces belles campagnes. On distingue celles de  <lb>
la Ravine, dite dn Corps-de-Garde ; de la rivière de  <lb>
Caranguais, où affluent divers ruisseaux; de la  <lb>
grande rivière de la Capesterre , où se jettent plu-  <lb>
sieurs autres rivières, entre autres celle dite du  <lb>
Pérou, et qui a environ trente toises de large à son  <lb>
embouchure; celle de Luker, qui se réunit à k pe-  <lb>
tite rivière , dite des Pères, parce que les domini-  <lb>
cains y avaient autrefois un établissement qu&apos;ils  <lb>
transportèrent ensuite au Baillif. Entre cette petite  <lb>
rivière des Pères et la montagne Saint-Martin , se  <lb>
trouve l&apos;ancien marquisat de Brignon, qui passa,  <lb>
d&apos;abord dans la maison de Senneterre, et qui est au-  <lb>
jourd&apos;hui l&apos;habitation Moyencourt-Petit-Mont. On  <lb>
traverse, après, larivière duGrand-Carbetsur un  <lb>
pont construit en 1788 ou 8g , pour la grande com-  <lb>
munication de l&apos;île, ensuite celle de Saint-Sauveur.  <lb>
Toutes ces rivières tirent leurs sources du pied des  <lb>
hautes montagnes , coulent à l&apos;est ou au sud-est,  <lb>
sont alimentées et grossies par une infinité de  <lb>
ruisseaux, et, après un cours rapide dontklongueur  <lb>
ne varie guère que d&apos;une à deux lieues , vont se  <lb>
perdre dans la mer.  <lb>
La rivière des Bananniers surgit au pied du  <lb>
morne Terre-Neuve, du côté de l&apos;Orient, et, après  <lb>
un cours sinueux , vient se perdre à la pointe qui<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0246">
246
</controlpgno>
<printpgno>
0232
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   232   )  <lb>
porte son nom : elle sert de limites au grand quar-  <lb>
tier de la Capesterre. En 1809, on avait élevé sur  <lb>
ses bords une batterie à redoute.  <lb>
Un bourg assez considérable, appelé le bourg  <lb>
du Marigot ou de la Capesterre , est situé au con-  <lb>
fluent de la petite rivière des Pères.  <lb>
Le bourg Saint-Sauveur, bâti sur le rivage de  <lb>
l&apos;anse du même nom,fut incendié, en mai 1802, par  <lb>
Ignace, nègre révolté, qui brûla presque tout le  <lb>
quartier de la Capesterre. L&apos;anse Saint-Sauveur est  <lb>
commode pour le cabotage, mais elle offre à l&apos;enne-  <lb>
mi extérieur un point de débarquement dont il sait  <lb>
profiter dans toutes les circonstances.  <lb>
L&apos;habitation désignée aujourd&apos;hui sous le nom  <lb>
de Crane, était anciennement un domaine noble  <lb>
qu&apos;on appelait le fief Saint-Denis.  <lb>
C&apos;est dans le quartier de la Capesterre, le plus  <lb>
étendu de toute cette partie de la Guadeloupe , que  <lb>
se trouvent les sucreries les plus considérables et,  <lb>
quoique ce soit celui qui renferme le plus de terres  <lb>
en culture, c&apos;est aussi un de ceux &apos;qui en ont le  <lb>
plus en friche, à cause des hautes montagnes qui le  <lb>
couronnent.  <lb>
Cette paroisse, desservie autrefois par les Jaco-  <lb>
bins . n&apos;a pas de curé aujourd&apos;hui ; son église a été  <lb>
détruite , le presbytère en tient lieu lorsque le curé  <lb>
des Trois Rivières y va , de temps en temps , dire  <lb>
la messe.  <lb>
La population du quartier de la Capesterre est de<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0247">
247
</controlpgno>
<printpgno>
0233
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 233 )  <lb>
3739 âmes, dans lesquelles on compte 178 blancs,  <lb>
220 gens de couleur libres et 334i esclaves.  <lb>
Les cultures occupent C)55 carrés en cannes,  <lb>
208 en café, 1 en coton, i5 en cacao, 355 en  <lb>
manioc et 218 en vivres.  <lb>
Le nombre des carrés de terres en friche est de  <lb>
855, en bois debout de 1723, et en savannes de  <lb>
571 : tous ces carrés forment un total de 4881.  <lb>
Le nombre des manufactures est de 81 , dont 20  <lb>
ensucre, 38 en café, 2 en coton, 3 en cacao et 18  <lb>
en vivres.    .  <lb>
Celui des moulins est de 21, mus seulement par  <lb>
l&apos;eau; et celui des bestiaux est de i58g, dont 52  <lb>
chevaux , 184 mulets , 12 ânes , 760 bêtes à cornes  <lb>
et 581 moutons ou cabris.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0248">
<head>Book One:  Chapter XVI.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0248">
248
</controlpgno>
<printpgno>
0234
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(234)  <lb>
CHAPITRE XVI.  <lb>
Quartier des Trois-Rivières.  <lb>
Lié quartier des Trois-Rivières s&apos;étend depuis le  <lb>
bord de la mer jusqu&apos;au pied des montagnes où s&apos;é-  <lb>
lève la Soufrière ; aussi est-il le plus montueux, le  <lb>
plus accidenté, et cependant il est assez fertile.  <lb>
Après avoir passé la rivière des Bananniers, qui  <lb>
sépare le quartier de la Capesterre de celui des  <lb>
Trois-Rivières, on entre, par des chemins coupés  <lb>
à mi-côte, dans les montagnes qui servent de con-  <lb>
tre-fort au pied de celle de la Soufrière. Pendant  <lb>
l&apos;espace d&apos;à-peu-près mille toises , ces montagnes  <lb>
s&apos;élèvent presque à pic, au-dessus des eaux de la  <lb>
mer, et rendent le chemin impraticable, de ce  <lb>
côté, excepté aux trois endroits où se trouvent les  <lb>
trois ravines, que Ton appelle : k première, le  <lb>
Trou-Madame; la seconde, qui est la plus consi-  <lb>
dérable, le Trou-au-Chien; et la dernière, le  <lb>
Trou-au-Chat.  <lb>
La rivière, dite du Trou-au-Chien, prend sa  <lb>
source dans les montagnes voisines, et va, d&apos;un  <lb>
cours rapide, se précipiter dans la mer.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0249">
249
</controlpgno>
<printpgno>
0235
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 235 )  <lb>
On trouve, sur ces hauteurs, quelques petits pla-  <lb>
teaux d&apos;une terre noire et grasse, toute entremê-  <lb>
lée de roches et d&apos;éclats de pierres ; mais l&apos;herbe  <lb>
des savannes , touffue, déliée, toujours verte ,  <lb>
est excellente pour engraisser les bestiaux.  <lb>
En continuant cette route, à mi-côte et par un  <lb>
chemin très-roide, on passe la rivière du Petit-  <lb>
Carbet, une des trois qui donnent leur nom à ce  <lb>
quartier; elle prend sa source au pied de la Sou-  <lb>
frière, et vient se jeter dans l&apos;anse du Petit-Carbet.  <lb>
La rivière, dite des Trois-Rivières , plus petite  <lb>
et d&apos;un cours moins étendu que la précédente, tra-  <lb>
versé un bourg assez considérable, qu&apos;on appelle  <lb>
aussi le bourg des Trois-Rivières, et se jette&apos;dans  <lb>
l&apos;anse du même nom. On trouve enfin la rivière  <lb>
de la Grande-Anse, formée de la réunion de plu-  <lb>
sieurs branches descendant des tnontagnes qui sont  <lb>
au pied de k Soufrière , et qui se perdent dans la  <lb>
Grande-Anse. L&apos;espace, compris entre ces trois ri-  <lb>
vières , est une espèce de plaine partagée en deux  <lb>
par la pent*-; d&apos;un gros morne ; elle offre , dans ses  <lb>
énfonceniens , plusieurs établissemens très-beattX.  <lb>
La terre y est bonne«t produit de fort belles cannes  <lb>
à sucre.  <lb>
L&apos;Anse, dite la Grande-Anse, a une lieue d&apos;é-  <lb>
tendue ; la plage est unie, le tnouillage excellent,  <lb>
et la mer y est, pour l&apos;ordinaire, ealme et belle ,  <lb>
qnoiqu&apos; exposée aux vents réguliers de l&apos;est. Cette<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0250">
250
</controlpgno>
<printpgno>
0236
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 236 )  <lb>
plage offre à l&apos;ennemi un débarquement facile et  <lb>
qui le rapproche de k Basse-Terre, dont il coupe  <lb>
ainsi les communications avec la Pointe-à-Pître,  <lb>
ce qu&apos;il n&apos;a jamais manqué d&apos;effectuer dans toutes  <lb>
ses attaques.                         ,  <lb>
En 1696 et en 1702 , le père Labat y construisit  <lb>
des batteries; M. de Nolivos y fit une ligne de re-  <lb>
tranchemens, en 1766, pour repousser les débar-  <lb>
quemens ennemis. Une partie de ces ouvrages fut  <lb>
reconstruite en 1795 et en 1809; mais ils n&apos;existent  <lb>
plus aujourd&apos;hui.  <lb>
Le trajet de la Grande-Anse aux Saintes n&apos;est  <lb>
que de deux lieues et demi ; et la facilité qu&apos;ont les  <lb>
embarcations de le faire, assure, dans toutes les  <lb>
circonstances, une communication aisée avec ces  <lb>
Ues.  <lb>
Lorsqu&apos;on sort du quartier des Trois-Rivières,  <lb>
on rentre dans les détours des hautes montagnes  <lb>
qui sont adossées à celle de la Soufrière ; et, à tra-  <lb>
vers des ravines nombreuses, des montées et  <lb>
des descentes continuelles, après de longs défilés et  <lb>
une côte très-étroite et très-rude, on arrive à une  <lb>
espèce de plateau, nommé Dos-d&apos;Ane, au pied  <lb>
duquel coule la rivière de la Grande-Anse. Dans  <lb>
tous les temps, ce plateau a servi de lieu de refuge,  <lb>
et c&apos;est là que le père Labat construisit les pre-  <lb>
mières fortifications. Ce poste, que Ton appelle  <lb>
aujourd&apos;hui du nom de Dolé , est couvert, du côté<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0251">
251
</controlpgno>
<printpgno>
0237
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   23?   )  <lb>
de la mer , par un marais mou et fangeux, et, du  <lb>
côté opposé, par lest hautes montagnes qui vont  <lb>
s&apos;appuyer à la Soufrière.  <lb>
Les Carmes y ont possédé, jusqu&apos;à la révolution,  <lb>
l&apos;habitation à sucre, dite de Dolé ; de leur temps,  <lb>
elle était exploitée par 5oo nègres : il n&apos;y en  <lb>
restait plus que i3o, en 1816, depuis qu&apos;elle était  <lb>
passée au domaine de l&apos;état. Dans ce nombre, il y  <lb>
a plus de femmes que d&apos;hommes, ainsi que dans&apos;  <lb>
toutes les habitations, parce que les désastres de  <lb>
la révolution et des guerres ont plus pesé sur les  <lb>
mâles.  <lb>
Le bourg des Trois-Rivières, incendié, en 1802,  <lb>
par le féroce Ignace , est à-peu-près rétabli. L&apos;é-  <lb>
glise a été reconstruite en 1813. La paroisse, au-  <lb>
trefois desservie par les Carmes , Test aujourd&apos;hui  <lb>
par un curé qui réside dans le bourg.  <lb>
La population de ce quartier est de 291 blancs ,  <lb>
de 228 gens de couleur libres, et de 2459 esclaves,  <lb>
formant un total de 2978 âmes.  <lb>
La surface se compose de :  <lb>
457 carrés de terre, plantés en cannes ; 318 en  <lb>
café; 28 en coton; 2 en cacao; 202 en manioc , et  <lb>
ma en vivres. Le nombre des carrés de terre en  <lb>
friche est de 345 ; celui des bois debout, de 903 ;  <lb>
et celui des savannes, de 337. Ce qui forme un total  <lb>
de 2694 carrés.  <lb>
Les manufactures sont au nombre de : r I à su-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0252">
252
</controlpgno>
<printpgno>
0238
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( .58 )  <lb>
ere; 68 à café; 5 à coton; i à cacao , et i5 à \i.  <lb>
vres, total ioo.  <lb>
Il y a 15 moulins : , o à eau, -i à vent, et a à  <lb>
bêtes.  <lb>
On y compte 960 bestiaux, dont 68 chevaux,  <lb>
121 mulets, ,4 ânes, 436 bêtes à cornes, et 3ai  <lb>
moutons ou cabris.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0253">
<head>Book One:  Chapter XVII.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0253">
253
</controlpgno>
<printpgno>
0239
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( a3g)  <lb>
CHAPITRE XVII.  <lb>
Quartier du Vieux-Fort.  <lb>
En quittant la grande anse des trois rivières, on  <lb>
traverse la petite rivière Blondeau, qui sort des  <lb>
hauteurs du Vieux-Fort, et dont les deux branches,  <lb>
avant de se réunir, entourent un petit espace de  <lb>
terrain qu&apos;on appelle Yîlet; elles se jettent dans  <lb>
l&apos;anse Blondeau. Après avoir suivi des sentiers très-  <lb>
roides, très-scabreux, percés à travers les gorges et  <lb>
les montagnes , on arrive à la pointe la plus méri-  <lb>
dionale de la Guadeloupe appelée le Vieux-Fort. Ce  <lb>
nom lui vient d&apos;une espèce de château construit par  <lb>
le même Lolive, qui avait fait le premier établisse-  <lb>
ment delà colonie à la partie N.-O. du quartier de  <lb>
Sainte-Rose ; il espéra se dédommager de la stérilité  <lb>
du premier terrain par le second établissement,  <lb>
plus considérable, qu&apos;il vint former à la pointe du  <lb>
sud. Le château et toutes ses dépendances appar-  <lb>
tinrent à M. Houel, qui l&apos;habita avant de se fixer  <lb>
à la Basse-Terre. Les Anglais le détruisirent entiè-  <lb>
rement en 1705, et aujourd&apos;hui il n&apos;en reste  <lb>
plus de vestiges. Toute cette côte est taillée presque<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0254">
254
</controlpgno>
<printpgno>
0240
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(-40 )  <lb>
à pic et n&apos;offre partout qu&apos;une falaise escarpée et  <lb>
coupée de précipices qui en interdisent l&apos;accès. Le  <lb>
terrain de la pointe du vieux fort est bas et assez  <lb>
uni; il a environ 80 toises de large sur un peu plus  <lb>
de hauteur et quelques enfoncemens dans les gorges  <lb>
des mornes. Ce sol semble être composé d&apos;amas de  <lb>
pierres détachées des montagnes , que la main du  <lb>
temps a lentement recouvertes d&apos;un peu de terre.  <lb>
Les carmes ont eu long-temps une petite cha-  <lb>
pelle dans ce quartier ; elle est tombée en ruines, de  <lb>
nos jours, et la paroisse n&apos;a ni presbytère, ni curé.  <lb>
On voit, dans les enfoncemens des montagnes et  <lb>
sur la croupe des mornes, une habitation à sucre  <lb>
et quelques autres éparses çà et là, où Ton ne ré-  <lb>
colte que du café, du coton et des vivres du pays.  <lb>
Un planteur y cultive, avec succès, depuis quelques  <lb>
années, le girofliier qui réussit à merveille et qu&apos;il  <lb>
a multiplié au point d&apos;en avoir au-delà d&apos;un millier  <lb>
de pieds j dont  e*produit, déjà très-lucratif, aug-  <lb>
mente tous les ans.  <lb>
Il existe, à la pointe du Vieux-Fort, une batterie  <lb>
que les localités rendent assez forte ; elle est surtout  <lb>
commode pour la communication des signaux avec  <lb>
la Basse-Terre.  <lb>
Ce quartier est hors d&apos;insulte par sa situation;  <lb>
on ne fait ordinairement le tour des côtes qu&apos;en ca-  <lb>
not, et on ne peut guère descendre à terre que  <lb>
dans deux ou trois petites anses.  <lb>
La population du quartier du Vieux-Fort ne se<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0255">
255
</controlpgno>
<printpgno>
0241
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( H»  )  <lb>
compose que de 848 individus , dont, 23g blancs ,  <lb>
-4 gens de couleur libres et 585 esclaves.  <lb>
Sa surface n&apos;est que de 5o5 carrés de terre, divi-  <lb>
sés de cette manière : 6 carrés plantés en cannes,  <lb>
84 en café, 17 en coton, 3 en cacao , 49 en ma-  <lb>
nioc et 14 en vivres ; 96 carrés sont en friche, 42 en  <lb>
savannes et ig4 en bois de bout (1).  <lb>
Ses manufactures sont au nombre de 47 : ï à  <lb>
sucre, 22 à café, 20 à coton, 1 à cacao et 3 à  <lb>
vivres.  <lb>
Il n&apos;y a pas de moulins.  <lb>
La quantité de ses bestiaux n&apos;est que de de 211,  <lb>
savoir : 10 chevaux, 8 mulets, 3 ânes, 74 bêtes à  <lb>
cornes et 116 moutons ou cabris.  <lb>
(1) Il n&apos;est point t&apos;ait mention des terres employées à la  <lb>
¦culture du girofllier, parce qu&apos;il n&apos;y a encore qu&apos;un seul habi-  <lb>
tant qui s&apos;y soit adonné.  <lb>
I.                                                   l6<lb>
</p>
</div>
<div id="a0256">
<head>Book One:  Chapter XVIII.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0256">
256
</controlpgno>
<printpgno>
0242
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(a/ja)  <lb>
CHAPITRE XVIII.  <lb>
Considérations sur la Guadeloupe proprement dite.  <lb>
11 n&apos;existe dans aucune autre colonie, de lieu  <lb>
aussi propre à l&apos;éducation des bestiaux que dans  <lb>
les montagnes de la Guadeloupe. Les pâturages y  <lb>
sont excellens ; il y a de belles eaux et en &apos;grande  <lb>
abondance; la température de ces lieux élevés con-  <lb>
viendrait parfaitement aux paysans des contrées  <lb>
méridionales de l&apos;Europe, dont on pourrait se servir  <lb>
pour former des hâtes ou établissemens à bestiaux,  <lb>
dans le genre de celles des Espagnols ; ce serait en-  <lb>
core un moyen d&apos;utiliser les terrains fatigués^ par  <lb>
la culture du café. Les Antilles viendraient s&apos;y appro-  <lb>
visionner des bestiaux qui leur sont indispensables,  <lb>
et la Guadeloupe , tirant ainsi de ses localités tout  <lb>
le parti dont elle est susceptible, retrouverait son  <lb>
anciennesplendeur.il faudrait, sur tout, encourager  <lb>
et propager la culture avec la charrue ; outre une  <lb>
grande économie de bras, qui résulterait de l&apos;em-  <lb>
ploi de cet instrument, il deviendrait Jun puissant  <lb>
véhicule pour l&apos;établissement des hâtes. L&apos;usage de  <lb>
la charrue s&apos;est déjà introduit dans quelques quar-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0257">
257
</controlpgno>
<printpgno>
0243
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(243 )  <lb>
tiers, mais les plus riches habitans le repoussent  <lb>
par une vanité ridicule; cependant il n&apos;y a presque  <lb>
pas d&apos;endroit où l&apos;on ne puisse s&apos;en servir. Dans les  <lb>
Cévennes, on cultive avec les b ufs, jusque sur les  <lb>
plus hautes montagnes, et nous avons déjà dit qu&apos;on  <lb>
pourrait d&apos;abord employer des paysans européens  <lb>
pour diriger la charrue; car à l&apos;exception des côtes de  <lb>
l&apos;O. et du N.-E., dont il est facile d&apos;éviter la per-  <lb>
nicieuse influence, on jouit dans le reste de l&apos;île,  <lb>
de l&apos;air le plus salubre qu&apos;on puisse respirer dans  <lb>
les Antilles. La chaleur est tempérée par la fraîcheur  <lb>
&apos; des rivières, et, si les Européens savaient se garantir  <lb>
des excès où les entraîne la facilité des jouissances,  <lb>
ils y redouteraient, beaucoup moins qu&apos;ailleurs, les  <lb>
effets du climat, surtout en ne «&apos;exposant pas trop h  <lb>
la chaleur du jour. L&apos;intempérance et le passage  <lb>
subit du chaud au froid font périr les soldats et les  <lb>
matelots nouvellement arrivés d&apos;Europe; altérés et  <lb>
couverts de sueur par la marche ou le travail, ils  <lb>
boivent ou se mettent, dans un courant d&apos;air pour se  <lb>
soulager, et presqu&apos;aussitôt la fièvre les saisit et les  <lb>
tue.  <lb>
Les forêts de la Guadeloupe sont, après celles de  <lb>
Sainte-Lucie, les plus considérables des Antilles;  <lb>
mais rien n&apos;est réglé pour leur exploitation, et si  <lb>
on ne se hâte d&apos;y porter un  il attentif, on verra  <lb>
disparaître toute kpartie basse de ces forêts, et avec  <lb>
elles la salubrité de l&apos;air et l&apos;abondance des eaux.  <lb>
Beaucoup d&apos;habitations sont ornées de belles al-  <lb>
16<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0258">
258
</controlpgno>
<printpgno>
0244
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( H4 )  <lb>
lées de palmistes, de tamarins ou d&apos;autres arbres  <lb>
qui élèvent majestueusement leurs fronts dans les  <lb>
nues. Une infinité de merles et d&apos;oiseaux de diverses  <lb>
espèces y font entendre leur joyeux ramage.La terre  <lb>
produit en abondance les fruits et les plantes dont  <lb>
la nature se plait à enrichir le climat des tropiques.  <lb>
Cette quantité d&apos;arbres et de végétaux, de toute es-  <lb>
pèce, montant, croissant ensemble; poussant et sou-  <lb>
tenant des milliers de tiges qui grimpent et s&apos;en-  <lb>
tortillent les unes dans les autres, étalent tout le  <lb>
luxe de la végétation la plus active, et font de la  <lb>
Guadeloupe une des colonies à k fois les plus riantes  <lb>
et les plus fécondes.  <lb>
On entretient à la Basse-Terre , un jardin co-  <lb>
lonial des plantes, devenu précieux par les soins  <lb>
importans que lui donne un chimiste-pharmacien,  <lb>
M. l&apos;Herminier, naturaliste distingué, qui en est  <lb>
le directeur et dont les talens ont été appréciés par  <lb>
diverses sociétés savantes.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0259">
<head>Book Two:  Chapter I.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0259">
259
</controlpgno>
<printpgno>
0245
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(245   )  <lb>
VtATl^^&apos;AiVVVV-uUV-KV-i&apos;-Vt&apos;-A&apos;V «*VV&apos;&apos;-&apos;VVVW*-A*V\WVVVV**^                                                                                                   VW  <lb>
LIVRE SECOND.  <lb>
Statistique de la G&apos;rando- Terre, ou partie  <lb>
de l&apos;Est.  <lb>
CHAPITRE Ier.  <lb>
De la Grande-Terre en général.  <lb>
La partie de l&apos;Est appelée Grande-Terre, à cause  <lb>
de son étendue, approche de la forme d&apos;un triangle;  <lb>
elle a douze lieues de l&apos;est au nord-ouest, et sept  <lb>
lieues du nord au sud. C&apos;est en général un pays plat  <lb>
dont le sol est formé d&apos;une terre grasse et fertile qui  <lb>
repose sur une base calcaire. Les coquillages, les  <lb>
madrépores et les fossiles dont il est rempli, offrent  <lb>
partout les traces du séjour de l&apos;océan et annoncent  <lb>
que c&apos;est une terre d&apos;alluvion moins ancienne que la  <lb>
partie de l&apos;ouest, et qui n&apos;a dû être habitée, par les  <lb>
Aborigènes, que successivement, et lorsque l&apos;autre  <lb>
île a eu un excédent de population à lui fournir.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0260">
260
</controlpgno>
<printpgno>
0246
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(a46)  <lb>
Les points élovés de la Grande-Terre sont formés  <lb>
par deus groupes de monticules jetés, au hasard, au  <lb>
nord et au sud, et dont la hauteur n&apos;est guère que  <lb>
de ioopieds; celui du sud, plus étendu et plus élevé,  <lb>
se prolonge à deux lieues vers l&apos;est, s&apos;abaisse insen-  <lb>
siblement et se termine par une langue de terre  <lb>
appelée la Pointe-des-Châteaux.  <lb>
Toutes les hauteurs voisines de la mer sont com-  <lb>
posées de madrépores pétrifiés qui ont acquis la du-  <lb>
reté de la pierre de taille ordinaire.  <lb>
Cette partie peut être cultivée presque en entier,  <lb>
et renferme 25 lieues carrées de terres excellentes;  <lb>
elle est bornée par un développement de côtes de  <lb>
4o à 45 lieues. Aucune rivière ne Tarrose ; quelques  <lb>
sources ou ruisseaux, etdespuitsd&apos;une eau saumâtre,  <lb>
communiquant sans doute par infiltration avec les  <lb>
eaux delà mer,sont la seule ressource qu&apos;on y ait pour  <lb>
Tarrossement des jardins et pour les usages doutes-  <lb>
tiques. Les habitans ont tous le soin de recueillir,  <lb>
dans des réservoirs ou dans des citernes, les eaux  <lb>
pluviales qui suffisent à leurs besoins. Moins soi-  <lb>
gneux pour leurs nègres, la plupart réunissent ces  <lb>
eaux dans des mares ou des bassins creusés en terre,  <lb>
dont le soleil a bientôt pompé les parties les plus  <lb>
légères, pour n&apos;y laisser qu&apos;une eau bourbeuse et  <lb>
croupie; cette eau devient promptement fétide et  <lb>
occasione souvent des maladies qui ravagent les  <lb>
ateliers.  <lb>
Privée de montagnes et de forêts, les pluies y sont<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0261">
261
</controlpgno>
<printpgno>
0247
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( a47 )  <lb>
beaucoup moins fréquentes qu&apos;à la Guadeloupe, et  <lb>
la chaleur s&apos;y fait sentir plus vivement; aussi la  <lb>
Grande-Terre est-elle sujette à de longues séche-  <lb>
resses.  <lb>
Le sucre ne s&apos;y fabrique qu&apos;à l&apos;aide de moulins à  <lb>
vent; tous ces inconvéniens avaient fait prédire, à  <lb>
cette partie, par d&apos;anciens observateurs, une pro-  <lb>
chaine décadence ; mais elle est toujours laplus popu-  <lb>
leuse , la mieux cultivée et la plus riche, à cause de  <lb>
la fertilité constante de ses terres et de k bonté  <lb>
du port central de la Pointe-à-Pître. Ses produis  <lb>
sont, à l&apos;égard de ceux de k Guadeloupe, comme  <lb>
deux et demi sont à un.  <lb>
Le manque d&apos;eau qu&apos;on éprouve à la Grande-Terre  <lb>
provient de ce qu&apos;elle est trop basse, trop plate, et  <lb>
de ce que le fond du sol n&apos;est composé que de roches  <lb>
calcaires, poreuses et légères, au travers desqu&apos;elles  <lb>
les eaux pluviales filtrent et disparaissent, au lieu  <lb>
d&apos;y trouver, comme à la Guadeloupe proprement  <lb>
dite, un fond impénétrable pour les réunir, leur faire  <lb>
prendre leur écoulement vers les lieux bas, et former  <lb>
des ruisseaux et des rivières. Lorsqu&apos;il se rencontre  <lb>
un fond d&apos;argile et de terre grasse, l&apos;eau qui s&apos;y  <lb>
amasse s&apos;y croupit en peu de temps , faute de pente  <lb>
pour s&apos;écouler, el devient la cause de la corruption  <lb>
de l&apos;air.  <lb>
La Grande-Terre fut occupée par les Français,  <lb>
très-peu de temps après la Gnaielonpe. On trouve<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0262">
262
</controlpgno>
<printpgno>
0248
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(248 )  <lb>
dans les archives de la marine (i) une commission  <lb>
de lieutenant-général, délivrée, à Paris, le 18 avril  <lb>
1646, à Michel Bernard sieur de Delleviler, pour  <lb>
commander, dans cette partie, sous les ordres du  <lb>
gouverneur Houel ; une instruction pour travailler  <lb>
au salut des sauvages, et l&apos;injonction à tous officiers  <lb>
et habitans de la Grande-Terre de lui obéir.  <lb>
La Grande-Terre renferme une ville, etneuf quar-  <lb>
tiers ou paroisses, parmi lesquels on compte cinq  <lb>
bourgs. Nous allons les parcourir en commençant  <lb>
par la Pointe-à-Pître, et en continuant par Test.  <lb>
(1) Volume n**,&quot;, année 1646.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0263">
<head>Book Two:  Chapter II.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0263">
263
</controlpgno>
<printpgno>
0249
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( a49)  <lb>
CHAPITRE II.  <lb>
Ville de la Pointe-à-Pître; son port.  Ilet à cochons.  <lb>
Fort Saint-Louis.   Fort Fleur-d&apos;Épée.  <lb>
En 1763, l&apos;emplacement où cette ville est bâtie  <lb>
n&apos;était qu&apos;un marais au bord duquel il ne s&apos;élevait  <lb>
que quelques ajoupas de pêcheurs; mais l&apos;impor-  <lb>
tance de ce local avait été reconnu, dès le principe,  <lb>
dans un mémoire adressé au ministre de la marine  <lb>
en 1740. En consultant ce mémoire (1). On voit  <lb>
que M. de Clieu, gouverneur de la Guadeloupe,  <lb>
se plaignait de ce qu&apos;on continuait à laisser le  <lb>
siège du gouvernement et de la justice, à la Basse-  <lb>
Terre. Ily était, disait-il, situé à l&apos;extrémité de la co-  <lb>
lonie, dans un lieu sans port, peu utile à la défense  <lb>
générale et au commerce, et n&apos;y avait été établi qu&apos;en  <lb>
faveur des premiers et des plus faciles défrichemens ;  <lb>
il proposait de le transférer au Petit-Cul-de-Sac,  <lb>
ou bien au pied du Fort-Louis, dans la plaine Saint-  <lb>
Roch, ainsi que cela avait été déjà proposé. Mais  <lb>
(i) Année 1740, des Archives de la Marine.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0264">
264
</controlpgno>
<printpgno>
0250
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(  25o  )  <lb>
la dépense que nécessitaient de nouveaux établisse-  <lb>
mens, et la détresse de la colonie, à la suite d&apos;orages  <lb>
fréquens, empêchèrent qu&apos;on n&apos;effectuât ce chan-  <lb>
gement.  <lb>
Les avantages que les Anglais retirèrent, pendant  <lb>
leur occupation de 17 5g, de la baie du Petit-Cul-  <lb>
de-Sac, ouvrirent les yeux à la France, et, lors de  <lb>
la reprise de possession, à la paix de 1760, on com-  <lb>
mença ày bâtir une ville sur un plan qu&apos;en fit tracer  <lb>
le gouvernement.OnTappelk long-temps, en raison  <lb>
de sa position, la ville du Morne-Renfermé; en 177a  <lb>
on l&apos;a nommait encore de ce nom ( 1 ) ; mais celui de  <lb>
Pointe-à-Pître, qu&apos;on lui donnait déjà, dunom d&apos;un  <lb>
pêcheur dont k cabane se trouvait sur k pointe où  <lb>
les premières maisons furent construites, prévalut et  <lb>
c&apos;est celui qu&apos;elle a conservé.  <lb>
La Pointe-à-Pître est par les 16* i5&apos; de latitude,  <lb>
et par les 63° 5o&apos; de longitude O. de Paris, à douze  <lb>
lieues, dans le N.-E., de k ville de la Basse-Terre.  <lb>
Cette ville eut d&apos;abord de faibles développemens;  <lb>
mais, en 1769, laGuadeloupe ayant-été mise, une se-  <lb>
conde fois, sous k dépendance de k Martinique,  <lb>
le gouverneur général d&apos;Ennery, frappé des avan-  <lb>
tages que la situation de k Pointe-à-Pître offrait,  <lb>
employa, à son agrandissement, l&apos;activité et lapersé-  <lb>
(1) Code de k Martinique, années 1770 et 17****».<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0265">
265
</controlpgno>
<printpgno>
0251
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   25,   )  <lb>
véraacequile caractérisaient.U concéda des terrains  <lb>
à plusieurs particuliers riches, et donna toutes sortes  <lb>
d&apos;encouragemens pour la construction des édifices.  <lb>
Les maisons et les magasins furent exempts d&apos;im-  <lb>
positions pendant plusieurs années. Il y fit établir  <lb>
l&apos;entrepôt du commerce étranger, et proposa de  <lb>
nouveau, en i769, d&apos;y transférer le gouvernement  <lb>
delà colonie. Mais lemêmemotif, celui des dépenses,  <lb>
servit encore de prétexte pour fairerejeter cette pro-  <lb>
position.On y avait établi en 17671m siège d&apos;amirauté  <lb>
ettransféré provisoirement la sénéchaussée de Sainte-  <lb>
Anne Un édit du roi, du mois de juin 176g,y ériga  <lb>
définitivement le siège de cette sénéchaussée, de la-  <lb>
quelle ressortaient non-seulement tous les quartiers  <lb>
de la Grande-Terre, maisencore ceux de kBaie-Ma-  <lb>
haut, du Lamentin, duPetitBourg,et du Grand Cul-  <lb>
de-Sac , qui furent distraits de k sénéchaussée de la  <lb>
Basse-Terre, à cause de son éloignement (1).  <lb>
Dès-lors la ville reçut un accroissement considé-  <lb>
rable ; les marais et les palétuviers firent successive-  <lb>
ment place à des constructions nouvelles, et une  <lb>
autre Venise sortit du sein des eaux ; mais il était  <lb>
dans sa destinée d&apos;éprouver les plus cruelles vicissi-  <lb>
tudes. Le 21 mars 1780, un incendie affreux réduisit  <lb>
en cendres, en moins de trois heures, 87 grandes  <lb>
Code de la Martinique, tome 3&quot;, pag. 6, 7 et 8,<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0266">
266
</controlpgno>
<printpgno>
0252
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
¦ (   252   )  <lb>
maisons et 24 petites ; 22 seulement échappèrent  <lb>
aux flammes (1).  <lb>
Le ville a été reconstruite, depuis, en pierres ti-  <lb>
rées des mornes voisins, sur un plan très-régulier et  <lb>
très-élégant. La commodité de son port, la sûreté de  <lb>
son mouillage et sa position au centre des cultures&apos;,  <lb>
l&apos;ont faite augmenter avec rapidité, et au point de  <lb>
lui faire éclipser, à certaines époques, le commerce  <lb>
de Saint-Pierre Martinique.  <lb>
En 1784, MM. de Clugny et de Foulquier eurent  <lb>
Tordre de s&apos;occuper des moyens d&apos;y transférer le  <lb>
gouvernement, l&apos;intendance et le conseil supérieur;  <lb>
de faire les plans et devis des dépenses, et de s&apos;assurer  <lb>
s i les habitans de la Grande-Terre et des quartiers voi-  <lb>
sins, qui retireraient toutl&apos;a*\antage de cette trans-  <lb>
lation , étaient disposés à payer une partie des frais.  <lb>
Mais ces mesures, ordonnées parle roi, n&apos;eurent pas  <lb>
d&apos;autre suite, par le même motif des dépenses; de  <lb>
sorte que l&apos;industrie seule de cette ville Ta créée ce  <lb>
qu&apos;elle est. Son heureux emplacement, l&apos;étendue de  <lb>
ses communications et la faveur du gouvernement  <lb>
peuvent la rendre beaucoup plus considérable  <lb>
encore.  <lb>
Les rues de la Pointe-à Pître sont larges, tirées  <lb>
(1) Dictionnaire universel, etc., de la France et de ses co-  <lb>
lonies, Paris, 1804, 5* vol., pag. 545.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0267">
267
</controlpgno>
<printpgno>
0253
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( a53 )  <lb>
au cordeau, plusieurs ont des trottoirs. Son port est  <lb>
bordé, d&apos;un côté, par de belles maisons, de vastes  <lb>
magasins où règne, dans les temps prospères, une  <lb>
merveilleuse activité; l&apos;on voit, de l&apos;autre, un grand  <lb>
nombre de bàtimens à l&apos;ancre, ornés de banderolles  <lb>
et de pavillons de toutes couleurs, qui donnent à  <lb>
cette ville un coup-d&apos; il charmant, et la rendent  <lb>
une des plus agréables des Antilles.  <lb>
Elle a surtout été florissante de 1804 à 1808, épo-  <lb>
que oàla guerre l&apos;obligea d&apos;ouvrir son port aux étran-  <lb>
gers ,qu&apos;on y vit affluer de toutes parts.Quantité de  <lb>
corsaires y amenaient de riches et nombreuses prises*,  <lb>
elleétaitlerendez-vous presque généraldu commerce.  <lb>
Sa population fixe s&apos;éleva à plus de 12,000 âmes; elle  <lb>
n&apos;estaujourd&apos;huique de9,019, dont : 25io blancs,  <lb>
2176 gens de couleur libres, 4333 esclaves, non  <lb>
compris les étrangers , ou population ambulante.  <lb>
Le nombre des habitans de la Pointe-à-Pître, qui  <lb>
est à peu près le double de celui de la Basse-Terre,  <lb>
varie plus que la population d&apos;aucune autre ville des  <lb>
Antilles, et se renouvelle plus souvent, par l&apos;af-  <lb>
fluence qu&apos;occasionne l&apos;appât d&apos;y faire promptement  <lb>
fortune. Mais la fatigue d&apos;un tourbillon d&apos;affaires  <lb>
commerciales , l&apos;insalubrité du climat, et une cha-  <lb>
leur excessive , sur une terre plate et sans ombrage ,  <lb>
donnent rarement le temps d&apos;y amasser assez tôt de  <lb>
l&apos;or pour venir en jouir à Paris.  <lb>
Le port, quoiqu&apos;un des plus surs de l&apos;Archipel,  <lb>
permet tout au plus à une frégate de guerre d&apos;y en-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0268">
268
</controlpgno>
<printpgno>
0254
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(254)  <lb>
tier, parce que les rochers qui bordent la passe la  <lb>
rendent étroite et difficile (i). Il serait urgent de  <lb>
faire relever les carcasses qui furent coulées,en, 794,  <lb>
dans la passe et dans l&apos;intérieur du port. Ce travail  <lb>
nécessaire, et qu&apos;on pourrait exécuter sans de grands  <lb>
frais, contribuerait puissamment à l&apos;assainissement  <lb>
du port et de la ville , si on îe faisait, marcher de  <lb>
front avec la construction arriérée des quais. Le  <lb>
projet de les Construire sur toute l&apos;étendue du port  <lb>
existe, il est vrai, depuis qu&apos;on a tracé celui de la  <lb>
ville; mais les événemens, et surtout le manque  <lb>
d&apos;argent, ont toujours servi de prétexte plausible  <lb>
pour ne pas l&apos;exécuter. En 18,7 , le gouvernement  <lb>
colonial ordonna de s&apos;en occuper ; il affecta même  <lb>
à leur construction des fonds à prélever, par droit  <lb>
additionnel, sur les loyers de maisons, les ventes  <lb>
publiques et le cabotage. Mais, par une fatalité or-  <lb>
dinaire aux colonies , où il est bien rare de ne pas  <lb>
voir toute espèce d&apos;énergie se paralyser, l&apos;exécution  <lb>
de cette ordonnance fut suspendue, comme on  <lb>
ajourna indéfiniment la construction sanitaire du**.  <lb>
cours autour de la ville et sur la route des Abymes,  <lb>
qui devait être planté d&apos;arbres, en forme de bou-  <lb>
(1) Le vaisseau rasé l&apos;Hercule et des frégates de 18, y sont  <lb>
cependant entrés à plusieurs reprises, de 1794 à 1796; mais  <lb>
un vaisseau court beaucoup de dangers à sa sortie, parles  <lb>
calmes, et parles courans qui portent constamment k PO.,  <lb>
fl.-O.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0269">
269
</controlpgno>
<printpgno>
0255
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 255 )  <lb>
levarts. Toutefois . trois rues ont été percées à tra-  <lb>
vers les mornes Bocquet et de l&apos;ancien Presbytère,  <lb>
pour l&apos;écoulement des eaux; le chemin de k Pointe-  <lb>
à-Pître aux Abymes a été fait, mais non planté  <lb>
d&apos;arbres , quoique ce pays plat et totalement décou-  <lb>
vert réclame ces sortes de plantations; et,en 1821,  <lb>
on a commencé, avec beaucoup de lenteur, k con-  <lb>
struction si importante des quais. Si on peut par-  <lb>
venir à les terminer, les navires de commerce, de  <lb>
tout échantillon, auront la facilité d&apos;accoster aux  <lb>
amarres; le port sera un des plus beaux des An-  <lb>
tilles, et la salubrité de la ville y gagnera prodi-  <lb>
gieusement.  <lb>
La Pointe-à-Pître ne forme qu&apos;une paroisse.  <lb>
On y compte 44rues» 8o3 maisons, 8, terrains  <lb>
vacans ou non bâtis, et 3 places publiques(1);  <lb>
le terme moyen des habitans de chaque maison est  <lb>
de 12, y compris k population ambulante. On a  <lb>
¦fécerùmeint terminé les derniers travaux d&apos;une église  <lb>
paroissiale, dont la ville manquait. Onk commença  <lb>
(1) La place du marohé, au centre de la ville, paraît être  <lb>
la plus ancienne ;  <lb>
Celle du Petit-Cours était un marais couvert de palétuviers,  <lb>
que l&apos;on combla en 1774; on l&apos;appela place Tascher, nom  <lb>
qu&apos;elle a perdu, depuis la révolution, pour porter celui de  <lb>
Petit-Cours ;  <lb>
La place de la Victoire, autrefois place Sartine, que l&apos;on a  <lb>
beaucoup agrandie, n&apos;est pas encore terminée. Elle est vaste,  <lb>
belle, entourée d&apos;arbres, située au fond du port, et ne con-  <lb>
tribuera pas peu ù embellir la ville.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0270">
270
</controlpgno>
<printpgno>
0256
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 256 )  <lb>
en 1807 ; mais des dilapidations et des négligences  <lb>
en avaient fait suspendre les travaux (1). Cette  <lb>
église, et les nouvelles bâtisses entreprises dans ses  <lb>
environs, sont privées d&apos;air par le morne isolé de la  <lb>
Victoire, dont l&apos;applanissement, résolu et com-  <lb>
mencé depuis long-temps, a aussi été suspendu,  <lb>
quoique l&apos;intérêt public exige impérieusement qu&apos;on  <lb>
s&apos;en occupe sans interruption (2). La paroisse delà  <lb>
Pointe-à-Pître était desservie autrefois par les ca-  <lb>
pucins. Le sous-préfet apostolique y a résidé jus-  <lb>
qu&apos;en i8i5, qu&apos;il éstparti pour la France. Il était en  <lb>
même temps curé , et avait sous lui un vicaire. Au-  <lb>
jourd&apos;hui un seul curé dessert les deux paroisses de  <lb>
la Pointe-à-Pître et des Abymes,  <lb>
L&apos;extrême détresse où se trouvent réduites nos  <lb>
colonies peut sans doute être un prétexte plausible,  <lb>
(1) La première église de la Pointe-à-Pître avait été cons-  <lb>
truite sur le morne, dit de Mey, derrière la place de Sartines,  <lb>
aujourd&apos;hui delà Victoire. En 1775, on en construisit unenou-  <lb>
velle sur cette place, et l&apos;ancienne ïlervit de presbytère, jus-  <lb>
qu&apos;à l&apos;époque où l&apos;on construisit celui actuel, en 1802, elle ser-  <lb>
vit de prélecture. L&apos;église , construite en 1774» fut détruite en  <lb>
1794, lorsque Victor-Hugues, concentré -sur le morne dugou-  <lb>
vernement, remporta l&apos;avantage éclatant sur les Anglais, à la  <lb>
suite duquel le morne et la place portèrent le nom de morne et  <lb>
place de la Victoire.  <lb>
(2)   Le morne de la Victoire, autrefois du Gouvernement,  <lb>
avait été concédé, dans le principe, à la famille Picoud de  <lb>
l&apos;île, dont M. titivenson épousa une veuve. Lors de l&apos;accrois-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0271">
271
</controlpgno>
<printpgno>
0257
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(25?   )  <lb>
pour différer dans ce moment, l&apos;exécution de tous  <lb>
ces travaux; mais peut-il y avoir quelque motif  <lb>
de ne pas veiller , sans relâche , à l&apos;exécution des  <lb>
règlemens sur l&apos;assainissement des terrains maré-  <lb>
cageux qui cernent plusieurs parties de la ville ? Les  <lb>
vapeurs qui s&apos;exhalent de ces terrains toujours  <lb>
trempés, lorsqu&apos;après la pluie le soleil pompe cette  <lb>
humidité pernicieuse, portent le germe de la fièvre  <lb>
dans la ville et dans les quartiers sous le vent; sur-  <lb>
tout pendant la saison de l&apos;hivernage où le vent  <lb>
souffle de la partie de ces marais que les conces-  <lb>
sionnaires n&apos;ont jamais comblés malgré l&apos;obligation  <lb>
qui leur en a été imposée. Si la métropole était gé-  <lb>
néreuse en apparence, dans les concessions qu&apos;elle  <lb>
accordait gratuitement, elle était peu sage de ne  <lb>
régler l&apos;étendue de ces concessions que sur le crédit  <lb>
ment de la ville, en 1^69,00 le racheta, parce qu&apos;il se trou-  <lb>
vait enclavé dans le nouveau plan, et on y bâtit une maison  <lb>
pour le gouvernement. La famille Picoud de l&apos;île réclama, en  <lb>
France, contre cette vente, et le différend n&apos;était pas terminé  <lb>
au moment de la révolution. Victob-Hugtjes fit escarper ce  <lb>
morne, en 1794, y ajouta des établissemens militaires et le mit  <lb>
à l&apos;abri d&apos;un coup de main. Mais tous ces établissemens fu-  <lb>
rent détruits, par le coup de vent de -809. En 1810,les An-  <lb>
glais firent abandon de ce terrain à la famille Picoud, qui ven-  <lb>
dit les déblais du morne pour des corriblemens. En ï8*4-&gt; le  <lb>
gouvernement français ne reconnut pas la validité de cette ces-  <lb>
sion, et autorisa le public à en retirer tous les déblais qui lui  <lb>
conviendraient, afin d&apos;en hâter l&apos;applanisseinent.  <lb>
1.                                                .7<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0272">
272
</controlpgno>
<printpgno>
0258
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 258 )  <lb>
des protecteurs, sans avoir égard aux talens ni  <lb>
aux ressources de ceux qui les sollicitaient. Aussi,  <lb>
quoique tont concessionnaire contractât l&apos;obliga-  <lb>
tion de défricher, dans un temps donné, le terrain  <lb>
qui lui était accordé , Comme* les concessions,  <lb>
étaient, en majeure partie, le prix de la faveur,  <lb>
beaucoup de terres restaient en friche. Cet abus  <lb>
donna lieu aux ordonnances du 11 juin 1680, 24  <lb>
septembre ,683, 26 septembre 1696, et 3 août  <lb>
1722, qui voulaient: que dans uii délai d&apos;abord de  <lb>
trois ans , réduit ensuite à six mois, et puis porté  <lb>
à six ans, ces terres fussent mises en culture, sous  <lb>
peine d&apos;être réunies au. domaine du roi, pour être  <lb>
concédées de nouveau. Mais cette peine ne fut in-  <lb>
fligée qu&apos;à un petit nombre d&apos;habitans sans fortune  <lb>
et sans naissance. Tous ceux qui avaient quelque  <lb>
appui gardèrent impunément leurs terres en friche;  <lb>
et ce ne fut pas une des moindres causes qui  <lb>
retardent les progrès de nos établissemens colo-*  <lb>
niaux.                                 &apos;  <lb>
La révolution, fit ferrrïer1 lc*&gt; yeux* sur les obliga-  <lb>
tions des concessionnaires. Cependant le gouver-  <lb>
nement de la Guadeloupe se ravisa 6^1817 , et on  <lb>
ordonna aux concessionnaires de la Pointe-à-Pitre  <lb>
de remplir, satis retard, l&apos;obligation où ils étaient  <lb>
de favoriser le comblage des palétuviers, par des  <lb>
irrigations et l&apos;applanissement des mornes , sous  <lb>
peine de dépossession. Néanmoins peu d&apos;améliora-  <lb>
tions ont été faites, dans cetle partie, et aucun an-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0273">
273
</controlpgno>
<printpgno>
0259
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 259 )  <lb>
cien concessionnaire n&apos;a été dépossédé, quoique,  <lb>
la salubrité de la ville dépende de la sévère exécu-  <lb>
tion de cette mesure conservatrice. Une police sur-  <lb>
veillante, pourrait aussi exiger beaucoup plus de  <lb>
propreté dans certains quartiers de la ville , surtout  <lb>
dans les lieux où il y a des boucheries.  <lb>
Un objet de première nécessité, l&apos;eau, manque, à  <lb>
la Pointe-à-Pitre, et il serait cependant facile d&apos;y  <lb>
en amener de la partie de l&apos;Ouest, par .le moyen  <lb>
d&apos;un aqueduc. On crut long-temps la chose impossi-  <lb>
ble, à cause de la quantité de palétuviers, de terres  <lb>
basses et noyées, et de la rivière salée, au travers  <lb>
desquels il fallait faire passer l&apos;aqueduc pour con-  <lb>
duire l&apos;eau dans k ville. Mais il fut reconnu par  <lb>
les plans que l&apos;intendant de Foulquier fit lever en  <lb>
1785, que l&apos;exécution de ce projet^.était, non-seu-  <lb>
lement possible, mais même facile (1).  <lb>
Pendant k révolution, sous les agens Jeannet,  <lb>
Baco et De La veaux, l&apos;eau fut amenée, dans un  <lb>
aqueduc de bois incorruptible, jusqu&apos;au bord de la.  <lb>
rivière Salée, où l&apos;on construisait un réservoir, lors-  <lb>
que ces travaux furent détruits par les nègres, dans  <lb>
l&apos;insurrection de floréal an X (avril 1802).  <lb>
Sous le régime impérial, M. Bastide , ingénieur-  <lb>
géographe ,   produisit les, plans  demandés  pour  <lb>
(i) Ces plans restèrent déposés chez le sieur Nassau, Y oyer  <lb>
à la Pointe-à-Pître.  <lb>
-7<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0274">
274
</controlpgno>
<printpgno>
0260
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 26o )  <lb>
l&apos;exécution de celte entreprise, malheureusement  <lb>
le manque de foiids ou les évéiiemeris, n&apos;eu ont ja-  <lb>
mais permis l&apos;accomplissement.  <lb>
En 1815 -, M. Jobert, capitaine des Ouvriers du  <lb>
génie maritime, présenta un projet qui donnait  <lb>
l&apos;espoir d&apos;une facile et prompte réussite; mais la  <lb>
colonie, étrangère du système d&apos;actions qu&apos;il pro-  <lb>
posait, pour forrrier les fonds nécessaires, ne l&apos;a-  <lb>
dopta pas., quoique tout le monde en reconnût  <lb>
l&apos;avantage et l&apos;urgente nécessité. On s&apos;en est encore  <lb>
occupé en 1817 , sans obtenir des résultats plus heu-  <lb>
reux, et il en sera toujours ainsi, tant que le gouver-  <lb>
nement ne se chargera pas de l&apos;entreprise, soit avec  <lb>
des fonds tirés de la caisse publique, à mesure de*  <lb>
travaux; soit en y affectant cehx d&apos;une caisse  <lb>
particulière, par le moyen d&apos;impôts directs ou in-  <lb>
directs , à la levée desquels la colonie Se prêtera  <lb>
volontiers, aussitôt que leur destination sera con-  <lb>
nue et bien assurée. L&apos;état gagnerait autant que la  <lb>
ville à la construction de cet aqueduc, car les eaux  <lb>
pluviales, qu&apos;on a grand soin de recueillir, peu-  <lb>
vent suffire à la consommation des habitans, hors  <lb>
les temps de sécheresse ; tandis que pour l&apos;usage  <lb>
journalier des troupes et de l&apos;hôpital, on est obligé  <lb>
d&apos;en envoyer chercher par mer dans des barils. Les  <lb>
nègres, pour avoir plutôt fait, vont la prendre au  <lb>
dégorgement d&apos;un des deux petits ruisseaux qui  <lb>
versent leurs eaux dans la rivière Salée, à environ  <lb>
une lieue  de k Point-à-Pître; peu soucieux qute<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0275">
275
</controlpgno>
<printpgno>
0261
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( a6i )  <lb>
pette eau y arrive toute imprégnée du gaz méphi-  <lb>
tique des palétuviers, qu&apos;eue a traversés pendant un  <lb>
espace de plus de deux millp toises , a.u lien de faire  <lb>
j-p peu plus, de chemin pour aller \a prendre à k  <lb>
rivière Lézard^ , où elle est exempte de cptfe qualité  <lb>
pernicieuse.  <lb>
En 1815,, époque où il n&apos;y avait pour garnison  <lb>
que deux compagnies de soldats et peu de malades k  <lb>
la Ppinte-à-Pftre, il fallait seize barrijs d&apos;eau, par  <lb>
jour ; ils coûtaient 3 liv. coloniales chacun , ou  <lb>
48 liv. ; ce qui fajf, par anv 17, 5qo liv. pu iQ,5ia  <lb>
fr. argent de France, somme énorme pour p&apos;avpir  <lb>
que de mauvaise eai*.  <lb>
L&apos;entrée du port es t défendue par l&apos;îlet à Cochons,  <lb>
situé à douze ou quinze cents toises en avant de k  <lb>
ville ; cet îlet est formé de terre calcaire, de madré-  <lb>
pores, de coraux et de débris de coquillages. C&apos;est  <lb>
une terre plate sur laquelle on projetta, en 1700, de  <lb>
bâtir un petit fortin, ce cpii n&apos;a jamais été exécuté.  <lb>
On s&apos;est toujours contenté d&apos;y établir deux batteries  <lb>
de mortiers et de canons, dont le feu se croisait  <lb>
avec celui du fort Saint-Louis, construit antérieu-  <lb>
rement à l&apos;année 1700 , sur la côte opposée. Ce  <lb>
fort, mauvais parallélograme de 5o toises de long  <lb>
sur 10 à 12 de large, n&apos;est qu&apos;une espèce de para-  <lb>
pet de 7 à 8 pieds de hauteur , sans fossé, établi  <lb>
sur un petit morne dominé, à portée de pistolet.  <lb>
L&apos;excessive insalubrité de ce fort, provenant, des  <lb>
marais ct des terres noyées, sous le vent desquels<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0276">
276
</controlpgno>
<printpgno>
0262
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   262   )  <lb>
il se trouve , Font à-peu-près fait abandonner pour  <lb>
le fort Fleur-d&apos;Épée, construit en 1763, à mille  <lb>
toises plus à l&apos;est sur le prolongement de la côte.  <lb>
Ce ne fut d&apos;abord qu&apos;une redoute fermée , établie  <lb>
pour défendre la grande baie et la rade de la nou-  <lb>
velle ville qu&apos;on bâtissait alors. Mais en 1795 , Vic-  <lb>
tor Hugues l&apos;agrandit, y ajouta un fossé, des bas-  <lb>
tions , une citerne, d&apos;excellentes casemates, des  <lb>
établissemens pour ,5o hommes , et le mit dans l&apos;é-  <lb>
tat où on le voit aujourd&apos;hui. Malheureusement il  <lb>
est dominé par le morne Mascotte dont il faut res-  <lb>
ter le maître, si l&apos;oÂ veut garder le fort. Il n&apos;est pas  <lb>
exempt des miasmes morbifiques très-pernicieux â  <lb>
sa garnison.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0277">
<head>Book Two:  Chapter III.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0277">
277
</controlpgno>
<printpgno>
0263
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 263 )  <lb>
CHAPITRE III.  <lb>
Quartier des Abymes.  <lb>
Les abîmes, situés au fond du Petit-Cul-de-Sac,  <lb>
ou baie de la Pointe-à-Pître, sont ainsi appellees,  <lb>
à cause des grands enfoncemens que la mer a faits  <lb>
dans les terres de ce quartier. L&apos;eau y est profonde,  <lb>
les navires allaient s&apos;y mettre à l&apos;abri des ouragans  <lb>
et des insultes des Anglais , avant k construction  <lb>
du port, et s&apos;y amarraient aux palétuviers, dont  <lb>
toutes ces côtes sont couvertes.  <lb>
Le quartier des abîmes, borné à l&apos;occident et dans  <lb>
toute sa longueur , par la rivière Salée , ne forme ,  <lb>
dans sa presque totalité, qu&apos;un marécage couvert  <lb>
de palétuviers, dont l&apos;insalubrité se répand dans  <lb>
tous les environs. Il serait sans doute possible d&apos;en  <lb>
assainir plusieurs parties, si on voulait y déployer un  <lb>
peu de l&apos;industrie et de l&apos;activité, dont les Hollandais  <lb>
out donné l&apos;exemple dans leurs Polders; surtout si  <lb>
le gouvernement cherchait à secouer l&apos;indolence et  <lb>
l&apos;apathie des colons, par une sévère exécution des  <lb>
ordonnances, sur le renouvellement des concessions.  <lb>
La salubrité de la Poinle-a-Pitre en dépend essen-  <lb>
tiellement , puisque les terres  noyées, s&apos;étendent<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0278">
278
</controlpgno>
<printpgno>
0264
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( a64 )  <lb>
jusqu&apos;à la ville, qui se trouve sous le vent de leurs  <lb>
exhalaisons malignes , lorsque, dans l&apos;hivernage ;  <lb>
les vents soufflent du quart de cercle qui s&apos;étend  <lb>
de l&apos;O. jusqu&apos;au N.  <lb>
Le quartier des Abîmes fut brûlé et ravagé par le  <lb>
nègre révolté, Ignace, dans le mois de mai 1802;  <lb>
il n&apos;y a ni bourg, ni église; le curé de la Pointe-  <lb>
à-Pitre a aussi sous sa direction spirituelle, les  <lb>
habitans de ce quartier , dont à peine le tiers  <lb>
des terres est propre à la culture, mais ces terres  <lb>
sont très-fertiles.  <lb>
La population des Abîmes , se compose de 3ggo  <lb>
individus, dont : 524 blancs, 3ig gens de couleur  <lb>
libres et 5147 esclaves.  <lb>
Des 3778 carrés de terre qu&apos;il renferme, il y en  <lb>
a 353 consacrés à la culture de k canne, 364 a  <lb>
celle du café, 117 pour le coton, 18 pour le cacao,  <lb>
12 - pour le manioc , et 188 pour les autres vivres;  <lb>
il reste 1166 carrés de terre en friche, 5g3 en bois  <lb>
debout, et 858 en savannes.  <lb>
On y compte 164manufactures, dont: 17 a sucre,  <lb>
jo8 à café, 21 à coton, 3 à cacao, et i5 à vivres.  <lb>
Ses bestiaux sont au nombre de 1721 , savoir:  <lb>
g5 chevaux, 171 mulets, 18 ânes, 1210 bêtes à  <lb>
cornes,  et 227  moutons ou cabris.  <lb>
Il y a II moulins à bêtes et 2 à vent.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0279">
<head>Book Two:  Chapter IV.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0279">
279
</controlpgno>
<printpgno>
0265
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 265 )  <lb>
......i.. . . /   ......&quot;.ri...&apos; .r..1.,,,.,    <lb>
CHAPITRE IV.  <lb>
Quartier du Gosier.  <lb>
A l&apos;E.-S.-E. de k Pointe-à-Pître, se trouve le  <lb>
quartier du Gosier, dont les côtes commencent  <lb>
après le fort Fleur-d&apos;Epée, k la pointe de k grande  <lb>
baie, et finissent k l&apos;anse rouge. C&apos;est le plus petit  <lb>
de tous les quartiers de la Grande-Terre, et celui  <lb>
où les mornes ont le plus d&apos;élévation. Comme sa  <lb>
plage offre un bon mouillage anx vaisseaux et un  <lb>
accès facile aux chaloupes, c&apos;est le point principal  <lb>
de débarquement que choisit l&apos;ennemi dans toutes  <lb>
les attaques de k GranderTerre, pour pouvoir sa  <lb>
porter sur-le-champ contre le fort Fleur-d&apos;Epée ;  <lb>
aussi a-t-il beaucoup souffert de k guerre, particu-  <lb>
lièrement dans celle de ^94. Ce quartier fat encore  <lb>
ravagé et incendié, dans le mois de mai 1802, par  <lb>
lesnègres révoltés que commandait Ignace. Le bourg  <lb>
du Gosier, pn des plus anciens de cette partie, fut  <lb>
alors entièrement détruit, et il n&apos;y reste plus que  <lb>
trois ou quatre maisons éparses. Les matériaux de  <lb>
toutes les autres, ainsi que ceux de l&apos;église, servi-  <lb>
rent, en 1795, à construire les fortifications qui  <lb>
complétèrent le fort Fleur-d&apos;Epée.          1<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0280">
280
</controlpgno>
<printpgno>
0266
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 266 )  <lb>
La paroisse se réunit, pour le spirituel, à celle  <lb>
de Sainte-Anne.  <lb>
La population de ce quartier est de 3567 indi-  <lb>
vidus , dont 3 r 3 blancs, 3o8 gens de couleur libres,  <lb>
et 2946 esclaves.  <lb>
Il y a à peu près le tiers de ses terres cultivées.  <lb>
Ses principaux produits sont un tiers en sucre, un  <lb>
tiers en café et un tiers en coton, qui est réputé  <lb>
le meilleur de l&apos;île, et qui rivalise avec celui de la  <lb>
Désirade.  <lb>
Ses cultures occupent 1102 carrés de terre, dont:  <lb>
355 carrés en cannes, 258 en café, 252 en colon,  <lb>
9 en cacao, et 328 en manioc ou en vivres. Le nom-  <lb>
bre des carrés de terre en friche est de i3i8, en  <lb>
bois debout de 255, et en savannes de 777, ce qui  <lb>
porte sa surface à 3451 carrés de terre.  <lb>
On y compte 191 manufactures : 11 à sucre, 81 à  <lb>
café, 86 à coton, une à cacao et 12 à vivres.  <lb>
Il y a 10 moulins à bêtes et 3 à vent. On y compte  <lb>
i5&quot;26 bestiaux, dont: 77 chevaux, 126mulets, 28  <lb>
ânes, 712 bêtes à cornes, et 383 moutons ou cabris.  <lb>
Ce quartier jouit d&apos;un air sain, de même que  <lb>
ceux qui restent à décrire, parce qu&apos;aucun obstacle  <lb>
ne leur intercepte les vents salubres de l&apos;est, qui vi-  <lb>
vifient tous les lieux où leur souffle se fait sentir.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0281">
<head>Book Two:  Chapter V.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0281">
281
</controlpgno>
<printpgno>
0267
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(26?)  <lb>
CHAPITRE V.  <lb>
Quartier de Sainte-Anne.  <lb>
Le quartier de Sainte-Anne, qui commence du  <lb>
côté de l&apos;ouest, à l&apos;anse rouge, et finit à l&apos;est à la  <lb>
pointe de l&apos;anse à la barque, est un des plus consi-  <lb>
dérables et des mieux cultivés de la colonie. L&apos;air y  <lb>
est pur et sain, et quoiqu&apos;il n&apos;y ait que la moitié de  <lb>
ses terres en culture, les chemins sont beaux et bien  <lb>
entretenus. Le bourg de Ste-Anne, situé sur le rivage  <lb>
d&apos;une anse qui porte son nom, a souffert, à plusieurs  <lb>
reprises, de la révolte des nègres, dans les premiers  <lb>
temps de la révolution. Il est cependant, après celui  <lb>
du Moule, le plus grand et le plus beau de l&apos;île.  <lb>
On y avait anciennement établi le siège de la séné-  <lb>
chaussée de la Grande-Terre, mais , en , 767, on  <lb>
jugea à propos de le transférer à la Pointe-à-Pître. ( 1 ).  <lb>
La paroisse de Sainte-Anne était anciennement des-  <lb>
servie par les capucins ; l&apos;église en est belle et vaste;  <lb>
il y aussi un -presbytère, et le desservant actuel a  <lb>
le titre de curé de Sainte-Anne et du Gosier.  <lb>
(1) Code de la Martinique, torn. 3, pag. 6.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0282">
282
</controlpgno>
<printpgno>
0268
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 368 )  <lb>
Le bourg est à 4 lieues de la Pointe-à-Pltre, et  <lb>
à près de 5 lieues de eelui du Moule, situé au nûrd  <lb>
sur la côte opposée. L&apos;anse de Sainte-Anne est  <lb>
barrée par des hauts fonds qui n&apos;en permettent l&apos;en-  <lb>
trée que par la grande passe à l&apos;est, et par la petite  <lb>
passe à l&apos;ouest.  <lb>
Les côtes de ce quartier sont saines, offrent par-  <lb>
tout un assez bon mouillage, et sont très-poisson-  <lb>
neuses.  <lb>
La population du quartier de Sainte-Anpe --&apos;élève  <lb>
à 6og5 indiyidus, dont : 465 blancs, 321 gens de  <lb>
couleur libres, et 55og esclaves.  <lb>
Sa surface est de 7657 carrés de terre : ,665 carrés  <lb>
sopj. plantés en cannes ? 269 en café, 2i3 en coton,  <lb>
3 en cacao et 5o4 en manioc ou en vivres. Il y a, de  <lb>
plus, 2o54 carrés en friche, 972 en bois debout,&apos;et  <lb>
1977 en s**vannes.  <lb>
Ses manufactures sont au nombre de 149, dout:  <lb>
44 h sucre, 70 à café, 25 à coton et iq à vivres..  <lb>
Pn y pompte 5^5. rnonlins, dont 21 à yent et 3|  <lb>
à bêtes.  <lb>
Il possède ij5g chevaivi, 3g5 ninlets? tfi ânes,  <lb>
1959 bêtes à cornes, et 754 moutons ou cabris, ce  <lb>
qui forme un, total de 3310 bestiaux.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0283">
<head>Book Two:  Chapter VI.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0283">
283
</controlpgno>
<printpgno>
0269
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( *%)  <lb>
CHAPITRE VI.  <lb>
Quartier dé Saint-François.  <lb>
Le quartier de Saint-François, côlitigu à celui  <lb>
de Sainte-Anne, commence à l&apos;ansè â la barque,  <lb>
rènferrnb toute lapointe de l&apos;est, dite des Châteaux,  <lb>
etse termine, au nord, à là côté du rempart. Quoi-  <lb>
que cette pointe -orientale soit tûùt-à-fait stérile ^  <lb>
dans une étendue d&apos;à-peu-près deux mille Cartes&apos;,  <lb>
(et S&apos;est la seule partie de là Grande-Terre qui le  <lb>
soit), le r}uârtier de Saint-François n&apos;en est pai  <lb>
moins un des plus productifs en sucre. On îi&apos;y  <lb>
récolte point de café, parce que le caféyèr se plaît  <lb>
dans lés lieux élevés, frais, humides et fourrés, et  <lb>
qite îé terrain dû quartier Saint-François est plat,  <lb>
sec et tout-à-fait découvert.  <lb>
Ses moutons sont réputés les meilleurs de k  <lb>
colonie.  <lb>
Le bourg de Saint-François, situé au bord de k  <lb>
mer, sur une côte basse, est peu considérable. U y a  <lb>
une église et un presbytère ; la paroisse est actuel-  <lb>
lement desservie par un curé.  <lb>
A deux lieues et dans le sud-est de la pointe des  <lb>
châteaux, gissent ou gisent deux petits îlets bas,<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0284">
284
</controlpgno>
<printpgno>
0270
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   270   )  <lb>
appelés k petite terre , auxquels on donne pies  <lb>
d&apos;une lieue de long sur deux tiers de lieue de large.  <lb>
On les dit susceptibles de culture ; mais ils ne sont  <lb>
visités que par les pêcheurs. A l&apos;ouest de ces îlets  <lb>
est un bon mouilkge pour les vaisseaux.  <lb>
La population du quartier de Saint-François est  <lb>
de 499° âmes, dont : 2g3 blancs, 180 gens de cou-  <lb>
leur libres, et 4517 esclaves.  <lb>
Ses cultures occupent 2161 carrés de terre en  <lb>
cannes, 23g en coton, et 535 en manioc ou en vi-  <lb>
vres. On y compte en outre 1027 carrés de terre en  <lb>
friche, 224 en bois debout, et 1121 en savannes.  <lb>
Ces carrés réunis forment une surface de53o7 carrés  <lb>
de terre.  <lb>
Il y a 36 manufactures à sucre, 70 a coton et 8  <lb>
à vivres, formant un total de 114 manufactures.  <lb>
Ses moulins sont au nombre de 41 &gt; dont 3oà vent  <lb>
et n à bêtes.  <lb>
Ses bestiaux se composent, de 16 chevaux, 166  <lb>
mulets, 5 ânes, 1296 bêtes à cornes, et 674 mou-  <lb>
tons ou cabris ; en tout 2227.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0285">
<head>Book Two:  Chapter VII.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0285">
285
</controlpgno>
<printpgno>
0271
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(27- )  <lb>
CHAPITRE VII  <lb>
Quartier du Moule.  <lb>
Le quartier du Moule, sur la côte nord-est de  <lb>
la Grande-Terre, limité par ceux de Saint-Fran-  <lb>
çois, de Sainte-Anne et du Petit Canal, commence  <lb>
à la côte du rempart, à l&apos;est, et finit à la pointe  <lb>
Sainte-Marguerite, à l&apos;ouest, en tirant au nord. C&apos;est  <lb>
le plus important de la colonie par son étendue, sa  <lb>
population et la masse de ses produits.  <lb>
Le bourg du moule présente l&apos;aspect d&apos;une petite  <lb>
ville; il y futétabli, par édit du roi, du mois de dé-  <lb>
cembre 1776, une sénéchaussée ; mais elle fut sup-  <lb>
primée par un nouvel édit du mois de mai ,783.  <lb>
Au commencement de la révolution, le bourg du  <lb>
Moule devint le siège d&apos;un tribunal de première  <lb>
instance, ce tribunal a été supprimé en 1802 et  <lb>
les habitans sont maintenant placés sous la juri-  <lb>
diction du tribunal de la Pointe-à-Pître, dont ils  <lb>
sont éloignés de six lieues.  <lb>
Le palais de justice et les prisons, construits  <lb>
en pierre , y sont sans destination, et tombent en  <lb>
ruines. La desserte de cette paroisse est une des<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0286">
286
</controlpgno>
<printpgno>
0272
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( -*72 )  <lb>
plus lucratives de la colonie ; l&apos;église et le presby.  <lb>
tèrè existent, et il y a dans ce moment-ci lin curé.  <lb>
Le port du Moule est peu considérable, et ne  <lb>
peut recevoir que des bâtimèni de commerce d&apos;un  <lb>
médiocre tirant d&apos;eau ; il est mal sûr n&apos;étant que  <lb>
faiblement défendu contre les raz-de-marée, beau-  <lb>
coup plus fréquens sur cette côte toute exposée au  <lb>
vent du nord. Ce port est celui que, dans des temps  <lb>
de détresse , on ouvre de préférence au commerce  <lb>
étranger.                                                 &apos; &apos;  &apos;  <lb>
La population du quartier du Moule est là plus  <lb>
considérable-, après celle de la Pointe-à-Pitre. Elle  <lb>
s&apos;élève à 804-7 individus , dont : 587 blancs , &apos;394  <lb>
gens de Couleur libres fet 7066 esclaves.  <lb>
On y -Cultive : 2773 carrés dé terre en cannes,  <lb>
188 en café &lt;, 243 en coton et 861 e&apos;il nïatiiôc bu en  <lb>
vivres.  <lb>
Il s&apos;y trouvé , eh outre : igSo &quot;Carrés de terre en  <lb>
friche -. 574 en bois debout et 2148 en savannes.  <lb>
Ce qui élève le nombre des carrés de sa surface  <lb>
à 8717.  <lb>
Ses manufactures consistent en 55 à sucre , 52 à  <lb>
café, 61 à cotbh et 12 à vivres , total : 1Ô0.  <lb>
II y a 62 moulins , dont 38 à Vent et 24 à bêtès.  <lb>
Ses bestiaux sont ait nombre dé 285ô, savoir :  <lb>
171 chevaux, 620 mulets, 8 ânes, 1169 bêles à  <lb>
Crtrnes et 882 moutons ou Cabris.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0287">
<head>Book Two:  Chapter VIII.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0287">
287
</controlpgno>
<printpgno>
0273
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(2?3)  <lb>
CHAPITRE VIII.  <lb>
Quartier de l&apos;Anse-Bertrand.  <lb>
Cette partie , érigée, en 1737, en quartier , est  <lb>
contiguë à ceux du Port-Louis et du Petit-Canal,  <lb>
et termine la partie septentrionale de la Grande-  <lb>
Terre, que l&apos;on appelle la Pointe d&apos;Antigues. Elle  <lb>
commence à l&apos;anse du petit Saint-François, sur la  <lb>
côte de l&apos;E., et finit à la Pointe-Platte, sur la côte  <lb>
de l&apos;O. Son principal produit est en sucre ; on y  <lb>
récolte aussi un peu de coton, mais point de café ;  <lb>
il y a beaucoup de bestiaux.  <lb>
On ne peut pas appeler du nom de bourg quel-  <lb>
ques cases éparses sur l&apos;anse Bertrand; ce quartier  <lb>
manque d&apos;église; ses habitans se rendent à celle du  <lb>
Port-Louis.  <lb>
Sur la côte de l&apos;E., à l&apos;anse du petit Port-Land,  <lb>
on trouve encore une réunion de sept à huit fa-  <lb>
milles descendantes des anciens Caraïbes, unique  <lb>
reste de ces aborigènes infortunés, sur lesquels les  <lb>
Européens ont usurpé la Guadeloupe. Ces familles  <lb>
ne s&apos;occupent que de pêche ; elles ont toujours con-  <lb>
servé, du caractère de leurs aïeux, un penchant  <lb>
irrésistible à l&apos;oisiveté. On remarque aussi, dans  <lb>
I.                                            18<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0288">
288
</controlpgno>
<printpgno>
0274
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(M)  <lb>
ces descendans de la race américaine, les cheveux  <lb>
noirs et lisses, les yeux gros et saillans, et les  <lb>
formes épaisses des Caraïbes; mais ils sont con-  <lb>
fondus avec les mulâtres, par la -couleur de leur  <lb>
peau et par leur langage.  <lb>
La population du quartier de l&apos;anse Bertrand  <lb>
n&apos;est que de ,43 blancs et 60 gens de couleur libres;  <lb>
tandis qu&apos;on y compte 5624 esclaves, ce qui élève  <lb>
le total des individus à 3827.  <lb>
Ses cultures sont de: 1660 carrés de terres plantés  <lb>
en cannes, 56 en coton et 385 en vivres ou manioc.  <lb>
Il y a, en outre, 144*-» carrés en savannes, i653 en  <lb>
friche, et 73 en bois debout* ce qui donne à sa sur-  <lb>
face une étendue de 5273 carrés.  <lb>
Ses manufacturas sont au nombre de 55, dont :  <lb>
25 à sucre  22 à coton et 8 à vivres.  <lb>
H y a 25 moulins à vent et 3 à bêtes. On y  <lb>
compte 2760 bestiaux, dont : 74 phevaux, Soi  <lb>
mulets, 4 ânes, ,25g bêtes à cornes et 1122 mou-  <lb>
Ions pu cabris<lb>
</p>
</div>
<div id="a0289">
<head>Book Two:  Chapter IX.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0289">
289
</controlpgno>
<printpgno>
0275
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(27*5)  <lb>
i )f)t    ;f*t   ri; 1 , 1&gt;    &gt;   a-  <lb>
CHAPITRE IX.  <lb>
&quot;Quartier Au Port-Louis.  <lb>
Le quartier du Port-Louis, sur la côte occiden taie,  <lb>
est enclavé dans ceux de l&apos;Anse-Bertrand et du Petit-  <lb>
Canal; il commence à la Pointe-Pktte, au nord, et  <lb>
finit à la pointe du Fer-à-Cheval, au sud. Il est pe-  <lb>
tit , mais fertile , bien cultivé, et ne produit que du  <lb>
sucre.  <lb>
Le bourg du Port-Louis, situé à six lieues de la  <lb>
Pointe-à-Pître, est assez vaste, bien bâti et om-  <lb>
bragé. L&apos;église est grande, bien entretenue, ainsi  <lb>
que le presbytère ; le curé actuel est le desservant  <lb>
des deux paroisses du Port-Louis et de l&apos;Anse-  <lb>
Bertrand.  <lb>
La nature a favorisé ce quartier d&apos;une rade cou-  <lb>
verte par des rescifs, contre les vagues du large ; elle  <lb>
estdéfendue, en temps de guerre, par deux batteries;  <lb>
mais elle ne peut servir qu&apos;aux bàtimens caboteurs.  <lb>
La population du quartier du Port-Louis est de  <lb>
4i4o individus, qui se divisent en 246 blancs , i5g  <lb>
gens de couleur libres et 3735 esclaves.  <lb>
On y cultive 1816 carrés de terre en cannes, et  <lb>
347 en vivres ou en manioc. Il y a 1164 carrés en  <lb>
18<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0290">
290
</controlpgno>
<printpgno>
0276
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(276)  <lb>
savannes, g35 en friche, et 107 en bois debout,  <lb>
formant en tout une surface de 436g carrés de terre.  <lb>
On n&apos;y compte que 28 manufactures, dont 26 à  <lb>
sucre et 2 à vivres ; et 28 moulins, 27 à vent et 1 à  <lb>
bêtes.  <lb>
Ses bestiaux sont au nombre de 2260, divisés en  <lb>
66 chevaux, 3i3 mulets, 6 ânes , i3o5 bêtes à cor-  <lb>
nes , et 570 moutons ou cabris.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0291">
<head>Book Two:  Chapter X.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0291">
291
</controlpgno>
<printpgno>
0277
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 377 )  <lb>
CHAPITRE X.  <lb>
Quartier du Petit-Canal.  <lb>
Ce quartier, borné au nord par ceux du Port-  <lb>
Louis et de l&apos;Anse-Bertrand, au sud par ceux du  <lb>
Morne-à-1&apos;Eau et du Moule, s&apos;étend irrégulièrement  <lb>
depuis les côtes de l&apos;ouest jusques à celles de l&apos;est.  <lb>
A l&apos;ouest, il commence à la pointe du Fer-à-Cheval,  <lb>
et se termine à la pointe de l&apos;anse du Morne-à-1&apos;Eau;  <lb>
à l&apos;est, il commence à la pointe du Petit-Saint-Fran-  <lb>
çois, et finit à la pointe Sainte-Marguerite.  <lb>
Il tire son nom d&apos;une espèce de chenal ou passe,  <lb>
formée par un courant, dans l&apos;anse de ce quartier,  <lb>
que les habitans ont continuée , par un petit canal,  <lb>
pour faciliter l&apos;arrivage des embarcations.  <lb>
Le bourg du Petit-Canal, situé sur la côte de  <lb>
cette anse, est peu considérable. Il y a une église et  <lb>
un presbytère. La paroisse est desservie par un  <lb>
curé.  <lb>
Ce quartier est un des plus grands, des plus fer-  <lb>
tiles et des mieux cultivés de la colonie. Son princi-  <lb>
pal produit est en sucre ; il ne fournit que peu de  <lb>
café et de coton, mais il élève beaucoup de bestiaux.  <lb>
Sa population actuelle se compose de 3o3 blancs,<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0292">
292
</controlpgno>
<printpgno>
0278
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(27a)  <lb>
157 gens de couleur libres, et 5g3i esclaves, for-  <lb>
mant un total; de- 6391 individus.  <lb>
Sa surface est de 786g carrés déterre, sur lesquels  <lb>
on cultive 22o3 carrés en cannes, 5o en café , g6 en  <lb>
coton , et 578 en manioc ou en vivres. Le restant  <lb>
des terres consisté en 2046 carrés en savannes, 1690  <lb>
en friche , et 1226 en bois debout.  <lb>
Il y a 85 manufactures , savoir : 49 à sucre, 1 à  <lb>
café , ag à,coton.et 4 à.vivres.  <lb>
On,y, trouve 5i moulins , dont; 46 à vent, et 5 à,  <lb>
bêtes,  <lb>
Ses bestiaux sont au nombre de 34ï!i, savoir :  <lb>
110 chevaux, 445.mulets, 18 ânes, i8o4bêtesà  <lb>
cornes, et iq34 moutons ou cabris.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0293">
<head>Book Two:  Chapter XI.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0293">
293
</controlpgno>
<printpgno>
0279
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( a79 )  <lb>
CHAPITRE XI.  <lb>
Quartier du Morne-à-1&apos;Eau.  <lb>
Le quartier duMorne-à-1&apos;Eau est un des plus petits  <lb>
delà Grande-Terre; il faitsuite aux Terres-Basses du  <lb>
quartier des Abîmes et n&apos;est appelle Mo me à l&apos;Eau,  <lb>
que parce que ses côtes sont noyées et couvertes de  <lb>
palétuviers qui le rendent très-malsain. 11 est borné  <lb>
au nord, par l&apos;anse qui porte son nom, etparles terres  <lb>
duPetit-Canal; àl&apos;ouest, par celles du Moule; au sud,  <lb>
par les quartiers de Sainte-Anne et des Abîmes, et  <lb>
à l&apos;ouest, par le Grand-Cul-de-Sac.  <lb>
On ne peut y cultiver, tout au plus, que le quart  <lb>
du sol; et après le quartier du Gosier, c&apos;estle moins  <lb>
productif de la Grande-Terre.  <lb>
Le bourg duMorne-à-1&apos;Eau, a été ruiné et incen-  <lb>
dié , au mois de mai , 802, par le nègre révolté  <lb>
Ignace ; il était situé sur l&apos;anse du même nom, au  <lb>
nord de tout le quartier, à peu de distance de k  <lb>
Pointe-à-Marcou. Mais , depuis quelques années , il  <lb>
se forme un petit bourg, dans la partie appelée  <lb>
Gripon, qui confine aux Abîmes et à Sainte-Anne,  <lb>
dans les Grands Fonds. Les nègres de tous les quar-  <lb>
tiers environnant, s&apos;y réunissent chaque dimanche*,<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0294">
294
</controlpgno>
<printpgno>
0280
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   280   )  <lb>
sur une place qui leur sert de marché. II n&apos;y a point  <lb>
de curé dans cette paroisse ; l&apos;église et le presbytère  <lb>
ont été détruits.  <lb>
C&apos;est au Gripon qu&apos;a été projetée la construction  <lb>
d&apos;un canal destiné à assainir toute cette partie,  <lb>
dont il ferait disparaître les eaux ; ce canal rendrait  <lb>
le transport des denrées plus facile, mais il n&apos;a  <lb>
malheureusement été que projeté.  <lb>
La population du quartier du Morne-à-1&apos;Eau , ne  <lb>
s&apos;élève qu&apos;à 3oa3 individus , dont ; 343 blancs, 387  <lb>
hommes de couleur libres , et .2293 esclaves.  <lb>
Ses cultures n&apos;occupent que 889 carrés de terre,  <lb>
dont : 340 en cannes, 517 en café, 22 en coton,  <lb>
a en cacao, et 208 en vivres ou en manioc. On  <lb>
y compte 73o carrés en savannes, i3o8 en friche,  <lb>
et 943 en bois debout, qui composent une surface de  <lb>
3870 carrés de terre.  <lb>
Il y a 13o manufactures, savoir :12a sucre,  <lb>
102 a café, 6 à coton, 2 à cacao et 8 â vivres.  <lb>
18 Moulins, dont 5 à vent et jt3 à bêtes.  <lb>
Ses bestiaux sont au nombre de iog8, qui se  <lb>
divisent en 72 chevaux, 124 mulets , &gt;i6 aires,  <lb>
6g4 bêtes à cornes , et 192 moutons ©u cabris.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0295">
<head>Book Two:  Chapter XII.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0295">
295
</controlpgno>
<printpgno>
0281
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(28,    )  <lb>
CHAPITRE XII.  <lb>
Cousidérations sur la Grande-Terre, et sur les Moulins à sucre.  <lb>
C&apos;est surtout dans cette partie qu&apos;il faudrait en-  <lb>
courager la culture par la charrue, puisque toutes  <lb>
les terres pourraient y être exploitées par le labou-  <lb>
rage , et que ce genre de culture épargnerait une  <lb>
quantité considérable de bras. On doit dire la même  <lb>
chose de l&apos;emploi des moulins à vapeuj-^ear la Grande-  <lb>
Terre n&apos;a pas la ressource des moulins à eau, comme  <lb>
laGuadeloupe proprement dite. Les moulins sont les  <lb>
instrumens les plus importans des sucreries. Avant la  <lb>
découverte des moulins à vapeur ceux àeau étaient les  <lb>
meilleurs que l&apos;on connût; mais ils entraînent une dé-  <lb>
pense d&apos;environ 60,000 f., quelquefois du double; et  <lb>
encore faut-il qu&apos;ils soient construits pas des ouvriers  <lb>
habiles. La disposition de l&apos;aqueduc, qui est quel-  <lb>
quefois d&apos;une longue étendue, et les proportions  <lb>
du levier, exigent une portion d&apos;eau plus ou moins  <lb>
grande, selon l&apos;inclinaison du terrain ; 40 à 5o pou-  <lb>
ces suffisent ordinairement. Plus ces moulins sont  <lb>
chargés, c&apos;est-à-dire plus on y met de cannes à-la-  <lb>
fois , et plus la force augmente, parce que l&apos;eau,  <lb>
tombant toujours également, la puissance s&apos;accroît<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0296">
296
</controlpgno>
<printpgno>
0282
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   282   )  <lb>
par la résistance, et la roue, employant plus de temps  <lb>
à faire sa révolution, reçoit une plus grande quan-  <lb>
tité d&apos;eau. Le rapport d&apos;un moulin ordinaire est de  <lb>
4 à 5oo formes de sucre par semaine, du poids de 52  <lb>
à 54 livres chacune. Les habitans qui s&apos;en servent  <lb>
ont l&apos;avantage de se passer de mulets, et de pouvoir  <lb>
leur substituer des b ufs pour lescharrois.  <lb>
Le moulin à bêtes s&apos;arrête quand il est trop chargé,  <lb>
parce que les animaux ne reçoivent pas de forces  <lb>
nouvelles à proportion de la résistance qu&apos;ils éprou-  <lb>
vent. L&apos;usage en est très-dispendieux-, par le nombre  <lb>
des bestiaux qu&apos;il exige, et par les pâturages qu&apos;if  <lb>
faut pour les nourrir. Mais les frais d&apos;établissement  <lb>
d&apos;un moulin de cette espèce ne s&apos;élèvent guère qu&apos;à  <lb>
la moitié de ce que coûte un moulin à eau. Celui à  <lb>
bêtes a bien la force qu&apos;il faut pour exprimer le suc  <lb>
des cannes -, mais son. effet est lent, et à peine four-  <lb>
nit-il à un équipage de chaudières bien monté. Le  <lb>
moulin à eau serre mieux, plus également, et peut  <lb>
fournir-à doux équipages-; il faut donc deux moulins  <lb>
à bêtes, pour produire l&apos;effet d&apos;un seul mû par l&apos;eau.  <lb>
Lemoulin à vent est le moins dispendieux; mais  <lb>
la puissance qui le meut est rarement su (lisante, et  <lb>
n&apos;agit-pas dans tous les temps. Ce moulin a d&apos;ail-  <lb>
leurs un défaut irrémédiable, c&apos;est que le mouve-  <lb>
ment n&apos;est jamais égali  <lb>
Lemoulin à vapeur, serait le plus avantageux de  <lb>
toils&apos; par l&apos;économie de&gt; bras et de bestiaux qu&apos;il¦  <lb>
procure, ct parce que son effet est plus puissant et<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0297">
297
</controlpgno>
<printpgno>
0283
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 283 ),  <lb>
plus actif; mais il coûte beaucoup, et occasione  <lb>
des dépenses considérables. Quelques planteurs pré-  <lb>
tendent que la bagasse est insuffisante pour entre-  <lb>
tenir le feu qu&apos;exige ce moulin ; d&apos;autres sont d&apos;un  <lb>
avis contraire ; dans tous les cas, on pourrait y sup-  <lb>
pléer facilement, dans les lieux où l&apos;on manque de  <lb>
bois, par la houille ou charbon de terre; dès que  <lb>
les bàtimens qui arrivent non chargés, en trouve-  <lb>
raient le débit, ils s&apos;empresseraient d&apos;en former leur  <lb>
ht&gt; En 181-7, le gouvernement colonial de la Gua-  <lb>
deloupe accorda une prime de 20,000 liv. à l&apos;habi-  <lb>
tant! qui, établirait le premier un moulin à vapeur.  <lb>
On assure que cette tentative fut couronnée par le  <lb>
succès-;,cependant les.rapports elles tableaux, sta-  <lb>
tistiques, de la colonie n&apos;indiquent: pas qu&apos;il s&apos;y  <lb>
trouve un seul moulin à vapeur en activité.  <lb>
Beaucoup,de sucreries de la Grande-Terre-sont-  <lb>
obligées d&apos;avoir des .moulins à bêtes, indépendam-  <lb>
ment de ceux.à vejit, afin de n&apos;être pas. pris au, dé-.  <lb>
R0ur**n ap moment du roulage.), c&apos;est-à-dire de la-  <lb>
fibrication du,sucre.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0298">
<head>Book Two:  Chapter XIII.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0298">
298
</controlpgno>
<printpgno>
0284
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(284)  <lb>
CHAPITRE XIII.  <lb>
Des Chemins.  <lb>
Il n&apos;y a d&apos;autres voitures dans la colonie que des  <lb>
chars à b ufs, appelés cabrouets, destinés au trans-  <lb>
port des cannes à sucre et des denrées. Les chemins  <lb>
sont trop étroits et trop sujets à se dégrader parles  <lb>
pluies, la fréquence des avalasses et l&apos;activité de la  <lb>
végétation, pour permettre qu&apos;on y fasse usage des  <lb>
voitures.de voyage ou de luxe. Dans la saison plu-  <lb>
vieuse , la multiplicité des rivières et des ravins, la  <lb>
plupart du temps à sec et qui deviennent alors des  <lb>
torrens, interceptent les communications et font  <lb>
éprouver l&apos;inconvénient de manquer de ponts pour  <lb>
les passer ; on ne néglige de les construire que  <lb>
parce que les ressources pécuniaires de la colonie  <lb>
ne pourraient suffire aux dépenses que ces construc-  <lb>
tions entraîneraient.  <lb>
La Guadeloupe a eu long-temps à se plaindre de ce  <lb>
que ses chemins étaient impraticables, quoiqu&apos;elle  <lb>
n&apos;eût pas discontinué de payer de fortes impositions  <lb>
destinées à les réparer. Cet impôt était, dans les<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0299">
299
</controlpgno>
<printpgno>
0285
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 285 )  <lb>
derniers temps, de 4 fr- ios. (2 fr. 43 c.J par tête  <lb>
de nègre payant droit. Il fut supprimé par l&apos;art. 8  <lb>
Je l&apos;ordonnance coloniale du i3 février 18,9. Une  <lb>
nouvelle ordonnance, du i3 mars suivant, voulait  <lb>
qu&apos;il y fût suppléé par une prestation en journées,  <lb>
proportionnée au nombre de nègres de chaque ate-  <lb>
lier, pour les grosses réparations, et par une repar-  <lb>
ution de tâches pour l&apos;entretien des routes dites  <lb>
royales.  <lb>
Cetle dernière ordonnance fixe le nombre des  <lb>
routes royales â neuf :  <lb>
t&quot; Celle de la Basse-Terre à k Pointe-à-Pître;  <lb>
a* Celle du Petit-Bourg â Sainte-Rose;  <lb>
3° La route du Pont de la Trinité à Sainte-Rose;  <lb>
établissant la communication entre la Pointe-à-Pî-  <lb>
tre et Sainte-Rose ;  <lb>
4° La route de la Pointe-à-Pître à l&apos;anse Bertrand;  <lb>
5° Celle du Petit-Canal au Moule ;  <lb>
6&quot; Celle de la Pointe-à-Pître à Saint-François ;  <lb>
 j&quot; Celle de la Pointe-à-Pître au Moule, s&apos;em-  <lb>
kanchant sur la route n. 4;  <lb>
8° La route de Sainte-Anne au Moule;  <lb>
9&apos; Celle de Saint-François au Moule.  <lb>
Leur largeur a été déterminée à 7 mètres (21 pieds  <lb>
6 pouces) et ne peut être réduite, dans certaines  <lb>
parties, qu&apos;à 6 mètres (18 pieds 6 pouces).  <lb>
La largeur des fossés est fixée â I mètre 5o centi-  <lb>
mètres (4 pieds 6 pouces), en haut, réduits à 5o<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0300">
300
</controlpgno>
<printpgno>
0286
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 286 )  <lb>
centimètres ( i pied 6 pouces) au fond de la cuvette;  <lb>
et leur profondeur à 5o centimètres.  <lb>
Un voyer particulier est établi, dans chacun des  <lb>
quartiers de la colonie, pour faire exécuter les tra-  <lb>
vaux , sous k surveillance de l&apos;ingénieur ordinaire  <lb>
 et de l&apos;ingénieur en chef des ponts et chaussées.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0301">
<head>Book Two:  Chapter XIV.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0301">
301
</controlpgno>
<printpgno>
0287
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(28?)  <lb>
CHAPITRE XIV.  <lb>
Instruction publique.   Etat-Civil.   Conseils de Ville.  <lb>
L&apos;éducation , ordinairement si négligée dans les  <lb>
colonies, s&apos;améliore à la Guadeloupe.  <lb>
On porte aujourd&apos;hui plus de soins à l&apos;instruc-  <lb>
tion des enfans blancs de l&apos;île, ainsi qu&apos;à celle des  <lb>
enfans de couleur libres.  <lb>
La ville de la Basse-Terre compte, en ce mo-  <lb>
ment, cinq instituteurs ou institutrices ; la Pointe-  <lb>
à-Pître cinq ; huit autres sont répartis dans divers  <lb>
quartiers; et Marie-Galante en a trois.  <lb>
Dans les deux villes de la Pointe-à-Pître et de k  <lb>
Basse-Terre, on a établi un officier de l&apos;état-civil,  <lb>
dont les fonctions ont pour but de constater les ma-  <lb>
riages , les naissances et les morts des blancs et des  <lb>
gens de couleurs libres.  <lb>
Dans les quartiers , ces fonctions sont remplies  <lb>
parle greffier du commandant de la paroisse.  <lb>
Il est étonnant que jusqu&apos;ici les esclaves n&apos;aient  <lb>
pas même obtenu cette légère marque d&apos;intérêt.  <lb>
Cependant elle leur prouverait, à peu de frais , puis-  <lb>
que ces actes sont gratuits , qu&apos;on s&apos;occupe un peu  <lb>
plus de leur existence que de celle d&apos;un b uf ou<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0302">
302
</controlpgno>
<printpgno>
0288
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 288 )  <lb>
d&apos;un mulet. Il faut renoncer à se dire homme et  <lb>
chrétien, ou cesser déranger sur la même ligne les  <lb>
nègres et les brutes (i). Le fisc, d&apos;ailleurs si ingé-  <lb>
nieux pour tout ce qui peut augmenter ses recettes,  <lb>
y trouverait son compte en ce qu&apos;il deviendrait  <lb>
plus difficile de frauder l&apos;impôt. On saurait au juste  <lb>
quand un nègre atteint l&apos;âge de quatorze ans et  <lb>
arrive à soixante , époques où commence et où  <lb>
finitkcapitation,et,sous beaucoup de rapports, les  <lb>
dénombremens seraient plus exacts.  <lb>
CONSEILS  DE  VILLE.  <lb>
Dans chaque ville il existe un conseil de notables,  <lb>
composé d&apos;un président, de 4 membres, d&apos;un tré-  <lb>
sorier et d&apos;un greffier, qui remplit les fonctions de  <lb>
nos conseils municipaux.  <lb>
(i) Qu&apos;on ne croie pas cependant que les nègres, admis  <lb>
dans les colonies, restent idolâtres. Quelques temps après leur  <lb>
arrivée on en fait des chrétiens), à la vérité d&apos;une manière un  <lb>
peu prévôtale. Rangés sur deux-files, le curé lit pour, tous la  <lb>
formule baptismale, et, en passant devant chacun d&apos;eux, lui  <lb>
distribue le chrême, l&apos;eau et le sel.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0303">
<head>Book Two:  Chapter XV.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0303">
303
</controlpgno>
<printpgno>
0289
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(-rtg)  <lb>
CHAPITRE XV.  <lb>
Poids et Mesures en usage à la Guadeloupe et à la Martinique  <lb>
ARPENTAGE.  <lb>
A la Guadeloupe, le pas n&apos;est que de 3 pieds.  <lb>
Le carré est de ioo pas de chaque côté, et de  <lb>
90,000 pieds carrés.  <lb>
Il faut l36 carrés et un neuvième, de k Guade-  <lb>
loupe, pour former ioo carrés de la Martinique.  <lb>
Dans cette dernière colonie, le pas est de 3 pieds  <lb>
et demi ;  <lb>
Le carréy est aussi de 100 pas de chaque côté, et  <lb>
de 122,5oo pieds carrés.  <lb>
Le carré de la Martinique équivaut à 3 arpens,  <lb>
78perches, 28 pieds carrés de Paris, ou 100,000  <lb>
pas carrés.  <lb>
La toise et l&apos;aune ont les mêmes dimensions qu&apos;à  <lb>
Paris.  <lb>
MESURES  POUR  LES  LIQUIDES.  <lb>
Dans les deux colonies, le pot contient 116 pouces  <lb>
cubes, ou 2 pintes de Paris; la pinte équivaut à 2  <lb>
chopines, la chopine à 2 roquilles, et la roquille à 2  <lb>
muces.  <lb>
I.                                               19<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0304">
304
</controlpgno>
<printpgno>
0290
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 290 )  <lb>
Le galon est une mesure anglaise généralement  <lb>
en usage pour les liquides ; il équivaut, à peu de  <lb>
chose près, à 2 pots ou à 4 pintes de Paris.  <lb>
MESURES  POUR  LES  LÉGUMES   SECS.  <lb>
Le baril n&apos;est, à la Guadeloupe, que de 52 pots ;  <lb>
il est de 56 à la Martinique.  <lb>
Il se divise en demi, quart, et demi-quart.  <lb>
La livre de poids est de 16 onces comme 1  <lb>
Paris.  <lb>
u<lb>
</p>
</div>
<div id="a0305">
<head>Book Two:  Chapter XVI.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0305">
305
</controlpgno>
<printpgno>
0291
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 29- )  <lb>
CHAPITRE XVI.  <lb>
Ouragans, tremblemens de terre et raz de marée les plus con-  <lb>
sidérables qui ont affligé la Guadeloupe.  <lb>
Les ouragans sont ordinairement accompagnés  <lb>
de tremblemens de terre et de raz de marée qui  <lb>
ajoutent encore à l&apos;horreur de ces grandes convul-  <lb>
sions de là nature. Le père Dutertre ne fait men-  <lb>
tion, pour la première fois, de ces fléaux, qu&apos;en  <lb>
J642 :  <lb>
Durant cette année, trois ouragans se firent res-  <lb>
sentir, coup sur coup, à Saint-Christophe et à la  <lb>
Guadeloupe. Le second fut surtout si affreux, que  <lb>
pendant vingt-quatre heures (car il dura tout ce  <lb>
temps), il renversa les maisons et détruisit toutes  <lb>
les plantations; 23 navires chargés et prêts à mettre  <lb>
à la voile, furent brisés sur la côte Saint-Chris-  <lb>
tophe. Dans le nombre se trouvait celui du capi-  <lb>
taine hollandais Ruyter, dont le nom devint, un  <lb>
peu plus tard, si célèbre dans les fastes de la marine.  <lb>
Dans l&apos;espace de quinze mois , de ,655 à i656,  <lb>
la Guadeloupe fut affligée de trois ouragans qui  <lb>
lui firent éprouver les plus grandes pertes. Le  <lb>
dernier, celui de i656, cohimença à quatre heures  <lb>
l9<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0306">
306
</controlpgno>
<printpgno>
0292
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 292 )  <lb>
du matin, la ravagea en peu d&apos;instans el déra-  <lb>
cina jusqu&apos;aux plus gros &apos;arbres. Il laissa dans l&apos;air  <lb>
une certaine infection et bientôt on vit écloreune  <lb>
telle quantité de chenilles , plus grosses qu&apos;aucune  <lb>
de celles d&apos;Europe, que la terreen fut toute cou-  <lb>
verte. Elles dévorèrent la végétation entière; une  <lb>
horrible famine s&apos;en suivit ; mais comme la Marti-  <lb>
nique en avait élé exempte, elle permit aux Gua-  <lb>
deloupéens de venir acheter à Saint-Pierre les vi-  <lb>
vres dont ils étaient dépourvus.  <lb>
Un ouragan éclata , en 1664, à la Guade-  <lb>
loupe : il eut lieu dans la nuit du 22 au 25 oc-  <lb>
tobre , circonstance extraordinaire, car la saison  <lb>
où se manifestent ces phénomènes était passée. Il  <lb>
fut accompagné d&apos;un déluge de pluie et causa une  <lb>
grande disette.  <lb>
Dans la nuit du 4 atl 5 août 1666, l&apos;île fut  <lb>
assaillie et dévastée par un ouragan furieux qui  <lb>
dura vingt-quatre heures ; mais il k délivra d&apos;une  <lb>
escadre anglaise chargée de troupes, qui avait paru  <lb>
le 2, s&apos;était emparée des Saintes et commençait  <lb>
l&apos;attaque de la Guadeloupe. Cette escadre fut  <lb>
complètement détruite (1).  <lb>
1694-   Le père Labat dit* dans le 2e vol.,  <lb>
page 325, de son voyage aux Antilles, édition de  <lb>
, 724, que peu d&apos;années avant son arrivée, un trem-  <lb>
(1) Voir les détails dans l&apos;Histoire politique, Année 1666.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0307">
307
</controlpgno>
<printpgno>
0293
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(*9*3)  <lb>
blement de terre considérable avait eu Heu à la  <lb>
Guadeloupe ; que la montagne de la Soufrière  <lb>
s&apos;était ouverte, et avait lancé dans les airs une  <lb>
quantité considérable de cendres, de soufre et de  <lb>
pierres calcinées.  <lb>
Le même auteur rapporte avoir ressenti les  <lb>
secousses d&apos;un tremblement de terre qui eut  <lb>
lieu, en 1702 , à la Guadeloupe et à la Marti-  <lb>
nique.  <lb>
En 1713 , un ouragan fit. éprouver des pertes  <lb>
à la Guadeloupe , et perdre, sur la côte,  <lb>
plusieurs navires qui étaient en rade de la Basse-  <lb>
Terre.  <lb>
Une lettre du ,er décembre 1714» écrite par le  <lb>
gouverneur Moyencourt, au ministre de la marine,  <lb>
fait connaître qu&apos;un ouragan survenu dans la  <lb>
nuit du 13 au 14 août, occasiona beaucoup de dé-  <lb>
gâts et une disette à la Guadeloupe.  <lb>
Le tremblement de terre de 1735 renversa quel-  <lb>
ques maisons, et fit périr plusieurs habitans sous  <lb>
leurs ruines.  <lb>
1736.   L&apos;année suivante , les secousses se re-  <lb>
nouvelèrent avec plus d&apos;intensité, pendant tous  <lb>
les mois d&apos;août et de septembre; ils e &apos;omma-  <lb>
gèrent les fortifications, et détruisirent un ma-  <lb>
gasin à poudre.  <lb>
1 y38. ¦  Un ouragan ravagea toute la Grande-  <lb>
Terre, la partie nord de la Guadeloupe, et obligea<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0308">
308
</controlpgno>
<printpgno>
0294
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 294 )  <lb>
beaucoup d&apos;habitans ruinés à quitter la colonie, en  <lb>
,738.  <lb>
La disette et les ravages que nos Antilles  <lb>
éprouvèrent par l&apos;ouragan de l&apos;année 1740 ,  <lb>
furent si afïligeans, que la métropole y permit,  <lb>
pour la première fois, l&apos;introduction momentanée  <lb>
des vivres et des bois étrangers.  <lb>
Un raz de marée très-violent jeta à k côte,  <lb>
le 3, juillet 1765, beaucoup de navires mar-  <lb>
chands qui étaient dans la rade de la Basse-Terre :  <lb>
cet événement donna lieu à la décision du mois de  <lb>
décembre suivant , d&apos;après laquelle la rade des  <lb>
Saintes fut destinée à servir de refuge à tous les  <lb>
bàtimens.  <lb>
Dans la nuit dui3 au 14 août I766, un ou-  <lb>
ragan , le plus terrible qu&apos;on eût encore éprou-  <lb>
vé , ruina la Martinique. La Guadeloupe n&apos;en souf-  <lb>
frit pas autant, mais elle en éprouva un second, le  <lb>
6 octobre, accompagné d&apos;un raz de marée dans  <lb>
lequel la mer fut si houleuse, que les rivières dé-  <lb>
bordèrent de 25 pieds et entraînèrent des maisons  <lb>
entières ; plusieurs barques y périrent.  <lb>
L&apos;expérience ayant convaincu que les ouragans  <lb>
ne survenaient que dans la saison pluvieuse, pen-  <lb>
dant laquelle il fallait préserver les navires de leur  <lb>
fureur, les administrateurs de la colonie, par une  <lb>
ordonnance du 4 juin 1767, fixèrent la durée de  <lb>
l&apos;hivernage ,   à  partir  du  10  juillet jusqu&apos;au 17<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0309">
309
</controlpgno>
<printpgno>
0295
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 29&amp; )  <lb>
octobre. Cette durée fut ensuite fixée du l5 juillet  <lb>
au l5 octobre, il est cependant survenu des oura-  <lb>
gans plus tard, mais jamais plutôt.  <lb>
Un coup de vent furieux ravagea les plantations  <lb>
de la Guadeloupe, le 6 septembre 1776; dé-  <lb>
truisit divers bàtimens à sucre, et renversa plusieurs  <lb>
maisons de la Basse-Terre. Beaucoup de navires  <lb>
furent jetés à la côte ; même dans des ports où ils  <lb>
avaient été à l&apos;abri jusqu&apos;alors.  <lb>
Marie-Galante fut entièrement dévastée; tous ses  <lb>
plants de café et de coton furent déracinés.  <lb>
Le 3 octobre 1779» un ouragan fit éprouver  <lb>
de grandes pertes anx îles du vent et à k Ja-  <lb>
maïque.  <lb>
Il y en eut un le io octobre 1780.  <lb>
Le-20 août 1787, diverses îles, notamment k  <lb>
Guadeloupe, éprouvèrent un coup de vent con-  <lb>
sidérable.  <lb>
Dans la nuit du 14 au i5 août 1788, la Guade-  <lb>
loupe et k Martinique eurent encore à souffrir  <lb>
d&apos;un coup de vent.  <lb>
D&apos;après le naturaliste Hapel-Lachenaie, la Gua-  <lb>
deloupe? éprouva :  <lb>
En 17^5.  *¦ Cinq raz de marée.  <lb>
En 1798. Huit; à la suite du plus fort, le volcan  <lb>
eut une éruption considérable.  <lb>
En 1799 Quatre dans l&apos;un desquels la même  <lb>
éruption se renouvela le 24 avril.  <lb>
En    1800 Cinq.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0310">
310
</controlpgno>
<printpgno>
0296
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(29-3)  <lb>
En 1801. Deux.  <lb>
En 180g. Dans la nuit du 2 septembre, un coup  <lb>
de vent détruisit presque tousles établissemens mi-  <lb>
litaires de la côte, du morne la Victoire et l&apos;hôpital  <lb>
de la Pointe-à-Pître, qui étaient dans un état de  <lb>
délabrement.  <lb>
En i8i6.-*-Un ouragan se fit sentir à la Guade-  <lb>
loupe et à la Martinique.  <lb>
En 1817. Le 2I octobre , un nouvel ouragan  <lb>
dévasta la Martinique, et fit surtout beaucoup de  <lb>
mal à Sainte-Lucie , où le gouverneur anglais fut  <lb>
écrasé sous le toit de sa maison.  <lb>
En 1818.   Il y en eut un autre à k Guadeloupe  <lb>
et à la Martinique.  <lb>
En 181g.   Les ravages d&apos;un coup de vent s&apos;é-  <lb>
tendirent sur k Grande-Terre-» et surtout sur la  <lb>
Martinique et l&apos;île Saint-Martin. -  <lb>
En 1820. La Guadeloupe éprouva un autre  <lb>
coup de vent.                      .                1  <lb>
Enfin en 1821, le ^septembre-, un coup de vent  <lb>
des plus terribles ravagea la côte delà Guadeloupe  <lb>
depuis larivière dv.Trou-au-Chien, jusqu&apos;au quar-  <lb>
tier des habitans. Ce vent furieux s&apos;éleva vers midi,  <lb>
souffla par tourbillons pendant 20 minutes, et ren-  <lb>
versa tous les obstacles, tandis qu&apos;un affreux trem-  <lb>
blement de terre semblait augmenter son impétuo-  <lb>
sité.  <lb>
La ville de la Basse-Terre ayant été parcourue  <lb>
dans toute sa longueur par l&apos;ouragan, 88 maisons<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0311">
311
</controlpgno>
<printpgno>
0297
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 297 )  <lb>
furent renversées avec leurs appentis, et 220 autres  <lb>
ébranlées. Six personnes furent écrasées ; beaucoup  <lb>
d&apos;aulres grièvement blessées. Tous les édifices publics  <lb>
furent endommagés et quelques-uns renversés. Le  <lb>
vent déracina les plus gros arbres et ravagea les habi-  <lb>
tations voisines de la ville; mais, celles situées sur  <lb>
les hauteurs restèrent intactes. De trois petits na-  <lb>
vires qui étaient dans la rade, deux sombrèrent,  <lb>
et on ignora longtemps le sort du troisième. Un  <lb>
coup de vent aussi violent ne s&apos;était pas fait sentir  <lb>
à la Guadeloupe depuis bien des an liées,&apos; et la  <lb>
Basse-Terre en eût éprouvé les plus déplorables  <lb>
effets, s&apos;il fut survenu la nuit.  <lb>
A la Martinique, le r8 décembre 1822, un  <lb>
rai de marée considerable, accompagné, le ig,  <lb>
d&apos;un coup de srent du N.-E. a brisé à la côte seize  <lb>
bàtimens français, dix américains, sept caboteurs,  <lb>
et a dévasté toutes les plantations. Six navires seu-  <lb>
lement ont pu tenir sur leurs ancres ; à aucune  <lb>
époque les1 ouragans n&apos;ont exercé leurs ravages aux  <lb>
Antilles, si long-temps après l&apos;hivernage.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0312">
<head>Book Two:  Chapter XVII.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0312">
312
</controlpgno>
<printpgno>
0298
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(298)  <lb>
CHAPITRE XVII.  <lb>
Hommes marquans de la Guadeloupe.  <lb>
LE  GENERAL  DUGOMMIER.  <lb>
La paroisse des Trois-Rivières se glorifie .d&apos;avoir  <lb>
donné naissance , en 1736, au général en chef  <lb>
Coquille-Dugommier (Jean-François-Camille), qui  <lb>
y avait de grandes propriétés.  <lb>
F^ntré au service à l&apos;âge de i3 ans, il obtint {a  <lb>
croix d^ Saint-Loui^s, et. lé quitta avant la révolu-  <lb>
tion , pour se retirer sur ses biens à la Guadeloilpei  <lb>
à cause d&apos;un passe-droit qui lui fut fait. Nommé,  <lb>
en 1 ygo $ commandant de la garde nationale de k  <lb>
Basse-Terre, il se rendit, à trois reprises différentes,  <lb>
à la Martinique , alors désolée par la guerre civile-,  <lb>
pour lui porter des secours, et la ville de Saint-  <lb>
Pierrelui dût sa conservation. De retour à la Guade-  <lb>
loupe, et en butte aux-perséetrtions du parti desoli-  <lb>
garques, qu&apos;il avait refusé d&apos;embrasser, il partit, en  <lb>
17g2, pour venir se réfugier à Paris, et c&apos;est à  <lb>
cette circonstance que la France est redevable des  <lb>
trophées dont l&apos;honora ce guerrier. Ayant refusé  <lb>
d&apos;être député de la colonie à la convention, il fut<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0313">
313
</controlpgno>
<printpgno>
0299
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 299 )  <lb>
employé, en septembre 17g3 , en quaHtq de géné-  <lb>
ral de brigade à l&apos;armée d&apos;Italie, où il obtint divers  <lb>
succès. Appelé au commandement des troupes des-  <lb>
tinées à faire le siège de Toulon, il eut occasion  <lb>
d&apos;y apprécier les talens de l&apos;officier d&apos;artillerie qui  <lb>
devait présider avec tant d&apos;éclat, pendant 14 ans &gt;  <lb>
aux destinées de k France. Après avoir arraché cette  <lb>
ville infortunée des mains des Anglais , Dugom-  <lb>
mier partit pour aller commande*; en chef l&apos;armée  <lb>
des Pyrénées Orientales. 11 y remporta plusieurs.  <lb>
victoires éclatantes, et mourut de la morÇ des;  <lb>
braves, le 18 novembre 1794 - sur le champ de ba-  <lb>
taille d&apos;Ascola, en Catalogne, après avoir mis les  <lb>
ennemis en déroute.  <lb>
LE GENERAL GOBERT.  <lb>
Lç général de division Gobert, qu&apos;on verra $-,  <lb>
çn-er avec honneur dans l&apos;histoire politique de k  <lb>
Guadeloupe, 4 l&apos;époque de l&apos;expéditipn, du, général  <lb>
Richepanse, dont il faisait partie, naquit à k Basse&apos;  <lb>
Terre, en 176g. Il embrassa la carrière des, armes,  <lb>
qu&apos;il a toujours suivie avec distinction.  <lb>
Après la malheureuse capitulation de Baylen, en,  <lb>
Espagne, quLeut lieu le,22 juillet 1808, et où,il se,  <lb>
trouvait, il mourut prisonnier des Anglais-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0314">
314
</controlpgno>
<printpgno>
0300
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3oo )  <lb>
LE POÈTE LÉONARD.  <lb>
Le quartier de Sainte-Rose se rappelle avec  <lb>
plaisir d&apos;avoir donné le jour, en 1744» au poète  <lb>
Léonard, qui vint publier en France ses belles  <lb>
poésies pastorales ; il excella surtout dans l&apos;idylle.  <lb>
En 1786, il fit un voyage à la Guadeloupe; il a  <lb>
décrit ce voyage dans une longue lettre impri-  <lb>
mée à la fin de ses  uvres , qui sont en 2 volumes  <lb>
in-18.  <lb>
Il mourut à Nantes, le 6 janvier i7g3.  <lb>
LE FAMEUX SAINT-GEORGE.  <lb>
Le célèbre Saint-George était un mulâtre de la  <lb>
Basse-Terre, fils du fermier-général, M. de Bou-  <lb>
logne , qui lui fit donner à Paris une éducation soi-  <lb>
gnée. Il devint capitaine des gardes du duc de  <lb>
Chartres, aujourd&apos;hui duc d&apos;Orléans. Son adresse  <lb>
dans tous les arts de la gymnastique, surtout dans  <lb>
ceux de l&apos;escrime et de l&apos;équitation ; sa science dans  <lb>
tous les jeux, et ses talens dans la musique, en  <lb>
firent un personnage célèbre. Il embrassa la cause  <lb>
de la révolution, avec transport; leva un corps de  <lb>
cbasseurs à cheval (le i3&quot;) dont il fut colonel, et  <lb>
servit sous Dumouriez, dontil signala la défection.  <lb>
Revenu à Paris , Saint- George fut arrêté ; il obtint<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0315">
315
</controlpgno>
<printpgno>
0301
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( Soi )  <lb>
sa mise en liberté à la chute de Robespierre, et y  <lb>
mourut, en 1801 , dans un état voisin de l&apos;indi-  <lb>
gence, ayant porté le titre de chevalier de Saint-  <lb>
George.  <lb>
LE PEINTRE LETHIÈRE.  <lb>
La paroisse de Sainte-Anne a vu naître, en 1760,  <lb>
le peintre Lethiere ( G. Guillon ), que les grands ar-  <lb>
tistes de Paris se plaisent à compter aujourd&apos;hui dans  <lb>
leursrangs. Venu en Franceen 1774, il fitses études  <lb>
à Rouen, manifesta un goût décidé pour l&apos;art des  <lb>
Poussin et des R.aphaël, et se rendit, en 1777, à  <lb>
Paris. En 1778 il fut inscrit à l&apos;académie royale de  <lb>
peinture, et, en 1786, il remporta un prix, qui lui  <lb>
fit obtenir une pension du roi, et la faveur d&apos;aller  <lb>
étudiera Rome pendant cinq ans. Sous l&apos;empire,  <lb>
il fut nommé directeur de l&apos;académie française de  <lb>
peinture à Rome; il occupa cette place pendant  <lb>
neuf ans. A l&apos;exposition de son tableau de Junius-  <lb>
Brutus, qu&apos;on voit au Luxembourg, il fut décoré  <lb>
de la croix de l&apos;ordre de k réunion , qui depuis a  <lb>
été échangée contre celle de la légion d&apos;honneur.  <lb>
M. Lethiere est membre de l&apos;institut et professeur  <lb>
àl&apos;école des beaux-arts.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0316">
316
</controlpgno>
<printpgno>
0302
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0317">
317
</controlpgno>
<printpgno>
0303
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
¦ ( 3o5 )  <lb>
LIVRE TROISIÈME.  <lb>
Dépendances   de la   Guadeloupe.  <lb>
CHAPITRE Ier.  <lb>
Ile de Marie-Galante.  <lb>
L&apos;île de Marie-Galante est située parles l6° 3&apos;  <lb>
de latitude, prise du Cap-Nord, et par les 63* 2g&apos;  <lb>
de longitude, ouest de Paris, dans le S.-S.E., à 6  <lb>
et à 8 lieues des deux terres de la Guadeloupe, dont  <lb>
elle est la principale dépendance. Cette île, de forme  <lb>
presque ronde, est divisée ou plutôt presque occu-  <lb>
pée de l&apos;est à l&apos;ouest, par une chaîne de mornes,  <lb>
que l&apos;on nomme la Barre de l&apos;île, et dont le plus  <lb>
élevé ne l&apos;est que de cent toises au-dessus du ùiveaù  <lb>
fô k mer. Privée de rivières, comme la Grande-  <lb>
Terre , elle n&apos;offre que quelques sourfces ou tvîis&apos;-  <lb>
seaux et des mares; ce qui oblige les habitaûS de  <lb>
recueillir avec soin* les eaux pluviales pour leur<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0318">
318
</controlpgno>
<printpgno>
0304
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3o4)  <lb>
usage journalier. La longueur de cetle île est de  <lb>
près de 4 lieues, du sud au nord; sa largeur est  <lb>
de 3 lieues et demie de l&apos;est à l&apos;ouest ; elle en a 14  <lb>
de circonférence.  <lb>
Le sol de Marie-Galante est fertile ; ses produc-  <lb>
tions sont les mêmes que celles de la Guadeloupe,  <lb>
mais ses fruits ont plus de saveur, et on y trouve  <lb>
proportionnellement plus de bois de Campêche et  <lb>
plus d&apos;animaux. Ses chevaux créoles, quoique de  <lb>
très-petite taille, sont justement renommés pour  <lb>
leur bonté. L&apos;île est divisée en trois paroisses ou  <lb>
quartiers, qui sont :  <lb>
AU SUD , LE GRAND-BOURG OU MARIGOT.  <lb>
C&apos;est le chef-lieu de l&apos;île, la résidence du com-  <lb>
mandant que la Guadeloupe y entretient, avec une  <lb>
compagnie de soldats. Ce chef est ordinairement  <lb>
du grade de chef de bataillon. Il y a un tribunal de  <lb>
première instance. Le bourg renferme 10 rues, et  <lb>
igo maisons habitées chacune par 7 personnes,  <lb>
terme moyen. Quelques-unes de ces maisons sont  <lb>
fort jolies, et l&apos;église est assez belle. Un petit fort,  <lb>
situé à l&apos;extrémité ouest du bourg , le défend; il se  <lb>
trouve dans ce fort une poudrière en maçonnerie,  <lb>
et une terrasse couverte par un parapet , qui peut  <lb>
contenir une centaine d&apos;hommes.  <lb>
Les Anglais y firent construire, en 1811, une  <lb>
maison en bois pour le commandant. Elle est très-<lb>
</p>
</div>
<div id="a0319">
<head>Book Three:  Chapter I.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0319">
319
</controlpgno>
<printpgno>
0305
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3o5 )  <lb>
belle et très-commode, mais elle a coûté fort cher à  <lb>
la colonie.  <lb>
La rade du grand bourg, quoique mauvaise, est  <lb>
toujours ouverte au cabotage; cependant: la majeure  <lb>
partie des affaires de Marie-Galante se traite à la  <lb>
Pointe-à-Pître.  <lb>
Ce quartier, très-sain, est le plus peuplé et le  <lb>
mieux cultivé de l&apos;île.  <lb>
A L&apos;EST,   LA   CAPESTERRE.  <lb>
Quoique très-petit, le bourg de la Capesterre n&apos;en  <lb>
est pas moins le second de Marie-Galante. Le quar-  <lb>
tier est moins populeux et moins bien cultivé que  <lb>
celui du grand-bourg; cependant il est salubre, parce  <lb>
qu&apos;il se trouve au vent. L&apos;église est en mauvais état.  <lb>
AU NORD-OUEST,   LE  VIEUX-FORT.  <lb>
Le quartier du Vieux-Fort, est le moins considé-  <lb>
rable et le plus malsain de l&apos;île, à cause des marais,  <lb>
couverts de palétuviers, qui l&apos;environnent, et de  <lb>
sa position sous le vent.  <lb>
Le bourg, où était jadis une fortification appelée  <lb>
le Fort, qui donna son nom au quartier, est tout-à-  <lb>
fait ruiné ; l&apos;église est aussi bien près de tomber  <lb>
en ruines.  <lb>
En tirant au sud et à deux lieues du grand-bourg,  <lb>
on trouve la rade de Saint-Louis, la moins mau-  <lb>
I.                                                    20<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0320">
320
</controlpgno>
<printpgno>
0306
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3o6 )  <lb>
vaise de toutes celles de l&apos;île. Le bourg qu&apos;on y voyait  <lb>
autrefois est ruiné et abandonné; il n&apos;y reste qu&apos;un  <lb>
mauvais petit hameau.  <lb>
A Saint-Louis commence une plaine qui s&apos;étend  <lb>
à environ 2 lieues vers le grand-bourg ; cette plaine  <lb>
est riche par ses productions, mais très-mal-saine.  <lb>
La population des trois quartiers de Marie-Ga-  <lb>
lante, s&apos;élève r  <lb>
Grand-Bourg.     Capesterre.       Vieux-Fort.  <lb>
Blancs , à..................    734      53i     260.  <lb>
Gens de couleur libres, à    5o4        84       60.  <lb>
Esclaves, à................ 4*-&gt;9*3   299^   1890.  <lb>
Totaux.......... 5834   36o8    2210.  <lb>
Leur culture se compose de :  <lb>
Carrés en cannes..........    g63       4^9      *-*01*  <lb>
     en café.............     ,80        84      ao5.  <lb>
     en coton...........     i53      34i       107.  <lb>
      en cacao...........         1 ¦           1           ».  <lb>
      en vivres..........    444      -5-21      *-*---   <lb>
Carrés de terres en friche.   i58i    i.t^.8    232g.  <lb>
     en bois debout...    521         gi     65g.  <lb>
-      en savannes.......  I2g5   I074     862.  <lb>
Totaux......... 5i36   4799   47*54-  <lb>
On y eompte ; manufactures :  <lb>
A sucre.....................      28        ,4       ll-  <lb>
A café..................-...      3g        25      43.  <lb>
A reporter...      67        3g       54-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0321">
321
</controlpgno>
<printpgno>
0307
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3o7 )  <lb>
Report...      67  -      3g        54.  <lb>
A coton....................      35        77 __      25.  <lb>
Acacao....................        3          1          ».  <lb>
Avivres....................      i5          8          6.  <lb>
Totaux..........    120      ,25       85.  <lb>
Moulins à eau.............        » -         »  ,        ».  <lb>
      à vent...........      i5         6          ,.  <lb>
      à bêtes...........      24        11 ¦       u.  <lb>
Totaux.........      37        17        12.  <lb>
Et en bestiaux :  <lb>
Chevaux......................     148      102      114.  <lb>
Mulets.......................    286        77        79-  <lb>
Anes.........................        3          »          4.  <lb>
Bêtes à cornes.............   1046      80g -     610.  <lb>
Moutons et cabris........   ioi5      992      629.  <lb>
Totaux......... 2498   1980   i436.  <lb>
Les trois paroisses de Marie-Galante étaient au-  <lb>
trefois desservies par les carmes ; un -seul curé les  <lb>
administre aujourd&apos;hui.  <lb>
Cette île n&apos;a point de port, n&apos;est accessible que du  <lb>
côté de l&apos;ouest, et même dans cette partie, le rivage  <lb>
est traversé par une barre de rescifs, qui s&apos;étendent  <lb>
versl&apos;est jusqu&apos;à la Capesterre, et peuvent la garantir  <lb>
des débarquemens de l&apos;ennemi. Toutes les autres  <lb>
parties sont naturellement défendues par des fa-  <lb>
20<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0322">
322
</controlpgno>
<printpgno>
0308
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3o8 )  <lb>
laises très hautes-, taillées â pic, et au pied desquelles  <lb>
sont des gouffres et des brisans qui ne permettent  <lb>
pas d&apos;en approcher.  <lb>
Les batteries qui la défendaient &quot;et les fortifica-  <lb>
tions qui y Ont été successivement construites, sont  <lb>
à peu-près détruites ou en très-mauvais état.  <lb>
Christophe Colomb découvrit Marie - Galante  <lb>
dans son troisième Voyage, le 3 novembre 1493 , la  <lb>
visita, et lui donna le nom de son vaisseau.  <lb>
Le 3i mars 1645, la première compagnie, vou-  <lb>
lant y faire un premier établissement, donna la  <lb>
commission de gouverneur de l&apos;île au sieur d&apos;Au-  <lb>
bigné, qui n&apos;exécuta pas son traité. Deux capitaines  <lb>
de Saint - Chris tophe   Antoine Camot et Louis  <lb>
Haussur de k Fontaine» furent nommés, le 8 fé-  <lb>
vrier 1647» P°ur aller y commander conjointement;  <lb>
mais cette expédition n&apos;y fut pas envoyée (1).  <lb>
Les Caraïbes l&apos;occupaient paisiblement, lorsque,  <lb>
le8 novembre 1648, M. Houel, gouverneur delà  <lb>
Guadeloupe, y fit passer 5o Français sous le com-  <lb>
mandement de Lefort, habitant renommé de la Mar.  <lb>
tinique, qu&apos;il avait quittée par mécontentement. Ils  <lb>
s&apos;y établirent, mais ils eurent beaucoup de peine à  <lb>
s&apos;y maintenir contre les naturels Ils y avaient cons-  <lb>
truit un petit fort, planté des vivres, du coton, du  <lb>
(1) Archives de la marine, vol. n&quot; i&quot;.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0323">
323
</controlpgno>
<printpgno>
0309
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
&apos; ( 3og )  <lb>
tabac et y prospéraient, lorsque Lefort déserta avec  <lb>
quelques-uns de ses compagnons j pour retourner  <lb>
â la Martinique. Cette défection arrêta les progrès  <lb>
de la colonie; M. Houel cessa d&apos;y envoyer des ren-  <lb>
forts, et se contenta d&apos;y entretenir 3o hommes.  <lb>
Marie- Galante fut comprise dans l&apos;achat fait par  <lb>
M. de Boisseret, le 4 septembre ï64g, des îles de la  <lb>
Guadeloupe, des Saintes et de la Désirade, pour  <lb>
73,000 livres.                  ,         <lb>
En i655 , les Caraïbes de k Dominique vinrent  <lb>
attaquer les Français qui se trouvaient à Marie-Ga-  <lb>
lante , les assommèrent à coups de massues, et dé-  <lb>
truisirent tous leurs établissemens. Le 10 octobre  <lb>
de la même année, M. Houel y expédia son frère  <lb>
avec 100 hommes : ils construisirent en pierres un  <lb>
nouveau fort avec une demi-lune, à l&apos;entrée dite  <lb>
des Basses. Les Caraïbes vinrent les attaquer de  <lb>
nouveau, mais ils furent défaits , et finirent par res-  <lb>
ter en paix, dès qu&apos;ils eurent vent des préparatifs  <lb>
que la Guadeloupe faisait contre eux (1).  <lb>
La seconde compagnie envoya des gouverneurs  <lb>
particuliers à Marie-Galante ; le premier fut M. de  <lb>
Théméricourt, fils de madame de Champagny, 1  <lb>
veuve Boisseret-. Il partit de Paris , en juin ,665 ,  <lb>
et trouva la colonie réduite à io soldats et à 5oo  <lb>
(1) Dutertre, tom. 1&quot;, pa***. 422, torn. 3*.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0324">
324
</controlpgno>
<printpgno>
0310
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3io )  <lb>
habitans, dont i5o seulement portaient les armes,  <lb>
Il s&apos;uppliqua à la restaurer, lui fit faire beaucoup de  <lb>
progrès, et la fit ériger en marquisat, pour lui et  <lb>
pour ses frères.  <lb>
Après la réunion de l&apos;île au domaine du roi, en  <lb>
1674 , le marquis de Maintenon-d&apos;Angénes vint la  <lb>
gouverner ; mais ayant donné sa démission, on y  <lb>
envoya , le 28 septembre i683 , en qualité dç lieu-  <lb>
tenant de roi, le chevalier Auger, créole de Saint  <lb>
Christophe, qui avait été pris par les barbaresques,  <lb>
et réduit, pendant quelques années , en esclavage.  <lb>
Il fut nommé gouverneur de Marie-Galante, le Ier  <lb>
janvier 1686. Les Anglais vinrent l&apos;attaquer au mois  <lb>
de mai 16g, , et malgré sa vigoureuse défense-,  <lb>
prirent la colonie, k pillèrent, et ruinèrent tous  <lb>
ses établissemens. Us l&apos;abandonnèrent lorsque le  <lb>
marquis d&apos;Eraguy, gouverneur-général de la Mar-  <lb>
tinique , vint les forcer de lever le siège de la Gua-  <lb>
deloupe. M. Auger, réfugié à k Basse-Terre, y reçut  <lb>
une lettre que le ministre lui écrivit le 24 septembre,  <lb>
pour lui annoncer, en témoignage de la satisfaction  <lb>
du roi sur sa conduite , sa nomination au comman-  <lb>
dement du Cul-de-Sac du marin, à la Martinique.  <lb>
Attaqué de nouveau par les Anglais, en juin i6o3,  <lb>
il eut le bonheur de conserver ce poste , et fut ren-  <lb>
voyé gouverneur à Marie-Galante. Nommé gou-  <lb>
verneur de la Guadeloupe le 21 août 16g5, on le  <lb>
remplaça , à Marie-Galante, par M. de Lauriére ,<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0325">
325
</controlpgno>
<printpgno>
0311
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(3-, )  <lb>
qui mourut presque aussitôt (i) ; M. de Boisfermé  <lb>
lui succéda.  <lb>
Pour indemniser Marie - Galante des ravages  <lb>
des Anglais , le roi, par un arrêt du 3 novem-  <lb>
bre 169g, déchargea cette île de toute imposition ,  <lb>
pendant quatre ans. Mais elle fut encore reprise et  <lb>
ruinée le 6 mars 1703 par les Anglais, ses perpétuels  <lb>
dévastateurs. Les Français la reprirent en 1706, et  <lb>
M. de Boisfermé en fut de nouveau nommé gou-  <lb>
verneur.  <lb>
L&apos;arrêt qui la déchargeait de toute imposition  <lb>
pendant quatre ans fut renouvelé le 16 janvier 1715.  <lb>
A la mort deM. de Boisfermé, M. de Poincy, petit-  <lb>
neveu de l&apos;ancien baillif, capitaine-général de  <lb>
Saint-Christophe , vint comme gouverneur de Ma-  <lb>
rie-Galante , et le père Labat l&apos;y connut en cette  <lb>
qualité, en 1734.  <lb>
L&apos;île tomba encore au pouvoir des Anglais en  <lb>
I759; ils la rendirent, avec k Guadeloupe, au  <lb>
traité de I 763. Les gouverneurs particuliers ayant  <lb>
été supprimés le 25 mars de cette même année, il  <lb>
n&apos;y eut plus à Marie-Galante qu&apos;un commandant  <lb>
avec un aide-major (2). M. de Joubert y comman-  <lb>
dait en 1768.  <lb>
L&apos;île de Marie-Galante possédait, en ,775, 12,000  <lb>
( 1 ) Archives de la Marine, vol. nos 11, 16et 19.  <lb>
( 2 ) Ils furent maintenus par ordonnance du 20 décembre  <lb>
1*785.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0326">
326
</controlpgno>
<printpgno>
0312
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 312 }     . ,v  <lb>
nègres ; ses produits, qu&apos;elle était obligée d&apos;envoyeF  <lb>
en majeure partie dans les marchés de la Martinique,  <lb>
étaient d&apos;environ : 5,000,000 de livres pesant de  <lb>
café, 2,000,000 de livres de sucre brut, et 3 à  <lb>
400,000 livres pesant de coton.  <lb>
Ses savannes étaient couvertes de nombreux  <lb>
troupeaux de b ufs, de moutons, et de chevaux  <lb>
d&apos;une race très-estimée aux Antilles.  <lb>
Un ouragan terrible k dévasta entièrement le 6  <lb>
septembre 1776. Ses arbustes à café et à coton ayant  <lb>
été détruits, ses récoltes devinrent nulles, et on  <lb>
abattit le reste précieux des antiques forêts, pour  <lb>
planter sur un sol vierge et productif. Mais une  <lb>
horrible sécheresse fut la suite de cette privation  <lb>
d&apos;arbres ; la disette s&apos;ensuivit ; 4000 esclaves en  <lb>
furent les victimes, et cette diminution de bras mit  <lb>
le comble aux malheurs de la colonie.  <lb>
Marie-Galante fut prise par les Anglais au mois  <lb>
d&apos;avril 1794;, Victor. Hugues k leur enleva, au  <lb>
mois de novembre suivant, et la hérissa de bat-  <lb>
teries.  <lb>
Sa population et ses cultures se rétablirent et  <lb>
s&apos;accrurent durant la période florissante de 1804 a  <lb>
1808. Les Anglais s&apos;en emparèrent le 2 mars 1808,  <lb>
relevèrent les fortifications du morne Massacre, au  <lb>
nord-ouest de l&apos;île, où Victor Hugues avait établi  <lb>
une batterie en 1794; y firent des tranchées dans  <lb>
le roc, au &apos;moyen de la mine, les palissadèrent en  <lb>
pieiix , y établirent une forte garnison , tandis que<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0327">
327
</controlpgno>
<printpgno>
0313
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3,3 )  <lb>
leurs bàtimens de guerre mouillaient tout auprès,  <lb>
sous la protection du Vieux-Fort. L&apos;extrême insa-  <lb>
lubrité de ce morne, qui reçoit toutes les émanations  <lb>
morbifiques des eaux stagnantes et croupies des bas-  <lb>
fonds, occasiona une mortalité considérable parmi  <lb>
les vainqueurs, et leur fit abandonner cet établisse-  <lb>
ment; mais ce ne fut qu&apos;après l&apos;avoir détruit si com-  <lb>
plettement, qu&apos;il n&apos;en reste pas même de traces.  <lb>
L&apos;existence indépendante dont cette île jouit  <lb>
pendant deux ans, depuis le mois de mars 1808 jus-  <lb>
qu&apos;au mois de mars ,810, époque à laquelle les  <lb>
Anglais la réunirent à la Guadeloupe, prouva  <lb>
aux habitans que cette séparation ne peut être à leur  <lb>
avantage. Ils virent que Marie-Galante est inca-  <lb>
pable de se suffire à elle-même, et qu&apos;elle a tout à  <lb>
gagner d&apos;être réunie à k Guadeloupe, où elle trouve  <lb>
des ressources pour tous ses besoins.  <lb>
Ea vertu du traité de Paris de ,814, les Anglais  <lb>
la restituèrent avec la Guadeloupe, après l&apos;avoir dé-  <lb>
munie de tout. Ils s&apos;en emparèrent encore au mois  <lb>
de juillet 1815, et la rendirent de nouveau en 1816.  <lb>
Depuis le fameux Ouragan de 1777 jusqu&apos;à l&apos;é-  <lb>
poque de la révolution, l&apos;île de Marie-Galante ne  <lb>
produisit, année commune, que 3,000,000 au plus  <lb>
de café, et c&apos;était sa culture principale, à laquelle  <lb>
elle a successivement, et de préférence, substitué  <lb>
celle du sucre. En 1816, elle n&apos;avait que 29 sucre-  <lb>
ries, et 300 habitations à café ou à coton. En 1822  <lb>
ony comptait 53 sucreries, et seulement 248 manu-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0328">
328
</controlpgno>
<printpgno>
0314
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 5.4 )  <lb>
factures à café ou à coton ; ce qui donne lieu d&apos;obser-  <lb>
ver que les sucreries absorbent les petites cultures  <lb>
du café et du coton, el s&apos;opposent aux progrès delà  <lb>
population , pour laquelle les gouverneurs et les in-  <lb>
tendans recevaient autrefois l&apos;ordre d&apos;attirer lespe-  <lb>
tits habitans, qui font la force des colonies, et de les  <lb>
soutenir contre l&apos;empiétement des grands et des  <lb>
puissans.  <lb>
En Europe , la division des grandes propriétés  <lb>
est un bienfait, car les terres sont mieux culti-  <lb>
vées et produisent plus entre les mains d&apos;un grand  <lb>
nombre de petits cultivateurs qu&apos;entre celles d&apos;un  <lb>
petit nombre de grands propriétaires qui les louent  <lb>
à des fermiers négligens ou qui ont à craindre qu&apos;u-  <lb>
ne augmentation de bail ne suive l&apos;augmentation  <lb>
des produits. Mais dans les colonies cette subdivi-  <lb>
sion multiplierait les frais sans augmenter la som-  <lb>
me des produits ; elle est d&apos;aillenrs impossible, à  <lb>
cause des avances considérables qu&apos;exige l&apos;exploi-  <lb>
tation dé la canne à sucre, avances qui sont hors  <lb>
de la portée des petits habitans. Aussi on y a de  <lb>
tout temps maintenu l&apos;indivis des grands établisse-  <lb>
mens , ce qui favorise les vues des grands et deé  <lb>
puissans, sans faire porter cette mesure sur les éta-  <lb>
blissemens à Café et à coton, dttnt les propriétaires  <lb>
n&apos;ayant que de très-petites ressources, et venant à  <lb>
être obérés par les révolutions du climat ou les évé-  <lb>
nemens de la guerre, sont forcés à vendre succes-  <lb>
sivement tous leurs nègres aux habitans sucriers.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0329">
329
</controlpgno>
<printpgno>
0315
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3.5 )  <lb>
Ces mêmes propriétaires ne se voient pas plutôt à  <lb>
leur aise, que leur amour-propre souffre de n&apos;être  <lb>
que des petits habitans ; ils se hâtent de transformer  <lb>
leurs caféyères en sucreries, et de propriétaires ai-  <lb>
sés qu&apos;ils étaient, ils deviennent des sucriers en-  <lb>
dettés. Tels sont les motifs qui ont fait remplacer  <lb>
la culture du café et du coton dans nos colonies ,  <lb>
parcelle du sucre, dont on ne sait plus que faire au-  <lb>
jourd&apos;hui.<lb>
</p>
</div>
<div id="a0330">
<head>Book Three:  Chapter II.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0330">
330
</controlpgno>
<printpgno>
0316
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(3,6)  <lb>
CHAPITRE II.  <lb>
Iles des Saintes.  <lb>
Au S. S. E., et à trois lieues de lapointe méridio-  <lb>
nale du Vieux-Fort de la Guadeloupe, se trouve  <lb>
un groupe de deux petites îles, deux îlots et quel-  <lb>
ques pointes de rochers, que Colomb appela Los  <lb>
Santos ou les Saints, parce qu&apos;il les découvrit quel-  <lb>
ques jours après la fête de la Toussaint, le 4 no-  <lb>
vembre i4g3. On les nomme aujourd&apos;hui les Sain-  <lb>
tes; elles sont situées par les i5&quot; 54&apos; 3o&quot; de latitu-  <lb>
de nord, et par les 640 1&apos; 4°&quot; de longitude, ouest  <lb>
de Paris.  <lb>
Ces îles sont peu cultivées, mais la bonté de leur  <lb>
mouillage et leur position, les rendent, en temps  <lb>
de guerre, le point le plus important de la Guade-  <lb>
loupe , dont elles protègent les communications et  <lb>
le cabotage.  <lb>
La plus grande des deux îles, de forme longue et  <lb>
très-irrégulière, est la moins stérile, la plus peu-  <lb>
plée et renferme presque tous les établissemens; on  <lb>
l&apos;appelle Terre d&apos;en-Haut ou du Vent.  <lb>
L&apos;autre île appelée Terre d&apos;en-Bas ou de dessous  <lb>
le Vent, dans l&apos;O. S. O. de la première, est de for-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0331">
331
</controlpgno>
<printpgno>
0317
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3i7 )  <lb>
me à peu près ronde et n&apos;offre que peu de cul-  <lb>
turcs. Le grand îlet, situé au sud, n&apos;en présente  <lb>
presque pas. Le plus petit îlet, placé au nord, et  <lb>
qu&apos;on nomme l&apos;Ilet-à-Cabri, forme, avec la Terre  <lb>
de Haut, une rade vaste et très-sûre, dans laquelle  <lb>
sept à huit vaisseaux de ligne, autant de frégates et  <lb>
le double de bàtimens inférieurs peuvent hiverner  <lb>
à l&apos;abri des coups de vent. Cette rade offre la pos-  <lb>
sibilité d&apos;y établir un carénage, même pour les vais-  <lb>
seaux à trois ponts, toutes sortes de magasins , et  <lb>
jusqu&apos;à un chantier de construction. On trouve les  <lb>
localités convenables à ces sortes d&apos;établissemens,  <lb>
à l&apos;Anse-à-Mire, dans k Terre d&apos;en Haut, située au  <lb>
nord du bourg, et dans l&apos;anse du Fond-Curé, au  <lb>
sud-ouest ; ce qui concourt à donner aux Saintes et  <lb>
à la Guadeloupe la plus grande importance.  <lb>
Les vaisseaux peuvent s&apos;amarrer dans la rade  <lb>
des Saintes, à quarante toises de terre et à l&apos;abri de  <lb>
tous les vents, excepté de ceux d&apos;ouest qui sont ra-  <lb>
res; l&apos;Anse-à-Mire est même encore à l&apos;abri de ce  <lb>
vent, par la position de l&apos;Ilet-à-Cabri. Cette rade a  <lb>
deux passes excellentes, celle de k Baleine, au nord,  <lb>
et celle du Pain-de-Sucre, à l&apos;ouest; on peut entrer  <lb>
et sortir par ces passes à toutes les aires de vent; et  <lb>
il est facile de les mettre à l&apos;abri de toute attaque  <lb>
par le feu de batteries bien placées sur les mornes  <lb>
qui les bordent. Les Saintes ne sont abordables que  <lb>
par ces deux passes.  <lb>
A la suite du raz de marée qui fit périr, le3i juil-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0332">
332
</controlpgno>
<printpgno>
0318
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(3,8)  <lb>
let 1765, les bàtimens qui se trouvaient dans la ra-  <lb>
de de la Basse-Terre, le roi rendit une ordonnance,  <lb>
au mois de décembre suivant, pour exiger que tous  <lb>
les navires de cette partie se réfugiassent dans la ra-  <lb>
de des Saintes pendant la saison de l&apos;hivernage.  <lb>
Mais l&apos;ennemi ne permettant pas toujours l&apos;exécu-  <lb>
tion de cette mesure, ils se retiraient dans l&apos;Anse-  <lb>
à-k-Barque, dont l&apos;excessive insalubrité moisson-  <lb>
nait tous leurs équipages. On éviterait ces graves  <lb>
inconvéniens en fortifiant les Saintes, qui sont les  <lb>
îles les plus salubres des Antilles. Le projet en a  <lb>
existé de tout temps, car les pertes qu&apos;on éprou-  <lb>
vait aux îles du vent firent naître autrefois l&apos;idée  <lb>
d&apos;y établir un hôpital général pour prévenir les mor-  <lb>
talités et éviter le renvoi de beaucoup d&apos;hommes à  <lb>
la métropole. Le plan en fut donné au maréchalde  <lb>
Castries, ministre de la marine, qui l&apos;approuva;  <lb>
mais il s&apos;agissait d&apos;une avance de fonds considéra-  <lb>
ble , et on ne lui donna pas de suite. La Guade-  <lb>
loupe se contenta d&apos;y faire un petit établissement,  <lb>
où elle a envoyé , jusqu&apos;au commencement de la  <lb>
révolution , ses militaires en convalescence.  <lb>
Le sol des Saintes est aride ; elles n&apos;offrent par-  <lb>
tout que des mornes, dont le plus élevé, dans la  <lb>
partie du sud de la Terre-d&apos;en-Haut, n&apos;a que 17?  <lb>
toises (3,4 mètres) au-dessus du niveau de la mer.  <lb>
Il n&apos;y a cependant qu&apos;une seule petite source qui ta-  <lb>
rit dans les temps de grande sécheresse, ce qui arrive  <lb>
souvent. Quand l&apos;eau de pluie, qu&apos;on y recueille<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0333">
333
</controlpgno>
<printpgno>
0319
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3-9 )  <lb>
dans des jarres ou dans une citerne, construite de-  <lb>
puis quelques années, vient à manquer, on en en-  <lb>
voie prendre aux trois rivières, avec lesquelles la  <lb>
communication est toujours facile. Mais si l&apos;on y  <lb>
formait de vastes établissemens, il suffirait d&apos;une  <lb>
grande citerne pour les approvisionner suffisamment  <lb>
d&apos;eau pluviale.  <lb>
M. Houel, gouverneur de k Guadeloupe, fit  <lb>
prendre possession des Saintes, le 18 octobre 1648,  <lb>
par M. Dumé, à la tête de trente Français, mais  <lb>
cette tentative ne réussit point. Une sécheresse qui  <lb>
survint tarit la source dont il vient d&apos;être parlé, et  <lb>
comme cette petitecolonie n&apos;avai l point prévu qu&apos;elle  <lb>
pût manquer d&apos;eau, elle ne fit aucune disposition  <lb>
pour s&apos;en procurer; et fut obligée de revenir à la  <lb>
Guadeloupe. En i65a, M. Hazier Dubuisson y fut  <lb>
envoyé avec un assez bon nombre d&apos;hommes qui  <lb>
«&apos;y établirent. Leurs descendans s&apos;y sont mainte-  <lb>
nus, sous la protection et la dépendance de la Gua-  <lb>
deloupe, dont, jusqu&apos;à la révolution, les Saintes  <lb>
ont subi ou partagé toutes les vicissitudes (i).  <lb>
En 1794» les Anglais s&apos;emparèrent des Saintes;  <lb>
etles gardèrent jusqu&apos;au traité d&apos;Amiens, en 1802.  <lb>
Ils les reprirent en 1809, un an avant la Gua-  <lb>
deloupe , et ne les rendirent qu&apos;en 1814, après avoir  <lb>
détruit le fort de l&apos;île t, sur l&apos;Ile t-à-Cabri, le fort  <lb>
(1) Dutertre, vol. 1&quot;, pag. 4*7-<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0334">
334
</controlpgno>
<printpgno>
0320
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   320   )  <lb>
Napoléon, sur le morne à Mire, le fort Morel, sur  <lb>
le morne de ce nom, dans la Terre d&apos;en-Haut,les  <lb>
batteries du bourg, l&apos;hôpital, les casernes et tous  <lb>
les établissemens publics, excepté la maison en bois,  <lb>
pour le commandant, qu&apos;ils avaient construite eux-  <lb>
mêmes (i).  <lb>
La pêche est très-abondante sur les côtes desSain-  <lb>
tes ; on trouve même encore quelques tortues vers  <lb>
la Terre d&apos;en-Haut. Les habitans s&apos;y adonnent plus  <lb>
qu&apos;à la culture, celle-ci ne consiste qu&apos;en un peu  <lb>
de café, qui est très-renommé, et en coton.  <lb>
Leur population est de 556 blancs, g4 gens de  <lb>
couleur libres, et de 70g esclaves; en tout 1159  <lb>
individus.  <lb>
On n&apos;y cultive que 18 carrés de terre en café,  <lb>
i5o en coton et 53 en vivres. Le reste du sol com-  <lb>
prend 168 carrés de terres en friche, i3o en bois  <lb>
debout et 48 en savannes. Ce qui ne forme qu&apos;un  <lb>
total de 547 carrés de terre.  <lb>
76Manufactures sont réparties ainsi: 60à coton,  <lb>
3 à café et i3 à vivres.  <lb>
Il n&apos;y a pas de moulins.  <lb>
On y compte 118 bêtes à cornes et 265 moutons  <lb>
et cabris, qui ne forment qu&apos;un total de 383 bes-  <lb>
tiaux.  <lb>
(1) Le dépôt général de la marine a fait publier, en 1811,  <lb>
un très-beau plan des Saintes, levé, en i8o3, par l&apos;enseigne  <lb>
de vaisseau Victor-Pierre Gautier; il se vend à Paris.<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0335">
335
</controlpgno>
<printpgno>
0321
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 3« ).  <lb>
Il y avait autrefois deux églises aux Saintes, l&apos;une  <lb>
à la terre de Haut, et l&apos;autre à la terre de Bas. Un  <lb>
curé, résidant à la terre de Haut, les desservait  <lb>
alternativement. Il ne reste , dans ce moment, que  <lb>
l&apos;église de cette dernière partie , et il n&apos;y a point  <lb>
de curé.                                   ¦  <lb>
I.                                                     21<lb>
</p>
</div>
<div id="a0336">
<head>Book Three:  Chapter III.</head>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0336">
336
</controlpgno>
<printpgno>
0322
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
(   322  )  <lb>
a»- ¦ ¦&gt;    &apos;ii&apos;iviii.......;li.l,.l|H       .»)ll in I II,      iil|»l.| i 11,1  i|   &apos;&quot;,¦   ,    »   tsn=a  <lb>
CHAPITRE III».  <lb>
He de la Désirade.   L&apos;Epinn.   La Lèpre.   Léproserie.  <lb>
La Désirade, située au vent des autres Antilles,  <lb>
fut la première que Colomb découvrit, à son second  <lb>
voyage, le 3 novembre 149-3   c&apos;est ce qui lui fit  <lb>
donner le nom de Désirade. Cette île élevée marque  <lb>
les attérages en venant d&apos;Europe ; elle est située par  <lb>
les i6° 20&apos; de latitude N., et les 63* 2a&apos; 5&quot; de lon-  <lb>
gitude O. de Paris, a deux lieues dans le N.-E. de  <lb>
la Pointe-des-Châteaux ou de Fextrémité orientale  <lb>
de la Grande-Terre, à 81ieues N. de Marie-Galante,  <lb>
et à six lieues N.-E. de la Pointe-à-Pître.  <lb>
Le canal qui la sépare de la Grande-Terre est  <lb>
toujours houleux.  <lb>
Elle n&apos;a que deux lieues de long, sur une lieue  <lb>
de large. C&apos;est un groupe de mornes qui, d&apos;un côté&apos;,  <lb>
semblent taillés à pic de leur sommet à leur base,  <lb>
et de l&apos;autre s&apos;abaissent jusqu&apos;à la mer par une pente  <lb>
allongée. Le plus grand de ces mornes parcourt la  <lb>
largeur de l&apos;île, et présente des sites agréables et  <lb>
sains. On reconnaît, dans ces montagnes, les traces  <lb>
d&apos;un volcan éteint * tout y est brûlé, couvert de<lb>
</p>
<pageinfo>
<controlpgno entity="p0337">
337
</controlpgno>
<printpgno>
0323
</printpgno>
</pageinfo>
<p>
( 325 )  <lb>
talc, de pierres de chaux en partie calcinées, et on  <lb>
y trouve plusieurs cavernes ,-produites sans doute  <lb>
par une ancienne explosion.  <lb>
L&apos;île possède quelques gourdes assez abondantes  <lb>
de fort bonne eau.  <lb>
Comme elle a toujours été d&apos;une très-faible im--  <lb>
portance, on ignore à quelle époque elle a reçu ses  <lb>
premiers habitans. Elle fut comprise, eni64g, dans  <lb>
la vente des îles cédées à M. de Boisseret, et a fait,  <lb>
depuis lors * partie des dépendances de la Guade-  <lb>
loupe , dont elle a toujours partagé le sort.  <lb>
Son sol, sabloneux et aride, ne produit que du  <lb>
coton,dont on y cultive plusieurs espèces; et,comme  <lb>
l&apos;arbuste qui le porte se plaît dans les terrains secs  <lb>
et pierreux, celui qu&apos;on récolte à la Désirade, est  <lb>
réputé le meilleur des îles. On y trouve aussi ,  <lb>
mais en petite quantité, les plantes et les fruits des  <lb>
Antilles, et quelques pieds de gayac.  <lb>
L&apos;île possède encore deux s